À 68 ans, Gérard prend la route du Cantal en pneus d’été : un panneau rond à l’entrée de la vallée l’arrête net sur le bas-côté

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Le moteur tournait au ralenti sur le parking de la boulangerie, la buée s'effaçait lentement du pare-brise. Il était sept heures et quart, ce 2 novembre, et Gérard avait posé sur le siège passager une boîte de chouquettes encore tièdes. Dans le coffre, deux cadeaux d'anniversaire emballés de papier rouge. Trois heures de route le séparaient de ses petits-enfants, quelque part au fond d'une vallée du Cantal.

Un grand-père, une vieille berline et une route connue par cœur

Gérard a 68 ans et il a passé presque quarante ans à réparer des chaudières dans la région de Montluçon. Depuis sa retraite, il entretient sa berline grise comme il entretenait les installations de ses clients, avec méthode et un carnet où il note chaque vidange. La voiture affiche 186 000 kilomètres au compteur, mais elle démarre au premier tour de clé, hiver comme été. Il en est fier, et il le dit volontiers au café du bourg, où l'on parle plus de mécanique que de politique.

Sa fille Claire s'est installée il y a six ans dans un village du Cantal, avec son mari et leurs deux enfants. Elle travaille à la maison de santé de la vallée, lui est menuisier dans un atelier en bord de rivière. Gérard fait le trajet environ six fois par an, toujours le même itinéraire, toujours les mêmes arrêts. Il connaît les virages, les radars, la station-service où le café est correct. Ce voyage-là, il le ferait presque les yeux fermés, selon sa propre expression.

Cette fois, l'occasion est particulière, puisque Jules, son petit-fils, fête ses huit ans le samedi suivant. Gérard a prévu de rester quatre jours, de bricoler une cabane au fond du jardin et de raconter ses histoires de chantier. Sa femme, Monique, est restée à la maison à cause d'une sciatique qui la cloue au fauteuil depuis une semaine. Elle lui a fait promettre d'appeler en arrivant. Il a ri, il a dit qu'il connaissait la route, et qu'en novembre il faisait encore doux là-bas.

Pourquoi changer de pneus quand il fait encore quinze degrés

Chaque année, Gérard fait monter ses pneus hiver au garage de son quartier, mais jamais avant la fin novembre. C'est une habitude ancienne, qu'il défend avec des arguments solides en apparence. Selon lui, les pneus d'hiver s'usent vite quand il fait doux, et il les garde pour les vraies semaines froides. Le garagiste lui avait proposé un rendez-vous le 28 octobre, il avait refusé. Il trouvait qu'un mois de gomme tendre sur le bitume tiède, c'était de l'argent jeté par la fenêtre.

Il faut dire que la météo lui donnait raison sur le papier. La semaine précédente, le thermomètre de sa terrasse affichait encore quatorze degrés à midi, et les feuilles des marronniers tenaient bon. Les prévisions pour le Cantal annonçaient du temps sec, quelques gelées matinales en altitude, rien de plus. Gérard avait regardé tout cela la veille au soir, les lunettes sur le nez, devant la tablette que Claire lui avait offerte. Il avait conclu que les pneus d'été feraient parfaitement l'affaire pour ce séjour.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement, et il n'a rien d'absurde quand on habite en plaine. Gérard ne prenait pas de risque inconsidéré à ses yeux, il faisait un calcul d'usure et de météo. Il avait même vérifié la pression des quatre roues avant de partir, avec le petit manomètre rangé dans la boîte à gants. Je ne suis pas inconscient, je regarde le ciel avant de rouler, avait-il répondu à Monique quand elle s'était inquiétée. Puis il avait chargé les cadeaux et fermé le coffre.

« Je ne suis pas inconscient, je regarde le ciel avant de rouler, et le ciel était tout bleu ce matin-là. »

Un panneau rond qu'il n'avait jamais remarqué auparavant

La première partie du trajet s'est déroulée sans surprise, sur une chaussée sèche et sous un ciel pâle. Gérard a écouté la radio, mangé deux chouquettes, s'est arrêté pour un café vers Riom. Après la sortie de l'autoroute, la route a commencé à monter, et l'air est devenu plus vif à travers la vitre entrouverte. Sur les bas-côtés, l'herbe était blanche de givre dans les zones d'ombre. Rien d'inquiétant pourtant, le bitume restait sec et les voitures roulaient normalement devant lui.

C'est à l'entrée de la vallée, juste avant le pont qui enjambe la rivière, qu'il a vu le panneau. Un panneau rond, fond bleu, avec un pneu dessiné et des chaînes autour, accompagné d'un texte qu'il n'a pas eu le temps de lire. Il était neuf, ou en tout cas Gérard ne s'en souvenait pas. Il a levé le pied, par réflexe, puis il a continué. Sur le moment, il a pensé à une signalisation temporaire, liée à des travaux ou à un épisode neigeux annoncé.

Mais quelque chose le gênait, comme un caillou dans une chaussure. Il avait aperçu, sous le dessin, les mots obligatoire et une période qui commençait en novembre. Il a roulé encore deux kilomètres, en se répétant que la route était sèche et qu'il n'y avait pas un flocon. Puis il a vu une voiture de gendarmerie garée sur un parking de covoiturage, moteur coupé. Personne n'a fait signe de s'arrêter. Il s'est quand même rangé, cent mètres plus loin, devant une grange fermée.

Trois coups de téléphone sur un parking de campagne

Gérard a d'abord appelé Claire, qui ne répondait pas, prise par ses consultations du matin. Il a laissé un message un peu confus, où il parlait d'un panneau et de pneus, sans vraiment savoir ce qu'il demandait. Ensuite, il a appelé Monique, qui a cherché sur l'ordinateur pendant qu'il patientait dans le froid. Elle lisait à voix haute des morceaux de pages qu'elle ne comprenait qu'à moitié. Elle parlait d'une loi, de départements, de dates, et sa voix devenait de plus en plus inquiète.

Le troisième appel a été pour son garagiste, Fabrice, qui le connaît depuis vingt ans. Fabrice a mis un moment avant de comprendre où se trouvait Gérard exactement. Puis il a soupiré au bout du fil. Tu es en zone montagne, Gérard, depuis le premier novembre, il te faut des pneus hiver ou des chaînes dans le coffre, a-t-il expliqué. Gérard a protesté que la route était sèche, qu'il n'avait jamais entendu parler de ça, qu'il faisait le trajet depuis six ans.

Il a ouvert son coffre, par acquit de conscience, en sachant déjà ce qu'il y trouverait. Il y avait les cadeaux en papier rouge, une couverture, un bidon de lave-glace et le cric. Pas de chaînes, pas de chaussettes textiles, rien. Les chaînes qu'il avait achetées autrefois dormaient dans le garage de Montluçon, accrochées à un clou au-dessus de l'établi. Il est resté là un long moment, les mains dans les poches, à regarder passer les voitures dont il observait désormais les roues.

« Tu es en zone montagne, Gérard, depuis le premier novembre il te faut des pneus hiver ou des chaînes dans le coffre. »

Ce n'était pas la neige, c'était le calendrier

Le soir, chez Claire, Gérard a enfin compris ce qui lui avait échappé, une tasse de tisane entre les mains. Son gendre, Thomas, avait déjà vécu la question avec ses clients de l'atelier. Il lui a expliqué que le panneau ne dépendait pas de la météo du jour. Il marque l'entrée d'une commune où une obligation s'applique chaque année, du 1er novembre au 31 mars, qu'il neige ou qu'il fasse grand soleil. C'est la loi Montagne, a-t-il résumé, et le Cantal en fait partie.

Concrètement, trente-quatre départements sont concernés, ceux des massifs montagneux, mais pas toutes leurs communes. Chaque préfecture fixe par arrêté la liste des communes soumises à l'obligation, et des panneaux en signalent l'entrée et la sortie. Dans ces zones, un véhicule léger doit être équipé de quatre pneus hiver, ou bien transporter des chaînes ou des chaussettes à neige pour au moins deux roues motrices. Thomas a montré à Gérard le marquage à chercher sur le flanc des pneus, un petit sommet à trois pointes avec un flocon.

Et en cas de contrôle, la sanction n'avait rien de théorique, puisqu'il s'agit d'une amende de 135 euros. Les forces de l'ordre peuvent aussi, selon les situations, empêcher le véhicule de poursuivre sa route. Moi, je croyais que c'était seulement quand il neigeait, comme les panneaux équipements obligatoires sur les cols, a murmuré Gérard. Thomas a hoché la tête, il entendait cette phrase souvent. Pour lui, le plus déroutant pour les visiteurs, c'était justement de voir une route sèche et un panneau qui exige quand même un équipement.

Le prix d'une habitude et ce qu'il faut vérifier

Gérard n'a pas été verbalisé, et il le sait, il a eu de la chance. Le lendemain matin, Thomas l'a conduit dans un centre auto de la vallée, où il a acheté une paire de chaussettes textiles adaptées à sa taille de roue. Cela lui a coûté un peu moins de soixante euros, soit moins de la moitié de l'amende qu'il aurait pu payer. Il a passé l'après-midi à apprendre à les enfiler, dans la cour, sous le regard amusé de Jules et de sa sœur.

Le reste du séjour s'est bien passé, la cabane a pris forme et la neige n'est jamais tombée. Mais Gérard est rentré avec une autre façon de regarder son calendrier. Il a rappelé Fabrice dès son retour pour avancer le montage de ses pneus hiver à la fin octobre, quitte à les user un peu plus. Ce que j'économisais en gomme, je le risquais en amende, et surtout je risquais de ne pas arriver, a-t-il confié à Monique, un peu penaud, en déballant son sac.

Au café du bourg, il raconte désormais l'histoire du panneau rond à qui veut l'entendre. Plusieurs habitués, qui ont eux aussi de la famille dans le Massif central ou dans les Alpes, ont avoué n'en avoir jamais entendu parler. Gérard leur conseille de vérifier avant de partir, sur le site de la préfecture du département visité, la liste des communes concernées. Il leur répète aussi que les chaînes accrochées au garage ne servent à rien. Elles doivent voyager dans le coffre, avec le reste du nécessaire.

« Moi, je croyais que c'était seulement quand il neigeait, comme les panneaux qu'on voit sur les cols. »

  • Du 1er novembre au 31 mars, l'obligation s'applique dans les communes signalées de 34 départements de montagne.
  • La liste des communes concernées est fixée par arrêté préfectoral et consultable sur le site de chaque préfecture.
  • Équipement accepté : quatre pneus hiver marqués du symbole montagne et flocon, ou chaînes ou chaussettes dans le coffre.
  • Les panneaux ronds à fond bleu marquent l'entrée et la sortie de la zone, même par temps sec.
  • En cas de manquement, l'amende prévue est de 135 euros.
  • Vérifiez avant de partir que les chaînes ou chaussettes correspondent bien à la taille de vos pneus.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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