Oud, myrrhe et oliban : pourquoi ces trois matières brûlées depuis le Paléolithique reviennent dans les flacons des grandes maisons

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Le mot parfum vient du latin per fumum, par la fumée. Des siècles plus tard, l'oud, l'oliban et la myrrhe reviennent en force dans les flacons des grandes maisons.

L’essentiel en 3 points

  • La parfumerie actuelle puise à nouveau dans les résines et les bois brûlés lors des rituels anciens.
  • Maison Francis Kurkdjian, Henry Jacques, Louis Vuitton, Le Labo, Prada ou Penhaligon's utilisent l'oud, l'encens et le santal.
  • Ces matières sauvages sont récoltées en petites quantités et encadrées par des régulations strictes.

Per fumum : le parfum est né dans la fumée des rituels

Tout commence par un geste simple : jeter une matière odorante dans le feu. La fumée monte, et avec elle, selon les croyances, un message adressé à ce qui dépasse les hommes.

Depuis le Paléolithique, on brûle bois, résines et aromates lors de cérémonies. Le vocabulaire en a gardé la trace, puisque per fumum signifie littéralement par la fumée.

Le parfum est intimement lié à la divinité, confirme Annick Le Guérer, anthropologue, philosophe et historienne, autrice de Les Pouvoirs de l'odeur, paru chez Odile Jacob. Pour elle, le retour de ces fragrances inspirées du divin dit quelque chose de l'époque.

Elle observe un glissement d'une société matérialiste vers une société qui se tourne vers la spiritualité. Et une attente nouvelle : on ne demande plus seulement au parfum de sentir bon, mais d'être protecteur.

Le parfum redevient un objet de protection, ce qu'il a été pendant des siècles avant d'être un simple accessoire.

L'oud, l'oliban et la myrrhe, matières sacrées revenues au premier plan

Chez Maison Francis Kurkdjian, cette matière rituelle porte un nom : l'oud. Une référence qui renvoie aux prêtres égyptiens, considérés comme les premiers parfumeurs de l'histoire.

Dans cette tradition, le parfum était la transpiration des dieux. Les corps momifiés, embaumés de myrrhe et de cannelle, devenaient alors des parfumés.

Francis Kurkdjian assume cet héritage dans Oud Velvet Mood. Il y travaille ce bois qu'il décrit comme à la fois brut et précieux, dans un sillage de pêche et d'osmanthus inspiré d'une nuit dans le désert de Dubaï.

  • Pour l'ancrage, Sat Hari recommande le santal.
  • Pour la clarté mentale, elle cite la menthe poivrée.
  • Pour le sommeil, elle oriente vers la lavande et le vétiver.
  • Pour la protection, elle mentionne la rose ou l'encens.
  • Sur la peau, quelques gouttes sur le cœur, le sommet du crâne et la base de la colonne.
  • Dans un espace, la fumigation sert plutôt à nettoyer un lieu ou une énergie.
Maison Création Matières sacrées Inspiration
Maison Francis Kurkdjian Oud Velvet Mood Oud, pêche, osmanthus Une nuit dans le désert de Dubaï
Henry Jacques Onction Safran, myrrhe, Dehen El Oudh, rose rouge, santal, vétiver Un moment de recueillement
Louis Vuitton Ink Mark Encens blanc, santal La calligraphie chinoise et l'odeur d'encre
L'Entropiste Ensang Noir Encens, rose fumée, opoponax Une lettre écrite à l'encre et au sang
Le Labo Santal 26, Ambroxyde 17, Encens 9 Santal, encens Le Kōdō, fabriqué à Kyoto

Des matières sauvages, récoltées en petites quantités

Les toutes premières matières brûlées par les hommes étaient déjà des gommes-résines, rappelle Annick Le Guérer : l'oliban, la myrrhe, puis plus tard le benjoin et le copal importés d'Amérique du Sud.

Chez Henry Jacques, Antonin Khalife parle de responsabilité. Le minimum, dit-il, c'est d'utiliser la version la plus noble de ces ingrédients, car invoquer le nom sans la matière revient à trahir la formule et celui qui la porte.

Cette prudence s'étend à la provenance. Ces matières sauvages, récoltées en faible quantité, sont entourées de régulations à respecter si l'on veut qu'elles existent encore dans vingt ans.

Onction, à l'architecture presque liturgique, a été pensé comme un moment de recueillement : safran et myrrhe en ouverture, Dehen El Oudh et rose rouge au cœur, santal et vétiver en fond.

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De l'encens blanc à l'encre noire : ce que proposent les maisons

Les traditions religieuses ont toutes leur odeur. En Inde, la parole de Bouddha sentirait le santal. Dans le Talmud, le monde entier se serait rempli de parfums lors de la révélation du Sinaï. Dans la tradition chrétienne, le corps du Christ exhalerait cannelle et myrrhe.

Partout, le même geste : offrir une matière au feu pour établir une verticalité entre les hommes et ce qui les dépasse.

Chez Louis Vuitton, Jacques Cavallier-Belletrud a retenu l'encens blanc et le santal pour Ink Mark, hommage à la calligraphie chinoise et à ses effluves d'encre. Le maître parfumeur y voit une matière qui parle à l'âme et élève l'esprit.

Chez L'Entropiste, Bertrand Duchaufour associe l'encens à une note d'encre noire dans Ensang Noir. Une lettre sensorielle, entre rose fumée et opoponax, pensée comme une déclaration d'amour écrite à l'encre et au sang.

Le Labo, Kyoto et la voie japonaise des senteurs

Le Labo aborde l'encens autrement, avec des bâtonnets baptisés Santal 26, Ambroxyde 17 et Encens 9. Ils s'inspirent du Kōdō, la voie des senteurs japonaise, où l'on écoute le parfum plutôt qu'on ne le sent.

Ces bâtonnets sont fabriqués à Kyoto, dans un atelier familial de douzième génération. On revient au geste premier : brûler, observer la fumée, marquer une pause.

D'autres maisons traduisent le sacré avec un vocabulaire plus urbain. Dans Troubled Midnight, Prada oppose un accord musc-encens au patchouli et à une note de datte, pour restituer la tension entre lumières fluorescentes et ombres nocturnes.

Penhaligon's joue la carte du rituel quotidien avec Bold Blend, de la collection Potions & Remedies : menthe poivrée, sauge sclarée et un trio de bois, palo santo, cyprès et cypriol. Chez Agua Sagrada, l'huile Buena Onda, à la fleur d'oranger, bergamote et musc blanc, se présente comme une armure de lumière.

Utiliser le nom d'une matière sacrée sans en employer la version la plus noble revient à trahir la formule.

Porter le parfum, brûler la résine : deux gestes différents

Sat Hari, guérisseuse énergétique, choisit ses huiles selon ce que son corps réclame. Elle se demande si elle a besoin de protection, d'ouvrir son cœur ou de s'ancrer dans le moment présent.

Elle distingue deux usages. Le parfum porté sur la peau relève du geste intime et personnel, qui agit sur l'esprit et le corps. La fumigation, elle, concerne plutôt le nettoyage d'un espace ou d'une énergie.

Combiner les deux, une bénédiction par la fumée puis le port d'un parfum, décuple selon elle les bienfaits holistiques de la fragrance. Son rituel du matin tient en quelques gouttes d'huile de rose sur le cœur, le sommet du crâne et la base de la colonne.

Pour elle, l'oud et la myrrhe restent les grands sous-estimés en Occident, alors qu'ils structurent depuis toujours les temples et les prières du Moyen-Orient. L'oud est reconnu pour équilibrer corps, esprit et âme, et sert de support de prière dans de nombreuses cultures.

Ces usages relèvent de pratiques personnelles et de traditions, pas d'un traitement. En cas de trouble du sommeil, de stress persistant ou de réaction cutanée, un professionnel de santé reste l'interlocuteur à consulter.

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Questions fréquentes

Que veut dire per fumum ?

C'est l'expression latine qui a donné le mot parfum, et qui signifie par la fumée. Elle rappelle que les premières fragrances étaient des matières brûlées lors de rituels.

Qu'est-ce que l'oud exactement ?

C'est un bois précieux utilisé depuis très longtemps comme support de prière dans de nombreuses cultures et religions. Francis Kurkdjian le décrit comme à la fois brut et précieux, et on lui prête la capacité d'équilibrer corps, esprit et âme.

Quelle différence entre porter un parfum et brûler de l'encens ?

Selon la guérisseuse énergétique Sat Hari, le parfum sur la peau est un geste intime qui agit sur l'esprit et le corps. La fumigation relève davantage du nettoyage d'un espace ou d'une énergie.

Quelles matières choisir pour se détendre le soir ?

Sat Hari cite la lavande et le vétiver pour le sommeil, et le santal pour l'ancrage. Ces recommandations relèvent d'une pratique personnelle, pas d'un avis médical.

Pourquoi ces ingrédients sont-ils encadrés par des régulations ?

Parce qu'il s'agit de matières sauvages, récoltées en petites quantités. Antonin Khalife, chez Henry Jacques, rappelle qu'il faut respecter ces règles si l'on veut que ces ressources existent encore dans vingt ans.

C'est quoi le Kōdō dont s'inspire Le Labo ?

C'est la voie des senteurs japonaise, une pratique où l'on écoute le parfum plutôt qu'on ne le sent. Les bâtonnets de la marque sont fabriqués à Kyoto, dans un atelier familial de douzième génération.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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