À 78 ans, elle ne roule que trois kilomètres par semaine : un matin d’octobre, sa batterie de deux ans refuse de faire démarrer la voiture

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Il était sept heures quarante, un mardi d'octobre, et le pare-brise de la petite Clio était couvert d'une fine pellicule blanche. Odette a posé son cabas sur le siège passager, ajusté son écharpe, puis tourné la clé. Un claquement sec, un deuxième, plus faible. Puis plus rien, sinon le tic-tac de l'horloge du tableau de bord qui clignotait doucement dans le froid.

Une vie réglée entre le marché du jeudi et le cabinet du docteur

Odette a soixante-dix-huit ans et habite depuis quarante ans une maison basse au bout d'un lotissement, à la sortie du bourg. Son mari Robert est parti il y a six ans, et la petite Clio grise est restée dans le garage. Elle la conduit avec prudence, toujours sur les mêmes routes, toujours aux mêmes heures. Le jeudi matin, c'est le marché sur la place de l'église. Une fois par mois, c'est le cabinet médical, à trois kilomètres exactement, compteur à l'appui.

Entre ces deux rendez-vous, la voiture dort. Odette la regarde parfois depuis la fenêtre de la cuisine, rassurée de la savoir là, prête à servir. Elle n'a jamais aimé conduire loin, et depuis la mort de Robert, elle ne dépasse plus guère le rond-point de la zone commerciale. Ses enfants vivent à Lyon et viennent la chercher pour les fêtes. Pour le reste, la Clio suffit largement, et elle en est plutôt fière, de cette autonomie qu'elle a conservée malgré l'âge.

La voiture, elle l'entretient sérieusement, comme Robert le lui a appris. La vidange est faite chaque année au garage de Patrick, à l'entrée du village, et les pneus sont vérifiés avant l'hiver. Il y a deux ans, justement, Patrick avait changé la batterie, en lui expliquant qu'elle était tranquille pour un bon moment. Odette avait noté la date dans son petit carnet bleu, celui qui reste dans la boîte à gants avec la carte grise. Pour elle, l'affaire était entendue, et il n'y avait plus à y penser.

Rouler le moins possible, une habitude qu'elle croyait sage

Avec la hausse du carburant, Odette avait encore réduit ses sorties. Elle regroupait les courses, renonçait à aller voir son amie Ginette à l'autre bout du canton, et préférait téléphoner. Elle se disait que moins elle roulait, moins la voiture s'usait, et que c'était autant d'économisé. Le raisonnement semblait plein de bon sens, et personne autour d'elle ne l'aurait contredit. Une voiture qui ne roule pas, pensait-elle, c'est une voiture qui ne s'abîme pas, comme une robe qu'on garde pour les grandes occasions.

Son voisin Jean-Claude, un ancien conducteur de car de soixante-dix ans, l'avait même félicitée au printemps. Il lui avait dit, en taillant sa haie, qu'elle faisait bien, que les vieilles personnes au volant devaient se ménager. Odette avait souri et pris cela pour un compliment. L'été était passé ainsi, avec ses trajets de dix minutes à peine, aller et retour, moteur à peine chaud quand elle coupait le contact devant le portail. Elle ne voyait aucune raison de changer une routine qui fonctionnait parfaitement.

Soyons honnêtes, beaucoup d'entre nous font pareil sans y réfléchir. On prend la voiture pour la boulangerie, pour l'école, pour la pharmacie du coin, et on rentre aussitôt. On se dit que c'est pratique, que c'est rapide, et que la voiture ne sent pas la différence. Odette, elle, n'imaginait même pas qu'il puisse y avoir une différence. Pour elle, un moteur tournait ou ne tournait pas, et le sien tournait toujours. C'est précisément cette confiance tranquille qui allait la surprendre au premier vrai froid de la saison.

« Je n'arrêtais pas de me demander ce que j'avais fait de travers, alors que tout était éteint. »

Un démarrage un peu lent, puis les phares qui faiblissent

Les premiers signes étaient apparus fin septembre, mais Odette ne les avait pas reconnus. Un matin, le moteur avait mis un peu plus de temps à se lancer, avec un ronronnement traînant qu'elle n'avait jamais entendu. Elle avait attribué cela à l'humidité, puisqu'il avait plu toute la nuit. Le démarreur avait fini par accrocher, la voiture était partie, et elle avait oublié l'incident avant même d'arriver au marché. Un détail, se disait-elle, comme une porte qui grince un jour de pluie.

Quelques jours plus tard, en rentrant du cabinet médical vers dix-huit heures, elle avait trouvé que les phares éclairaient moins bien la route. Elle avait pensé à sa vue, qui baissait un peu, et s'était promis d'en parler à l'ophtalmologiste. Elle avait aussi remarqué que l'horloge du tableau de bord affichait parfois une heure fantaisiste. Je me suis dit que c'était l'âge, le mien ou celui de la voiture, raconte-t-elle aujourd'hui avec un petit rire gêné.

On connaît tous ça : un voyant qui s'allume brièvement, un bruit nouveau, et on décide que ça passera. Odette n'avait aucune raison de s'inquiéter, puisque la batterie était neuve, ou presque. Deux ans, ce n'était rien, Patrick le lui avait bien dit. Alors elle avait continué ses allers-retours, à la même cadence, sans se douter qu'à chaque démarrage, la voiture puisait un peu plus dans une réserve qui ne se reconstituait jamais entièrement. Le froid d'octobre allait simplement présenter l'addition.

Ce mardi matin, le moteur refuse et le rendez-vous approche

Ce mardi-là, le rendez-vous chez le docteur était fixé à huit heures quinze, pour le renouvellement de son traitement. Après le claquement sec et le silence, Odette a réessayé trois fois, de plus en plus inquiète. Le tableau de bord s'allumait à peine, les voyants tremblaient, et le démarreur ne répondait plus du tout. Dehors, le thermomètre de la cuisine affichait un degré. Elle est restée un moment les mains sur le volant, le souffle formant de la buée sur la vitre.

Elle a d'abord appelé Jean-Claude, qui est arrivé en pantoufles et en blouson. Il a ouvert le capot, tapoté les cosses, puis proposé d'essayer avec des câbles depuis sa propre voiture. Mais son véhicule était garé dans la rue, trop loin, et les câbles introuvables au fond de son garage. Elle a donc téléphoné au cabinet pour décaler le rendez-vous, puis à son assurance, qui lui a annoncé un dépanneur dans un délai de deux heures environ.

Pendant l'attente, Odette tournait dans la cuisine en se reprochant sa négligence. Elle était persuadée qu'on lui avait vendu une mauvaise batterie, ou qu'elle avait laissé une lumière allumée. Elle a vérifié le plafonnier, les phares, la boîte à gants : tout était éteint. Je n'arrêtais pas de me demander ce que j'avais fait de travers, dit-elle. Jean-Claude, lui, penchait pour un défaut de fabrication et lui conseillait déjà d'exiger un remboursement auprès du garage, garantie à l'appui.

« Je me suis dit que c'était l'âge, le mien ou celui de la voiture, et j'ai continué. »

Ce n'était pas la batterie, mais la façon de rouler

Le dépanneur, un jeune homme prénommé Karim, est arrivé vers dix heures avec un booster et un petit testeur électronique. En quelques secondes, il a mesuré la tension et montré l'écran à Odette. La batterie était profondément déchargée, mais elle n'était pas morte. Il a démarré la Clio, puis a posé quelques questions simples. Combien de kilomètres par semaine, combien de temps par trajet, depuis quand ce rythme. Quand Odette a répondu dix minutes, rarement plus, Karim a hoché la tête sans surprise.

Il lui a expliqué que chaque démarrage demande une grosse quantité d'énergie à la batterie. C'est ensuite l'alternateur, entraîné par le moteur, qui la recharge pendant que l'on roule. Mais sur des trajets de moins de dix à quinze minutes, il n'a pas le temps de rendre ce que le démarrage a pris. À chaque sortie, il manque un peu de charge, et ce déficit s'accumule semaine après semaine. Votre batterie n'est pas mauvaise, madame, elle a juste faim, a-t-il résumé en souriant.

Le froid fait le reste, a poursuivi Karim. Quand la température baisse, une batterie fournit moins de courant, alors que le moteur, plus raide, en réclame davantage. Une batterie à moitié vide, qui tenait encore en septembre, lâche au premier matin glacé d'octobre. Odette a écouté, stupéfaite, en comprenant que sa prudence avait produit exactement l'inverse de ce qu'elle cherchait. En économisant ses kilomètres, elle avait affamé sa voiture. Et la garantie n'y pouvait rien, puisque la pièce n'était pas défectueuse.

Une balade le dimanche, et la Clio repart chaque matin

Karim lui a conseillé de rouler au moins une demi-heure, d'une traite, avant de couper le moteur. Odette a pris la route départementale jusqu'au village voisin, puis est revenue par le lac. La facture du dépannage, couverte en partie par l'assurance, lui a laissé une quarantaine d'euros à payer. Une batterie neuve en aurait coûté bien davantage, sans rien régler du problème. Le soir même, elle a appelé sa fille à Lyon pour lui raconter, encore un peu secouée.

Depuis, elle a changé ses habitudes. Chaque dimanche, elle fait un vrai trajet, souvent jusque chez Ginette, à vingt-cinq minutes de route, ce qui lui a rendu au passage une amitié un peu négligée. Sa fille lui a aussi offert un chargeur d'entretien, que Jean-Claude a branché dans le garage. Pendant les semaines où elle sort peu, il maintient doucement la batterie à niveau. Je fais deux heureux, la voiture et Ginette, s'amuse Odette en rangeant son petit carnet bleu.

Ce qui est arrivé à Odette guette tous ceux qui roulent peu et court, retraités, citadins, propriétaires d'une seconde voiture. La batterie n'est souvent pas en cause, c'est l'usage qui la vide sans bruit. Quelques gestes simples suffisent pourtant à éviter la mauvaise surprise d'un matin d'hiver. Il suffit de regarder ses propres trajets avec un peu d'attention, et de se demander depuis combien de temps le moteur n'a pas vraiment tourné. Odette, elle, a gardé l'habitude de noter chaque dimanche dans son carnet.

« Votre batterie n'est pas mauvaise, madame, elle a juste faim, voilà tout. »

  • Faire au moins un trajet d'une demi-heure d'affilée chaque semaine.
  • Se méfier d'un démarrage plus lent ou de phares qui faiblissent à l'automne.
  • Brancher un chargeur d'entretien si la voiture reste souvent au garage.
  • Faire tester la tension de la batterie avant l'hiver, c'est rapide chez un garagiste.
  • Garder des câbles de démarrage ou un booster accessibles dans le coffre.
  • Couper les accessoires électriques avant d'éteindre le moteur sur les petits trajets.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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