À 61 ans, elle ouvre une facture d’eau de 1 100 euros à Montpellier : trois semaines plus tard, le plombier creuse sous la haie de lauriers

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Il était un peu plus de dix heures, un mardi de mars, et le facteur venait de claquer la boîte aux lettres. Martine a posé son sécateur sur le muret, essuyé ses mains sur son tablier de jardin. L'enveloppe du service des eaux était plus épaisse que d'habitude. Elle l'a ouverte debout, au milieu de l'allée, et elle a lu le montant deux fois.

Un pavillon tranquille au bout d'une impasse de Montpellier

Martine a 61 ans et vit depuis vingt-deux ans dans un petit pavillon des années quatre-vingt, au nord de Montpellier. Ancienne secrétaire dans un cabinet de kinésithérapie, elle est à la retraite depuis trois ans. Gérard, son mari, travaille encore à mi-temps dans une agence de location de matériel. La maison n'a rien d'extraordinaire : trois chambres, un garage, une cuisine refaite il y a dix ans, et surtout ce jardin qu'elle soigne chaque matin avec une patience presque têtue.

Le jardin, c'est sa fierté. Une pelouse qui tient à peu près l'été, une haie de lauriers-roses le long de la clôture, deux oliviers plantés à la naissance des petits-enfants. Au fond, près du cabanon, un vieux robinet extérieur sert à remplir l'arrosoir et à rincer les bottes. Martine connaît chaque recoin de ce terrain, chaque pierre qui dépasse, chaque endroit où la terre reste humide plus longtemps après l'orage. Du moins, c'est ce qu'elle pensait jusqu'à ce mardi de mars.

Côté factures, le couple a ses habitudes. L'eau arrive deux fois par an, et le montant varie peu : autour de 180 euros par semestre, un peu plus quand les enfants viennent l'été avec les petits. Gérard range les papiers dans une chemise verte, sur l'étagère du bureau, et vérifie d'un coup d'œil. Ils n'ont jamais eu de mauvaise surprise. Soyons honnêtes, personne ne lit vraiment le détail d'une facture d'eau quand le total ressemble à celui de l'année précédente.

L'été sec où Martine a décidé d'arroser autrement

Tout a commencé, sans qu'elle le sache, l'été précédent. Avec les restrictions et la chaleur qui s'installait dès le mois de juin, Martine avait décidé d'arroser moins souvent mais plus longtemps, le soir, au pied des oliviers et de la haie. Une voisine lui avait conseillé cette méthode pour que les racines descendent en profondeur. Elle avait trouvé l'idée raisonnable, économe même. Elle avait acheté un tuyau poreux qu'elle branchait sur le robinet du fond, puis laissait couler une heure, montre en main.

Pour ne pas trop marcher sur la pelouse, Gérard avait aussi déplacé quelques dalles de l'allée vers le cabanon. Il avait creusé un peu, tassé du sable, reposé les pierres en ligne droite. Un samedi après-midi de travail, une bière fraîche ensuite, et tout le monde était content du résultat. Personne n'avait pensé que la canalisation qui alimentait le robinet extérieur passait juste là, à une quarantaine de centimètres sous la terre, depuis la construction de la maison.

À l'automne, les arrosages ont cessé. Le robinet du fond est resté fermé presque tout l'hiver, sauf pour rincer les outils. La facture de janvier, celle du semestre d'été, était un peu plus élevée, autour de 230 euros. Gérard avait haussé les épaules en la classant. C'est normal, avec l'arrosage, on savait que ça monterait un peu, avait-il dit à Martine. Elle était d'accord. Ils avaient choisi d'arroser, ils payaient l'eau qu'ils avaient utilisée, il n'y avait là rien d'anormal à leurs yeux.

« C'est forcément le compteur, il doit être détraqué, on n'a jamais consommé autant d'eau de toute notre vie. »

Une tache verte qui ne séchait jamais près du cabanon

Il y avait pourtant un détail, et Martine l'avait remarqué dès le mois de décembre. Près du cabanon, à l'endroit où Gérard avait reposé les dalles, l'herbe restait d'un vert éclatant alors que le reste de la pelouse jaunissait. Elle avait même trouvé ça joli. Elle s'était dit que le sable retenait l'humidité, ou que l'ombre du cabanon protégeait ce coin du vent sec. On connaît tous ça, ces petites anomalies du quotidien qu'on range aussitôt dans la case des choses sans importance.

En février, une des dalles s'est légèrement enfoncée. Gérard l'a soulevée, a rajouté du sable, l'a reposée en tapant avec le manche du marteau. La terre dessous était boueuse, mais il avait plu deux jours plus tôt. Il n'a rien dit, ou presque. C'est spongieux ce coin, faudra que je mette du gravier, a-t-il lancé en rentrant les outils. Martine a hoché la tête sans lever les yeux de son livre, et la conversation s'est arrêtée là, comme tant d'autres.

Puis il y a eu ce bruit. Un soir, en fermant les volets de la cuisine, Martine a entendu un léger sifflement, très faible, venu de nulle part. Elle a vérifié les robinets de l'évier, la chasse d'eau du rez-de-chaussée, le lave-linge éteint. Rien. Le bruit a disparu dès qu'elle s'est approchée du placard sous l'évier. Elle a pensé à la tuyauterie de la maison voisine, aux murs mitoyens qui transportent les sons. Elle est allée se coucher sans y repenser.

Mille cent euros, et personne ne trouve d'explication

Et puis cette enveloppe, ce mardi matin. Mille cent euros pour le semestre, au lieu des 180 habituels. La consommation indiquée dépassait de très loin tout ce qu'ils avaient connu. Martine est rentrée dans la cuisine, a posé la facture sur la table et appelé Gérard au travail. Il a d'abord cru à une erreur de lecture, un chiffre mal recopié par le releveur. C'est forcément le compteur, il doit être détraqué, a-t-il répété plusieurs fois au téléphone, presque en colère contre l'appareil lui-même.

Martine a appelé le service clientèle l'après-midi. La conseillère, polie et patiente, lui a expliqué que le relevé avait été transmis à distance et que le compteur semblait fonctionner normalement. Elle lui a proposé un test simple : fermer tous les robinets de la maison, noter les chiffres du compteur, attendre une heure sans utiliser d'eau, puis regarder à nouveau. Martine a raccroché, un peu vexée qu'on ne la croie pas tout de suite, et elle est allée chercher une lampe de poche dans le garage.

Le compteur se trouve dans un regard en béton, près du portail, sous une plaque grise qu'il faut soulever avec un tournevis. À dix-sept heures, Martine a noté les chiffres sur un post-it. À dix-huit heures, Gérard rentré, ils ont soulevé la plaque ensemble. Les chiffres avaient avancé. Pas énormément, mais clairement, alors que rien ne coulait dans la maison. Le petit disque du compteur tournait doucement, régulièrement. Ils se sont regardés en silence, accroupis tous les deux au-dessus du trou, la lampe tremblant un peu.

« Le petit disque tournait tout seul, la maison était silencieuse, et là j'ai compris que l'eau partait quelque part. »

Sous les dalles déplacées, un tuyau fendu sur dix centimètres

Le surlendemain, Karim, un plombier du quartier recommandé par la voisine, est arrivé avec sa camionnette blanche et une petite caisse d'outils. Il a écouté l'histoire sans l'interrompre, vérifié les sanitaires, puis refait le test au compteur. Ensuite, il a demandé par où passait l'eau jusqu'au robinet du jardin. Gérard a montré l'allée du doigt, les dalles, le coin trop vert. Karim a souri d'un air fatigué. Je crois qu'on n'aura pas besoin de chercher très longtemps, a-t-il dit en prenant sa pelle.

Il a creusé une demi-heure. À une quarantaine de centimètres, l'eau a commencé à remplir le trou, claire, continue. Le tuyau en polyéthylène, vieux de quarante ans, présentait une fente d'une dizaine de centimètres, juste sous l'endroit où Gérard avait tassé le sable l'été précédent. La pression des dalles, les va-et-vient, peut-être un coup de pelle mal placé : impossible de savoir. Ce qui était certain, c'est que l'eau s'échappait jour et nuit depuis des mois, directement dans la terre, sans jamais remonter vraiment à la surface.

Ce n'était donc ni le compteur ni une erreur du service des eaux. C'était une fuite enterrée, sur leur terrain, après le compteur, donc sous leur responsabilité. Gérard s'en voulait, visiblement. Martine, elle, pensait surtout au chèque. Karim a coupé la portion abîmée, posé un raccord neuf, refermé la tranchée. L'intervention a coûté un peu moins de 300 euros. Avant de partir, il a ajouté une phrase qu'ils ont d'abord à peine écoutée : Gardez bien ma facture, je vous fais aussi une attestation, vous en aurez besoin.

Le courrier qui a ramené la facture presque à la normale

C'est la conseillère du service des eaux, rappelée le lendemain, qui leur a expliqué la suite. Depuis une loi de 2011, entrée en application en 2013, lorsqu'une consommation anormale est due à une fuite sur une canalisation située après le compteur, l'abonné d'un logement ne paie pas au-delà du double de sa consommation moyenne. Mais il y a une condition : présenter, dans le mois qui suit l'information par le service, une attestation d'une entreprise de plomberie indiquant que la fuite a été réparée, avec sa localisation et la date.

Martine a tout envoyé le jour même, en recommandé, en gardant des photocopies dans la chemise verte. L'attestation de Karim précisait la nature de la fuite, son emplacement dans le jardin, la date de réparation. Quelques semaines plus tard, une facture rectifiée est arrivée. Leur moyenne tournait autour de 180 euros par semestre ; ils ont payé l'équivalent d'environ deux fois cette consommation, un peu moins de 400 euros. On a eu de la chance de ne pas traîner, je ne savais même pas que ça existait, résume Martine.

La conseillère avait aussi précisé que le dispositif concerne les canalisations, pas les appareils : une chasse d'eau qui fuit, un chauffe-eau ou un robinet qui goutte n'entrent pas dans ce cadre. Depuis, Gérard a mis du gravier sous les dalles et Martine relève le compteur le premier dimanche de chaque mois, sur un carnet accroché dans le garage. Le coin du cabanon a retrouvé la couleur du reste de la pelouse. Elle dit qu'elle préfère désormais une herbe un peu jaune à une herbe trop verte.

« Je crois qu'on n'aura pas besoin de chercher très longtemps, votre coin d'herbe trop verte me raconte déjà tout. »

  • Relevez votre compteur une fois par mois et notez les chiffres sur un carnet.
  • Test simple : tout fermer, noter le compteur, attendre une heure sans puiser d'eau, puis comparer.
  • Méfiez-vous d'une zone de pelouse anormalement verte ou d'une dalle qui s'enfonce sans raison.
  • En cas de fuite après compteur, demandez au plombier une attestation de réparation précisant lieu et date.
  • Envoyez cette attestation au service des eaux dans le mois suivant son alerte, en gardant une copie.
  • Le plafonnement concerne les canalisations, pas les fuites d'appareils comme une chasse d'eau ou un chauffe-eau.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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