Elle cherche la loi sur le souffleur de feuilles un dimanche midi : le texte national qu’elle croyait trouver n’existe tout simplement pas

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Le gigot tournait doucement dans le four, la radio parlait bas sur le buffet de la cuisine. Il était midi passé de quelques minutes, ce dimanche d'octobre, quand le moteur a démarré derrière la haie de thuyas. Un sifflement aigu, continu, qui faisait vibrer la vitre au-dessus de l'évier. Claire a posé sa cuillère en bois et a regardé l'horloge.

Un dimanche ordinaire dans une rue tranquille de lotissement

Claire a 58 ans et vit depuis dix-neuf ans dans ce lotissement, à la sortie d'une petite ville de la Sarthe. Elle travaille à la comptabilité d'une coopérative agricole et attend la semaine entière ce déjeuner du dimanche. Son mari, Bernard, met la table pendant qu'elle surveille la cuisson du gigot. Leur fille vient parfois de Tours avec les petits, et ce dimanche-là, justement, elle était attendue vers treize heures.

La rue compte une douzaine de pavillons alignés, avec des jardins séparés par des haies ou des grillages verts. Tout le monde se connaît un peu, on se salue en sortant les poubelles, on s'échange des courgettes l'été. Les voisins de droite, un couple de retraités, sont arrivés il y a quatre ans seulement. Lui s'appelle Gérard, il entretient son terrain avec un soin presque militaire, et sa pelouse ressemble à un green.

Jusqu'ici, rien n'avait vraiment posé problème entre les deux maisons. Gérard tondait le samedi matin, parfois un peu tôt, mais Claire n'y prêtait pas attention. On connaît tous ça, ces bruits de quartier qui font partie du décor et qu'on finit par ne plus entendre. Le dimanche, en revanche, la rue restait silencieuse, et Claire tenait à ce silence comme à un vieux meuble de famille.

Gérard achète un souffleur pour en finir avec les feuilles

Le grand chêne du fond, planté bien avant la construction du lotissement, perd ses feuilles chaque automne sur les deux terrains. Pendant des années, Claire et Bernard les ramassaient au râteau, en deux après-midi, et remplissaient des sacs pour la déchetterie. Gérard, lui, avait décidé de se moderniser. Il avait acheté en septembre un souffleur thermique, un gros modèle à dos, avec un réservoir et une sangle rembourrée.

Ses raisons se tenaient parfaitement, et Claire elle-même les aurait comprises s'il les avait expliquées. Il avait mal au dos depuis une opération, le râteau lui coûtait, et les feuilles mouillées bouchaient sa gouttière. Le samedi, il gardait ses petits-enfants et ne voulait pas les exposer au bruit. Il restait donc le dimanche, en fin de matinée, quand sa femme partait à la messe et que la maison était vide.

Le premier dimanche, Claire n'avait entendu qu'une vingtaine de minutes de vrombissement, vers onze heures. Elle avait haussé les épaules, pensant à un passage exceptionnel avant la pluie annoncée. Le deuxième dimanche, cela avait duré plus longtemps, mais elle était sortie se promener. Ce troisième dimanche, en revanche, le moteur tournait encore à midi passé, juste sous la fenêtre de sa cuisine, et ne semblait pas près de s'arrêter.

« J'étais certaine que c'était une loi, ma mère me l'a répété toute ma vie, pas de bruit le dimanche après midi. »

Le bruit dure, et midi devient presque une heure

Claire a d'abord fermé la fenêtre, puis monté le son de la radio, sans grand résultat. Le sifflement traversait le double vitrage, et le moteur changeait de régime à chaque passage le long de la haie. Bernard a fait remarquer qu'il ne pouvait pas en avoir pour longtemps, vu la taille du terrain. Elle a regardé l'horloge à midi et quart, puis à midi et demi, puis encore à moins le quart.

Ce qui l'agaçait le plus, soyons honnêtes, ce n'était pas seulement le vacarme. C'était l'idée que cela fût interdit, qu'il existât une règle claire, et que Gérard s'en moquât tranquillement. Elle avait toujours entendu dire qu'on ne faisait pas de bruit le dimanche après midi. Sa mère le répétait, ses collègues aussi, et elle tenait cette règle pour une loi nationale, valable partout en France.

Quand le moteur s'est enfin tu, il était presque treize heures, et la voiture de sa fille se garait devant le portail. Claire a servi le déjeuner en ruminant, et ses petits-enfants ont trouvé que mamie était bien silencieuse. Le soir, après leur départ, elle a ouvert l'ordinateur portable sur la table du salon. Elle voulait trouver le texte exact, l'article de loi, pour l'imprimer et le glisser poliment dans la boîte aux lettres d'à côté.

Elle cherche la loi nationale et ne trouve rien

Elle a tapé plusieurs formules dans le moteur de recherche, horaires de tonte, loi bruit dimanche, souffleur interdit. Elle est tombée sur des forums où chacun citait des horaires différents, parfois avec une grande assurance. Certains parlaient de dix heures à midi, d'autres de neuf heures à douze, d'autres encore excluaient totalement le dimanche. Aucun ne donnait de référence précise à un texte national, et cela l'a intriguée.

Le lundi, à la pause de midi, elle en a parlé à Nadia, sa collègue du service paie. Nadia lui a dit, sûre d'elle, que c'était dans le Code civil, ou peut-être dans le Code de l'environnement. Claire a passé une partie de sa soirée à parcourir des textes, sans trouver la moindre ligne sur les tondeuses. Elle a même appelé son beau-frère, ancien gendarme, qui lui a répondu que ça dépendait, sans savoir dire de quoi.

Le mercredi, elle a tenté sa chance auprès d'une association de consommateurs, qui l'a mise en attente puis l'a rappelée le lendemain. La conseillère lui a posé une question à laquelle elle ne s'attendait pas du tout : dans quelle commune habitait-elle. Claire a donné le nom de sa ville, un peu agacée de ce détour. La réponse est arrivée ensuite, simple et déroutante, et elle a pris quelques notes sur un post-it jaune.

« J'ai cherché pendant trois soirs un article de loi qui n'existait pas, je me sentais un peu bête. »

La règle qu'elle cherchait se trouvait à la mairie

La conseillère lui a expliqué qu'aucun texte national ne fixait d'horaires précis pour le jardinage bruyant. Le Code de la santé publique sanctionne les bruits de voisinage qui, par leur durée, leur répétition ou leur intensité, portent atteinte à la tranquillité. Mais les plages horaires autorisées pour les tondeuses, souffleurs ou tronçonneuses relèvent d'un arrêté préfectoral ou municipal. Elles changent donc d'un département à l'autre, et parfois d'une commune à sa voisine.

Claire a raccroché avec une drôle d'impression, comme si l'on venait de lui retirer un meuble familier. Le soir même, elle a trouvé sur le site de sa préfecture l'arrêté relatif aux bruits de voisinage. Elle l'a lu deux fois, avec ses lunettes, à la lumière de la lampe du salon. Le dimanche et les jours fériés, les travaux de jardinage bruyants y étaient autorisés de dix heures à midi seulement.

Restait à vérifier la mairie, que la conseillère lui avait conseillé de contacter aussi. Le vendredi, au guichet, une employée lui a confirmé qu'aucun arrêté municipal plus strict n'existait pour sa commune. Elle a ajouté qu'à quinze kilomètres, dans le bourg voisin, le dimanche était entièrement interdit. Claire est rentrée en se disant que ses collègues, sa mère et les forums avaient tous un peu raison, chacun pour son coin de France.

Une feuille imprimée, un café, et une haie apaisée

Le samedi suivant, Claire a imprimé l'arrêté préfectoral et surligné la ligne concernant le dimanche. Elle a hésité longtemps entre la boîte aux lettres et une visite, puis elle a sonné chez Gérard vers dix heures. Il l'a fait entrer, un peu surpris, et sa femme a sorti des tasses. Claire a posé la feuille sur la toile cirée, en expliquant qu'elle avait elle-même cru à une loi nationale pendant des années.

Gérard a reconnu qu'il ignorait totalement ces horaires et qu'il pensait que le dimanche matin suffisait. Il n'avait pas mesuré que son passage avait débordé jusqu'à treize heures, casque antibruit sur les oreilles. Ils ont convenu qu'il soufflerait désormais avant midi, ou le samedi en fin d'après-midi quand les petits seraient repartis. Claire, de son côté, lui a proposé de partager le ramassage des feuilles du chêne, qui tombent des deux côtés.

Ce que Claire retient, c'est qu'elle a failli se plaindre avec une règle qui n'existait pas sous cette forme. Une main courante ou un courrier sec auraient pu abîmer des années de voisinage, pour une simple erreur de référence. Avant de protester, il faut savoir quel texte s'applique chez soi, et ce texte se trouve à la préfecture ou à la mairie. Le reste, souvent, se règle autour d'une tasse de café, devant une feuille surlignée.

« Franchement, je pensais que le dimanche matin, c'était permis partout, j'avais mon casque, je n'entendais même plus l'heure passer. »

  • Chercher l'arrêté préfectoral sur les bruits de voisinage sur le site de la préfecture de son département.
  • Demander en mairie s'il existe un arrêté municipal plus strict pour sa commune.
  • Noter les plages autorisées en semaine, le samedi, le dimanche et les jours fériés.
  • Imprimer le texte et en parler calmement au voisin avant toute démarche officielle.
  • Si le trouble persiste, se renseigner en mairie sur les recours possibles, comme la conciliation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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