Elle retire chaque matin une poignée de cheveux de sa douche à Annecy : sa routine n'a pourtant pas bougé d'un millimètre depuis l'été

Elle retire chaque matin une poignée de cheveux de sa douche à Annecy : sa routine n’a pourtant pas bougé d’un millimètre depuis l’été

Il est six heures quarante, la vapeur colle encore au miroir de la salle de bains, dans un petit appartement du quartier des Romains, à Annecy. Claire, 41 ans, s'accroupit dans le bac de douche, l'eau tiède lui coulant sur les chevilles. Du bout des doigts, elle soulève la grille de la bonde. Une boule sombre et mouillée y est restée accrochée, comme la veille.

Il passe le contrôle technique de sa Mégane un vendredi à Rouen : le lendemain matin, sa voiture n'a plus le droit de quitter le parking

Il passe le contrôle technique de sa Mégane un vendredi à Rouen : le lendemain matin, sa voiture n’a plus le droit de quitter le parking

Il est huit heures et quart, ce vendredi d'octobre, sur la zone d'activités du Grand-Quevilly, à la sortie de Rouen. Karim coupe le moteur de sa Mégane devant le centre de contrôle, un gobelet de café tiède calé entre les cuisses. Sous le pont élévateur, une clé tinte contre le métal. Il a posé sa matinée, il pense en avoir pour quarante minutes.

Elle appelle le magasin pour son lave-linge en panne à Saint-Étienne : on lui dicte le numéro du fabricant et la ligne coupe

Elle appelle le magasin pour son lave-linge en panne à Saint-Étienne : on lui dicte le numéro du fabricant et la ligne coupe

Un mardi de novembre, vers sept heures du soir, la cuisine sentait encore la soupe de poireaux. Sandrine venait de lancer une machine de draps quand le tambour s'est arrêté net, dans un claquement sec. Puis plus rien, sauf un voyant orange qui clignotait sur le hublot, et une flaque d'eau grise qui s'étalait doucement sous le plan de travail.

Il repousse chaque soir un mail à son responsable, à Rouen : trois semaines plus tard, il le rédige encore dans sa tête au coucher

Il repousse chaque soir un mail à son responsable, à Rouen : trois semaines plus tard, il le rédige encore dans sa tête au coucher

Il est vingt-trois heures quarante, rive gauche, à Rouen. Le radiateur de la chambre claque deux fois en refroidissant, et Julien, 38 ans, fixe le plafond où passe la lumière d'une voiture. À côté, Claire dort déjà, une main sous l'oreiller. Lui, il rédige un mail. Pas sur son téléphone, posé face contre la table de nuit : dans sa tête, pour la vingtième fois.

Il fait trois kilomètres chaque matin jusqu'à la boulangerie de Béziers : un jour, un voyant orange s'allume et sa voiture refuse d'accélérer

Il fait trois kilomètres chaque matin jusqu’à la boulangerie de Béziers : un jour, un voyant orange s’allume et sa voiture refuse d’accélérer

Il est sept heures moins le quart, rue de la Coquille, et le moteur du Peugeot gris tousse un peu avant de trouver son ronron. Gérard, 71 ans, ajuste son béret, pose la monnaie dans le vide-poche. Dans le rétroviseur, le clocher de Saint-Nazaire attrape la première lumière. Trois kilomètres, la boulangerie, le retour. Ce matin-là, à mi-chemin, un petit pictogramme orange s'allume.

Il installe sa pompe à chaleur contre le mur mitoyen près de Poitiers : au printemps, une lettre recommandée du voisin parle de décibels

Il installe sa pompe à chaleur contre le mur mitoyen près de Poitiers : au printemps, une lettre recommandée du voisin parle de décibels

Il était sept heures du soir, fin octobre, et la lumière baissait sur les toits de Mignaloux. Thierry tenait une clé à molette dans une main, un café tiède dans l'autre. Sous le crépi encore frais, le ventilateur de la pompe à chaleur venait de démarrer avec un souffle régulier. Il a posé sa paume sur la carcasse blanche, et il a souri.

Elle range son sèche-cheveux pour protéger ses longueurs à Brest : deux mois plus tard, ses pointes cassent sur l'oreiller chaque matin

Elle range son sèche-cheveux pour protéger ses longueurs à Brest : deux mois plus tard, ses pointes cassent sur l’oreiller chaque matin

Il était vingt-deux heures passées, la pluie fine tapotait contre la fenêtre de la salle de bains, rue de Siam. Maëlle tordait doucement une serviette en microfibre autour de ses longueurs encore lourdes d'eau. Le sèche-cheveux dormait dans le tiroir depuis des semaines, le fil enroulé avec soin. Elle éteignit la lumière, les cheveux humides sur les épaules, satisfaite de ce petit sacrifice quotidien.

Il bouche les entrées d'air de sa maison neuve près de Rennes : en novembre, une moisissure noire tapisse le mur derrière l'armoire

Il bouche les entrées d’air de sa maison neuve près de Rennes : en novembre, une moisissure noire tapisse le mur derrière l’armoire

Le dimanche matin, vers dix heures, Julien a posé son café sur le rebord de la fenêtre et s'est arc-bouté contre l'armoire de la chambre. Le meuble a grincé sur le parquet flottant. Une odeur de cave est montée d'un coup, lourde, presque sucrée. Derrière, sur le mur blanc de leur maison neuve, une tache noire s'étalait comme une carte de géographie.

Il fait tailler sa haie et abattre un vieux cerisier près d'Orléans : au printemps, le fisc lui retire une partie de son crédit d'impôt

Il fait tailler sa haie et abattre un vieux cerisier près d’Orléans : au printemps, le fisc lui retire une partie de son crédit d’impôt

Le moteur du taille-haie s'est tu vers onze heures, et dans le silence on a entendu craquer le vieux cerisier. Bernard, 67 ans, tenait encore son mug de café refroidi sur le perron, à Saint-Jean-de-Braye. Le jardinier reculait, la tronçonneuse à la main, pendant que l'arbre basculait lentement vers la pelouse humide d'octobre. Bernard pensait alors faire une bonne affaire.

Elle quitte son poste à Besançon après quarante-deux ans de travail : début décembre, son compte attend toujours la première pension promise

Elle quitte son poste à Besançon après quarante-deux ans de travail : début décembre, son compte attend toujours la première pension promise

Le radiateur cliquetait sous la fenêtre de la cuisine, rue Battant, et la buée brouillait les toits de Besançon. Il était sept heures dix, ce mercredi 4 décembre. Martine, 62 ans, a posé son bol de café, ouvert l'application de sa banque sur son téléphone, et fait défiler l'écran du pouce. Toujours rien. Pas une ligne de crédit depuis la fin octobre.

Il allume son premier feu de l'automne près de Tulle : l'assureur lui réclame d'abord un papier rangé nulle part depuis deux ans

Il allume son premier feu de l’automne près de Tulle : l’assureur lui réclame d’abord un papier rangé nulle part depuis deux ans

Il était un peu plus de dix-neuf heures, ce mardi d'octobre, et la pluie fine tapait sur les vitres de la longère. Bernard, 64 ans, a froissé deux pages de La Montagne, posé trois bûches de chêne en croix et craqué l'allumette. Le petit bois a crépité tout de suite. Dans la cuisine, Sylvie a souri en sentant l'odeur familière revenir dans la maison.

Elle se couche une heure plus tôt avant l'heure d'hiver à Dijon : le dimanche matin, elle est réveillée dès 5 heures

Elle se couche une heure plus tôt avant l’heure d’hiver à Dijon : le dimanche matin, elle est réveillée dès 5 heures

Dans la chambre, le radiateur cliquetait doucement et le réveil affichait 5 h 02 en chiffres verts. Claire avait les yeux grands ouverts, le corps parfaitement réveillé, comme un jour de semaine. Dehors, la rue de Dijon était noire et muette, à peine troublée par un camion de livraison. Elle s'était pourtant couchée tôt, exprès, pour bien vivre ce dimanche 25 octobre.

À 64 ans, il range les placards de la cuisine pendant qu'elle travaille : depuis, sa femme dîne face à lui sans prononcer un mot

À 64 ans, il range les placards de la cuisine pendant qu’elle travaille : depuis, sa femme dîne face à lui sans prononcer un mot

Dix-neuf heures quinze, à Sevrier, au bord du lac d'Annecy. Le gratin fumait encore sur la table, la pendule de la cuisine claquait ses secondes dans le silence. Martine reposa sa fourchette, regarda le placard au-dessus de l'évier, puis son assiette. Gérard attendit une phrase qui ne vint pas. Depuis quatre jours, sa femme ne lui parlait plus pendant le dîner.

Il paie 89 euros d'extension de garantie pour son lave-linge à Poitiers : au quatorzième mois, le tambour se bloque net en plein essorage

Il paie 89 euros d’extension de garantie pour son lave-linge à Poitiers : au quatorzième mois, le tambour se bloque net en plein essorage

Le samedi matin, vers neuf heures, la buanderie de Thierry sentait la lessive au lilas. Le lave-linge entamait son essorage, ce grondement familier qui fait trembler le carrelage. Puis un claquement sec, un bourdonnement, et plus rien. Thierry, 54 ans, a ouvert le hublot sur un tambour figé, les draps encore gorgés d'eau, et il a pensé tout de suite à son contrat.

À 61 ans, elle ouvre son relevé de carrière près de Quimper : ses trois étés à la conserverie de Concarneau n'y figurent nulle part

À 61 ans, elle ouvre son relevé de carrière près de Quimper : ses trois étés à la conserverie de Concarneau n’y figurent nulle part

Il était un peu plus de neuf heures, un mardi de mars, et la pluie fine tapait contre la baie vitrée de la cuisine, à Ergué-Gabéric. Martine avait poussé les miettes du petit-déjeuner du revers de la main, posé l'ordinateur portable sur la toile cirée à carreaux bleus. Le café refroidissait dans son bol. À l'écran, une page grise se chargeait lentement : son relevé de carrière.

À 54 ans, elle arrête vingt ans de coloration à Pau : à l'automne, ses cheveux blancs ont pris une teinte jaune paille

À 54 ans, elle arrête vingt ans de coloration à Pau : à l’automne, ses cheveux blancs ont pris une teinte jaune paille

Il était sept heures et quart, la lumière d'octobre entrait de biais par la fenêtre de la salle de bains, rue Montpensier, à Pau. Le sèche-cheveux ronflait encore dans la main de Sylvie quand elle l'a coupé d'un coup. Dans le miroir, sous la lampe, ses cheveux blancs, si fiers tout l'été, tiraient sur le jaune paille.

Elle achète un lave-linge à Rouen et refuse l'extension de garantie : vingt mois plus tard, le vendeur lui réclame 240 euros

Elle achète un lave-linge à Rouen et refuse l’extension de garantie : vingt mois plus tard, le vendeur lui réclame 240 euros

Le tambour s'est arrêté net, un mardi soir vers vingt et une heures, au milieu d'un cycle de serviettes. Dans la petite salle d'eau de son appartement de la rive gauche, à Rouen, Claire a d'abord entendu un claquement sec, puis plus rien. Le hublot restait verrouillé, l'eau grise immobile derrière la vitre, et un voyant orange clignotait sans relâche.

Elle se fait faire un blond polaire chez sa coiffeuse à Nîmes : trois séances de piscine plus tard, ses longueurs tirent nettement sur le vert

Elle se fait faire un blond polaire chez sa coiffeuse à Nîmes : trois séances de piscine plus tard, ses longueurs tirent nettement sur le vert

Il était sept heures dix, et la lumière de juin entrait à plat par la fenêtre de la salle de bains. Camille a essoré ses cheveux dans une serviette grise, puis elle a levé les yeux vers le miroir. Le sèche-cheveux ronronnait déjà dans sa main. Elle l'a coupé net : sous les néons, ses pointes blondes avaient pris une teinte de vieille piscine.

Il paie sa taxe foncière chaque automne près de Clermont-Ferrand : son voisin du même âge n'a plus reçu un seul avis depuis trois ans

Il paie sa taxe foncière chaque automne près de Clermont-Ferrand : son voisin du même âge n’a plus reçu un seul avis depuis trois ans

Le café refroidissait dans la tasse ébréchée, posée sur la toile cirée à carreaux verts. Il était sept heures et demie, ce matin d'octobre, à Aubière, et la pluie fine tapotait la véranda. Bernard, 77 ans, tenait l'avis de taxe foncière entre deux doigts, comme chaque automne. Derrière la haie, il entendait Gérard sortir ses poubelles en sifflotant.

Elle arrive au salon de Nantes pour une coloration châtain : la coiffeuse coupe une mèche et refuse de toucher au reste ce jour-là

Elle arrive au salon de Nantes pour une coloration châtain : la coiffeuse coupe une mèche et refuse de toucher au reste ce jour-là

Le carillon de la porte a tinté à neuf heures dix, rue du Calvaire, à Nantes. Dehors, la pluie fine collait aux vitrines. Claire, 38 ans, a secoué son parapluie sur le paillasson, puis elle a passé la main dans ses cheveux d'un roux cuivré, presque orangé aux pointes. Dans le salon, un sèche-cheveux ronronnait déjà, et ça sentait le café et le shampooing à l'amande.