À la Fashion Week de Milan, 7 maisons transforment la bourgeoisie italienne en garde-robe, de la Sciura milanaise aux Paninari des années 1980

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Bottes d'équitation, blazers cintrés et pulls noués sur les épaules : à Milan, les défilés de la saison ont convoqué toutes les figures du chic italien. Un casting de rôles à endosser, avec ou sans pedigree.

L’essentiel en 3 points

  • À la Fashion Week de Milan, Gucci, Prada, Moschino, Armani, Tod's, The Attico et Ferragamo puisent dans les archétypes de la bourgeoisie italienne.
  • La Sciura milanaise, les Paninari des années 1980 ou la Pariolina romaine deviennent des panoplies à copier plutôt que des statuts à hériter.
  • Cette mécanique de mimétisme social est décrite depuis la fin du XIXe siècle par l'économiste Thorstein Veblen.

Un centre des congrès milanais transformé en boutique Gucci

Le décor donne le ton. Un centre des congrès de Milan a été métamorphosé en boutique pour le défilé Gucci, avec des murs en faux marbre blanc.

Entre ces murs défilent des bottes d'équitation, des blazers cintrés, des cols relevés et des pulls noués sur les épaules. Des panoplies bien sous tous rapports, qui renvoient toutes à un même modèle.

Ce modèle, c'est la Sciura : cette grande dame milanaise qui ne sort jamais sans ses bijoux ni son brushing, et qui ressort ses fourrures à la moindre baisse des températures.

La différence, cette saison, tient à la manière de présenter ce vestiaire. Gucci en fait un style à adopter, plutôt qu'un statut dont on hérite.

Chez Gucci, le pedigree n'est plus un héritage : c'est une panoplie que l'on enfile le matin.

Pourquoi le vestiaire des classes aisées revient à chaque époque

La collection s'inscrit dans une longue tradition de tendances inspirées des milieux fortunés. Au fil des années ont fleuri le preppy, le WASP, le yuppie, l'old money, puis le quiet luxury.

Ce dernier a été popularisé par la série Succession avant d'exploser sur TikTok. Le privilège se réinvente, se reconnaît et se reproduit à chaque époque, avec ou sans pedigree.

Dès la fin du XIXe siècle, l'économiste Thorstein Veblen décrit ce jeu de mimétisme social. Faute de titres aristocratiques, la bourgeoisie affiche sa richesse par ses vêtements et son train de vie, pour ressembler à la noblesse.

Avec l'industrialisation, les grands magasins et la presse de mode, ces codes deviennent plus accessibles. Il n'est plus nécessaire d'appartenir à un milieu pour en adopter les signes extérieurs.

  • Gucci : bottes d'équitation, blazers cintrés, kilts et tartans, sacs à main siglés portés par la Young Sciura.
  • Prada : soixante-quatre silhouettes autour de la jupe, fendue, plissée, fleurie, crayon ou portefeuille.
  • Moschino : blazer à surpiqûres vives et col camel, bermuda, bomber en cuir, chemise à carreaux et jean délavé.
  • Armani : lin, soies délavées et étoffes froissées, dans l'esprit des vêtements hérités.
  • Tod's : pull marine à col montant, chemise bleu ciel, cabas écru, mocassins portés avec des chaussettes.
  • Ferragamo : sahariennes en daim, trenchs en latex translucides, robes en cuir clouté ou en soie plissée.
Maison Figure italienne convoquée Pièces repérées sur le podium
Prada La borghesia intellettuale Jupes fendues, plissées, crayon ou portefeuille
Gucci La Sciura et la Young Sciura Bottes d'équitation, blazers cintrés, kilts, sacs siglés
Moschino Les Paninari des années 1980 Doudounes, polos, bomber en cuir, bermudas
Armani La borghesia colta Lin, soies délavées, étoffes froissées
Tod's La Pariolina romaine Pull marine, trench beige, mocassins et chaussettes

Le BCBG français, les Sloane Rangers anglais, les bourgeoisies italiennes

Chaque pays possède sa version locale. La France a son allure BCBG et ses bobos, l'Angleterre sa jeunesse dite Sloane Rangers.

L'Italie, elle, compte plusieurs bourgeoisies régionales : industrielle et financière à Milan, aristocratique à Rome, marchande à Florence. Les podiums milanais en font la revue complète.

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Prada, Gucci, Moschino : trois façons d'hériter des codes

Prada brouille les archétypes tout en évoquant une bourgeoisie qui lui est familière : la borghesia intellettuale, celle des éditeurs, des architectes et des universitaires, où la réflexion vaut distinction.

Soixante-quatre silhouettes, un seul sujet : la jupe. Fendue, plissée, fleurie, crayon ou portefeuille, elle est explorée dans toutes ses variations, comme un vêtement universel.

Chez Miuccia Prada, diplômée en sciences politiques et ancienne militante du Parti communiste italien, la mode reste une affaire d'idées. La question n'est pas seulement de savoir à quoi ressemble une jupe, mais comment on bouge dedans.

Chez Gucci, la Sciura domine, mais sa petite-fille, la Young Sciura, est aussi de la partie : elle porte les chandails, chemisiers et sacs siglés de sa grand-mère. Plus loin, kilts et tartans rappellent les débuts de Guccio Gucci, bagagiste au Savoy à Londres.

Les Paninari, la Vespa et les bars à paninis

Pour leur première collection chez Moschino, Simone Rizzo et Loris Messina proposent un blazer aux surpiqûres vives et col camel porté avec un bermuda, un blouson aux manches bouffantes sur un pantalon lacé, un bomber en cuir sur une chemise à carreaux.

Ces silhouettes rappellent les Paninari, cette jeunesse dorée milanaise des années 1980 qui mélangeait preppy et sportswear américain. Doudounes, sweat-shirts et polos, avant de sillonner Milan en Vespa.

Chez Armani, c'est l'usure du tissu qui raconte le temps, pas le prix affiché.

Armani, Tod's, The Attico et Ferragamo : de la patine au trench en latex

Chez Armani, la collection s'intitule Traces of Time et travaille le passage du temps : lin, soies délavées, étoffes froissées. Elle évoque la borghesia colta, cultivée, attachée aux vêtements hérités et peu intéressée par l'opulence visible.

L'anthropologue Grant McCracken a étudié la patine comme signe de distinction des anciennes élites : l'usure des objets transmis de génération en génération signalait l'ancienneté des fortunes. Disparu il y a un an, Giorgio Armani laisse la création féminine à sa nièce Silvana Armani.

Tod's convoque la Pariolina, la jeune femme des Parioli, quartier résidentiel aisé de Rome. Pull marine à col montant sur chemise bleu ciel, grand cabas écru, mocassins et chaussettes, trench beige ample avec bermuda foncé.

The Attico mise sur la diva : lingerie, jupes crayon, robes de chambre en velours, manteau laqué vert émeraude, fourrure XXL. Chez Ferragamo, Maximilian Davis s'inspire de la photographe Lee Miller pour habiller les donne in carriera, ces femmes de carrière qui n'ont de comptes à rendre à personne.

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Questions fréquentes

C'est quoi le style Sciura ?

La Sciura est l'archétype de la grande dame milanaise. Elle ne sort jamais sans ses bijoux ni son brushing et ressort ses fourrures dès que les températures baissent. Gucci en a fait le fil conducteur de son défilé milanais.

Qui sont les Paninari cités par Moschino ?

Les Paninari sont une jeunesse dorée milanaise des années 1980. Ils mélangeaient le preppy et le sportswear américain, se retrouvaient dans les bars à paninis et sillonnaient Milan en Vespa. Simone Rizzo et Loris Messina s'en inspirent pour leur première collection chez Moschino.

Quelle différence entre old money et quiet luxury ?

Ce sont deux étiquettes successives d'une même famille d'esthétiques inspirées des classes aisées, aux côtés du preppy, du WASP et du yuppie. Le quiet luxury a été popularisé par la série Succession avant d'exploser sur TikTok.

Pourquoi la mode copie-t-elle les codes des milieux fortunés ?

Dès la fin du XIXe siècle, l'économiste Thorstein Veblen décrit ce mimétisme social : la bourgeoisie affiche sa richesse par le vêtement pour ressembler à la noblesse. L'industrialisation, les grands magasins et la presse de mode ont ensuite rendu ces codes accessibles.

Qu'est-ce que le style Pariolina chez Tod's ?

La Pariolina désigne la jeune femme des Parioli, un quartier résidentiel aisé de Rome. Tod's traduit cette allure par un pull marine à col montant, une chemise bleu ciel, un cabas écru et des mocassins portés avec des chaussettes.

Qui signe la collection Armani présentée à Milan ?

La collection Traces of Time est portée par Silvana Armani, chargée de la création féminine, nièce de Giorgio Armani disparu il y a un an. Elle travaille le passage du temps avec du lin, des soies délavées et des étoffes froissées.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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