Elle coupe ses pointes aux ciseaux de cuisine depuis six ans à Nantes : ses fourches reviennent désormais en trois semaines au lieu de deux mois

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Le dimanche soir, vers vingt et une heures, la salle de bains de Claire sent encore la vapeur de la douche. Sur le rebord du lavabo, une serviette pliée, un peigne à dents larges et les ciseaux à manche orange de la cuisine. Elle se penche vers le miroir, attrape une mèche entre deux doigts, et le petit crissement des lames résonne contre le carrelage.

Un rituel du dimanche soir dans un appartement de Nantes

Claire a trente-quatre ans et travaille comme assistante administrative dans une mutuelle, près de la gare de Nantes. Elle vit dans un deux-pièces du quartier Chantenay, au troisième étage, avec une vue sur les grues du port. Ses cheveux châtains descendent jusqu'au milieu du dos, et elle y tient plus qu'elle ne l'avoue. Depuis six ans, elle ne met plus les pieds chez le coiffeur. Elle recoupe elle-même ses pointes tous les deux mois, toujours le dimanche soir, toujours avec la même méthode.

La méthode, elle l'a apprise dans une vidéo regardée un soir d'hiver, pendant le confinement. On sépare les cheveux en deux, on les ramène devant les épaules, on peigne soigneusement chaque côté. Ensuite, on tient la mèche bien tendue entre l'index et le majeur, et on coupe juste en dessous. Claire retire à chaque fois un centimètre, parfois un peu plus quand elle se sent courageuse. Le tout lui prend vingt minutes, en écoutant un podcast posé sur la machine à laver.

Soyons honnêtes, elle est assez fière de ce petit savoir-faire. Ses collègues lui demandent parfois où elle se fait couper, et elle répond en riant que c'est maison. Sa sœur Juliette, qui habite Rezé, lui a même confié ses propres pointes une ou deux fois. Le résultat paraît net, régulier, sans escalier visible. Claire range ensuite les ciseaux dans le tiroir à couverts, entre l'ouvre-boîte et l'économe, là où ils attendent le prochain poulet à découper.

Pourquoi payer quarante euros pour un simple centimètre

Au départ, la décision tenait à une question d'argent et de temps, deux choses qui manquaient à Claire. Le salon où elle allait, rue du Calvaire, facturait quarante-deux euros pour une coupe des pointes avec brushing. Il fallait réserver deux semaines à l'avance, poser une demi-journée, attendre sous le séchoir. Pour un centimètre de cheveux, le calcul lui semblait absurde. Elle s'était dit que n'importe qui pouvait couper droit avec un peu d'attention et de bons gestes.

Les ciseaux de cuisine, elle les avait achetés dans une grande surface, avec un lot de torchons. Ils coupaient tout : les emballages de fromage, les herbes du balcon, les sachets de café, la ficelle du rôti. Ils lui paraissaient solides et pointus, largement assez bons pour quelques cheveux fins. Elle les passait sous l'eau chaude avant chaque séance, par hygiène. Une fois, elle avait même pensé à en acheter une deuxième paire, réservée à la salle de bains, puis elle avait oublié.

Il faut dire que les premiers mois lui ont donné raison. Ses cheveux semblaient en bonne santé, ses pointes restaient propres, et elle économisait près de deux cent cinquante euros par an. Avec cette somme, elle s'offrait un bon masque nourrissant et une huile d'argan qu'elle appliquait le soir. On connaît tous ce petit plaisir de la débrouille qui marche. Claire se sentait autonome, raisonnable, un peu plus maligne que ceux qui payaient. Rien ne laissait deviner que l'habitude se retournerait contre elle.

« Je coupais un centimètre tous les deux mois et ça repoussait fendu en trois semaines, je comprenais rien. »

Des petites fourches qui reviennent avant la date prévue

Le premier signe est apparu au printemps dernier, un mardi matin, dans la lumière crue du bureau. En tortillant une mèche pendant une réunion, Claire a vu une pointe fendue en deux, puis une autre. Elle avait pourtant coupé trois semaines plus tôt, ce qui aurait dû lui laisser un bon mois de tranquillité. Elle a haussé les épaules et mis ça sur le compte du vent de l'Erdre, de la pluie, du chauffage de l'open space.

Le cycle suivant, le même phénomène s'est reproduit, un peu plus tôt encore. Les fourches réapparaissaient au bout de quinze jours, parfois moins, et elles semblaient remonter le long de la mèche. Le toucher avait changé aussi : les pointes accrochaient, grattaient un peu le pull, formaient de petits nœuds. Claire a commencé à couper davantage, deux centimètres au lieu d'un, pour repartir sur une base saine. Ses cheveux raccourcissaient lentement, et elle sentait bien que ce n'était pas une solution.

Un soir, Juliette est passée dîner et a remarqué la chose avant même que Claire n'en parle. Elle a passé la main dans la longueur, a froncé les sourcils, puis a dit sans détour : t'as les pointes comme de la paille, tu fais quoi avec. Claire a répondu qu'elle ne faisait rien de différent, justement, et c'est bien ce qui la troublait. Même produits, même rythme, même geste depuis six ans. Pourtant, le résultat se dégradait de mois en mois.

Changer de shampoing, de masque, puis douter de l'eau

Claire a d'abord soupçonné son shampoing, qu'elle utilisait depuis longtemps. Elle en a acheté un sans sulfates en pharmacie, à douze euros le flacon, et l'a utilisé pendant un mois entier. Elle a doublé les poses de masque, ajouté un sérum pour pointes sèches, renoncé au lisseur pendant les week-ends. Rien n'a vraiment bougé. Les fourches revenaient avec la même régularité, comme si tout ce qu'elle appliquait glissait sur un problème situé ailleurs.

Ensuite, elle s'est tournée vers l'eau, parce qu'une voisine lui avait parlé du calcaire dans l'immeuble. Elle a installé un filtre sur le pommeau de douche, commandé en ligne pour une trentaine d'euros. Elle a aussi pensé à son alimentation, au stress, au manque de sommeil d'une période chargée au travail. Elle a lu des forums entiers, où chacun avait sa théorie et sa recette miracle. Plus elle cherchait, plus les pistes se brouillaient, et moins elle avançait.

Elle a même pris rendez-vous chez son médecin pour un bilan sanguin, au cas où une carence expliquerait tout. Les résultats sont revenus normaux, et le médecin lui a conseillé d'en parler à un professionnel des cheveux. Claire a ri jaune en sortant du cabinet. Je dépense plus en produits qu'en coiffeur maintenant, a-t-elle soupiré au téléphone avec sa sœur. Juliette lui a donné l'adresse d'une coiffeuse installée près de la place Graslin, qu'une amie recommandait pour son franc-parler.

« T'as les pointes comme de la paille, tu fais quoi avec, franchement ? »

Sous la loupe de la coiffeuse, des pointes écrasées

Le salon de Nadia occupe une ancienne mercerie, avec un parquet qui grince et une grande vitrine. Nadia, cinquante ans, coiffe depuis près de trente ans et parle sans détour. Elle a écouté Claire dérouler toute son histoire, les shampoings, le filtre, la prise de sang. Puis elle a pris une mèche, l'a observée sous une loupe éclairée et a demandé simplement avec quoi elle se coupait les cheveux. Claire a hésité une seconde avant d'avouer les ciseaux de cuisine.

Nadia lui a tendu la loupe pour qu'elle voie elle-même. Au bout des cheveux, la coupe n'était pas nette : la fibre paraissait aplatie, effilochée, comme un bout de corde mâchée. Elle lui a expliqué ce qu'elle constatait dans son métier. Des lames qui ne sont pas affûtées pour le cheveu ne le tranchent pas proprement : elles le pincent et l'écrasent avant de le couper. La pointe ressort alors ouverte, déjà abîmée, prête à se fendre au moindre frottement.

Pour Nadia, tout s'expliquait ainsi. Chaque séance du dimanche fabriquait de nouvelles fourches au lieu de les supprimer, et plus Claire coupait, plus elle en créait. Les ciseaux avaient en plus été émoussés par des années de carton et de ficelle. Vous coupiez pour réparer, et vous abîmiez au même endroit, a résumé la coiffeuse en reposant la loupe. Claire est restée silencieuse un moment, en pensant aux flacons alignés dans sa salle de bains et aux trois mois passés à chercher ailleurs.

Une vraie paire de ciseaux et quelques nouvelles habitudes

Ce jour-là, Nadia lui a recoupé trois bons centimètres pour retrouver une base saine, avec des ciseaux de coiffure tenus en parfait état. Claire a payé quarante-cinq euros, sans le moindre regret cette fois. En sortant, elle a passé la main dans ses pointes et les a trouvées lisses, presque douces. Les semaines suivantes lui ont donné raison : deux mois plus tard, elle ne trouvait toujours aucune fourche visible, même en cherchant dans la lumière du bureau.

Elle n'a pas pour autant renoncé à couper elle-même entre deux passages au salon. Sur les conseils de Nadia, elle a acheté une vraie paire de ciseaux de coiffure, en acier, autour de quarante euros. Elle les range dans un étui, loin du tiroir à couverts, et ne s'en sert que pour ses cheveux. Juliette se moque gentiment de ce qu'elle appelle son trésor. Claire, elle, a compris que l'outil comptait autant que le geste, et peut-être même davantage.

Avant de se lancer, il vaut donc mieux regarder ce qu'on a vraiment dans la main. Voici ce que Claire a retenu de cette histoire et applique désormais chez elle, sans en faire une règle universelle. Elle réserve une paire de ciseaux de coiffure uniquement aux cheveux, sans jamais l'utiliser pour du papier ou des emballages. Elle la fait affûter par un professionnel quand elle sent que la coupe accroche. Et elle retourne chez Nadia deux fois par an, pour un vrai contrôle.

« Vous coupiez pour réparer, et vous abîmiez exactement au même endroit, à chaque fois. »

  • Réserver une paire de ciseaux de coiffure aux seuls cheveux, jamais au papier ni à la cuisine.
  • Observer ses pointes à la loupe : une coupe nette est lisse, une coupe écrasée paraît effilochée.
  • Faire affûter ses ciseaux par un professionnel dès que la coupe accroche ou tire.
  • Couper sur cheveux démêlés, mèche bien tendue, en un seul geste franc.
  • Ranger les ciseaux dans un étui sec pour protéger le tranchant des chocs.
  • Faire vérifier ses pointes par un coiffeur une à deux fois par an.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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