Elle s’offre un lissage brésilien à 180 euros dans un salon de Marseille : un mois plus tard, ses cheveux ondulent après chaque shampoing

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Le séchoir ronronnait encore quand Inès a passé la main dans ses cheveux, un samedi vers dix-sept heures, dans un petit salon du quartier de la Plaine, à Marseille. Sous ses doigts, une matière inconnue, souple et glissante comme de la soie. Dans le miroir, une autre femme la regardait. Elle a tendu sa carte bancaire sans trembler : cent quatre-vingts euros, pour enfin oublier ses frisottis.

Un samedi à la Plaine, et des cheveux enfin dociles

Inès a trente-quatre ans et travaille comme assistante dans un cabinet de kinésithérapie, près de la gare Saint-Charles. Depuis l'adolescence, elle vit avec une chevelure épaisse, ondulée, qui gonfle dès que l'air marin s'invite dans les rues. Chaque matin, elle passait vingt minutes avec un fer à lisser, en écoutant la radio dans sa petite salle de bains. Le résultat tenait jusqu'à midi, rarement plus, surtout en été, quand l'humidité colle à la peau.

Ce samedi-là, elle avait enfin franchi le pas, après des mois à hésiter devant les tarifs affichés en vitrine. Le salon de Samira, une coiffeuse d'une cinquantaine d'années, sentait la laque et le café. Pendant trois heures, Inès a vu ses mèches enduites d'un produit crémeux, séchées, puis lissées au fer mèche par mèche. Samira travaillait lentement, en silence, concentrée, avec des gestes précis appris depuis longtemps.

En sortant, Inès s'est arrêtée devant chaque vitrine pour regarder son reflet, un peu gênée de le faire. Ses cheveux bougeaient au moindre pas, lisses, brillants, sans un seul frisottis. Le soir, son compagnon Karim a sifflé en la voyant entrer dans l'appartement. Elle a ri, a secoué la tête comme dans une publicité, et s'est dit que cette dépense valait largement les heures de fer qu'elle venait d'économiser.

Le vieux flacon bleu qu'elle ne pensait pas à remplacer

Avant qu'elle ne parte, Samira lui avait donné quelques consignes, griffonnées au dos d'une carte de fidélité. Ne pas mouiller les cheveux pendant trois jours, ne pas les attacher trop serré, éviter la piscine et la mer. Inès avait hoché la tête, rassurée, en rangeant la carte dans son portefeuille. Le reste, pensait-elle, relevait du bon sens, et elle connaissait ses cheveux mieux que personne après toutes ces années.

Dans sa douche, il y avait toujours le même flacon bleu, un shampoing antipelliculaire acheté en grande surface. Elle l'utilisait depuis deux ans, parce qu'il avait réglé un petit problème de démangeaisons qui l'agaçait l'hiver. Il moussait beaucoup, sentait le propre, et laissait une sensation de fraîcheur sur le cuir chevelu. Elle se lavait les cheveux presque chaque jour, souvent le matin, avant de prendre le bus pour aller travailler.

Soyons honnêtes, personne ne lit vraiment la composition d'un shampoing qu'il achète depuis des années. Pour Inès, ce flacon faisait partie du décor, comme la brosse à dents ou le savon. Elle s'est dit qu'après un lissage, il fallait surtout bien laver, pour ne pas alourdir les longueurs. Elle a même ajouté, pendant les vacances, un shampoing au sel de mer offert par sa sœur, pour garder du volume.

« Je pensais qu'un lissage, c'était fini une fois sorti du salon, que le reste ne comptait pas. »

Une petite vague derrière l'oreille, un matin de septembre

Les deux premières semaines ont été parfaites, et Inès a rangé son fer à lisser au fond d'un placard. Au travail, ses collègues lui demandaient le nom du salon, et elle le donnait avec une certaine fierté. Le matin, elle se douchait, séchait rapidement ses cheveux, et partait sans y penser davantage. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression de gagner du temps au lieu d'en perdre devant le miroir.

Puis un matin de septembre, en se coiffant, elle a remarqué une petite ondulation juste derrière l'oreille droite. Une seule mèche, pas plus large qu'un doigt, qui refusait de tomber droite malgré le séchoir. Elle a pensé à la façon dont elle avait dormi, la tête écrasée contre l'oreiller. Elle a passé un coup de brosse, un peu agacée, et l'ondulation a semblé disparaître pendant la journée.

Les jours suivants, la mèche est revenue, accompagnée d'autres, plus discrètes, sur la nuque et au sommet du crâne. Inès a mis ça sur le compte de la chaleur, toujours lourde à Marseille en fin d'été. C'est l'humidité, je ne vais pas en faire une maladie, a-t-elle dit à Karim un soir en riant. Elle continuait pourtant de toucher ses cheveux plus souvent qu'avant, par réflexe, comme pour vérifier quelque chose.

Le fer ressorti du placard et un appel au salon

Un mois après le lissage, il n'y avait plus de doute possible pour personne. Après chaque shampoing, ses cheveux reprenaient leurs vagues, moins marquées qu'avant, mais bien présentes. Inès a ressorti le fer à lisser, avec une pointe d'amertume en le branchant. Cent quatre-vingts euros pour revenir au point de départ, ruminait-elle, en regardant la fumée légère monter de ses mèches encore humides.

Elle a d'abord cherché des réponses sur internet, un soir, allongée sur le canapé avec son téléphone. Les forums se contredisaient, certains accusant le produit, d'autres la coiffeuse, d'autres encore la nature de ses cheveux. Une internaute affirmait que les lissages ne tenaient jamais sur les cheveux épais, une autre jurait avoir gardé le sien six mois. Inès s'est endormie plus perdue qu'au début, persuadée qu'on lui avait vendu du vent.

Le lendemain, elle a appelé le salon, la voix un peu sèche, prête à demander un geste commercial. Samira a écouté sans l'interrompre, puis lui a proposé de passer un jeudi après-midi, quand il y aurait moins de monde. Je ne vous accuse de rien, mais je voudrais comprendre ce qui s'est passé, a dit Inès avant de raccrocher. Elle s'attendait à une discussion tendue, peut-être à une mauvaise excuse sur ses cheveux.

« Mon shampoing, je l'achetais depuis deux ans sans jamais regarder ce qu'il y avait dedans. »

Ce que la coiffeuse a lu sur l'étiquette du flacon

Le jeudi, Samira a examiné ses cheveux à la lumière de la fenêtre, en les faisant glisser entre ses doigts. Puis elle a posé une seule question, presque anodine : quel shampoing utilisez-vous, et à quelle fréquence. Inès a sorti son téléphone et montré une photo du flacon bleu, prise par hasard la veille. Samira a souri doucement, comme quelqu'un qui entend la même histoire pour la centième fois de l'année.

Elle lui a expliqué que le lissage brésilien dépose de la kératine autour de la fibre du cheveu, comme une gaine. Les sulfates, ces agents lavants très moussants présents dans beaucoup de shampoings classiques et antipelliculaires, dissolvent peu à peu ce dépôt. À chaque lavage, une partie de la gaine part dans le siphon. Et le shampoing au sel de mer de sa sœur avait accéléré le travail, le sel étant lui aussi un ennemi du soin.

Inès est restée silencieuse un moment, le flacon toujours affiché sur l'écran de son téléphone. Ce n'était ni la coiffeuse ni le produit, c'était sa routine, celle qu'elle croyait irréprochable. En plus, elle se lavait les cheveux tous les jours, multipliant les occasions d'effacer le soin. Votre lissage n'a pas raté, vous l'avez lavé, voilà tout, a résumé Samira avec une gentillesse qui rendait la phrase plus facile à entendre.

Un nouveau flacon, des lavages espacés et des mois gagnés

Samira lui a proposé une retouche à prix réduit, à condition de changer de méthode dès le premier jour. Inès a accepté, cette fois en écoutant chaque consigne avec une attention nouvelle. Elle a acheté un shampoing sans sulfates et sans sel, un peu plus cher, qui mousse beaucoup moins. Les premiers jours, elle avait l'impression de ne pas vraiment se laver, avant de s'habituer à cette texture plus douce.

Le plus difficile a été d'espacer les lavages, trois fois par semaine au lieu de chaque matin. On connaît tous ça, ces habitudes qu'on croit indispensables et qui ne sont que des réflexes. Pour ses démangeaisons, elle a demandé conseil à son pharmacien, qui lui a orienté vers une solution compatible avec son lissage. Quatre mois plus tard, ses cheveux tombent toujours droit, et le fer est reparti au fond du placard.

Au cabinet, elle raconte maintenant son histoire à chaque collègue qui envisage un lissage. Elle a fait le calcul : le soin aurait dû tenir quatre à cinq mois, il n'en avait duré qu'un seul. Autrement dit, elle avait jeté plus de cent euros dans le siphon, sans le savoir. Aujourd'hui, avant tout soin coûteux, elle retourne le flacon et lit l'étiquette, ce qu'elle n'avait jamais pris la peine de faire.

« Votre lissage n'a pas raté, vous l'avez lavé, voilà tout, c'est très courant. »

  • Vérifier l'étiquette : éviter les mentions sodium lauryl sulfate et sodium laureth sulfate.
  • Choisir un shampoing sans sulfates et sans sel, y compris pour les produits volumisants.
  • Remplacer le shampoing antipelliculaire habituel par une solution adaptée, après conseil d'un professionnel.
  • Espacer les lavages, deux à trois fois par semaine plutôt que chaque jour.
  • Respecter les trois jours sans mouiller les cheveux après le soin.
  • Rincer à l'eau douce après la mer ou la piscine, le sel et le chlore attaquant aussi la kératine.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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