Elle ressort en octobre le mascara acheté pour les mariages de juin : deux jours plus tard, ses paupières rougissent et ses yeux piquent

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Il était sept heures dix, un mardi d'octobre, et la pluie tapait contre la petite fenêtre de la salle de bains. Claire, 41 ans, fouillait la trousse argentée des grandes occasions, celle qui n'avait pas servi depuis l'été. Ses doigts ont rencontré le tube noir, encore brillant. Elle l'a dévissé avec un petit bruit de succion, satisfaite de ne pas devoir en racheter un.

Une trousse rangée après les mariages de juin

Claire est assistante dans un cabinet d'architectes, à Angers, et elle se maquille peu en semaine. Un trait de crayon, un peu de poudre, rarement plus, parce que le matin file toujours trop vite. La trousse argentée, elle, appartient à une autre vie, celle des fêtes et des photos de groupe. En juin, elle avait enchaîné deux mariages en trois semaines, celui de sa cousine Inès puis celui d'un ancien collègue.

Pour l'occasion, elle s'était offert un mascara de bonne marque, volumateur, dans un joli tube laqué. Elle l'avait payé un peu plus de trente euros en parfumerie, une somme qu'elle ne dépense presque jamais pour du maquillage. Les deux soirées s'étaient bien passées, sans paupières qui coulent sur les photos. Ensuite, la trousse avait rejoint le haut de l'armoire, entre les serviettes d'invités et une boîte de bougies parfumées.

Pendant tout l'été, elle n'y avait plus pensé une seule fois. Les vacances en Vendée, la rentrée de son fils Hugo au collège, les dossiers qui s'empilaient au bureau. Le mascara dormait là-haut, bouchon bien vissé, à l'abri de la lumière comme on range les choses précieuses. Pour Claire, un produit fermé ne pouvait pas vraiment s'abîmer, surtout un produit presque plein. Elle n'avait jamais pensé autrement, et personne autour d'elle ne lui avait dit le contraire.

Un dîner d'automne et une bonne raison de ressortir le tube

Début octobre, son amie Sophie a fêté ses quarante ans dans un restaurant du centre-ville. Claire voulait être un peu apprêtée, sans racheter quoi que ce soit, par principe autant que par économie. Elle a pensé immédiatement au mascara de juin, celui qui avait si bien tenu pendant les mariages. Le jeter aurait été absurde, presque vexant, vu le prix qu'il lui avait coûté quatre mois plus tôt.

Elle a donc ressorti la trousse le samedi, puis encore ce fameux mardi matin, pour une réunion importante. La brosse lui a semblé un peu plus sèche, la matière légèrement plus épaisse sur les cils. Elle a pompé deux ou trois fois dans le tube pour bien charger la brosse, comme elle le fait souvent. Soyons honnêtes, on connaît tous ce geste, ce petit va-et-vient qu'on croit utile pour réveiller le produit.

Le résultat dans le miroir était correct, peut-être moins net qu'en juin, mais tout à fait présentable. Claire s'est dit que le froid et l'humidité de la salle de bains suffisaient à expliquer cette texture. Elle a même été plutôt contente de son astuce, en se disant qu'elle allait finir le tube cet automne. Elle a glissé le mascara dans sa trousse de tous les jours, persuadée d'avoir fait une bonne affaire.

« Je l'avais payé trente euros, alors le jeter presque plein, franchement, ça me paraissait du gaspillage. »

Le soir du deuxième jour, les yeux commencent à piquer

Le jeudi, en fin d'après-midi, Claire a senti une gêne au coin de l'œil droit, comme un grain de poussière. Elle a cligné plusieurs fois devant son écran, puis frotté doucement avec le dos de la main. La sensation est partie quelques minutes avant de revenir, plus insistante, accompagnée d'une légère brûlure. Au bureau, elle a mis ça sur le compte de l'écran et de la climatisation que personne ne règle jamais.

En rentrant, elle s'est démaquillée plus tôt que d'habitude et a remarqué que ses paupières étaient rosées. Le bord des cils semblait gonflé, surtout à droite, avec de petites croûtes au réveil le lendemain. Elle a pensé à la fatigue, aux journées trop longues, peut-être à un rhume qui commençait. Hugo toussait depuis une semaine, et elle s'attendait plus ou moins à attraper quelque chose à son tour.

Le vendredi, elle a quand même remis du mascara pour aller travailler, par habitude, sans faire le lien. Elle s'est dit : Je ne vais pas aller au bureau avec une tête de déterrée, ça passera. Le soir, ses yeux pleuraient tout seuls et la lumière de la cuisine lui paraissait agressive. Son compagnon, Julien, l'a regardée en fronçant les sourcils et lui a demandé si elle avait pleuré pendant le film.

Collyre, nouveau démaquillant et rendez-vous à la pharmacie

Le samedi matin, Claire a d'abord accusé son démaquillant, un nouveau produit acheté en promotion au supermarché. Elle l'a remplacé par de l'eau micellaire qu'elle utilisait avant, en se disant qu'elle tenait la coupable. Elle a aussi changé sa taie d'oreiller et lavé ses pinceaux, au cas où. Mais le dimanche, ses paupières étaient toujours rouges, et la démangeaison la réveillait au milieu de la nuit.

Le lundi, elle est passée à la pharmacie en bas de chez elle avant d'aller travailler. La pharmacienne, une femme d'une cinquantaine d'années aux lunettes rouges, l'a fait approcher de la vitrine pour mieux voir. Elle lui a posé une série de questions simples sur ses lentilles, ses allergies, ses produits récents. Claire a répondu qu'elle n'avait rien changé, à part le démaquillant, puis elle s'est arrêtée au milieu de sa phrase.

Elle venait de penser au mascara, et elle l'a dit à voix haute, un peu gênée. La pharmacienne a hoché la tête sans surprise, comme si elle entendait cette histoire chaque semaine. Elle lui a conseillé d'arrêter tout maquillage des yeux et de consulter un médecin si cela ne s'arrangeait pas vite. Claire a tout de même pris rendez-vous chez son généraliste, parce que la gêne devenait vraiment difficile à supporter au bureau.

« Je ne vais pas aller au bureau avec une tête de déterrée, ça passera tout seul. »

Un petit pot dessiné sous le tube, avec deux caractères

Ce soir-là, Claire a sorti le mascara de sa trousse et l'a examiné sous la lampe de la cuisine. Au dos du tube, près du code-barres, elle a découvert un minuscule dessin qu'elle n'avait jamais remarqué. Un petit pot au couvercle ouvert, avec à l'intérieur l'inscription 6M, imprimée en gris très clair. Julien s'est penché par-dessus son épaule et a lu à voix haute, sans comprendre davantage qu'elle ce que cela signifiait.

Elle a cherché, puis la pharmacienne le lui a confirmé le lendemain en quelques mots très simples. Ce pictogramme indique la durée d'utilisation du produit après sa première ouverture, ici six mois. Sur d'autres produits, on trouve 12M, ou parfois 24M pour certaines crèmes et poudres. Pour un mascara, on recommande en général de le garder trois à six mois seulement, même s'il paraît encore plein.

La raison est très concrète, et c'est celle qui a le plus frappé Claire en l'entendant. À chaque passage, la brosse touche les cils et la paupière, puis retourne dans le tube humide et sombre. Elle y ramène des bactéries qui se multiplient tranquillement, surtout quand on pompe pour charger la brosse. Le mascara de juin avait été ouvert fin mai, il approchait donc de sa limite, et l'été au chaud n'avait sûrement rien arrangé.

Ce que Claire regarde désormais avant chaque soirée

Son médecin a parlé d'une irritation du bord des paupières et lui a prescrit un traitement adapté à sa situation. Il lui a recommandé de jeter le mascara, mais aussi le crayon et l'eye-liner utilisés pendant les mêmes jours. En tout, entre la consultation, les soins et les produits remplacés, l'addition a dépassé soixante-dix euros. Une semaine de paupières gonflées et de nuits hachées, pour avoir voulu économiser un tube de trente euros.

Le dimanche suivant, Claire a vidé toutes ses trousses sur la table du salon, sous l'œil amusé d'Hugo. Elle a retourné chaque produit pour chercher le petit pot ouvert, et elle a eu quelques surprises. Un fard à paupières de 2021, une base de teint dont elle ignorait la date, deux mascaras de secours oubliés. Tout ce qui touchait les yeux et dont elle ne connaissait pas l'âge est parti à la poubelle, sans hésitation.

Désormais, elle écrit au feutre la date d'ouverture sur chaque nouveau produit, directement sur l'étui ou le tube. Pour les grandes occasions, elle achète un mascara plus petit et moins cher, qu'elle n'essaie plus de faire durer. Ses yeux ont retrouvé leur couleur normale au bout de dix jours, et elle s'en souvient encore à chaque soirée. Voici ce qu'elle vérifie maintenant chez elle, et ce qu'elle conseille à ses amies.

« Ce petit pot, je l'avais sous les yeux depuis des années, et je ne l'avais jamais regardé. »

  • Chercher au dos de chaque produit le petit pot ouvert avec la mention 6M, 12M ou 24M.
  • Noter au feutre la date d'ouverture sur le tube ou l'étui dès le premier usage.
  • Garder un mascara trois à six mois après ouverture, même s'il semble encore plein.
  • Éviter de pomper la brosse dans le tube, ce qui fait entrer de l'air et des bactéries.
  • Arrêter le maquillage des yeux et demander conseil à un professionnel en cas de rougeur ou de démangeaison.
  • Pour les occasions rares, préférer un petit format qu'on finit ou qu'on jette sans regret.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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