Elle écrit chaque matin à Strasbourg la liste complète de sa journée : un mois plus tard, elle se sent plus débordée qu'au premier jour

Elle écrit chaque matin à Strasbourg la liste complète de sa journée : un mois plus tard, elle se sent plus débordée qu’au premier jour

Six heures quarante, rue de la Krutenau, à Strasbourg. La bouilloire siffle doucement, le tram grince au loin sur ses rails mouillés. Claire, 38 ans, débouche son stylo bleu et ouvre le carnet à spirale posé contre le sucrier. Elle écrit la date en haut de la page, la souligne deux fois, puis commence la liste comme on attaque une montagne.

Il coupe le chauffage de deux chambres vides près de Rouen : en janvier, la facture bouge à peine et le couloir sent le moisi

Il coupe le chauffage de deux chambres vides près de Rouen : en janvier, la facture bouge à peine et le couloir sent le moisi

Il était sept heures, ce matin de janvier, et la chaudière ronronnait au sous-sol comme chaque hiver. Gérard posa la main sur la porte de l'ancienne chambre de sa fille, à l'étage. Le bois était froid, presque humide sous la paume. Dans le couloir flottait une odeur qu'il ne connaissait pas, quelque chose entre la cave et le linge oublié dans la machine.

Il vend sa vieille Clio à un jeune du quartier près de Nîmes : trois semaines plus tard, un avis d'excès de vitesse arrive à son nom

Il vend sa vieille Clio à un jeune du quartier près de Nîmes : trois semaines plus tard, un avis d’excès de vitesse arrive à son nom

Le moteur toussa deux fois avant de démarrer, comme chaque matin depuis quinze ans. Il était à peine huit heures, rue des Amandiers, à Caissargues, et la chaleur montait déjà du goudron. Gérard, la main posée sur le toit tiède de sa Clio grise, écoutait ce ronronnement familier. Dans une heure, un garçon du quartier viendrait la chercher, une enveloppe de billets dans la poche.

Il sort du contrôle technique près de Pau avec un simple feu à changer : dix semaines plus tard, le garage lui tend une nouvelle facture complète

Il sort du contrôle technique près de Pau avec un simple feu à changer : dix semaines plus tard, le garage lui tend une nouvelle facture complète

La barrière du centre de contrôle s'est levée dans un grincement, un mardi de mars, vers dix heures et quart. Didier a posé le procès-verbal sur le siège passager, à côté de son thermos encore tiède. Dehors, une pluie fine mouillait la zone artisanale de Lescar, près de Pau. Sur la feuille, une seule ligne surlignée : feu stop arrière gauche défaillant, contre-visite exigée.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Nantes : l'assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier ne le concerne pas

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Nantes : l’assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier ne le concerne pas

Il était sept heures dix, un mardi de novembre, et la bouilloire commençait à siffler dans la petite cuisine de la rue Mercœur, à Nantes. Claire leva les yeux pour attraper une tasse sur l'étagère. Au-dessus de la hotte, une auréole brune, large comme une assiette, s'était dessinée pendant la nuit. Une goutte tomba sur le plan de travail, avec un petit bruit mat.

Elle installe son sèche-linge neuf dans le garage près de Mulhouse : en novembre, les draps ressortent humides après trois heures de cycle

Elle installe son sèche-linge neuf dans le garage près de Mulhouse : en novembre, les draps ressortent humides après trois heures de cycle

Il était sept heures moins le quart, et le garage sentait le carton mouillé et l'essence froide. Sandrine a ouvert la porte du sèche-linge, la petite lumière bleue s'est éteinte avec un bip. Elle a plongé la main dans le tambour. Les serviettes étaient tièdes, lourdes, encore humides au cœur, après trois heures et dix minutes de cycle.

Il passe la tondeuse un dimanche à 12 h 30 près de Bourges : vingt minutes plus tard, la police municipale sonne à son portail

Il passe la tondeuse un dimanche à 12 h 30 près de Bourges : vingt minutes plus tard, la police municipale sonne à son portail

Le moteur a toussé deux fois avant de prendre, et l'odeur d'essence s'est mêlée à celle du rôti qui dorait dans la cuisine. Il était 12 h 30, ce dimanche de mai, dans un lotissement tranquille aux portes de Bourges. Gérard, 58 ans, a poussé la tondeuse sur la première bande d'herbe, persuadé d'avoir largement le temps avant de passer à table.

Il fête ses 75 ans près de Béziers en pensant tourner la page de l'impôt : en septembre, l'avis de taxe foncière arrive dans la boîte

Il fête ses 75 ans près de Béziers en pensant tourner la page de l’impôt : en septembre, l’avis de taxe foncière arrive dans la boîte

Le facteur est passé vers dix heures, et le portail a grincé comme toujours. Sur la table de la cuisine, entre le melon entamé et la radio qui grésillait, Gérard a posé l'enveloppe à fenêtre. Il l'a regardée longtemps avant de l'ouvrir. À 75 ans depuis avril, il était persuadé de ne plus jamais recevoir ce papier-là.

Elle retrouve un chèque de sa sœur oublié dans un tiroir : au guichet près de Quimper, la banque refuse les 350 euros

Elle retrouve un chèque de sa sœur oublié dans un tiroir : au guichet près de Quimper, la banque refuse les 350 euros

Le tiroir de la commode grinçait toujours au même endroit, à mi-course, avec un petit bruit de bois sec. Il était presque dix heures, ce samedi d'octobre, et la pluie tapait contre la fenêtre de la chambre d'amis. Maryvonne cherchait le livret de famille. Sous une pile de cartes postales, elle a senti le papier plus raide d'un chèque plié en deux.

Elle remplace ses flacons par un shampooing solide dans son appartement de Montreuil : trois semaines plus tard, ses cheveux restent collants au toucher

Elle remplace ses flacons par un shampooing solide dans son appartement de Montreuil : trois semaines plus tard, ses cheveux restent collants au toucher

Le ballon d'eau chaude ronronnait derrière la porte de la salle de bains, à Montreuil, un mardi à sept heures moins le quart. Camille, 34 ans, a passé la main dans ses cheveux encore humides et s'est arrêtée net. Sous ses doigts, les mèches accrochaient, lourdes, presque cireuses. Elle venait pourtant de les laver, deux fois, avec ce petit pain vert qui sentait le romarin.

Elle signe pour des panneaux solaires dans sa cuisine près d'Agen : dix jours plus tard, l'argent du crédit est déjà parti chez l'installateur

Elle signe pour des panneaux solaires dans sa cuisine près d’Agen : dix jours plus tard, l’argent du crédit est déjà parti chez l’installateur

La pendule de la cuisine marquait seize heures dix quand la sonnette a retenti, deux coups brefs. Monique a posé son torchon sur le dossier de la chaise, a jeté un œil par la fenêtre. Sur le gravier de la cour, une petite voiture blanche, un homme en polo bleu marine, une tablette sous le bras. Le chien aboyait déjà derrière la porte.

Ils chargent vélos, eau et conserves pour un hiver au Portugal : près de Bayonne, le gendarme les fait monter sur la bascule

Ils chargent vélos, eau et conserves pour un hiver au Portugal : près de Bayonne, le gendarme les fait monter sur la bascule

Il était sept heures et demie, la cour de la maison sentait encore la pluie de la nuit. Gérard serrait la dernière sangle du porte-vélos, celle qui grince toujours quand on tire dessus. Dans la cuisine, Martine rangeait les bocaux de confiture dans un carton, un par un, enveloppés dans du papier journal. Le camping-car attendait, tuyau d'arrosage encore branché au réservoir.

Il envoie la facture du couvreur au voisin dont le platane bouche ses gouttières : la réponse arrive trois semaines plus tard, en recommandé

Il envoie la facture du couvreur au voisin dont le platane bouche ses gouttières : la réponse arrive trois semaines plus tard, en recommandé

Il était sept heures et demie, un samedi de novembre, et la pluie tambourinait sur l'auvent de la terrasse. Gérard, 67 ans, tenait sa tasse de café à deux mains quand il a entendu le bruit familier : un glouglou étranglé, puis l'eau qui débordait de la gouttière et s'écrasait en nappe sur les dalles, juste devant la porte-fenêtre.

Elle calfeutre toutes ses fenêtres contre le froid de Besançon : en janvier, des taches noires grimpent derrière les rideaux du salon

Elle calfeutre toutes ses fenêtres contre le froid de Besançon : en janvier, des taches noires grimpent derrière les rideaux du salon

Le radiateur cliquetait sous la fenêtre, et dehors la bise poussait le givre contre les vitres de la rue de Belfort. Il était sept heures, un matin de novembre à Besançon. Martine, 58 ans, tenait un rouleau de mousse adhésive entre les dents et pressait du pouce le joint neuf contre le cadre. Pour la première fois depuis des années, elle ne sentait plus le courant d'air froid sur ses poignets.

Elle répond à ses mails le soir pour s'offrir des matins calmes : un mois plus tard, ses collègues lui écrivent à 22 heures

Elle répond à ses mails le soir pour s’offrir des matins calmes : un mois plus tard, ses collègues lui écrivent à 22 heures

La vaisselle séchait sur l'égouttoir, le lave-linge entamait son essorage dans la salle de bains. Il était vingt et une heures trente, rue de la Hache, à Nancy. Claire, 38 ans, avait posé son ordinateur portable sur la table de la cuisine, entre une tasse de verveine et le cahier de dictée de sa fille. Elle ouvrait sa messagerie, juste pour regarder.

Il ramone sa cheminée au hérisson un samedi d'octobre près de Limoges : en décembre, son assureur lui réclame un papier qu'il n'a pas

Il ramone sa cheminée au hérisson un samedi d’octobre près de Limoges : en décembre, son assureur lui réclame un papier qu’il n’a pas

Le hérisson racla la paroi du conduit avec un bruit sec, comme une brosse sur une vieille casserole. Il était dix heures, un samedi d'octobre, près de Limoges, et la suie tombait en pluie noire dans le sac posé au fond de l'âtre. Gérard, à genoux sur le carrelage, comptait les cannes vissées une à une. Il faisait ça chaque automne, depuis douze ans.