Elle remplace son flacon par un pain solide pour moins jeter à Lorient : trois semaines plus tard, ses cheveux collent dès le lendemain matin

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Sept heures dix, rue de Merville, à Lorient. L'eau de la douche tambourine contre le carrelage blanc, la buée efface déjà le miroir. Camille tourne entre ses doigts un petit galet beige qui sent la lavande et l'huile d'olive. Sur l'étagère, le dernier flacon en plastique est vide, rincé, prêt pour le bac jaune. Elle sourit : ce sera le dernier.

Une salle de bains qui se vide de ses flacons

Camille a trente-quatre ans, un vélo bleu attaché dans la cour et un poste d'infirmière à l'hôpital du Scorff. Elle vit avec Hugo dans un trois-pièces au deuxième étage, près de la gare, depuis bientôt cinq ans. Le matin, tout est chronométré : douche rapide, café debout, casque sur la tête. Ses cheveux châtains, longs jusqu'aux omoplates, ne lui ont jamais causé de souci. Elle les lave tous les trois jours, les attache souvent pour le travail, et les trouve plutôt dociles.

Depuis un an, le couple a pris l'habitude de compter ses déchets. Ça a commencé par un défi lancé entre collègues, presque une plaisanterie, puis c'est devenu un jeu sérieux. Les courses se font en vrac à la biocoop du quartier, les bocaux s'alignent dans la cuisine, la poubelle grise ne sort plus qu'une fois par semaine. Hugo tient même un carnet où il note chaque emballage évité. Il reste pourtant un îlot de plastique dans l'appartement, et c'est la salle de bains.

Gel douche, shampooing, après-shampooing, crème : Camille fait l'inventaire un dimanche soir et pose les flacons sur le rebord de la baignoire. Il y en a sept, à moitié pleins, achetés à des moments différents et jamais vraiment finis. Elle les regarde avec une légère gêne, comme on regarde un placard qu'on aurait dû ranger depuis longtemps. Hugo, en passant, lui lance qu'il suffit d'attendre qu'ils se vident. Elle décide qu'ensuite, plus aucun flacon n'entrera dans cette pièce.

Le petit pain lavant du marché de Merville

Le samedi suivant, au marché, elle s'arrête devant un stand en bois couvert de pains colorés. Une jeune femme y vend des savons faits à la main, empilés sur des feuilles de papier kraft. Certains portent une étiquette manuscrite : shampooing solide, cheveux normaux, lavande et romarin. Camille hésite entre deux parfums, demande combien de lavages on peut espérer. Une soixantaine, lui répond la vendeuse, si on le laisse bien sécher entre deux douches. À neuf euros, le calcul paraît imbattable.

Elle rentre avec son pain enveloppé dans un carré de tissu, et un petit porte-savon en bois de hêtre. Le soir même, elle regarde deux vidéos sur la façon de s'en servir : frotter le pain sur les cheveux mouillés, masser, rincer longuement. Tout paraît simple, presque plus agréable qu'avec un flacon. Hugo plaisante sur l'odeur de lavande qui envahit le couloir. Elle lui répond que c'est l'odeur d'une poubelle plus légère, et qu'il finira bien par s'y mettre.

La première douche est plutôt une réussite. La mousse est moins abondante qu'avec son ancien produit, mais elle trouve ça rassurant, plus naturel. Ses cheveux crissent un peu sous les doigts au rinçage, une sensation de propre qu'elle interprète comme un bon signe. En les séchant, elle les trouve plus légers, avec du volume aux racines. Je crois que je ne reviendrai jamais en arrière, écrit-elle à sa sœur Margaux le soir même, avec une photo du pain posé sur le rebord de la fenêtre.

« Je crois que je ne reviendrai jamais en arrière, ça sent bon et en plus ça ne jette rien. »

Des racines lourdes que personne ne remarque

Au bout d'une semaine, quelque chose a changé, mais Camille ne saurait pas dire quoi. Ses cheveux sèchent plus lentement, ils gardent une texture un peu épaisse au niveau des longueurs. Le matin du lendemain d'un lavage, la raie paraît déjà terne. Elle se dit que c'est la pluie, l'air salé qui remonte du port, le bonnet qu'elle porte sur le vélo. Après tout, on est en novembre à Lorient, et personne n'a vraiment de beaux cheveux en novembre.

Elle a aussi lu, sur un forum, que les cheveux traversent une période d'adaptation quand on abandonne les shampooings classiques. Quelques semaines de transition, disait le message, le temps que le cuir chevelu se régule. L'explication lui plaît, parce qu'elle donne un sens au désagrément. Elle espace un peu les lavages, comme conseillé, et attend. Soyons honnêtes, elle a envie que ça marche : elle a parlé de son pain à toutes ses collègues du service de chirurgie.

À la fin de la deuxième semaine, une collègue, Nadia, lui demande en salle de pause si elle a changé de coiffure. Camille rit et répond que non, qu'elle teste juste un nouveau shampooing. Dans le vestiaire, elle touche ses cheveux devant le miroir et sent sous ses doigts un film léger, presque gommeux. Elle passe la main une seconde fois, puis une troisième. Ça colle, murmure-t-elle, en fronçant les sourcils, avant de remettre vite fait son élastique.

Trois semaines de lavages qui empirent tout

La troisième semaine, le problème ne peut plus être ignoré. Le lendemain de chaque lavage, ses cheveux sont gras aux racines, raides sur les longueurs, et ils accrochent la brosse comme de la paille enduite. Ils sentent le propre, pourtant, et c'est ce qui la trouble le plus. Elle tente de les laver deux jours de suite, en frottant plus fort, en laissant poser plus longtemps. Le résultat est pire : une masse terne, collante, qui refuse de bouger quand elle secoue la tête.

Elle appelle Margaux, qui a essayé le même genre de produit deux ans plus tôt. Sa sœur lui conseille de rincer au vinaigre, sans trop savoir pourquoi, juste parce qu'une amie le faisait. Camille n'ose pas, elle a peur de sentir la vinaigrette toute la journée au travail. Elle retourne au marché pour interroger la vendeuse, qui lui suggère de mieux faire mousser le pain entre ses mains avant de l'appliquer. Elle essaie, consciencieuse, pendant trois douches. Rien ne change.

Un soir, Hugo la trouve assise au bord de la baignoire, les cheveux mouillés, son téléphone à la main. Elle a ressorti un vieux flacon, gardé au fond d'un placard, et hésite à l'utiliser. J'ai l'impression de tout gâcher, lui dit-elle, je voulais juste moins jeter. Il lui propose de demander l'avis de quelqu'un dont c'est vraiment le métier. Elle prend rendez-vous le lendemain chez Solène, la coiffeuse de la rue du Port qui lui coupe les pointes depuis des années.

« Ça sent le propre, et pourtant quand je passe la main dedans le lendemain, ça colle comme de la cire. »

Ce que la coiffeuse lit sur l'étiquette

Solène passe les doigts dans les longueurs, frotte une mèche entre son pouce et son index, puis demande à voir le produit. Camille a apporté le pain dans son carré de tissu. La coiffeuse retourne l'étiquette et lit la liste des ingrédients à voix haute : huile d'olive saponifiée, huile de coco saponifiée, glycérine, lavande. Elle repose le pain sur le comptoir avec un petit sourire. Ce n'est pas un shampooing, dit-elle, c'est un savon, et vos cheveux n'aiment pas ça.

Elle explique calmement ce qui se passe. Un savon est fabriqué par saponification : on fait réagir des huiles avec de la soude, et le résultat a un pH alcalin, bien plus élevé que celui du cheveu. Ce pH ouvre les écailles de la fibre, qui devient rêche et accroche. Et surtout, le savon réagit avec le calcaire contenu dans l'eau du robinet. L'eau de Lorient n'est pas la plus dure de France, précise-t-elle, mais le moindre calcium suffit à former un dépôt.

Ce dépôt, ce sont de minuscules résidus de savon calcaire qui s'accrochent au cheveu et ne partent pas au rinçage. C'est ce film collant que Camille sent sous ses doigts, et que l'on confond facilement avec du sébum. Plus elle lavait, plus elle en rajoutait, d'où l'aggravation des derniers jours. Solène hausse les épaules : beaucoup de pains vendus sur les marchés portent le mot shampooing alors qu'ils sont des savons. On connaît tous ça, ajoute-t-elle, le joli emballage qui promet plus qu'il ne tient.

Le bon pain, un rinçage acide et une poubelle toujours légère

Camille ne renonce pas pour autant au solide. Solène lui montre un autre type de pain, ce qu'on appelle un shampooing solide sans savon, fabriqué avec des tensioactifs doux compressés plutôt qu'avec des huiles saponifiées. Son pH est proche de celui du cheveu, il ne réagit pas avec le calcaire et ne laisse pas de film. Elle lui conseille aussi, pour récupérer ses longueurs, un rinçage acide : un peu de vinaigre de cidre dilué dans un grand verre d'eau, versé en fin de douche.

Le soir même, Camille suit le conseil, un peu sceptique, et l'odeur disparaît en séchant. Le vinaigre, explique-t-elle à Hugo, dissout le dépôt calcaire et referme les écailles du cheveu. Le lendemain matin, devant le miroir embué, elle passe une main dans ses racines et ne sent plus rien d'accroché. Il lui faudra encore deux lavages avec le nouveau pain pour retrouver complètement ses cheveux d'avant. Le premier pain, lui, a fini sur le lavabo, où il sert désormais à se laver les mains.

La facture de l'expérience reste modeste : neuf euros pour le savon, quatorze pour le vrai shampooing solide, et trois semaines de cheveux collés. Camille en parle maintenant à ses collègues avec une pointe d'autodérision, et Nadia a vérifié l'étiquette de son propre pain avant de l'utiliser. Dans la salle de bains, il n'y a toujours aucun flacon, et la poubelle grise sort toujours une fois par semaine. Hugo a simplement ajouté une ligne dans son carnet : lire la composition avant d'acheter, même au marché.

« Ce n'est pas un shampooing, c'est un savon, et vos cheveux n'aiment pas ça du tout. »

  • Lire la composition : « huile saponifiée » ou « sodium olivate » signale un savon, pas un shampooing.
  • Chercher la mention « sans savon » ou « syndet » sur l'étiquette d'un shampooing solide.
  • Si les cheveux collent après un pain, tester un rinçage au vinaigre de cidre bien dilué.
  • Se renseigner sur la dureté de son eau auprès de sa mairie ou de son fournisseur.
  • Laisser sécher le pain sur un support ajouré entre deux douches pour qu'il dure.
  • Demander l'avis d'un coiffeur avant de conclure à une simple période d'adaptation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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