Elle invente des courses au Leclerc pour souffler une heure seule : trois semaines après la retraite de son mari, elle tourne en rond sur le parking

Elle invente des courses au Leclerc pour souffler une heure seule : trois semaines après la retraite de son mari, elle tourne en rond sur le parking

Le moteur de la Clio tourne au ralenti sur le parking du supermarché de Lescure, juste à la sortie d'Albi. Il est dix heures et quart, un mardi d'octobre, et Martine n'a rien à acheter. Le panier vide repose sur le siège passager, à côté d'une liste qu'elle a écrite pour la forme. Elle coupe le contact, écoute le silence, et ne bouge plus.

Elle repousse sa coupe pendant six mois pour enfin laisser pousser ses cheveux : en octobre, ils sont plus courts qu'au mois d'avril

Elle repousse sa coupe pendant six mois pour enfin laisser pousser ses cheveux : en octobre, ils sont plus courts qu’au mois d’avril

Le sèche-cheveux ronflait dans la salle de bains, un mardi d'octobre, vers sept heures. Camille a posé la brosse sur le lavabo et tiré une mèche vers sa clavicule. En avril, la pointe touchait l'os. Ce matin-là, elle s'arrêtait deux bons centimètres au-dessus, et elle est restée immobile, le séchoir encore allumé dans l'autre main.

Elle prend sa voiture deux fois par semaine pour le marché d'Annecy : un matin d'octobre, le moteur refuse de tourner, même une seule fois

Elle prend sa voiture deux fois par semaine pour le marché d’Annecy : un matin d’octobre, le moteur refuse de tourner, même une seule fois

Il était sept heures vingt, un mardi d'octobre, et la brume montait encore du lac vers les toits de Sevrier. Monique a posé son panier en osier sur le siège passager, tourné la clé, attendu le ronronnement habituel. Rien. Juste un clic sec, puis le tableau de bord qui clignote faiblement, comme une bougie qu'on souffle.

Elle quitte son bureau toulousain fin septembre et signe seule une mutuelle : une ancienne collègue lui parle d'un droit oublié depuis cinq mois

Elle quitte son bureau toulousain fin septembre et signe seule une mutuelle : une ancienne collègue lui parle d’un droit oublié depuis cinq mois

Le carton tenait mal sous son bras, avec la plante verte qui dépassait et le mug ébréché enveloppé dans un journal. Il était dix-sept heures, ce dernier vendredi de septembre, et l'ascenseur de l'immeuble de bureaux, près de la gare Matabiau, grinçait comme toujours. Martine a appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée. Trente et un ans de comptabilité venaient de tenir dans une boîte.

Elle purge tous ses radiateurs un dimanche d'octobre près de Besançon : le lendemain matin, sa chaudière affiche un code et refuse de repartir

Elle purge tous ses radiateurs un dimanche d’octobre près de Besançon : le lendemain matin, sa chaudière affiche un code et refuse de repartir

Le radiateur de la salle de bains sifflait doucement, un filet d'air tiède sous la petite clé carrée. Il était un peu plus de quinze heures, ce dimanche d'octobre, dans une maison des années soixante-dix à Saône, près de Besançon. Nathalie tenait un chiffon plié sous la vis, attentive au moment exact où l'eau remplacerait le souffle.

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir en Vendée : vingt mois après l'achat, le magasin lui oppose une garantie d'un an

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir en Vendée : vingt mois après l’achat, le magasin lui oppose une garantie d’un an

Dimanche, vingt et une heures, dans une cuisine de La Roche-sur-Yon. Sylvie referme la porte du lave-vaisselle d'un coup de hanche, appuie sur le bouton, entend le petit bip familier. Puis plus rien. Pas de ronronnement, pas d'eau qui coule, seulement un voyant orange qui clignote dans la pénombre, au-dessus des assiettes encore sales du repas de famille.

Ils rangent leur camping-car sous un hangar du Jura fin octobre : au printemps, une flaque tiède attend sous le chauffe-eau, et la cuve est fendue

Ils rangent leur camping-car sous un hangar du Jura fin octobre : au printemps, une flaque tiède attend sous le chauffe-eau, et la cuve est fendue

Le portail du hangar a grincé sur son rail, un matin d'avril, vers neuf heures. Dans l'odeur de foin sec et de poussière, Gérard a tourné la clé de la porte cellule pendant que Martine attendait, les bras chargés de draps propres. Sous le marchepied, une tache sombre dessinait sur le béton un contour qu'aucun des deux n'avait jamais vu.

Elle applique chaque matin un shampoing violet sur ses mèches blondes : trois semaines plus tard, ses pointes ont pris une couleur de cendre froide

Elle applique chaque matin un shampoing violet sur ses mèches blondes : trois semaines plus tard, ses pointes ont pris une couleur de cendre froide

Sept heures dix, la vitre de la douche encore couverte de buée. Camille essore ses cheveux d'un geste sec, et l'eau qui coule entre ses doigts a une teinte mauve, presque lilas. Le ventilateur de la salle de bains ronronne au-dessus du miroir. Elle approche une mèche de la lumière, la retourne, la frotte entre deux doigts, et ne reconnaît plus sa couleur.

Elle reprend l'aquagym deux fois par semaine près de Montauban : mi-octobre, son blond cendré prend des reflets verts sous la lampe

Elle reprend l’aquagym deux fois par semaine près de Montauban : mi-octobre, son blond cendré prend des reflets verts sous la lampe

Il était un peu plus de sept heures, un jeudi de la mi-octobre, et la ventilation de la salle de bains ronronnait au-dessus du lavabo. Sylvie, 58 ans, a tourné la tête pour attraper sa brosse. Sous le néon blanc, une mèche au-dessus de son oreille gauche a renvoyé un reflet étrange, presque olive. Elle a reposé la brosse sans bruit, et s'est approchée du miroir.

Il loue son camping-car à un couple trouvé par petite annonce en Vendée : un rétroviseur arraché, et l'assureur refuse de payer la facture

Il loue son camping-car à un couple trouvé par petite annonce en Vendée : un rétroviseur arraché, et l’assureur refuse de payer la facture

Il était sept heures, et la rosée perlait encore sur la carrosserie blanche garée au fond de la cour, à La Roche-sur-Yon. Bernard, 61 ans, passait une éponge sur le pare-brise en écoutant la radio grésiller dans la cabine. Le couple devait arriver à neuf heures. Il avait vidé les placards, rempli le réservoir d'eau, posé un mot sur la table.

Ils rangent leur camping-car sous un hangar près de Clermont-Ferrand : en avril, une flaque froide s'étale sous le chauffe-eau du placard

Ils rangent leur camping-car sous un hangar près de Clermont-Ferrand : en avril, une flaque froide s’étale sous le chauffe-eau du placard

Le hangar sentait la paille sèche et le gasoil, ce matin d'avril à Gerzat. Bernard a tiré la grande porte coulissante, qui a grincé sur son rail comme chaque année. Dans la lumière grise, il a vu la tache sombre sur le béton, juste sous la porte du placard du chauffe-eau. Il a posé deux doigts dessus. C'était froid, et ça ne sentait rien.

Il remplace son vieux grillage par des panneaux gris un samedi en Moselle : le lundi, un agent municipal sonne et réclame une déclaration préalable

Il remplace son vieux grillage par des panneaux gris un samedi en Moselle : le lundi, un agent municipal sonne et réclame une déclaration préalable

Samedi, huit heures et demie, la brume traînait encore sur les jardins du lotissement. Thierry, 58 ans, a posé la première planche de son nouveau mur gris contre le poteau scellé la veille. La visseuse a grincé, un merle s'est envolé du prunier. Au bout de l'allée, le vieux grillage vert, roulé en boule, attendait la déchetterie.

Elle remplace un shampoing sur deux par du shampoing sec pour gagner du temps : en octobre, son cuir chevelu se met à la démanger

Elle remplace un shampoing sur deux par du shampoing sec pour gagner du temps : en octobre, son cuir chevelu se met à la démanger

Il est 6 h 52, la bouilloire siffle dans la cuisine et Claire, 34 ans, secoue la bombe devant le miroir de la salle de bains. Le petit cliquetis de la bille résonne contre le carrelage. Un nuage blanc, une odeur de vanille, trois coups de brosse. À 6 h 55, elle est coiffée, et ce matin d'octobre, elle se gratte déjà la nuque.

Il garde sa vieille Twingo après un contrôle technique raté à Dijon : trois mois plus tard, le garage lui fait repayer le contrôle complet

Il garde sa vieille Twingo après un contrôle technique raté à Dijon : trois mois plus tard, le garage lui fait repayer le contrôle complet

Le moteur toussait un peu à froid, comme chaque matin depuis douze ans. Sous l'auvent du centre de contrôle, rue de Longvic à Dijon, Gérard tenait ses clés entre deux doigts et regardait le contrôleur tourner autour de sa Twingo verte. Il était neuf heures dix. Une feuille sortait lentement de l'imprimante, avec un mot en gras qu'il n'attendait pas.

Ils rangent leur camping-car sous une bâche au fond du jardin en Auvergne : en mars, le chauffe-eau est fendu et les coussins sentent le moisi

Ils rangent leur camping-car sous une bâche au fond du jardin en Auvergne : en mars, le chauffe-eau est fendu et les coussins sentent le moisi

Le moteur s'est tu dans l'allée, un dimanche de fin octobre, vers quatre heures. Gérard a tiré le frein à main, Monique a ouvert la portière et l'odeur des feuilles mouillées est entrée dans la cabine. Au fond du jardin, près du noyer, la grande bâche bleue attendait, pliée sur la brouette. Ils ont soufflé, contents : la saison était finie, le camping-car allait dormir.

Il nettoie ses gouttières chaque novembre sous le chêne du voisin : la mairie lui répond que le voisin n'y est pour rien

Il nettoie ses gouttières chaque novembre sous le chêne du voisin : la mairie lui répond que le voisin n’y est pour rien

Le jour se levait à peine sur la Sologne, une brume basse collée aux fossés. Bernard, 67 ans, tenait l'échelle d'une main et un seau de l'autre, les doigts déjà gourds. Au-dessus de lui, la gouttière débordait en un filet régulier, ce petit clapotis qui l'avait réveillé à six heures. Dans le zinc, une pâte brune de feuilles de chêne, tassée comme du terreau.

Il range son camping-car dans une grange du Jura fin octobre : au printemps, la batterie cellule refuse de reprendre la moindre charge

Il range son camping-car dans une grange du Jura fin octobre : au printemps, la batterie cellule refuse de reprendre la moindre charge

Dans la grange de son beau-frère, près de Champagnole, Gérard a coupé le moteur un soir de fin octobre. Il était presque dix-huit heures, la lumière tombait déjà derrière les sapins. Le camping-car a encore cliqueté quelques secondes en refroidissant, puis plus rien. Il a tiré la porte en bois, posé une bâche sur le pare-brise, et il est rentré à pied, tranquille.

Elle grimpe chaque automne sur l'échelle pour vider ses gouttières : le voisin répond que son chêne centenaire n'est pas son problème

Elle grimpe chaque automne sur l’échelle pour vider ses gouttières : le voisin répond que son chêne centenaire n’est pas son problème

Le crépitement de la pluie sur le toit avait changé de son vers six heures du soir. Monique, 71 ans, l'a reconnu tout de suite, ce glouglou étouffé, puis le ruissellement direct contre la façade. Elle a posé son tricot, enfilé son ciré jaune et ouvert la porte du garage. Au-dessus d'elle, la gouttière débordait comme une fontaine, gorgée de feuilles brunes.

Elle passe son shampoing violet à chaque lavage pour garder son blond polaire : un mois plus tard, ses mèches tirent sur le gris lilas

Elle passe son shampoing violet à chaque lavage pour garder son blond polaire : un mois plus tard, ses mèches tirent sur le gris lilas

Sept heures et quart, la buée couvre encore le miroir de la petite salle de bains. Camille essuie la vitre du plat de la main et se penche, une serviette enroulée sur la tête. Elle la défait lentement. Sous la lumière froide du néon, ses mèches ne sont plus blanches, ni dorées. Elles ont pris une teinte grise, un peu mauve, comme une vieille photo.

Elle rapporte son aspirateur balai en panne au magasin : on lui répond que la garantie du fabricant s'est arrêtée huit mois plus tôt

Elle rapporte son aspirateur balai en panne au magasin : on lui répond que la garantie du fabricant s’est arrêtée huit mois plus tôt

Dimanche, dix heures et demie, le soleil tombait en biais sur le carrelage de la cuisine. Nadia passait l'aspirateur balai sous la table, entre les miettes du petit-déjeuner et les graviers rapportés du jardin. Il y a eu un claquement sec, une odeur de plastique chaud, puis plus rien. Le voyant bleu clignotait trois fois, s'éteignait, recommençait, comme un appareil qui hésite avant d'abandonner.

Il range son camping-car pour l'hiver sous un hangar près de Clermont : trois jours plus tard, une flaque claire s'étale sous le plancher

Il range son camping-car pour l’hiver sous un hangar près de Clermont : trois jours plus tard, une flaque claire s’étale sous le plancher

Sept heures et demie, un matin de novembre, sous le hangar agricole de Romagnat. La porte coulissante grince sur son rail, l'air sent le foin humide et le gasoil froid. Gérard allume sa lampe frontale, fait deux pas vers son camping-car bâché à moitié, et s'arrête net. Sous le marchepied, une flaque luisante s'étale sur le béton gris.

Elle trouve une mutuelle moins chère pour sa retraite : sa voisine résilie la sienne en octobre, sans attendre mars ni payer un centime

Elle trouve une mutuelle moins chère pour sa retraite : sa voisine résilie la sienne en octobre, sans attendre mars ni payer un centime

Il était un peu plus de dix heures, un mardi d'octobre, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de Monique. Sur la toile cirée, une enveloppe ouverte, un relevé de cotisations, un stylo bille sans capuchon. Elle a reposé ses lunettes, soufflé longuement, puis entouré au feutre rouge un chiffre : soixante-quatorze euros par mois. Dehors, on entendait le portail de la voisine grincer.

Elle rallume le chauffage de sa maison près de Besançon en octobre : le radiateur de la chambre reste froid en haut, brûlant en bas

Elle rallume le chauffage de sa maison près de Besançon en octobre : le radiateur de la chambre reste froid en haut, brûlant en bas

Il était six heures et demie, un mardi d'octobre, et le carrelage de la cuisine mordait les pieds nus. Dans le cellier, la chaudière s'est réveillée avec un souffle sourd, puis un cliquetis métallique. Hélène a resserré son gilet, posé la main sur le tuyau de cuivre qui tiédissait déjà. Pour la première fois depuis avril, la maison allait enfin se réchauffer.

Il remplace les vieilles fenêtres de sa maison de Saint-Étienne : dès les premiers matins d'octobre, une tache noire grandit dans l'angle de la chambre

Il remplace les vieilles fenêtres de sa maison de Saint-Étienne : dès les premiers matins d’octobre, une tache noire grandit dans l’angle de la chambre

Il était sept heures moins le quart, un mardi d'octobre, et la maison de Saint-Étienne sentait encore le café de la veille. Gérard a tiré le rideau de la chambre d'un geste machinal. Sous ses doigts, le tissu était humide, presque froid. Sur la vitre neuve, des gouttes glissaient lentement et formaient une petite flaque sur l'appui blanc.