Elle trouve des poignées de cheveux dans la bonde chaque matin d’octobre : trois semaines plus tard, sa dermatologue lui parle de l’été dernier

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Il était sept heures moins dix, l'eau coulait encore tiède dans la douche de la petite salle de bains. Camille a baissé les yeux en sentant l'eau monter autour de ses chevilles. Dans la bonde, une masse sombre, emmêlée, brillait sous le néon. Elle s'est accroupie, l'a retirée du bout des doigts, et elle est restée là, immobile, à la regarder.

Une vie bien rangée et des cheveux dont elle était fière

Camille a quarante et un ans, elle est comptable dans une entreprise de transport à la sortie de Tours. Elle vit avec Julien, menuisier, et leur fils Hugo, douze ans, dans une maison mitoyenne au jardin minuscule. Ses matins sont réglés comme une horloge : réveil à six heures et demie, douche, café, puis le trajet en voiture. Depuis l'adolescence, ses cheveux châtains, épais et légèrement ondulés, sont ce qu'elle aime le plus chez elle. Elle les porte longs, jusqu'au milieu du dos, et ne les a jamais vraiment fait couper court.

Sa coiffeuse, Nadia, la suit depuis presque quinze ans dans un salon du centre-ville. Elle lui répète à chaque rendez-vous qu'elle a une chevelure de rêve, dense, facile, qui tient le brushing. Camille en rit, mais au fond elle en tire une petite fierté tranquille. Elle n'a jamais eu besoin de produits compliqués, un shampooing doux et un après-shampooing suffisent. Elle se coiffe vite, attache souvent ses cheveux en chignon flou pour aller travailler. Dans sa famille, personne n'a de problème de calvitie, et elle n'y a jamais pensé une seule seconde.

L'été avait été long et lumineux, avec trois semaines dans le Sud, chez sa sœur, près de Sète. Elle avait nagé tous les jours, passé des heures au soleil, mangé tard et dormi peu. Au retour, fin août, elle avait repris le travail avec la peau dorée et l'impression d'avoir rechargé ses batteries. Septembre était passé sans histoire, entre la rentrée de Hugo et les dossiers qui s'accumulaient au bureau. Rien, absolument rien, ne laissait penser que quelque chose se préparait discrètement sur sa tête.

Le petit rituel d'automne qu'elle croyait sans conséquence

Début octobre, comme chaque année, Camille a changé ses habitudes avec l'arrivée des premières fraîcheurs. Elle a ressorti son sèche-cheveux, qu'elle n'utilisait plus de l'été, pour ne pas partir le matin avec la tête mouillée. Elle a aussi repris le bonnet en laine pour les trajets à pied jusqu'à la boulangerie. Ses longueurs, abîmées par le sel et le soleil, lui semblaient sèches et ternes. Alors elle a acheté un nouveau shampooing, plus riche, vanté comme nourrissant, dans une grande surface près de chez elle.

Elle se brossait aussi davantage, le soir, devant le miroir de la chambre, pour démêler les nœuds de la journée. C'était presque un moment à elle, une sorte de petite pause après le dîner et les devoirs de Hugo. Julien la taquinait en disant qu'elle passait plus de temps avec sa brosse qu'avec lui. Elle répondait que ses cheveux méritaient bien un peu d'attention après tout ce soleil. Tout cela relevait du bon sens, de l'entretien ordinaire, de ce que font des milliers de femmes à la même saison.

Soyons honnêtes, personne ne regarde sa brosse avec soupçon quand tout va bien. Camille ne comptait pas les cheveux restés pris entre les poils, elle les retirait d'un geste et les jetait. Elle se disait qu'un shampooing plus doux, un séchage plus soigné, finiraient par réparer les dégâts de l'été. Sans le savoir, elle venait d'installer tous les éléments qui allaient lui faire croire, quelques jours plus tard, que ses nouvelles habitudes étaient coupables. Ce n'était pourtant pas du tout là que se trouvait l'explication.

« Je me voyais déjà avec le crâne qui se voit, je passais mes soirées à regarder ma raie au téléphone. »

Un oreiller couvert de fils sombres qu'elle préfère d'abord ignorer

Le premier signe est venu un dimanche matin, quand elle a secoué les draps pour faire le lit. Sur la taie claire de son oreiller, une dizaine de cheveux longs dessinaient des courbes fines. Elle les a ramassés sans y penser, en se disant qu'elle avait dû se retourner beaucoup pendant la nuit. Le lendemain, il y en avait encore, peut-être un peu plus. Elle a mis ça sur le compte de la taie en coton, un peu rêche, et elle en a changé pour une autre.

Le mercredi, c'est le pull de laine noire qui l'a trahie au bureau. Sa collègue Sylvie lui a retiré deux cheveux de l'épaule, puis un troisième, en plaisantant sur la mue de l'automne. Camille a souri, mais elle a senti un petit pincement dans la poitrine. Le soir, elle a passé la main dans ses cheveux en tirant légèrement, comme pour tester. Quatre ou cinq cheveux sont restés entre ses doigts, sans résistance, avec leur petite racine blanche au bout.

Puis il y a eu ce matin-là, la bonde de douche, l'eau qui stagnait autour de ses pieds. La masse qu'elle a retirée lui a semblé énorme, une poignée entière qu'elle a posée sur le rebord de la baignoire pour la regarder. Elle a appelé Julien, qui s'est penché, a haussé les épaules et a dit que ça arrivait à tout le monde. Elle l'a trouvé léger, presque indifférent. Lui ne comprenait pas pourquoi elle avait les yeux brillants pour quelques cheveux.

Les recherches nocturnes, le shampooing jeté et la peur de la raie

Ce soir-là, une fois Hugo couché, Camille s'est installée sur le canapé avec son téléphone. Elle a tapé chute de cheveux femme dans le moteur de recherche, puis cheveux qui tombent par poignées. Les résultats l'ont plongée dans un tourbillon de forums, de photos de crânes clairsemés et de témoignages angoissés. Carence, thyroïde, hormones, stress, maladie, tout y passait. À minuit, elle était persuadée d'avoir au moins trois problèmes différents, et elle n'arrivait plus à poser son téléphone.

Le lendemain, elle a jeté le nouveau shampooing à la poubelle, convaincue qu'il était responsable. Elle a rangé le sèche-cheveux au fond d'un placard et a cessé de se brosser le soir. Pendant une semaine, elle a même évité de se laver les cheveux plus d'une fois, en espérant limiter les dégâts. Devant le miroir, elle examinait sa raie sous toutes les lumières, avec la lampe du téléphone. Elle aurait juré qu'elle s'élargissait. Je me voyais déjà avec le crâne qui se voit, racontera-t-elle plus tard.

Elle a fini par appeler Nadia, sa coiffeuse, un samedi matin, la voix un peu serrée. Nadia l'a reçue entre deux clientes, a passé ses doigts dans sa chevelure, l'a écartée par mèches. Franchement, Camille, je vois ça chaque année à cette époque, tu as toujours autant de cheveux, lui a-t-elle dit. Mais Camille n'était pas rassurée, elle voulait une réponse d'un médecin. Elle a pris rendez-vous chez son généraliste, qui l'a envoyée vers une dermatologue, avec trois semaines d'attente.

« Franchement, Camille, je vois ça chaque année à cette époque, tu as toujours autant de cheveux. »

Une dermatologue qui remonte le calendrier jusqu'au mois de juillet

Le cabinet de la docteure Morel se trouvait au deuxième étage d'un immeuble ancien, avec un parquet qui craquait. Camille avait apporté un sac congélation rempli de cheveux ramassés sur trois jours, un peu honteuse. La dermatologue a souri, a examiné son cuir chevelu avec une petite loupe éclairée, puis a fait un test de traction sur plusieurs zones. Elle n'a trouvé aucune plaque, aucune zone dégarnie, aucune rougeur. Ensuite, elle lui a demandé quand exactement tout avait commencé, et comment s'était passé son été.

Elle lui a alors expliqué ce qu'elle observait chez beaucoup de patients à cette période de l'année. Un cheveu ne pousse pas en continu, il traverse des phases de croissance, puis de repos, avant de tomber pour laisser place à un nouveau. Au cœur de l'été, une partie plus importante de cheveux bascule en même temps dans cette phase de repos. Et ils ne tombent pas tout de suite, mais quelques semaines plus tard. En octobre, on récolte en somme ce qui s'est joué en juillet.

Camille a eu l'impression qu'on lui retirait un poids du thorax. Donc ce n'était ni le shampooing, ni le sèche-cheveux, ni une maladie, a-t-elle répété pour être sûre. La docteure Morel a confirmé que, dans sa situation à elle, tout ressemblait à une chute saisonnière classique. Elle lui a précisé que ce type d'épisode dure en général moins de deux mois. Au-delà, ou si une zone se dégarnissait vraiment, il faudrait revenir pour chercher une autre cause, avec éventuellement une prise de sang.

Ce qu'elle surveille désormais chaque automne devant son miroir

Fin novembre, la bonde de douche était redevenue presque propre, et l'oreiller n'avait plus que quelques cheveux isolés. Camille a remarqué, en passant la main sur ses tempes, un petit duvet court qui se dressait. Ce sont les nouveaux cheveux qui repoussent, ceux qui ont pris la place des anciens. Elle a ressorti son sèche-cheveux, racheté un shampooing simple, et repris le brossage du soir sans arrière-pensée. Au total, l'épisode lui a coûté une consultation, un shampooing jeté et plusieurs nuits blanches parfaitement inutiles.

On connaît tous ça, cette panique qui grandit dans la solitude d'un écran à minuit. Camille en garde surtout une leçon de calendrier : regarder quand la chute a commencé, et combien de temps elle dure. Elle a noté la date dans son agenda, pour comparer l'année prochaine. Maintenant je sais que ça revient, je ne vais plus compter mes cheveux comme une folle, dit-elle en riant. Julien, lui, se moque gentiment du sac congélation qu'elle avait apporté chez la dermatologue.

Nadia, de son côté, a pris l'habitude de prévenir ses clientes dès la fin septembre. Elle leur explique que des cheveux sur l'oreiller en octobre ne signifient pas qu'elles vont devenir chauves. Mais elle leur conseille aussi de ne pas laisser traîner une chute qui dépasse deux mois, ou qui laisse apparaître le cuir chevelu. Camille, elle, est retournée au salon pour une coupe de quelques centimètres seulement. Ses longueurs tombent toujours au milieu du dos, et elle ne regarde plus la bonde de douche avec peur.

« Donc ce n'était ni le shampooing, ni le sèche-cheveux, ni une maladie, c'était juste mon été qui tombait. »

  • Notez la date de début de la chute pour savoir depuis combien de temps elle dure.
  • Une chute d'automne commence souvent quelques semaines après l'été et dure en général moins de deux mois.
  • Regardez si des zones se dégarnissent ou si le cuir chevelu devient visible par endroits.
  • Au-delà de deux mois de chute, ou en cas de plaque, prenez rendez-vous avec un médecin.
  • Inutile de jeter tous vos produits : le shampooing est rarement la cause de cette chute.
  • Guettez le petit duvet sur les tempes : c'est souvent le signe que les cheveux repoussent.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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