Elle vide l’appartement de sa mère près d’Amiens et ouvre le courrier de la banque : 400 euros retenus sur un compte de 4 000

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Le radiateur de la cuisine cliquetait, comme chaque matin de décembre, dans la petite maison de Longueau. Nathalie avait posé la boîte à chaussures pleine de relevés sur la toile cirée à fleurs, à côté d'un café déjà froid. Il était neuf heures. Elle déplia la lettre de la banque, lut le solde, puis la ligne juste en dessous, et reposa lentement ses lunettes.

Une maison de briques, une boîte à chaussures et des habitudes

Sa mère, Monique, avait vécu quarante et un ans dans cette maison de briques rouges, à deux pas de la voie ferrée. Ancienne employée de la cantine scolaire, elle tenait ses comptes au stylo bille, dans un carnet à spirale rangé près du téléphone fixe. Chaque début de mois, elle notait sa pension, le loyer du garage qu'elle louait à un voisin, et les quelques euros mis de côté. Elle n'avait jamais aimé les banques en ligne, ni les cartes sans contact, ni les conseillers trop pressés.

Nathalie, 54 ans, aide-soignante à l'hôpital d'Amiens, passait la voir le mercredi et le dimanche. Elle connaissait par cœur le bruit du portail, l'odeur de la soupe aux poireaux et la manie de sa mère de garder les enveloppes vides. Son frère Didier vivait à Lille, il appelait le samedi et descendait pour Noël. Entre eux, il n'y avait jamais eu d'histoire d'argent, simplement parce qu'il n'y avait pas vraiment d'argent. La maison était louée, la voiture vendue depuis longtemps.

Quand Monique est morte en octobre, d'une chute un soir de pluie, tout s'est enchaîné très vite. Les pompes funèbres, la cérémonie à l'église Saint-Martin, les voisins venus avec des tartes. Ensuite est arrivé le moment que tout le monde redoute un peu, celui des papiers. On connaît tous ça, cette pile qui attend sur une table et qu'on repousse d'une semaine à l'autre. Nathalie avait pris un jour de congé pour s'y mettre enfin, seule dans la cuisine, avec la boîte à chaussures.

Faire confiance à la banque de toujours, pour aller plus vite

Le compte de Monique était dans la même agence depuis 1979, une petite succursale près de la mairie. Elle y avait ouvert un livret pour la naissance de Nathalie, puis un compte courant quand elle avait commencé à travailler. Au total, d'après le dernier relevé, il restait un peu moins de 4 000 euros, répartis entre le compte et le livret. Pas de notaire nécessaire, avait expliqué l'employée des pompes funèbres, pour une si petite somme sans maison à vendre. Une attestation signée par les deux enfants suffirait.

Nathalie a donc téléphoné à l'agence, et une conseillère polie lui a donné un rendez-vous dix jours plus tard. Elle est venue avec l'acte de décès, le livret de famille, sa carte d'identité et celle de son frère, scannée la veille. La conseillère a tout photocopié, a fait signer l'attestation, puis a dit que le dossier serait traité par un service centralisé. Il faudrait compter quelques semaines. Nathalie n'a posé aucune question sur les frais, elle n'y a même pas pensé à ce moment-là.

Soyons honnêtes, elle voulait surtout que ce soit fini. Son idée était simple : laisser la banque faire, puisque c'était son métier, et partager ensuite avec Didier ce qui resterait. Les frais d'obsèques avaient déjà été réglés directement sur le compte, comme la loi le permet, et le reste servirait à payer le dernier loyer et la résiliation du téléphone. Elle est sortie de l'agence soulagée, avec une chemise cartonnée sous le bras, persuadée d'avoir fait les choses dans l'ordre et sans précipitation.

« C'est le forfait, madame, il s'applique à toutes les successions, je ne peux rien faire de plus de mon côté. »

Une ligne de frais glissée sous le solde, presque invisible

La lettre est arrivée un mardi, dans une enveloppe blanche à fenêtre, adressée aux héritiers de Monique. Nathalie l'a d'abord posée sur le buffet, entre une facture d'électricité et une carte de condoléances, sans l'ouvrir. Ce n'est que le lendemain matin, devant son café, qu'elle a pris le temps de la lire. Le document récapitulait la clôture des comptes, le virement à venir, les sommes déjà prélevées pour les obsèques. Tout paraissait en ordre, avec ce vocabulaire administratif qui endort un peu l'attention.

Puis, juste au-dessus du montant final, une ligne : frais de traitement du dossier de succession, 400 euros. Nathalie a relu deux fois, pensant avoir mal placé une virgule. Quatre cents euros, c'était presque dix pour cent de ce que sa mère avait réussi à garder en une vie de cantine et de petites économies. Elle a pensé aux enveloppes vides, aux promotions découpées dans le journal, aux pulls reprisés. Elle s'est dit que c'était peut-être normal, que toutes les banques faisaient ça, qu'elle n'y connaissait rien.

Elle a envoyé une photo de la lettre à Didier, avec un simple message demandant s'il trouvait ça logique. Il a répondu le soir, depuis son bureau de Lille. C'est du vol, mais bon, c'est comme ça partout, je crois, a-t-il écrit. Nathalie a rangé la lettre dans la chemise cartonnée. Pendant quelques jours, elle a essayé de ne plus y penser, de se dire que l'essentiel était ailleurs. Mais la ligne revenait la nuit, avec ce chiffre rond qui ne ressemblait à aucun service réellement rendu.

Un appel à l'agence, un forum, et toujours la même réponse

Le lundi suivant, pendant sa pause à l'hôpital, Nathalie a appelé l'agence depuis le parking, assise dans sa voiture. La conseillère a reconnu son nom, a cherché le dossier, puis a expliqué que ces frais figuraient dans la grille tarifaire. C'est le forfait, madame, il s'applique à toutes les successions, a-t-elle dit d'une voix aimable mais fatiguée. Nathalie a demandé si on pouvait au moins le réduire, vu la somme. La conseillère a promis de transmettre, sans rien garantir, et la conversation s'est arrêtée là.

Le soir, elle a tapé quelques mots sur internet, frais bancaires décès, et elle est tombée sur des forums remplis de récits semblables. Des veufs, des enfants, des neveux, qui racontaient des centaines d'euros prélevés sur des comptes modestes. Certains parlaient de plafonds, d'autres d'une loi récente, mais les messages se contredisaient et dataient souvent de plusieurs années. Elle a fini par fermer l'ordinateur, plus perdue qu'avant. Elle n'avait ni le temps ni l'envie de devenir juriste pour récupérer quatre cents euros.

C'est sa collègue Samira, au vestiaire, qui a relancé l'affaire sans le vouloir. Elle venait d'enterrer son père à Abbeville et racontait que sa banque ne lui avait rien facturé du tout. Ils m'ont dit que c'était gratuit maintenant, pour les petits comptes, a-t-elle lâché en nouant ses chaussures. Nathalie s'est arrêtée net, une blouse à la main. Deux banques, deux successions modestes, deux réponses opposées. L'une des deux se trompait forcément, et elle avait la désagréable impression de savoir laquelle.

« Ils m'ont dit que c'était gratuit maintenant, pour les petits comptes, j'ai même pas eu besoin de demander. »

Ce n'était ni un oubli ni un tarif : c'était interdit

Le samedi, Nathalie est allée à la maison France Services de son quartier, où un conseiller aide les habitants dans leurs démarches administratives. Il s'appelait Julien, il avait une trentaine d'années et un gobelet de thé posé sur des dossiers. Il a lu la lettre, puis a regardé la date de clôture du compte, fin novembre. Il a souri, pas méchamment. Il a expliqué qu'une loi votée au printemps 2025 avait changé les règles des frais bancaires de succession, et qu'elle s'appliquait depuis le 13 novembre.

Selon ce qu'il lui a montré sur le site officiel du service public, les frais sont désormais gratuits pour les successions modestes. C'est le cas quand le total des comptes du défunt reste sous un seuil d'environ 5 000 euros, qui évolue chaque année, ou quand la succession est simple et revient aux enfants. Pour les autres situations, les frais ne peuvent plus dépasser un pour cent des sommes détenues, avec un maximum de 850 euros. Sur le compte de Monique, la banque n'avait donc rien à prendre.

Nathalie est restée silencieuse un long moment, les mains à plat sur la chemise cartonnée. Elle s'attendait à une subtilité, à un petit geste commercial obtenu à force d'insister. Elle découvrait qu'il n'y avait rien à négocier, simplement une règle que la banque n'avait pas appliquée. Donc ils m'ont prélevé quatre cents euros qu'ils n'avaient pas le droit de prendre, a-t-elle murmuré. Julien a hoché la tête. Il lui a conseillé d'écrire, par courrier recommandé, en citant la loi et en demandant le remboursement intégral.

Une lettre recommandée, un remboursement, et des réflexes à retenir

Elle a écrit la lettre le soir même, sur la table de la cuisine, au même endroit que la première fois. Trois paragraphes, sans colère, avec la date du décès, le montant des comptes, la ligne contestée et la référence à la nouvelle loi. Elle a demandé le remboursement des 400 euros sous trente jours, en précisant qu'à défaut, elle saisirait le médiateur de la banque. Le lundi, elle l'a postée en recommandé avec accusé de réception. Didier a cosigné par mail, à moitié amusé, à moitié admiratif.

La réponse est arrivée dix-neuf jours plus tard, courte et sans excuses particulières. La banque reconnaissait une erreur d'application tarifaire et annonçait le reversement des 400 euros sur le compte de Nathalie. L'argent est tombé avant Noël. Avec, elle a payé la dernière facture d'électricité de la maison et offert à son frère un dîner au bord de la Somme. Ce n'est pas l'argent, au fond, c'est que maman aurait détesté qu'on lui prenne quatre cents euros pour rien, a-t-elle dit à Samira.

Depuis, Nathalie raconte l'histoire à toutes les familles qu'elle croise à l'hôpital, quand le sujet vient sur la table. Elle conseille de garder chaque document, de lire la ligne sous le solde et de ne pas croire qu'un tarif affiché est forcément légal. Elle insiste sur un point : la banque peut se tromper de bonne foi, mais c'est aux héritiers de le remarquer. Voici les vérifications qu'elle recommande, simplement, à ceux qui règlent à leur tour les papiers d'un parent disparu.

« Donc ils m'ont prélevé quatre cents euros qu'ils n'avaient pas le droit de prendre, c'est bien ça que vous me dites. »

  • Vérifier la date : la règle s'applique aux successions traitées depuis le 13 novembre 2025.
  • Additionner tous les comptes du défunt : sous le seuil d'environ 5 000 euros, les frais sont gratuits.
  • Au-delà, contrôler que les frais ne dépassent ni 1 % des sommes ni 850 euros.
  • Réclamer le surplus par lettre recommandée en citant la loi de 2025 sur les frais bancaires de succession.
  • Sans réponse sous deux mois, saisir gratuitement le médiateur de la banque.
  • Se faire aider si besoin par une maison France Services ou une association de consommateurs.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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