Il coupe le chauffage de sa maison de Creuse en novembre : en février, l’assureur lui demande s’il avait vidangé les tuyaux

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Un samedi de novembre, vers seize heures, Gérard tourne une dernière fois la clé dans la serrure de la porte d'entrée. Le bois gonflé par l'humidité grince, comme chaque année. Derrière lui, dans la maison de sa mère à Bourganeuf, le silence est déjà froid. Il a coupé le chauffage, fermé les volets, et la voiture attend, moteur tiède, dans l'allée gravillonnée.

Une maison de famille qu'on ferme chaque automne depuis vingt ans

Gérard a soixante-sept ans et il connaît cette maison par cœur, jusqu'à la latte du couloir qui craque sous le pied. C'était celle de sa mère, une bâtisse de granit plantée au bout d'un chemin, avec un jardin qui descend vers un ruisseau. Depuis qu'il l'a héritée, il y passe les étés avec Martine, sa femme, et parfois les petits-enfants. Le reste de l'année, ils vivent à Limoges, à une heure de route, dans un appartement chauffé et sans surprise.

Chaque automne, le rituel est le même et il le déroule presque sans y penser. Il range les chaises de jardin dans la grange, vide le réfrigérateur, débranche la box internet et la télévision. Martine passe un chiffon sur les meubles et pose des draps sur le canapé du salon. Ensuite, Gérard descend à la cave, là où se trouve la vieille chaudière au fioul, et il appuie sur l'interrupteur. Le ronronnement s'arrête, et la maison entre dans son long sommeil d'hiver.

Il le dit lui-même en riant, il n'a jamais eu le moindre souci en vingt ans. Pas une tuile envolée, pas une souris dans les placards, pas une fuite. Un voisin, Robert, passe de temps en temps jeter un œil depuis le chemin, et lui envoie un message quand il neige. Cette confiance tranquille, Gérard la tient de sa mère, qui fermait déjà la maison de la même façon. Pour lui, une maison solide n'a pas besoin qu'on la surveille, elle attend simplement qu'on revienne.

Couper le chauffage, une économie qui paraissait plus que raisonnable

Cette année-là, pourtant, la question du chauffage s'est posée autrement. Le prix du fioul avait grimpé, et la dernière livraison lui avait coûté plus de mille euros pour une cuve à moitié pleine. Martine avait évoqué l'idée de laisser tourner la chaudière au minimum, en position hors-gel, comme le font certains voisins. Gérard avait haussé les épaules. Chauffer une maison vide pendant cinq mois lui semblait absurde, presque un gaspillage dont sa mère se serait moquée.

Il avait fait ses calculs sur un coin de nappe, un soir d'octobre, avec le sérieux d'un ancien comptable. Même au plus bas, la chaudière aurait consommé plusieurs centaines de litres sur l'hiver. Et puis les murs de granit faisaient soixante centimètres d'épaisseur, la maison gardait la fraîcheur l'été, elle garderait bien un peu de chaleur l'hiver. Ce raisonnement-là, soyons honnêtes, beaucoup de propriétaires de résidences secondaires le tiennent, et il n'a rien de déraisonnable à première vue.

Il y avait aussi la vidange, ce geste dont parlait parfois Robert, qui coupe l'eau et ouvre tous les robinets avant de partir. Gérard trouvait cela compliqué, avec ces vieux tuyaux en cuivre qui serpentent sous le plancher de la salle de bains. Il s'était contenté de fermer la vanne générale au compteur, dans le regard au bord du chemin. Ça suffit largement, avait-il dit à Martine en remontant en voiture, l'eau ne passe plus, il n'y a plus de risque.

« Ça suffit largement, l'eau ne passe plus au compteur, il n'y a plus aucun risque pour les tuyaux. »

Un message du voisin sur une tache sombre au pied du mur

Janvier avait été doux, presque printanier, puis la deuxième semaine de février avait basculé. Plusieurs nuits de suite, le thermomètre était descendu sous moins dix degrés sur le plateau de Millevaches. À Limoges, Gérard avait gratté le pare-brise deux matins de suite sans penser une seconde à la maison. Le froid, pour lui, c'était un désagrément de citadin, une histoire de voiture qui démarre mal et de chaussures qui glissent sur le trottoir.

Le vingt février, son téléphone a vibré pendant le déjeuner. C'était Robert, qui avait fait un détour par le chemin en allant chercher son pain. Il avait envoyé une photo un peu floue, prise de loin, de la façade nord. On y voyait, au pied du mur, une tache sombre sur le crépi, comme une coulure qui partait de la fenêtre de la salle de bains. Dessous, il avait écrit simplement : ça m'a l'air mouillé chez toi, tu devrais venir voir.

Gérard a regardé la photo longtemps, en zoomant avec deux doigts. Il a d'abord pensé à de la neige fondue, glissée du toit avec le redoux annoncé. Martine, elle, a froncé les sourcils et lui a demandé si la vanne était bien fermée. Il a répondu oui, sans hésiter, puisqu'il l'avait tournée lui-même. Il a remercié Robert, promis de passer le week-end suivant, et il a repris son repas. Le doute, pourtant, s'était glissé quelque part, comme un caillou dans une chaussure.

La porte qui résiste et l'odeur de plâtre mouillé

Il n'a pas attendu le week-end. Le lendemain matin, il a pris la route seul, sous un ciel blanc, les mains crispées sur le volant dans les virages. En arrivant, la porte d'entrée a résisté plus que d'habitude, comme si le bois avait gonflé. Une fois à l'intérieur, l'odeur l'a saisi avant tout le reste : du plâtre mouillé, de la moisissure naissante, une humidité lourde qui collait à la peau. Le plafond du couloir avait une bosse jaunâtre.

Dans la salle de bains, le tuyau qui alimentait le lavabo avait éclaté sur une dizaine de centimètres, fendu comme une écorce. L'eau restée dans les canalisations avait gelé, gonflé, puis tout lâché au dégel. Elle avait coulé sous le plancher, traversé le plafond de la cuisine, imbibé le parquet du salon. Le canapé recouvert de son drap était trempé. Gérard a raconté plus tard qu'il était resté debout un long moment, le téléphone à la main, incapable de choisir qui appeler.

Il a d'abord téléphoné à un plombier de Bourganeuf, qui ne pouvait venir que trois jours plus tard. Puis il a appelé son assurance, une ligne d'assistance où une voix calme lui a demandé de prendre des photos et de déclarer le sinistre sous cinq jours ouvrés. J'ai tout photographié, pièce par pièce, même les chaussettes de ma mère dans le placard, a-t-il confié. Il est rentré à Limoges tard ce soir-là, épuisé, persuadé que l'assurance allait au moins régler la casse.

« J'ai tout photographié, pièce par pièce, même les chaussettes de ma mère restées dans le placard. »

La question de l'expert, posée presque en passant

L'expert mandaté par l'assureur est venu trois semaines plus tard, un mardi, avec une mallette et un humidimètre. Un homme poli, d'une cinquantaine d'années, qui a fait le tour des pièces en prenant des notes. Il a mesuré les murs, regardé le tuyau fendu, ouvert le placard de la chaudière. Puis, dans la cuisine, il a posé sa question d'une voix neutre : la maison était chauffée en hors-gel, ou bien vous aviez vidangé les installations avant de partir.

Gérard a expliqué la vanne fermée au compteur, persuadé de marquer un point. L'expert a hoché la tête sans rien écrire, puis il a sorti une copie du contrat multirisque habitation. Il lui a montré un paragraphe que Gérard n'avait jamais lu, dans les conditions générales, au chapitre des dégâts des eaux. Pour une habitation inoccupée en période de gel, le contrat exigeait soit de maintenir un chauffage suffisant, soit de vidanger entièrement les conduites et les appareils.

Fermer la vanne, a précisé l'expert, ce n'est pas vidanger, l'eau reste prisonnière dans les tuyaux et c'est justement elle qui gèle. Gérard a senti la pièce se refroidir encore un peu. Il croyait au début à une formalité, une case à cocher avant l'indemnisation. On connaît tous ça, ces clauses écrites en petits caractères qu'on signe sans les lire. Quelques semaines après, le courrier est arrivé : l'assureur refusait la prise en charge des dommages, en invoquant le non-respect de cette obligation de prévention.

Ce que l'hiver a coûté, et ce qu'il regarde désormais

Le devis du plombier s'élevait à huit cents euros pour remplacer les tuyaux, et celui du plaquiste dépassait quatre mille euros. Il fallait ajouter le parquet du salon, à déposer entièrement, le canapé de sa mère et l'électricité de la cuisine à vérifier. Au total, Gérard et Martine ont sorti près de neuf mille euros de leurs économies. Le prix de plusieurs hivers de fioul en hors-gel, calcule-t-il aujourd'hui, avec un sourire un peu amer.

Il ne crie pas à l'injustice, il dit surtout qu'il aurait voulu savoir. Dans son cas, le contrat était clair, même s'il ne l'avait jamais ouvert. Selon les compagnies, les exigences varient, certaines fixent une durée d'absence à partir de laquelle la maison est dite inoccupée, d'autres une température minimale à maintenir. Gérard a fini par appeler son agent pour relire chaque ligne avec lui. Il a découvert au passage que sa franchise était aussi plus élevée qu'il ne l'imaginait.

Désormais, la fermeture de la maison prend une heure de plus. Il coupe l'eau, ouvre tous les robinets, vide le ballon d'eau chaude, tire la chasse et verse un peu d'antigel dans les siphons, comme le lui a montré le plombier. La chaudière reste en position hors-gel, et Robert a les clés. J'ai écrit la liste sur une feuille scotchée derrière la porte de la cave, dit-il, pour que personne n'oublie après moi. Martine, elle, a simplement glissé le contrat d'assurance dans le tiroir de l'entrée.

« Je ne crie pas au scandale, le contrat était clair, j'aurais juste voulu le lire avant de partir. »

  • Relire le chapitre dégâts des eaux de son contrat multirisque, en cherchant les mots inoccupation et gel.
  • Vérifier à partir de combien de jours d'absence la maison est considérée comme inoccupée par l'assureur.
  • Fermer la vanne générale ne suffit pas : ouvrir tous les robinets pour vider réellement les conduites.
  • Vidanger le ballon d'eau chaude, la chasse d'eau et protéger les siphons avec un produit antigel.
  • À défaut de vidange, laisser le chauffage en position hors-gel pendant toute la période froide.
  • Confier les clés à un voisin et déclarer tout sinistre à l'assureur dans les cinq jours ouvrés.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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