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La pendule de la cuisine marquait seize heures dix quand la sonnette a retenti, deux coups brefs. Monique a posé son torchon sur le dossier de la chaise, a jeté un œil par la fenêtre. Sur le gravier de la cour, une petite voiture blanche, un homme en polo bleu marine, une tablette sous le bras. Le chien aboyait déjà derrière la porte.
Une maison de briques au bord des vergers, et une facture qui grimpe
Monique a soixante-sept ans et vit seule depuis quatre ans dans une longère de briques, à quelques kilomètres d'Agen. Autour, des vergers de pruniers, une route départementale où passent surtout des tracteurs. Elle a été secrétaire de mairie pendant trente ans, elle connaît les papiers, les tampons, les délais. Son mari, Gérard, s'occupait du jardin et du chauffage. Depuis sa mort, elle a appris à purger les radiateurs toute seule, à surveiller le compteur, à faire durer le fioul jusqu'au printemps.
Ce qui l'inquiétait, cet automne-là, c'était la facture d'électricité. Elle avait augmenté d'un bon tiers en deux ans, et Monique la gardait aimantée sur le réfrigérateur, comme un reproche. Elle en parlait à sa fille, Sandrine, qui vit à Bordeaux et l'appelle le dimanche soir. Elle en parlait aussi au marché de Layrac, le samedi matin, avec ses voisines. Tout le monde avait une idée, un beau-frère qui avait isolé ses combles, une cousine qui avait changé de fournisseur.
Alors quand l'homme en polo s'est présenté sur le pas de la porte, en parlant justement de factures et d'économies, elle ne l'a pas trouvé envahissant. Il s'appelait Kevin, disait travailler pour une société de la région, et connaissait le nom de son village sans hésiter. Il avait l'air poli, un peu fatigué, comme quelqu'un qui enchaîne les maisons depuis le matin. Elle lui a proposé un café. Elle se dit aujourd'hui que c'est à ce moment précis que tout a commencé.
Deux heures autour de la table, et une signature sur tablette
Kevin a sorti sa tablette et lui a montré une vue de sa maison prise par satellite. Le toit orienté plein sud, sans arbre devant, était parfait selon lui. Il a fait des calculs, tapoté des chiffres, comparé sa facture actuelle à ce qu'elle paierait avec douze panneaux. Il parlait de revente du surplus, d'autonomie, de valeur ajoutée pour la maison. Monique écoutait, hochait la tête, resservait du café. Le soleil déclinait sur la table, et les chiffres avaient l'air très raisonnables.
Le total s'élevait à vingt-trois mille euros, pose comprise. Elle a sursauté, évidemment. Mais Kevin avait une solution toute prête : un financement sur quinze ans, avec des mensualités qui, disait-il, seraient presque entièrement couvertes par les économies réalisées. Le dossier de crédit se remplissait sur la même tablette, avec un organisme partenaire. Il suffisait de quelques informations, d'une pièce d'identité photographiée et d'un relevé bancaire. Elle a demandé si elle pouvait réfléchir. Il a répondu que l'offre de lancement s'arrêtait à la fin de la semaine.
Elle a fini par signer avec le doigt, sur l'écran, vers dix-huit heures trente. Deux signatures, en réalité, une pour le bon de commande, une pour le crédit, mais sur le moment elle n'a pas vraiment fait la différence. Kevin lui a laissé une enveloppe avec des feuillets imprimés, il a caressé le chien et il est reparti. Ce soir-là, elle a appelé Sandrine pour lui annoncer la nouvelle, plutôt fière. Je me suis dit que Gérard aurait trouvé ça malin, raconte-t-elle, qu'on allait enfin arrêter de payer pour rien.
« Je me suis dit que Gérard aurait trouvé ça malin, qu'on allait enfin arrêter de payer pour rien. »
Le voisin, la toiture et une phrase qui ne passe pas
Trois jours plus tard, son voisin Jean-Pierre est passé lui rapporter une échelle. Ancien couvreur, il a regardé le toit de la longère en plissant les yeux. Les tuiles canal étaient anciennes, certaines fendues, et la charpente avait déjà été reprise une fois. Il lui a dit, sans méchanceté, qu'il ne poserait jamais douze panneaux là-dessus sans refaire une bonne partie de la couverture. Monique a répondu que le commercial avait tout vérifié. Jean-Pierre a haussé les épaules, et il est reparti avec son café.
La phrase lui est pourtant restée dans la tête. Le soir, elle a relu les feuillets laissés par Kevin. Nulle part on ne parlait de l'état de la toiture, ni d'une visite technique préalable. En revanche, elle a trouvé des conditions de rachat d'électricité beaucoup moins généreuses que ce qu'on lui avait décrit. Elle a refait les calculs sur un coin d'enveloppe, avec ses lunettes et sa calculatrice de mairie. Les économies promises couvraient à peine la moitié des mensualités. Elle s'est couchée tard, sans réussir à dormir.
Le dimanche, au téléphone, Sandrine a été plus directe. Elle lui a demandé pourquoi elle avait signé le jour même, pourquoi personne n'était monté sur le toit, pourquoi il fallait se décider avant la fin de la semaine. Monique s'est sentie un peu bête, et elle n'aimait pas ça. On connaît tous ça, ce moment où on se rend compte qu'on a dit oui trop vite à quelqu'un de sympathique. Elle a promis à sa fille de s'en occuper dès le lundi matin, à la première heure.
Le lundi des appels sans réponse et du compte débité
Le lundi, dix jours après la visite, elle a d'abord appelé le numéro inscrit sur le bon de commande. Une musique d'attente, puis une voix qui promettait de transmettre. Elle a rappelé deux fois, sans succès. Kevin, lui, ne répondait plus sur son portable. Alors elle a appelé l'organisme de crédit, pour dire simplement qu'elle ne voulait plus des panneaux. La conseillère a été aimable, mais ferme. Le financement avait été accepté, et les fonds avaient déjà été versés à l'installateur.
Monique a demandé comment c'était possible, alors que rien n'était posé sur son toit. La conseillère a parlé d'une attestation de livraison, signée sur la tablette. Monique ne se souvenait pas d'avoir signé quoi que ce soit de ce genre, mais elle n'en était plus sûre du tout. Vingt-trois mille euros, c'est plus que ce que j'ai sur mon livret, a-t-elle dit à sa fille ce soir-là, et on me dit que c'est déjà parti chez des gens que je ne connais pas.
Elle a passé la soirée à fouiller ses papiers, à chercher le bon de commande original, à vérifier les dates sur son calendrier de la poste. Le chien la suivait d'une pièce à l'autre. Elle pensait aux mensualités, à la première qui tomberait dans quelques semaines, à la maison qu'elle voulait laisser propre à Sandrine. Elle se disait que l'argent étant versé, la partie était sans doute perdue. Que le plus raisonnable serait peut-être de laisser poser les panneaux, et de faire refaire le toit ensuite.
« Vingt-trois mille euros, c'est plus que ce que j'ai sur mon livret, et on me dit que c'est déjà parti. »
Une juriste au téléphone et un délai qui n'était pas écoulé
C'est une voisine du marché, Josiane, qui lui a donné le numéro d'une association de consommateurs à Agen. Monique y est allée le mercredi, avec une chemise cartonnée sous le bras. Elle a été reçue par une bénévole, Nadia, ancienne juriste, qui a étalé les documents sur la table et les a lus en silence. Puis elle a posé une seule question : à quelle date exactement le commercial était-il venu. Monique a montré le calendrier. Nadia a compté sur ses doigts, et elle a souri.
Selon Nadia, parce que le contrat avait été signé chez elle, à domicile, Monique disposait de quatorze jours pour se rétracter, sans avoir à se justifier. Le délai n'était pas écoulé. Et surtout, d'après elle, le crédit était un crédit affecté, lié à cette vente précise. Si la vente tombe, le crédit tombe avec, lui a-t-elle expliqué, peu importe que la banque ait déjà payé l'installateur. Ce n'est pas votre problème de récupérer cet argent, c'est le leur, entre eux, a ajouté la bénévole.
Monique a mis un moment à comprendre. Pendant dix jours, elle avait cru que l'argent versé verrouillait tout, que le crédit vivait sa vie indépendamment des panneaux. Elle avait pensé à la banque comme à un mur, alors que la clé se trouvait dans le bon de commande, dans ce formulaire détachable qu'elle n'avait même pas remarqué. Nadia l'a aidée à remplir le formulaire de rétractation, puis à rédiger une lettre recommandée avec accusé de réception pour l'installateur, et une copie pour l'organisme de crédit.
Deux lettres recommandées, un remboursement et un toit intact
Elle a posté les deux lettres le jeudi matin, au bureau de poste du village, en gardant précieusement les récépissés. Douze jours après la visite de Kevin, donc encore dans les temps. Pendant deux semaines, il ne s'est rien passé, puis l'installateur a appelé pour proposer une remise si elle maintenait la commande. Elle a refusé poliment. Quelques jours plus tard, l'organisme de crédit lui a écrit que le contrat de financement était annulé et qu'aucune mensualité ne serait prélevée. Les fonds devaient être restitués par l'installateur.
Soyons honnêtes, Monique s'en sort bien, et elle le sait. Elle a récupéré les vingt euros de frais de dossier débités par erreur, et n'a rien perdu d'autre que quelques nuits de sommeil. Son toit est intact, ses tuiles toujours fendues, et Jean-Pierre doit venir en refaire une partie au printemps. Elle n'a pas renoncé au solaire pour autant. Elle veut demander trois devis, faire venir quelqu'un sur le toit, et prendre le temps. Plus jamais le jour même, dit-elle, même si on me fait le meilleur café du monde.
Ce qui l'a le plus frappée, c'est d'avoir failli tout accepter par fatalisme, simplement parce qu'une conseillère lui avait dit que l'argent était parti. Elle raconte maintenant son histoire au marché, le samedi, et elle a gardé sur le réfrigérateur, à la place de la facture, la photocopie de son formulaire de rétractation. Sandrine l'appelle toujours le dimanche. Elles parlent moins d'électricité. Avant de raccrocher, sa fille lui demande parfois, en riant, si quelqu'un est passé avec une tablette cette semaine.
« Si la vente tombe, le crédit tombe avec, peu importe que la banque ait déjà payé l'installateur. »
- Notez la date exacte de la signature à domicile : le délai de rétractation de quatorze jours se compte à partir de là.
- Cherchez le formulaire de rétractation détachable joint au bon de commande, ou rédigez une lettre claire.
- Envoyez votre rétractation en recommandé avec accusé de réception et gardez le récépissé.
- Adressez une copie à l'organisme de crédit : un crédit affecté suit le sort de la vente.
- Ne signez aucune attestation de livraison tant que rien n'est posé chez vous.
- En cas de doute, une association de consommateurs locale peut relire vos documents gratuitement.
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