Il savoure sa retraite sans réveil près de La Rochelle : en février, il se couche à trois heures et confond le mardi avec le jeudi

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La cafetière gargouillait dans la cuisine silencieuse, et l'horloge du four affichait 11 h 40. Gérard, en robe de chambre, regardait la pluie fine tomber sur le jardin de Lagord, à deux pas de La Rochelle. Il venait de se lever, encore lourd, la tête pleine de coton. Sur la table, le journal datait de la veille, ou peut-être de l'avant-veille.

Quarante ans de réveils à six heures, puis le grand silence

Gérard a passé quarante et un ans à l'entrepôt d'une coopérative agricole, du côté de Périgny. Chaque matin, le réveil sonnait à 5 h 45, été comme hiver, et il partait avant que la maison ne s'éveille. Il connaissait par cœur le bruit du portail, l'odeur du café avalé debout, la route encore noire. Il ne s'en plaignait pas vraiment, c'était la vie, et il dormait comme une pierre le soir venu. Sa femme, Martine, disait qu'on aurait pu le régler sur lui comme sur une pendule.

Le 30 septembre, ses collègues lui ont offert une canne à pêche et un gâteau trop sucré. Le lendemain matin, il a débranché le réveil et l'a rangé dans le tiroir de la commode, presque solennellement. Martine, qui travaillait encore trois jours par semaine à la médiathèque, a ri en le voyant faire. Elle lui a dit qu'il l'avait bien mérité, ce repos, et qu'il pouvait enfin dormir tout son soûl. Pour la première fois depuis l'adolescence, aucune sonnerie ne viendrait décider à sa place.

Les premières semaines ont eu un goût de vacances qui ne finissent pas. En octobre, il se levait vers huit heures, sans y penser, et partait marcher sur le front de mer d'Aytré. Il retrouvait des copains au port des Minimes, bricolait l'abri de jardin, lisait des polars jusqu'à minuit. La lumière dorée de l'automne entrait par la grande baie du salon. Il se sentait léger, presque jeune. C'est maintenant que je vis, répétait-il à qui voulait l'entendre, et il le pensait vraiment.

La liberté de se coucher tard, prise comme une récompense

Avec novembre sont venues les journées courtes et les pluies atlantiques qui ne s'arrêtent plus. Les marches sur la plage se sont espacées, puis ont disparu, remplacées par des après-midi devant les documentaires. Gérard a découvert les séries, les vraies, celles qu'on enchaîne épisode après épisode sans voir le temps passer. Il se disait qu'il n'avait plus de raison de se coucher tôt. Personne ne l'attendait le lendemain, aucun camion à charger, aucune équipe à briefer à six heures et demie.

Le soir, Martine montait vers 22 h 30, et lui restait en bas avec la tablette sur les genoux. Une heure du matin, puis deux heures, parfois davantage quand une intrigue le tenait. Il trouvait cela délicieux, ce petit luxe d'homme libre qui fait ce qu'il veut de ses nuits. Il rattrapait le lendemain, simplement, en restant au lit jusqu'à dix heures ou onze heures. Volets fermés, chambre sombre, couette remontée. Sur le papier, le compte d'heures y était, se disait-il.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement, et il a l'air imparable. Si l'on dort huit heures, peu importe l'heure à laquelle elles commencent, pense-t-on. Gérard en parlait même avec fierté à son beau-frère au téléphone. Je dors autant qu'avant, je décale juste, voilà tout, lui avait-il expliqué un dimanche. Rien, à ce moment-là, ne lui semblait de nature à l'inquiéter. Il avait toujours été solide, il n'avait jamais pris le moindre somnifère, et il voyait mal ce qui pourrait changer.

« Je dors autant qu'avant, je décale juste, voilà tout, je ne vois pas où est le problème. »

Un rendez-vous chez le dentiste oublié, un mardi devenu jeudi

Le premier accroc est arrivé un matin de décembre, sous la forme d'un appel du cabinet dentaire. La secrétaire, polie mais ferme, lui a demandé s'il comptait venir à son rendez-vous de 9 h 30. Il était 10 h 15, et Gérard, encore au lit, était persuadé qu'on était mercredi, pas mardi. Il s'est excusé, a reporté, a raccroché en riant de lui-même. Il a mis cela sur le compte de la retraite, de ces jours qui se ressemblent tous, sans les repères du travail.

Puis il y a eu d'autres petites choses, éparpillées, faciles à oublier. Il a sorti la poubelle jaune le mauvais soir, deux fois de suite, sous l'œil amusé du voisin. Il s'endormait de plus en plus difficilement, même quand il éteignait la télévision vers une heure. Il restait les yeux ouverts dans le noir, l'esprit qui tournait, puis se réveillait à cinq heures, en nage. Le jour, il piquait du nez après le déjeuner, dans le fauteuil, et se réveillait groggy à seize heures.

Martine a commencé à le trouver grognon, lui qui ne l'était jamais. Il s'agaçait pour une clé égarée, oubliait d'acheter le pain, perdait le fil des conversations. Tu n'as plus l'air reposé du tout, lui a-t-elle dit un soir, pourtant tu dors jusqu'à midi. Il a haussé les épaules. Il pensait au fond que ça passerait avec le printemps, que c'était l'hiver charentais, gris et mouillé. Il n'a rien changé à ses habitudes, convaincu que dormir plus finirait par réparer ce qui clochait.

Tisanes, mélatonine du voisin et nuits blanches de février

En février, les choses ont franchement empiré, et Gérard ne pouvait plus faire semblant. Il se couchait à trois heures, épuisé mais incapable de fermer l'œil, et se levait hagard en fin de matinée. Un jeudi, il s'est présenté au club de pétanque, qui ne se réunissait que le samedi. Il a eu honte, pour la première fois, de ce flou qui grignotait ses semaines. Le soir, dans la salle de bains, il s'est regardé longtemps dans la glace, les traits tirés, les yeux cernés.

Il a d'abord essayé les remèdes de grand-mère, tisane de tilleul, verveine, lait chaud au miel. Rien n'y faisait vraiment. Le voisin, Alain, lui a proposé des comprimés de mélatonine qu'il prenait lui-même, et Gérard a hésité avant de refuser. Il a tenté de se coucher plus tôt, à 22 heures, par la force de la volonté. Il a passé la nuit à fixer le plafond, à compter les voitures sur la rocade. À quatre heures, il s'est relevé, furieux, et a rallumé la télévision.

Martine a fini par prendre les choses en main et lui a obtenu un rendez-vous chez leur médecin traitant. Gérard y est allé à reculons, persuadé qu'on allait lui parler de dépression ou de son cœur. Il redoutait une prise de sang, des examens, un traitement à vie. Dans la voiture, il a même évoqué la maladie d'Alzheimer, à cause de ces jours qui se mélangeaient. Martine lui a pris la main sans rien dire. Elle aussi, au fond, avait commencé à avoir peur pour lui.

« Je me suis pointé au club un jeudi, les gars m'ont regardé comme si j'arrivais de la lune. »

Ni l'âge ni la mémoire, une horloge interne à la dérive

Le docteur Lemoine l'a écouté longtemps, a pris sa tension, puis lui a posé une question inattendue. À quelle heure voyez-vous la lumière du jour, le matin, en ce moment, a-t-il demandé. Gérard a réfléchi et a dû admettre qu'il ne la voyait presque plus. Volets clos jusqu'à onze heures, café dans la cuisine, puis télévision dans le salon aux rideaux tirés. Certains jours de pluie, il ne mettait pas le nez dehors avant le soir. Le médecin a hoché la tête, sans surprise.

Il lui a expliqué, avec des mots simples, ce qui se passait chez lui. Notre corps possède une horloge interne qui tourne un peu plus lentement que vingt-quatre heures. Ce sont la lumière du matin et des heures de lever régulières qui la remettent chaque jour à l'heure. Pendant quarante ans, le réveil et la route de l'entrepôt avaient fait ce travail sans qu'il le sache. En supprimant les deux à la fois, et en plein hiver, Gérard avait laissé son horloge dériver nuit après nuit.

Gérard est resté silencieux un long moment, presque soulagé. Donc je ne suis pas en train de perdre la tête, a-t-il fini par dire, je suis juste décalé. Le médecin a souri. Il lui a expliqué que ses écrans tardifs aggravaient encore le retard, et que ses longues siestes grignotaient son envie de dormir le soir. Ce n'était ni l'âge ni la mémoire, mais une machine sans repères. Il ne lui a prescrit aucun médicament, seulement un réveil, une heure fixe et une promenade.

Le réveil ressorti du tiroir et la marche de neuf heures

De retour à Lagord, Gérard a rouvert le tiroir de la commode et rebranché le vieux réveil, avec un sourire un peu penaud. Il l'a réglé sur 8 heures, tous les jours, samedi et dimanche compris, même après une mauvaise nuit. Les premiers matins ont été rudes, il l'avoue volontiers. Il ouvrait les volets en grand, buvait son café face à la baie, puis enfilait son ciré pour marcher une demi-heure, même sous le crachin. Martine l'accompagnait parfois, les jours où elle ne travaillait pas.

Au bout de dix jours, il a senti la différence. Le sommeil venait plus facilement vers 23 heures, sans qu'il ait à le chercher. Il a remplacé la série de minuit par un livre, limité la sieste à vingt minutes avant quinze heures. Les jours ont retrouvé leur contour, le mardi est redevenu le mardi. Trois semaines plus tard, il a gagné une partie de pétanque, le bon samedi cette fois. Je croyais que la liberté, c'était de ne plus avoir d'heure, dit-il aujourd'hui en riant.

Il n'a rien dépensé, ou presque, sinon une paire de bottes pour ses marches matinales. Ce qu'il a perdu, ce sont quatre mois de nuits hachées et une bonne dose de confiance en lui. Il en parle désormais aux copains qui partent à la retraite, avec le sérieux d'un ancien qui a appris. Il leur conseille de garder un horaire, d'aller dehors tôt, surtout l'hiver. Ce qui a marché pour lui ne remplace pas l'avis d'un médecin, précise-t-il, mais cela vaut la peine d'essayer.

« Donc je ne suis pas en train de perdre la tête, je suis juste décalé, c'est ça. »

  • Se lever à la même heure chaque jour, week-end compris, même après une mauvaise nuit.
  • Ouvrir les volets dès le réveil et sortir à la lumière du jour dans la matinée, même par temps gris.
  • Limiter la sieste à une vingtaine de minutes, avant 15 heures.
  • Éteindre les écrans une heure avant le coucher et préférer un livre.
  • Garder des rendez-vous réguliers dans la semaine pour conserver des repères.
  • Consulter son médecin si les troubles du sommeil persistent malgré ces changements.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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