Ils chargent vélos, eau et conserves pour un hiver au Portugal : près de Bayonne, le gendarme les fait monter sur la bascule

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Il était sept heures et demie, la cour de la maison sentait encore la pluie de la nuit. Gérard serrait la dernière sangle du porte-vélos, celle qui grince toujours quand on tire dessus. Dans la cuisine, Martine rangeait les bocaux de confiture dans un carton, un par un, enveloppés dans du papier journal. Le camping-car attendait, tuyau d'arrosage encore branché au réservoir.

Trois hivers à en rêver avant de prendre enfin la route du sud

Gérard a soixante-quatre ans, il a été chauffeur de car scolaire pendant trente ans dans la campagne poitevine. Martine, sa femme, a tenu le rayon mercerie d'un grand magasin de Niort jusqu'à sa retraite l'an dernier. Leur camping-car, un profilé de sept mètres acheté d'occasion, dort sous un abri en tôle depuis deux ans. Ils l'ont pris pour les week-ends en Vendée, quelques semaines en Bretagne, rien de très lointain jusque-là.

Le projet du Portugal est né un soir de février, devant un reportage sur les retraités qui passent l'hiver en Algarve. Martine avait regardé la pluie battre contre la baie vitrée, puis elle avait dit simplement qu'elle en avait assez du gris. Gérard n'avait rien répondu ce soir-là, mais il avait ressorti les cartes routières le lendemain matin. Trois mois au soleil, entre Lagos et Tavira, avec la mer à quelques pas du marchepied.

Ils ont tout préparé avec le sérieux des gens qui n'aiment pas les surprises. Révision du moteur, pneus neufs, carte grise rangée dans la pochette plastique avec l'assurance et les permis. Gérard, avec son passé de chauffeur professionnel, se sentait en terrain connu. Il connaissait les routes, les temps de pause, les pièges des descentes de col. Le camping-car, lui, il le conduisait avec son simple permis B, comme la plupart des propriétaires de ces véhicules.

Pour trois mois là-bas, ils décident de ne rien oublier

Trois mois, c'est long, et Martine avait fait une liste sur un cahier d'écolier à spirale. Les vélos électriques d'abord, parce qu'on leur avait dit que les pistes cyclables longeaient la côte. Ensuite les provisions, car elle se méfiait des prix et voulait ses produits à elle, ses conserves, son café. Gérard avait ajouté une petite table pliante, deux chaises de camping supplémentaires et le barbecue au charbon de son beau-frère.

Il y avait aussi le plein d'eau, une habitude qu'ils avaient prise dès leur premier voyage. Cent vingt litres dans le réservoir propre, pour ne pas dépendre des aires de service en arrivant le soir. Gérard trouvait cela plus prudent, surtout en hiver, quand certaines bornes sont fermées. Il avait même glissé deux bidons de vingt litres dans la soute, au cas où. On connaît tous ça, cette envie de partir autonome, avec de quoi tenir.

La soute arrière s'est remplie en une matinée, avec les outils, les cales, le tuyau, les rallonges électriques. Martine a ajouté la machine à pain, les couettes d'hiver et une caisse de bouteilles de vin de la coopérative. Gérard a fixé une seconde batterie pour ne pas manquer d'électricité sur les aires sans branchement. Chaque objet avait sa bonne raison d'être là, et aucun ne paraissait lourd pris séparément. Personne n'a pensé à additionner.

« Je me suis senti comme un gamin qu'on surprend avec les poches pleines de bonbons, devant tout le monde sur cette aire. »

Une suspension qui tasse et un volant soudain moins docile

En sortant de la cour, Gérard a senti l'arrière racler légèrement sur le petit dos d'âne du portail. Il a haussé les épaules, mis cela sur le compte du trottoir trop haut que la mairie n'avait jamais refait. Sur la nationale, le camping-car tenait la route, mais il mettait plus de temps à reprendre de la vitesse. Dans les côtes, le moteur peinait d'une façon que Gérard ne lui connaissait pas, même chargé pour la Bretagne.

Vers Bordeaux, sur la rocade, un camion les a doublés et le véhicule a tangué plus que d'habitude. Martine s'est accrochée à la poignée de la portière sans rien dire, puis elle a demandé si tout allait bien. Gérard a répondu que c'était le vent, que les profilés sont toujours sensibles aux appels d'air. Il y croyait à moitié, mais il n'avait pas envie de gâcher le premier jour du grand voyage.

Au freinage, aussi, quelque chose avait changé, une sorte d'inertie qui poussait le véhicule vers l'avant. Gérard anticipait davantage, laissait plus de distance, comme il l'aurait fait avec un car rempli d'enfants. Dans les Landes, la route droite a endormi ses doutes, les pins défilaient, la radio passait de vieilles chansons. Ils ont déjeuné sur une aire près de Castets, et le soleil est sorti pour la première fois depuis Niort.

Près de Bayonne, un gendarme lève la main et désigne la bascule

Le contrôle était installé sur une aire juste avant Bayonne, avec des cônes orange et deux fourgons bleus. Un gendarme a fait signe au camping-car de se ranger, d'un geste calme et sans appel. Gérard a sorti la pochette plastique, fier d'avoir tout en ordre, permis, carte grise, assurance, contrôle technique. Le gendarme a regardé les papiers, puis il a fait le tour du véhicule lentement, en observant l'arrière et les roues.

Il est revenu à la portière et a demandé à Gérard de suivre un collègue jusqu'à une plateforme métallique un peu plus loin. Une bascule mobile, des plaques posées sous chaque roue, reliées à un petit boîtier électronique. Martine a demandé à voix basse si c'était grave, et Gérard a dit qu'il n'en savait rien. Il a avancé doucement, au pas, guidé par le gendarme qui lui indiquait de tourner un peu le volant.

Pendant la pesée, Gérard a tenté d'appeler son beau-frère, qui avait un camping-car depuis quinze ans. Pas de réponse, la messagerie, comme toujours quand on a besoin de lui. Martine cherchait sur son téléphone ce que signifiait le mot PTAC écrit sur la carte grise. Le gendarme, lui, notait des chiffres sur une tablette en silence. Je me suis senti comme un gamin qu'on surprend avec les poches pleines de bonbons, a raconté Gérard plus tard.

« Chaque truc qu'on mettait dans la soute, on avait une bonne raison, mais personne n'a jamais pensé à faire l'addition. »

Le poids de l'eau, des vélos et d'eux-mêmes sur la balance

Le chiffre est tombé sur l'écran : trois mille neuf cent quarante kilos. Le gendarme a montré la carte grise, la case F.2, le poids total autorisé en charge, trois mille cinq cents kilos. Quatre cent quarante kilos de trop, soit plus de douze pour cent au-dessus de la limite. Gérard a d'abord cru à une erreur, puis il a revu la soute pleine, les bidons, les caisses, les vélos.

Le gendarme a expliqué, patiemment, que la charge utile de leur modèle n'était que de quelques centaines de kilos. Le poids à vide noté par le constructeur ne comprend pas tout ce qu'on ajoute ensuite. Les cent soixante litres d'eau pèsent cent soixante kilos, les deux vélos électriques et leur support une soixantaine. Il faut ajouter Gérard et Martine, leurs bagages, les conserves, la seconde batterie, le vin. Tout cela s'additionne très vite.

Ce n'était ni la vitesse ni les papiers, c'était le poids, tout simplement. Le gendarme a rappelé qu'avec un permis B, on ne peut pas conduire un véhicule dont le PTAC dépasse trois tonnes et demie. Rouler au-dessus, c'est une surcharge, et elle se verbalise. Il a ajouté une phrase que Martine a retenue mot pour mot. Votre véhicule ne repartira pas tant que vous n'aurez pas retiré ce qui dépasse, madame.

Une amende, un réservoir vidé et une nouvelle façon de partir

Ils ont reçu une contravention, et le camping-car a été immobilisé sur l'aire le temps de régulariser. Gérard a vidé le réservoir d'eau propre dans le caniveau, les bidons aussi, sous le regard des automobilistes qui passaient. Il a fallu trouver une solution pour le reste. Martine a appelé une cousine installée à Anglet, qui est venue avec sa voiture chercher les caisses de vin, le barbecue et une partie des provisions.

Après une deuxième pesée, le véhicule est passé juste sous la limite, et ils ont pu repartir en fin d'après-midi. Soyons honnêtes, le reste du trajet n'a pas eu le même goût. Gérard a mieux senti la route, le volant plus léger, le freinage plus franc. Il s'est dit qu'en cas d'accident, la surcharge aurait pu compliquer les choses avec l'assurance, et cette pensée ne l'a plus quitté jusqu'à l'Espagne.

En Algarve, ils ont racheté sur place ce qu'ils avaient laissé, pour bien moins cher qu'ils ne l'imaginaient. Martine en rit aujourd'hui, mais elle a refait sa liste autrement, en notant le poids de chaque chose. Gérard, lui, passe désormais par une bascule publique avant chaque grand départ. Avant, je pensais aux kilomètres, maintenant je pense aux kilos, dit-il en tapotant le capot. Leur retour, au printemps, s'est fait réservoir presque vide.

« Trente ans à conduire des cars et je n'avais jamais regardé la case du poids sur ma propre carte grise. »

  • Relever sur la carte grise le PTAC (case F.2) et le poids à vide pour connaître la vraie charge utile.
  • Compter un kilo par litre d'eau et partir réservoir presque vide, en faisant le plein près de l'étape.
  • Ajouter le poids des passagers, des vélos et de leur support, de la batterie supplémentaire et des bagages.
  • Faire peser le véhicule chargé sur une bascule publique avant un long voyage.
  • Se souvenir qu'avec le permis B, le camping-car chargé ne doit pas dépasser 3,5 tonnes.
  • Savoir que la surcharge est verbalisée et peut entraîner l'immobilisation du véhicule jusqu'à régularisation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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