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Il est sept heures moins le quart, l'eau chaude tambourine sur le carrelage, et la vapeur efface déjà le miroir. Claire, 41 ans, se penche pour ramasser ce qui s'est accroché à la grille de la bonde. Une poignée de cheveux châtains, enroulée comme une petite pelote mouillée. Dehors, sur Annecy, le jour d'octobre tarde à se lever au-dessus du lac.
Une routine tranquille dans un appartement au-dessus du lac
Claire habite depuis huit ans un trois-pièces au quatrième étage, dans le quartier des Romains, à Annecy. Elle est infirmière scolaire, part à vélo vers le collège quand il ne pleut pas, et rentre en fin d'après-midi par les bords du Thiou. Son compagnon, Julien, travaille dans une entreprise de décolletage de la vallée de l'Arve. Ils ont une fille, Inès, onze ans, qui chante faux sous la douche et laisse toujours traîner sa serviette par terre.
Ses cheveux, Claire ne s'en est jamais vraiment préoccupée. Ils sont épais, mi-longs, un peu ondulés quand l'air est humide, ce qui arrive souvent au bord du lac. Elle les lave tous les deux jours avec le même shampooing doux acheté en supermarché, sans après-shampooing la plupart du temps. Un passage chez sa coiffeuse, Nadia, tous les trois mois, une coupe simple, et voilà. On connaît tous ce rapport tranquille avec un détail du corps qui ne pose aucun problème.
L'été a été bon. Trois semaines dans la Drôme chez la sœur de Julien, des baignades dans la rivière, de longues soirées dehors, beaucoup de soleil sur la tête sans chapeau. En septembre, la rentrée s'est faite sans accroc, Inès est entrée en sixième, et Claire a repris ses permanences à l'infirmerie. Rien, dans ces semaines-là, ne laissait imaginer qu'elle allait passer un automne à compter ses cheveux dans le creux de sa main.
Le premier réflexe, changer de shampooing pour bien faire
Les premiers jours d'octobre, elle remarque que la brosse se remplit plus vite que d'habitude. Elle la nettoie le soir, et le lendemain matin, il y a déjà un petit matelas de cheveux entre les picots. Dans la douche, c'est plus net encore : en passant les doigts dans ses longueurs mouillées, elle en sent glisser plusieurs à chaque fois. Elle se dit que ce n'est rien, qu'elle est fatiguée, que la rentrée est toujours un peu rude.
Au bout d'une semaine, elle prend une décision qui lui paraît raisonnable. Elle se dit que son shampooing, peut-être, ne lui convient plus, ou que la formule a changé sans qu'elle le sache. Un samedi, elle passe à la pharmacie de la rue Royale et repart avec un flacon présenté comme fortifiant, à vingt-deux euros. Le pharmacien lui parle de kératine et de racines, elle hoche la tête, rassurée d'agir enfin.
Elle a de bonnes raisons de croire à cette piste. Une collègue lui a raconté qu'un changement de produit avait réglé ses pellicules en quinze jours. Sur son téléphone, les publicités qu'elle voit défiler promettent toutes des cheveux plus forts en quelques lavages. Je me suis dit que j'avais trouvé le coupable, raconte-t-elle aujourd'hui, et que j'allais régler ça comme on change une ampoule. Elle range l'ancien flacon sous l'évier, presque soulagée de s'en débarrasser.
« Je me suis dit que j'avais trouvé le coupable, que j'allais régler ça comme on change une ampoule. »
Un détail qui ne colle pas, que personne ne relève
Deux semaines plus tard, rien n'a bougé. La bonde se bouche toujours, et Julien finit par lui demander, en déboulant un matin avec le furet à la main, si elle perd vraiment autant de cheveux. Elle répond que oui, que ça devrait passer avec le nouveau produit. Elle essaie alors une deuxième marque, puis une troisième, un shampooing bio sans sulfates qui mousse à peine et sent le romarin.
C'est à ce moment qu'un détail aurait dû l'arrêter. En regardant sa raie dans le miroir de la salle de bains, sous la lumière crue du plafonnier, elle ne voit pas de zone dégarnie. Pas de trou, pas de tempes qui reculent, pas de plaque. Sa queue de cheval est un peu plus fine au toucher, c'est vrai, mais son cuir chevelu ne la démange pas, ne rougit pas. Elle note tout ça, puis l'oublie aussitôt.
Il y a aussi Nadia, sa coiffeuse, qui lui dit au détour d'un rendez-vous fin octobre que plusieurs clientes lui parlent de la même chose en ce moment. Claire n'y prête pas attention, elle pense que la coiffeuse dit ça pour la rassurer. Soyons honnêtes, quand on est inquiet, on retient rarement la phrase qui pourrait calmer l'inquiétude. Elle sort du salon avec une coupe un peu plus courte et toujours la même boule au ventre.
Les recherches nocturnes, la prise de sang et l'attente
En novembre, l'inquiétude a pris de la place. Le soir, une fois Inès couchée, Claire tape ses symptômes sur son téléphone, assise dans le canapé, et tombe sur des forums où l'on parle de carences, de thyroïde, de stress, de maladies dont elle n'avait jamais entendu parler. Elle s'endort tard, se relève parfois pour regarder son oreiller à la lumière du couloir. Julien commence à s'inquiéter davantage pour son sommeil que pour ses cheveux.
Elle finit par prendre rendez-vous chez son médecin traitant, à Seynod. Le docteur l'écoute, examine son cuir chevelu, tire doucement sur une mèche pour voir combien de cheveux viennent. Il lui prescrit une prise de sang, pour vérifier notamment le fer et la thyroïde, en lui expliquant que c'est une précaution dans sa situation. Elle passe au laboratoire le lendemain, à jeun, et compte les jours jusqu'aux résultats.
Pendant cette attente, elle tente encore des choses. Des ampoules achetées en parapharmacie, un massage du cuir chevelu le soir, une brosse en poils de sanglier offerte par sa mère. Rien ne change la quantité de cheveux qui s'enroulent sur la grille de la douche. J'avais l'impression de tout faire et que mon corps ne m'écoutait pas, dit-elle. Elle évite même de se laver les cheveux certains jours, pour ne pas voir le résultat dans sa main.
« J'avais l'impression de tout faire, vraiment tout, et que mon corps ne m'écoutait pas du tout. »
Ce que racontaient vraiment les photos de juillet
Les résultats arrivent un jeudi : tout est normal. Le médecin la rappelle et lui explique ce qu'il soupçonnait depuis la consultation, une chute saisonnière d'automne. Les cheveux, lui dit-il, vivent par cycles, une longue phase de croissance, puis une phase de repos de quelques mois, avant de tomber pour laisser la place à un nouveau. Chez beaucoup de gens, davantage de cheveux entrent en repos pendant l'été, et ils tombent à l'automne.
Ce soir-là, Claire ouvre l'album photo de son téléphone et fait défiler les images de la Drôme. Elle se voit sur un rocher au bord de la rivière, les cheveux mouillés, épais, en plein mois de juillet. Elle comprend alors que ce qu'elle ramasse en octobre s'est décidé à ce moment-là, des mois avant le premier flacon acheté. Les cheveux qui tombent ne sont pas malades : ils avaient déjà fini leur temps.
Ce n'était donc ni le shampooing, ni l'eau calcaire d'Annecy, ni un manque de soin de sa part. Les trois produits essayés n'avaient aucune prise sur un cheveu déjà en fin de cycle, déjà détaché sous la surface. Le médecin lui a dit qu'il fallait laisser passer quelques semaines, que ça se calmait tout seul en général, raconte-t-elle. Et qu'il fallait revenir si ça durait au-delà de l'hiver. Pour la première fois depuis octobre, elle dort d'une traite.
La repousse en janvier, et ce qu'elle surveille désormais
À la mi-décembre, la brosse se remplit moins vite. En janvier, Claire remarque sur ses tempes de petits cheveux courts qui rebiquent, impossibles à discipliner, et qu'Inès appelle en riant ses antennes. C'est la repousse, naturelle, sans aucun produit miracle. Elle a gardé le flacon au romarin, qu'elle aime bien pour son odeur, mais a rendu à sa mère la brosse en poils de sanglier.
Le bilan, elle l'a fait un dimanche, en rangeant le placard sous l'évier. Près de quatre-vingts euros de shampooings, d'ampoules et de lotions, deux mois de nuits courtes, quelques disputes avec Julien sur le temps passé devant les forums. Ce qui me reste surtout, c'est d'avoir eu peur pour rien pendant si longtemps, dit-elle. Elle en parle désormais aux mères d'élèves qui passent à l'infirmerie, sans jouer au médecin, juste en racontant son automne.
Elle sait aussi ce qui l'aurait alertée pour de bon, et c'est ce que son médecin lui a conseillé de garder en tête. Une chute qui dure plusieurs mois, des zones dégarnies, des démangeaisons, une grande fatigue associée : là, il faut consulter. Pour le reste, elle a appris à attendre. L'automne prochain, quand la bonde se bouchera de nouveau, elle regardera ses photos d'été avant d'aller à la pharmacie.
« Le médecin m'a dit de laisser passer quelques semaines, et de revenir si ça durait après l'hiver. »
- Une chute plus forte en automne est fréquente : les cheveux passés en repos l'été tombent quelques mois après.
- Changer de shampooing ne retient pas un cheveu déjà en fin de cycle.
- Regardez votre raie et vos tempes : sans zone dégarnie, c'est souvent rassurant.
- Consultez si la chute dure plusieurs mois, s'accompagne de plaques, de démangeaisons ou de fatigue.
- Guettez les petits cheveux courts sur les tempes : c'est le signe de la repousse.
- Évitez d'accumuler les produits coûteux pendant l'attente.
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