Elle sort d’un balayage chez une nouvelle coiffeuse à Toulon : à la caisse, la note affiche 40 euros de plus que la vitrine

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Il était presque midi, ce samedi, et le sèche-cheveux venait enfin de se taire. Nadia regardait ses mèches couleur miel dans le grand miroir, la nuque encore tiède, le peignoir glissé sur l'épaule. Dans la rue du Mourillon, un scooter passait en pétaradant. À la caisse, la jeune coiffeuse tapait sur la tablette avec un sourire, puis tournait l'écran vers elle : 125 euros.

Un samedi matin au Mourillon, et l'envie de changer de tête

Nadia a 41 ans, elle est aide-soignante dans une clinique de Toulon et travaille un week-end sur deux. Ce samedi-là était un samedi libre, de ceux qu'elle protège comme un trésor. Depuis douze ans, elle allait chez la même coiffeuse, Josiane, installée près du port, qui connaissait ses épis et ses habitudes. Mais Josiane avait pris sa retraite au printemps, et le salon avait fermé ses volets roulants un lundi, sans prévenir personne.

Pendant deux mois, Nadia a laissé pousser ses racines en se disant qu'elle trouverait bien quelqu'un. Ses collègues lui donnaient des adresses, sa sœur lui envoyait des photos de salons repérés sur les réseaux. Elle hésitait, parce qu'on connaît tous ça : changer de coiffeur, c'est un peu comme changer de médecin. Il faut tout réexpliquer, la longueur qu'on veut garder, la couleur qu'on ne supporte pas, la frange qu'on regrette depuis 2015.

Un soir, en rentrant de la plage avec son fils, elle est passée devant un petit salon tout neuf, à deux rues de chez elle. La vitrine était propre, les fauteuils en velours vert, une plante grimpante dans un coin. Sur une ardoise posée contre la vitre, une liste de prix écrite à la craie blanche. Balayage : 85 euros. Coupe femme : 38 euros. Nadia a pris une photo de l'ardoise avec son téléphone, presque par réflexe, et elle est rentrée préparer le dîner.

Le prix sur l'ardoise semblait honnête, alors elle a réservé

Le lendemain, elle a appelé le salon pendant sa pause de midi. Une voix jeune et enjouée lui a répondu, celle de Maëlle, la gérante, qui avait ouvert l'endroit trois mois plus tôt après des années comme salariée à Hyères. Nadia a demandé un balayage, en précisant qu'elle avait les cheveux plutôt longs. Maëlle lui a répondu que ça ne posait aucun problème et lui a proposé un créneau le samedi suivant, à neuf heures et demie.

Nadia n'a pas demandé le prix au téléphone. Elle l'avait en photo, elle avait comparé avec ce que lui faisait payer Josiane, et 85 euros lui paraissait raisonnable pour Toulon. Elle avait même prévu un petit pourboire pour l'apprentie qui ferait le shampoing. Dans sa tête, c'était simple : un balayage, une coupe peut-être, et elle ressortirait avec une centaine d'euros de moins sur son compte, pas davantage.

Le samedi, l'accueil a été parfait. Café dans une tasse en grès, magazines récents, une musique douce qui ne couvrait pas les conversations. Maëlle a pris le temps de regarder ses cheveux à la lumière du jour, près de la fenêtre. Elle a dit : on va faire quelque chose de lumineux mais naturel, vous allez voir. Nadia s'est détendue sur le fauteuil, ravie, en se disant qu'elle avait peut-être trouvé sa nouvelle adresse pour les dix années à venir.

« Je ne sais pas si je me suis fait avoir ou si c'est moi qui suis naïve, franchement. »

Pendant le shampoing, une question posée en passant

Le balayage a pris presque deux heures, avec les papillotes, la pose, le rinçage. Au bac, c'est l'apprentie, Lou, qui s'est occupée d'elle. Elle massait le cuir chevelu avec application, et à un moment, elle a demandé doucement si Nadia voulait le soin profond, que c'était mieux après une décoloration. Nadia, les yeux fermés, a répondu un vague oui, pourquoi pas, pensant à une crème après-shampoing comme on en met partout.

Personne n'a parlé de prix à ce moment-là, et Nadia n'y a pas pensé non plus. Soyons honnêtes, quand on a la tête renversée dans un bac, de l'eau tiède sur la nuque, on ne négocie pas grand-chose. Plus tard, pendant le brushing, Maëlle a soulevé une mèche et a fait remarquer qu'il y avait beaucoup de matière, qu'il avait fallu davantage de produit que prévu. Nadia a ri, a dit que sa mère avait la même crinière.

Elle n'a pas relevé la phrase. Elle l'a entendue comme un compliment, ou comme une remarque de métier sans conséquence. Le résultat, lui, était superbe. Des reflets dorés qui accrochaient la lumière, une coupe qui dégageait le visage, exactement ce qu'elle avait en tête sans savoir le dire. Elle a envoyé une photo à sa sœur depuis le fauteuil, avec trois cœurs. C'est en se levant pour aller payer que l'ambiance a changé.

À la caisse, 125 euros et une gêne qui s'installe

Sur l'écran de la tablette, le montant total s'affichait en gros chiffres : 125 euros. Nadia a cru d'abord à une erreur de frappe, ou à une coupe facturée en plus alors qu'elle n'avait demandé qu'un rafraîchissement des pointes. Elle a demandé, sans agressivité, à voir le détail. Maëlle a fait défiler les lignes : balayage 85 euros, supplément cheveux longs 25 euros, soin profond 15 euros. La coupe, elle, était offerte pour une première visite.

Nadia a senti ses joues chauffer. Elle a sorti son téléphone, montré la photo de l'ardoise, en disant qu'elle n'avait vu aucun supplément nulle part. Maëlle a répondu que tout le monde pratiquait ainsi, que les cheveux longs demandaient plus de temps et plus de produit. Lou, derrière, rangeait les serviettes sans lever les yeux. Deux clientes attendaient sur le canapé et faisaient semblant de lire, ce qui rendait la scène encore plus pénible pour tout le monde.

Nadia a fini par payer, parce qu'elle ne voulait pas d'esclandre et qu'elle avait aimé le résultat. Mais elle a demandé une note écrite, et Maëlle la lui a imprimée, un peu sèchement. Dans la voiture, elle a appelé sa sœur, Samia, qui travaille dans une agence immobilière et connaît un peu les règles d'affichage. Elle lui a dit : je ne sais pas si je me suis fait avoir ou si c'est moi qui suis naïve. Samia lui a conseillé de ne pas jeter le ticket.

« J'ai fait l'ardoise vite fait pour l'ouverture, je pensais que le classeur sous le comptoir suffisait. »

Le classeur derrière le comptoir que personne ne lui avait montré

Le lundi, Nadia en a parlé à une collègue de la clinique, Françoise, dont le mari avait longtemps tenu un salon à La Seyne. Françoise a écouté, puis elle a expliqué ce que son mari répétait à ses employés. Pour elle, un salon devait afficher ses prix TTC de façon lisible, de l'extérieur comme à l'intérieur, et les suppléments liés à la longueur ou à un produit en plus devaient y figurer aussi. Sans cela, disait-elle, le client pouvait contester.

Françoise a ajouté que son mari remettait toujours une note détaillée dès que la prestation dépassait 25 euros, parce que c'était obligatoire, et qu'en dessous il la donnait si on la demandait. Nadia a ressorti son ticket. Les lignes y étaient bien, mais rien ne prouvait qu'on l'avait prévenue avant. Le mercredi, elle est repassée devant le salon. L'ardoise était toujours là, avec le même balayage à 85 euros, et pas un mot sur une quelconque longueur.

Elle est entrée et a demandé calmement à parler à Maëlle. La gérante, cette fois, était seule et moins sur la défensive. Elle a sorti un classeur plastifié rangé sous le comptoir, où figurait toute sa grille tarifaire, suppléments compris. Elle a reconnu qu'elle ne le montrait presque jamais. Elle a dit : j'ai fait l'ardoise vite fait pour l'ouverture, je pensais que le classeur suffisait. Et le soin, c'est Lou qui le propose à tout le monde, je ne savais pas qu'elle ne donnait pas le prix.

Quarante euros rendus, et une ardoise réécrite le soir même

Ce n'était donc ni une erreur de caisse ni une arnaque montée de toutes pièces. C'était une jeune patronne débordée, une grille cachée dans un classeur, une apprentie qui récitait une phrase apprise sans annoncer le tarif. Nadia a expliqué qu'elle comptait signaler le problème sur SignalConso, le site de la DGCCRF, si rien ne changeait. Maëlle a pâli, puis elle a proposé de lui rembourser les 40 euros de suppléments. Nadia a accepté, en précisant qu'elle reviendrait si l'affichage était corrigé.

Le samedi suivant, en passant avec son fils, elle a vu une nouvelle affiche imprimée, collée à côté de l'ardoise. Les prix étaient indiqués TTC, avec une ligne pour les cheveux longs et une ligne pour chaque soin. Dans le salon, un petit chevalet sur le bac rappelait le tarif du soin profond. Maëlle lui a fait un signe de la main à travers la vitre. Nadia a souri, un peu gênée, mais soulagée de ne pas avoir laissé filer l'histoire.

Aujourd'hui, elle y retourne toutes les huit semaines, et elle demande toujours le total avant qu'on touche à ses cheveux. Elle dit que ça ne casse pas l'ambiance, au contraire, et que Maëlle le propose désormais d'elle-même. Sa sœur, elle, a pris l'habitude de photographier les vitrines avant chaque rendez-vous. Quarante euros, ce n'est pas une fortune, mais c'est un plein d'essence, deux sorties au cinéma avec un ado, ou la moitié d'une facture d'électricité. Voici ce qu'elles regardent maintenant.

« Mon mari donnait toujours une note détaillée au-dessus de 25 euros, il disait que c'était obligatoire. »

  • Regarder l'affichage en vitrine et à l'intérieur : les prix doivent être indiqués TTC, suppléments compris.
  • Demander le prix total avant la prestation, surtout si vous avez les cheveux longs ou épais.
  • Faire préciser le tarif de tout soin ou produit proposé au bac avant d'accepter.
  • Exiger une note détaillée : elle est due au-delà de 25 euros, et sur demande en dessous.
  • Photographier l'affichage et garder le ticket en cas de désaccord.
  • Si un supplément non affiché est maintenu, le contester puis le signaler sur SignalConso, le site de la DGCCRF.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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