Elle rallume le chauffage de son appartement strasbourgeois en novembre : ses cheveux se dressent et collent au visage dès qu’elle retire son bonnet

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Il est dix-huit heures quarante, un mardi de novembre, quand Claire pousse la porte de son appartement de la Krutenau. Le radiateur en fonte cliquette sous la fenêtre, l'air sent la poussière chaude. Elle tire sur son bonnet gris, et un petit crépitement lui chatouille l'oreille. Dans le miroir de l'entrée, ses cheveux se dressent en auréole et viennent se coller à ses joues.

Un appartement ancien, un hiver de plus, une routine bien rodée

Claire a trente-quatre ans et enseigne le dessin dans un collège du quartier de Neudorf. Elle vit depuis six ans dans un deux-pièces au troisième étage, avec parquet qui grince et moulures au plafond. Elle aime cet appartement pour sa lumière, ses hautes fenêtres et la vue sur les toits mouillés. L'hiver strasbourgeois, elle le connaît par cœur, avec ses matins gris et son froid humide qui pique.

Ses cheveux châtains descendent jusqu'aux omoplates, fins, légèrement ondulés, faciles à vivre la plupart du temps. Depuis trois ans, elle utilise le même shampoing doux acheté en pharmacie, et un après-shampoing une fois sur deux. Elle les lave tous les deux jours, les sèche au séchoir à température moyenne, puis les attache pour aller travailler. Rien de sophistiqué, une routine qu'elle ne remet jamais en question.

Chaque année, vers la mi-octobre, elle guette le premier soir vraiment froid pour rallumer le chauffage collectif. C'est presque un rituel, avec un plaid sur le canapé et une tisane dans la tasse ébréchée. Elle se sent alors à l'abri, protégée de la pluie qui tambourine sur le zinc. Cette année, le chauffage a démarré début novembre, et elle a poussé les robinets thermostatiques au maximum.

Pour avoir chaud, elle pousse tout au maximum et ferme tout

La décision lui avait semblé raisonnable, presque évidente au vu du mois d'octobre qu'elle venait de traverser. Elle avait eu froid pendant des semaines, emmitouflée dans deux pulls pour corriger ses copies le soir. Alors, dès que les radiateurs ont été rallumés, elle les a ouverts en grand, dans la chambre comme dans le salon. Elle voulait retrouver la sensation d'un intérieur chaud, enveloppant, où l'on marche pieds nus sans frissonner.

Pour garder cette chaleur, elle a aussi pris une habitude nouvelle : ne plus aérer le matin. Avant, elle ouvrait les fenêtres dix minutes en buvant son café, par principe, presque sans y penser. Cette année, avec le prix de l'énergie qui revenait dans toutes les conversations, elle a préféré tout garder fermé. Soyons honnêtes, elle s'en félicitait même un peu, persuadée de faire à la fois une économie et un geste pour la planète.

Côté tenue, elle avait acheté en septembre un joli bonnet gris côtelé, bien épais, sur un marché de la place Kléber. L'étiquette indiquait cent pour cent acrylique, mais elle ne l'avait pas lue en le payant. Il était doux, il tenait chaud, il allait avec son manteau bleu marine. Elle le portait tous les jours pour pédaler jusqu'au collège, et l'enlevait en arrivant, puis le soir en rentrant chez elle.

« J'ai comparé les deux bouteilles de shampoing ligne par ligne, j'étais sûre qu'ils avaient changé la formule. »

Un crépitement à l'oreille et des mèches qui refusent de retomber

Les premiers jours, elle n'a presque rien remarqué, sinon de petites décharges en touchant la poignée de la porte. Elle riait en secouant la main, en se disant que c'était le parquet ou ses chaussettes. Puis ses cheveux ont commencé à se soulever chaque fois qu'elle retirait son bonnet, comme attirés par un aimant invisible. Des mèches restaient collées à son front, d'autres flottaient au-dessus de sa tête pendant de longues secondes.

En salle des professeurs, une collègue lui a lancé une remarque amusée en la voyant arriver le matin. Tu as mis les doigts dans la prise, Claire, ou tu sors d'une expérience de physique avec tes élèves. Claire a souri, mais elle a passé la récréation à lisser ses cheveux avec les paumes. Ils se recollaient aussitôt à son pull en laine, et crépitaient doucement quand elle tentait de les détacher.

Elle a d'abord pensé à la fatigue, au stress de la fin de trimestre, à l'âge peut-être. Puis elle s'est souvenue que l'hiver précédent, rien de tout cela ne s'était produit avec la même intensité. Elle n'avait changé ni de shampoing ni de séchoir, ni même de coiffure. Ses pointes, en revanche, lui semblaient plus rêches au toucher, et ses lèvres tiraient un peu le soir, ce qu'elle a mis sur le compte du froid.

Elle change de brosse, accuse l'eau et appelle sa coiffeuse

La deuxième semaine, l'agacement a pris le dessus sur l'amusement des débuts. Claire a d'abord soupçonné l'eau de Strasbourg, qu'elle trouvait soudain plus calcaire, sans aucune preuve. Elle a acheté une brosse en poils de sanglier, conseillée par une vidéo vue tard le soir. Le résultat a été à peine meilleur, et seulement pendant les premières minutes après le brossage. Dès qu'elle remettait son bonnet, tout recommençait.

Elle a ensuite essayé de laver ses cheveux tous les jours, convaincue qu'ils manquaient de propreté ou de légèreté. C'était pire, raconte-t-elle, ils devenaient secs comme de la paille et volaient encore plus. Elle a alors pensé que son shampoing avait été reformulé sans le signaler sur l'emballage. Elle a comparé la liste des ingrédients avec une vieille bouteille retrouvée sous l'évier, ligne par ligne, à la lumière du plafonnier. Tout était identique.

Un samedi matin, elle a appelé Nadia, la coiffeuse qui lui coupe les cheveux depuis cinq ans rue d'Austerlitz. Nadia l'a écoutée sans l'interrompre, puis lui a posé une question inattendue sur son appartement. Elle voulait savoir s'il faisait très chaud chez elle, et si elle avait l'impression que l'air était sec. Claire a répondu oui, un peu surprise, en pensant à sa gorge irritée au réveil. Nadia lui a proposé de passer au salon le mardi suivant.

« Je croyais faire des économies en gardant tout fermé, en fait je desséchais l'air et mes cheveux avec. »

Ce n'était ni le shampoing ni l'eau, c'était l'air

Au salon, Nadia a pris une mèche entre ses doigts, l'a frottée doucement et l'a regardée se soulever. Elle a expliqué que chaque hiver, elle voyait arriver les mêmes clientes, avec les mêmes cheveux électriques. Selon elle, le coupable n'était presque jamais le produit, mais l'air chauffé des logements. Quand on chauffe fort sans renouveler l'air, l'humidité intérieure chute, souvent sous la barre des quarante pour cent.

Dans un air aussi sec, a poursuivi Nadia, le cheveu perd son eau et devient un très mauvais conducteur. Les frottements du bonnet, de l'écharpe ou de la brosse arrachent des charges électriques qui restent bloquées sur la fibre. Les cheveux se chargent alors tous du même signe, se repoussent entre eux, et sont attirés par les surfaces voisines. D'où l'auréole, les mèches collées au visage, les petites décharges sur les poignées.

De retour chez elle, Claire a ressorti un vieil hygromètre offert par son père, oublié au fond d'un tiroir. Elle l'a posé sur l'étagère du salon et a attendu toute la soirée avant de le regarder. L'aiguille indiquait trente et un pour cent. Elle est restée un moment debout, le cadran à la main, à mesurer combien elle s'était trompée de cible. Pendant deux semaines, elle avait soigné ses cheveux, alors que c'était l'air de son appartement qui manquait d'eau.

Quelques gestes simples et un bonnet en laine changent l'hiver

Nadia lui avait donné un repère simple : viser une humidité intérieure comprise entre quarante et soixante pour cent. Claire a baissé ses radiateurs d'un cran, autour de dix-neuf degrés dans le salon. Elle a repris l'habitude d'aérer dix minutes chaque matin, fenêtres grandes ouvertes, radiateurs fermés pendant ce temps. Elle a aussi posé un bol d'eau sur le radiateur de la chambre, puis acheté un petit humidificateur pour une trentaine d'euros.

Pour ses cheveux, Nadia lui a conseillé un soin sans rinçage, quelques gouttes réparties sur les longueurs encore humides. Claire a remplacé son bonnet acrylique par un modèle en laine mérinos, un peu plus cher, mais beaucoup moins électrique. On connaît tous ça, ces petits achats qu'on repousse et qui changent tout une fois faits. Au bout de dix jours, l'hygromètre affichait quarante-six pour cent, et ses cheveux retombaient enfin sagement.

Aujourd'hui, Claire regarde son hygromètre comme d'autres jettent un œil au thermomètre avant de sortir. Elle a parlé de l'histoire à sa collègue de la salle des profs, qui s'est aussitôt plainte des mêmes symptômes. Elle sait désormais que le confort de l'hiver ne se mesure pas seulement en degrés. Le soir, quand elle retire son bonnet dans l'entrée, il n'y a plus de crépitement à son oreille, seulement le cliquetis tranquille du radiateur sous la fenêtre.

« Quand j'ai vu l'aiguille sur trente et un pour cent, je suis restée plantée là avec l'hygromètre dans la main. »

  • Mesurer l'humidité avec un hygromètre et viser entre 40 et 60 % dans les pièces de vie.
  • Aérer dix minutes chaque matin, radiateurs fermés, même par temps froid.
  • Éviter de surchauffer : autour de 19 °C dans le séjour suffit souvent.
  • Ajouter un humidificateur ou un récipient d'eau près d'un radiateur si l'air reste sec.
  • Appliquer un soin sans rinçage sur les longueurs pour limiter le dessèchement du cheveu.
  • Préférer les bonnets et écharpes en fibres naturelles, laine ou coton, aux matières synthétiques.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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