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Sept heures et quart, un matin de janvier, près d'Amiens. Martine pousse la porte de la véranda, son bol de café entre les mains, et s'arrête net. Sur les grandes vitres, des filets d'eau descendent lentement jusqu'aux rails d'aluminium, où ils forment de petites flaques. Dehors, le jardin est blanc de givre. Dedans, le poêle à pétrole ronronne doucement dans son coin.
Une véranda au fond du jardin, devenue la pièce préférée
Martine a cinquante-huit ans et travaille comme secrétaire médicale dans un cabinet du centre d'Amiens. Avec Gérard, son mari, elle habite depuis vingt-deux ans une longère en brique rouge, dans un village à quinze kilomètres de la ville. La maison est solide, un peu fraîche l'hiver, avec une vieille chaudière au fioul qui gronde dans le cellier. Il y a cinq ans, le couple a fait construire une véranda contre la façade sud, pour profiter du jardin même quand il pleut.
Très vite, cette véranda est devenue leur pièce favorite, celle où l'on vit vraiment. Martine y a installé un fauteuil en rotin, une table ronde, ses géraniums qu'elle rentre chaque automne et une petite bibliothèque. Gérard y lit le journal le dimanche matin, les pieds posés sur un tabouret. Les petits-enfants y font leurs coloriages pendant les vacances. Au printemps et en été, la lumière y est magnifique, et personne ne songe à se plaindre de quoi que ce soit.
L'hiver, en revanche, la véranda n'a jamais été chauffée correctement. Le radiateur ajouté au moment des travaux est relié à la chaudière, et l'allumer revient à faire tourner tout le circuit de la maison. Les premières années, Martine se contentait d'un plaid et d'une bouillotte. Elle aimait cette fraîcheur lumineuse, disait-elle, le soleil bas qui traversait les vitres vers midi. Mais avec le prix du fioul qui grimpait, chaque degré gagné commençait à se discuter longuement à la table du dîner.
Un poêle à pétrole acheté pour épargner la chaudière
En novembre, Martine a fait ses comptes, crayon en main, sur le dos d'une enveloppe. La dernière livraison de fioul avait coûté beaucoup plus cher que l'année précédente, et Gérard voulait tenir jusqu'en mars sans recommander. Allumer la chaudière pour une seule pièce vitrée lui semblait absurde. Une collègue du cabinet lui a alors parlé de son poêle à pétrole, installé dans son salon depuis deux hivers, et dont elle se disait ravie à chaque pause café.
Le samedi suivant, le couple est allé dans un magasin de bricolage de la zone commerciale, à la sortie d'Amiens. Le vendeur leur a montré un modèle électronique, avec thermostat et programmation, vendu un peu moins de deux cents euros. Il chauffait, d'après l'étiquette, jusqu'à quarante mètres carrés. La véranda en faisait à peine vingt-cinq. Martine a aussi acheté deux bidons de combustible désodorisé et une pompe manuelle pour remplir le réservoir sans en mettre partout sur le carrelage.
Les premières soirées ont été un vrai bonheur, il faut bien le dire. En une vingtaine de minutes, la véranda passait de douze à vingt degrés, sans bruit, avec une odeur à peine perceptible au démarrage. Martine a recommencé à s'y installer le soir pour ses mots croisés. Ça chauffe mieux que la chaudière et ça coûte trois fois rien, a-t-elle dit à sa sœur au téléphone. Gérard, d'abord sceptique, a fini par rapprocher son fauteuil du poêle.
« Ça chauffe mieux que la chaudière et ça coûte trois fois rien, je ne comprends pas pourquoi on n'y a pas pensé plus tôt. »
Les premières gouttes sur les vitres, mises sur le compte du froid
Les premières gouttes sont apparues à la mi-décembre, un matin où il avait gelé fort. Martine a remarqué une buée épaisse dans le bas des vitres, à hauteur de ses géraniums. Elle n'y a pas prêté attention. Une véranda, c'est du verre, et le verre froid fait de la buée, tout le monde sait ça. Elle a passé un coup de chiffon, arrosé ses plantes, puis elle est partie travailler comme d'habitude, en laissant le poêle programmé pour le soir.
Pendant les fêtes, la famille est venue, et la véranda a servi presque toute la journée. Le poêle tournait du matin jusqu'au soir, et le réservoir se vidait plus vite que prévu. Gérard a remarqué que les rails des baies coulissantes restaient humides, même l'après-midi. Il a pensé à un joint d'étanchéité fatigué, peut-être à une infiltration par le toit en polycarbonate. Il a promis de grimper sur l'échelle dès que le temps le permettrait, ce qu'il n'a évidemment jamais fait.
En janvier, la buée est devenue un ruissellement. Chaque matin, des rigoles d'eau descendaient le long des vitres, et les flaques sur les rails débordaient sur le carrelage. Martine a sorti les serpillières, puis une raclette à vitres. Elle a vu aussi que les joints en caoutchouc, autour des cadres, prenaient une couleur grise, puis franchement noire par endroits. On croit toujours que c'est le temps, a-t-elle soupiré, que c'est l'hiver picard qui veut ça, et qu'il suffit d'attendre le printemps.
Le vitrier, les absorbeurs et les nuits à surveiller
Fin janvier, Martine a fini par appeler l'entreprise qui avait posé la véranda. Un technicien est passé un mercredi après-midi, il a inspecté la toiture, les gouttières, les joints de façade et les fixations. Il n'a trouvé aucune infiltration. Les doubles vitrages étaient en bon état, sans buée entre les deux verres. Il a regardé le poêle dans le coin, a hoché la tête sans rien dire de précis, et il est reparti en conseillant simplement d'aérer un peu plus souvent.
Martine n'a pas vraiment compris le conseil, ou plutôt, elle n'a pas voulu le comprendre. Aérer, c'était laisser partir la chaleur qu'elle venait de payer. Elle a donc acheté trois absorbeurs d'humidité au supermarché, ces petits boîtiers remplis de cristaux blancs. Une semaine plus tard, ils étaient pleins d'eau. Elle en a acheté d'autres. Gérard, lui, a commencé à regarder des devis pour remplacer les joints, puis pour un déshumidificateur électrique, à plus de deux cents euros.
Pendant ce temps, l'odeur a changé dans la véranda. Pas celle du pétrole, mais une odeur de cave, légèrement sucrée, qui s'accrochait aux coussins du fauteuil en rotin. Des points noirs sont apparus dans l'angle du plafond, au-dessus de la bibliothèque. Les livres du bas avaient les pages gondolées. J'ai cru que la véranda était mal construite, que j'allais devoir tout refaire, a confié Martine à sa collègue. C'est justement cette collègue qui, en l'écoutant, a posé la bonne question.
« J'ai cru que la véranda était mal construite, que j'allais devoir tout refaire, les vitres, les joints, peut-être même le toit. »
Un litre de pétrole brûlé, un litre d'eau dans l'air
Combien de pétrole brûles-tu par jour, lui a demandé sa collègue. Martine a fait le calcul ce soir-là, en regardant le réservoir et les bidons vides entassés dans le garage. Pendant les grands froids, le poêle consommait à peu près un litre et demi par jour, parfois plus le week-end. Sa collègue lui a alors expliqué ce que son propre installateur lui avait dit, et que Martine n'avait jamais lu dans la notice glissée au fond du carton.
Quand on brûle du pétrole, la combustion produit de la chaleur, du gaz carbonique, mais aussi de la vapeur d'eau. Environ un litre de vapeur pour chaque litre de combustible brûlé. Un poêle mobile ne possède aucun conduit, aucune cheminée : tout ce qu'il produit reste dans la pièce. Chaque jour, la véranda recevait donc plus d'un litre d'eau invisible, qui allait se déposer sur la surface la plus froide, c'est-à-dire les grandes vitres exposées au gel nocturne.
Martine est restée un long moment silencieuse, la notice enfin ouverte sur ses genoux. Tout y était écrit, en petits caractères : aérer régulièrement, plusieurs fois par jour, ne pas utiliser le poêle dans une pièce fermée sans renouvellement d'air. Les joints noircis, c'étaient des moisissures nourries par cette eau. Ce n'était ni le toit ni les vitrages, a-t-elle résumé à Gérard, c'était nous, avec notre petit poêle si économique. Gérard a ri jaune, puis il a ouvert la porte du jardin.
Ce que la véranda a coûté, et les nouvelles habitudes
Martine a fait le bilan sans complaisance. Les absorbeurs, les serpillières, les produits contre la moisissure, les coussins à laver et les joints à changer représentaient près de cent cinquante euros. Sans compter les livres abîmés et le déshumidificateur qu'ils avaient failli acheter pour rien. L'économie sur le fioul restait réelle, mais elle avait fondu de moitié. Soyons honnêtes, a reconnu Gérard, on avait choisi le chauffage le moins cher sans se demander où partait tout ce qu'il fabriquait.
Le couple n'a pas renoncé au poêle, mais il a changé sa manière de vivre avec. Martine ouvre désormais en grand la baie coulissante pendant cinq minutes le matin, à midi et le soir, même quand il gèle. Elle a fait poser une petite grille de ventilation en haut de la véranda. Elle a acheté un hygromètre à quinze euros, posé sur la bibliothèque. Quand l'aiguille dépasse soixante pour cent d'humidité, elle aère, sans discuter, et éteint le poêle un moment.
En février, les vitres ne ruisselaient plus, à peine un léger voile certains matins de grand gel. Les nouveaux joints sont restés propres, les géraniums ont repris des couleurs. Martine raconte maintenant l'histoire à qui veut l'entendre, à la boulangerie comme au cabinet. Un poêle sans tuyau, explique-t-elle, c'est une bouilloire qu'on laisserait fumer toute la journée dans la pièce. On connaît tous ça, ces bonnes idées d'hiver qui coûtent cher au printemps, dit-elle encore, en rangeant la raclette au fond du placard.
« Ce n'était ni le toit ni les vitrages, c'était nous, avec notre petit poêle si économique qui crachait de l'eau toute la journée. »
- Un litre de pétrole brûlé libère environ un litre de vapeur d'eau dans la pièce.
- Aérer cinq à dix minutes plusieurs fois par jour, même par temps de gel.
- Placer un hygromètre et réagir dès que l'humidité dépasse 60 %.
- Ne jamais utiliser un poêle mobile dans une pièce fermée sans renouvellement d'air.
- Surveiller les joints et angles du plafond : des taches noires signalent des moisissures.
- Relire la notice du poêle, qui précise la surface et les consignes de ventilation.
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