Il décroche trois fois par jour pour des panneaux solaires qu’il ne veut pas : en octobre, il découvre que ces appels sont interdits depuis août

Lu 1 fois

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il est midi dix, la soupe frémit sur la plaque, et le téléphone fixe sonne dans l'entrée. Gérard essuie ses mains sur son tablier, soupire, traverse le couloir carrelé. Au bout du fil, une voix enjouée lui parle d'autoconsommation et d'aides de l'État. C'est le troisième appel de la journée, et il n'est même pas l'heure du café.

Une maison tranquille au bout d'un lotissement de la Sarthe

Gérard a 67 ans et habite depuis trente ans une maison en briques, à la sortie d'un bourg de la Sarthe. Ancien chauffeur de car scolaire, il connaît chaque virage du canton et chaque famille du coin. Avec Monique, sa femme, ils ont leurs habitudes : le marché du jeudi, les mots croisés du soir, le potager derrière le garage. Le téléphone fixe trône toujours sur la commode de l'entrée, à côté du bol des clés.

Ce téléphone, ils le gardent pour les enfants, qui appellent le dimanche, et pour la sœur de Monique, qui n'a jamais voulu de portable. Pendant longtemps, il sonnait peu, et chaque sonnerie annonçait quelqu'un de connu. Gérard aimait ce rythme lent, cette impression que la maison n'était dérangée que par des proches. Il ne se méfiait de rien, parce qu'il n'avait aucune raison de le faire.

Puis, il y a quelques années, les appels ont changé de nature. Des fenêtres, des pompes à chaleur, des mutuelles, et surtout des panneaux solaires. Gérard raccrochait poliment, Monique moins poliment. On connaît tous ça, ces voix pressées qui prononcent mal votre nom de famille. Le couple s'en agaçait au dîner, puis passait à autre chose, comme on s'habitue au bruit d'une route voisine.

Le choix de répondre gentiment pour se débarrasser plus vite

Gérard avait mis au point une méthode qu'il trouvait raisonnable. Il écoutait les premières phrases, disait qu'il n'était pas intéressé, remerciait et raccrochait. Il pensait qu'en restant courtois, on finirait par le rayer des listes. Après tout, se disait-il, ces gens-là font leur travail, et ce n'est pas eux qui décident de leurs fichiers. Il ne voulait pas devenir un vieux grincheux qui hurle dans le combiné.

Monique, elle, voulait débrancher l'appareil. Gérard refusait, à cause de sa sœur, qui a eu un malaise l'an dernier et qui pourrait avoir besoin d'eux. Il préférait supporter les sonneries plutôt que de rater l'appel qui compte. C'était, à ses yeux, une décision de bon sens, prise pour la famille. Il en était même un peu fier, de cette patience qu'il jugeait supérieure à la colère.

Il croyait aussi, sincèrement, qu'aucune loi ne pouvait vraiment arrêter ça. Il se souvenait vaguement d'une liste d'opposition, inscrite des années plus tôt, sans grand effet. Je me suis dit que c'était comme la pluie, on ne peut rien contre, raconte-t-il aujourd'hui. Alors il encaissait, trois fois par jour, en se répétant que ce n'était qu'un désagrément parmi d'autres.

« Je me suis dit que c'était comme la pluie, on ne peut rien contre, alors je raccrochais poliment. »

Une phrase étrange au bout du fil, un mardi d'octobre

Un mardi d'octobre 2026, une conseillère l'appelle pour la troisième fois de la semaine, toujours au sujet de sa toiture. Gérard répète qu'il n'est pas intéressé. La femme, d'un ton presque las, lui répond qu'il a pourtant donné son accord pour être recontacté. Gérard reste interdit, le combiné à la main. Il n'a jamais donné d'accord à personne, il en est certain, il ne remplit même pas les formulaires des supermarchés.

Sur le moment, il laisse filer et raccroche, un peu troublé. Il se dit qu'elle invente, que c'est une formule apprise par cœur pour impressionner les clients. Il retourne à son potager, arrache quelques poireaux, et oublie presque l'épisode. Mais la phrase revient le soir, au moment des mots croisés. Pourquoi aurait-elle besoin de parler de son accord, si cet accord ne servait à rien du tout ?

Le lendemain, à table, il en parle à Monique. Elle hausse les épaules, puis s'arrête de couper son pain. Sa voisine, Danielle, lui a justement raconté quelque chose au marché, une histoire de nouvelle règle cet été. Elle ne se souvient plus des détails. Gérard sent alors une petite curiosité monter, celle qu'il avait quand un car tombait en panne sans raison apparente.

Un carnet près du téléphone et des numéros qui changent

Gérard décide de faire les choses sérieusement. Il pose un carnet à spirale à côté du téléphone et note chaque appel : l'heure, le numéro affiché, le nom de la société quand on le lui donne. En une semaine, il remplit deux pages. Les numéros changent presque à chaque fois, certains commencent par 09, d'autres par 01. Les voix varient, mais le discours sur les panneaux solaires reste mot pour mot identique.

Il essaie de rappeler l'un des numéros, pour demander qu'on l'efface. Une messagerie lui annonce que le correspondant n'est pas joignable. Un autre sonne dans le vide. Il appelle ensuite son fils, Julien, qui travaille à Nantes dans une banque. Julien promet de regarder, mais il est débordé et oublie. Gérard se sent ridicule, à soixante-sept ans, en train de traquer des fantômes avec un stylo bille.

Monique perd patience la première. Un soir, après un appel à vingt heures passées, elle arrache presque le fil de la prise. On va finir par devenir fous, lance-t-elle, ce n'est plus une maison, c'est un standard. Gérard ne répond pas. Il regarde son carnet, ses colonnes bien alignées, et se demande si tout ce travail sert à quelque chose, ou s'il note simplement sa propre résignation.

« Elle m'a dit que j'avais donné mon accord, moi qui ne remplis même pas les formulaires du supermarché. »

Ce que Danielle avait lu cet été dans le journal

Le jeudi suivant, au marché, Gérard va trouver Danielle devant l'étal du fromager. Elle a gardé la coupure de presse dans son sac, pliée en quatre. Depuis le 11 août 2026, explique l'article, le démarchage téléphonique est interdit sans le consentement préalable du consommateur. La logique s'est inversée. Ce n'est plus à Gérard de dire non, c'est aux entreprises de prouver qu'il a dit oui avant de l'appeler.

Gérard relit la phrase deux fois, debout entre les cageots de pommes. Tout s'éclaire, y compris la remarque de la conseillère. Si elle évoquait son accord, c'est qu'elle n'avait pas le droit de l'appeler sans lui. Soyons honnêtes, il s'était trompé depuis le début : ce qu'il prenait pour une fatalité était devenu une infraction. Ses trois appels quotidiens n'étaient pas un bruit de fond, mais une suite de manquements.

Danielle ajoute ce qu'elle a compris : chaque appel non consenti peut être signalé, et les entreprises s'exposent à des sanctions. Gérard pense aussitôt à son carnet, à ses deux pages devenues trois. J'avais les preuves sous le nez et je croyais faire des gribouillages, dit-il en riant pour la première fois depuis des semaines. Il rentre chez lui d'un pas plus vif, le journal de Danielle sous le bras.

Trois semaines plus tard, un téléphone presque silencieux

Avec l'aide de Julien, enfin disponible un dimanche, Gérard signale ses appels un par un sur la plateforme publique de signalement. Il recopie les numéros, les dates, les noms de sociétés. Cela prend une heure, pas davantage. Il dépose aussi ses informations auprès des services de contrôle de la consommation. Pour la première fois, il a le sentiment de ne plus subir, mais de participer à quelque chose qui peut aboutir.

Il change aussi sa manière de répondre. Désormais, quand une voix lui parle de toiture, il demande calmement quand et comment il aurait donné son accord. La plupart raccrochent dans la seconde. Je pose juste la question, et ils disparaissent, raconte-t-il, presque amusé. Trois semaines plus tard, les appels ne se sont pas arrêtés complètement, mais ils sont devenus rares, un par semaine environ, toujours noté dans le carnet.

Ce qu'il retient, c'est le coût de sa patience : des mois de sonneries, de repas interrompus, de tension avec Monique, pour rien. Le téléphone a repris sa place sur la commode, et la sœur de Monique peut appeler sans craindre la ligne occupée. Gérard a photocopié la coupure de Danielle pour ses voisins. Il conseille à chacun de regarder ce qu'il a déjà accepté, souvent sans s'en rendre compte.

« J'avais les preuves sous le nez et je croyais faire des gribouillages dans un carnet. »

  • Depuis le 11 août 2026, un démarcheur doit avoir votre consentement préalable avant d'appeler.
  • Notez l'heure, le numéro et le nom de la société à chaque appel reçu.
  • Demandez au démarcheur quand et comment vous auriez donné votre accord.
  • Signalez chaque appel non consenti sur la plateforme publique de signalement.
  • Relisez les cases cochées lors d'inscriptions en ligne, jeux-concours ou devis.
  • Ne donnez jamais vos coordonnées bancaires lors d'un appel non sollicité.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 747