Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Lille : c’est son propre assureur, pas celui du voisin, qui envoie l’expert

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était un peu plus de sept heures, ce mardi de novembre, et la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine d'Hélène, rue de Wazemmes, à Lille. Elle a levé les yeux vers le plafond en attrapant sa tasse. Une goutte est tombée sur le carrelage, juste à côté de son pied nu, avec un petit bruit sec. Puis une deuxième, au même endroit.

Un deuxième étage tranquille, une cuisine refaite avec soin

Hélène, 47 ans, est infirmière de nuit à l'hôpital Saint-Vincent depuis presque quinze ans. Elle loue ce deux-pièces au deuxième étage d'un immeuble en briques rouges, typique du quartier, depuis six ans. Sa cuisine, elle l'a repeinte elle-même l'été dernier, un vert sauge choisi après des semaines d'hésitation. Le propriétaire avait accepté de financer les meubles neufs, à condition qu'elle s'occupe de la peinture. Elle rentrait souvent vers six heures du matin, se faisait un thé et regardait la rue s'éveiller.

Au-dessus d'elle vit Karim, la trentaine, développeur informatique qui travaille la plupart du temps depuis chez lui. Ils se croisent dans l'escalier, échangent quelques mots sur la météo ou sur le bruit des travaux de la rue voisine. Une fois, il lui a monté un colis livré par erreur. Elle lui a déjà gardé ses clés pendant des vacances, pour arroser ses plantes. C'est le genre de voisinage qu'on ne remarque pas, justement parce qu'il fonctionne sans histoire, sans tension ni rancune.

L'immeuble compte six logements, un syndic installé du côté de la place de la République, et une cage d'escalier qui sent la cire le lundi. Les canalisations datent pour certaines des années soixante-dix, d'après ce que racontait l'ancien gardien. Personne n'y pensait vraiment. Hélène avait une assurance habitation classique, souscrite le jour de son emménagement, comme le bail l'exigeait. Elle payait ses mensualités sans y réfléchir, comme on paie l'électricité. Elle n'avait jamais déclaré le moindre sinistre de toute sa vie.

Elle choisit d'attendre que le voisin règle son problème

Ce mardi matin, la goutte ne s'est pas arrêtée. Hélène a posé une bassine en plastique sous l'auréole, qui faisait à peu près la taille d'une assiette. Puis elle est montée frapper chez Karim, encore en peignoir. Il a ouvert, les yeux gonflés de sommeil, et l'a suivie sans discuter. Ensemble, ils ont regardé sous son évier, puis derrière son lave-vaisselle. Rien de visible. Le sol était sec, les tuyaux semblaient en bon état. Il a promis d'appeler un plombier dans la journée.

Sa logique était simple, et franchement, la plupart d'entre nous auraient pensé pareil. L'eau venait de chez lui, donc c'était à lui, et à son assurance, de s'en occuper. Elle n'allait pas mêler sa propre compagnie à une histoire qui ne la concernait pas. Elle craignait aussi, sans trop savoir pourquoi, que déclarer un sinistre fasse grimper sa cotisation. Elle avait entendu une collègue raconter ça, un soir de garde, entre deux patients. Elle a donc décidé d'attendre que Karim règle l'affaire de son côté.

Karim, lui, était de bonne volonté. Le plombier est passé le jeudi, a coupé l'eau, examiné la colonne et remplacé un joint sous la douche. Il a facturé cent quatre-vingts euros. Karim a envoyé un message à Hélène dans la soirée : C'est réparé, normalement ça ne coulera plus, je préviens mon assurance demain. Elle a vidé la bassine une dernière fois et s'est couchée tranquillisée. La tache, au plafond, restait là, brune sur les bords, mais elle se disait qu'elle sécherait.

« Je ne voulais pas mêler mon assurance à un problème qui venait de chez lui, ça me paraissait logique. »

La peinture cloque, et le placard sent l'humidité

Une dizaine de jours plus tard, en ouvrant le placard haut à gauche de la hotte, Hélène a senti une odeur de cave. Les boîtes de riz et de pâtes étaient tièdes, presque moites au toucher. Le fond du meuble avait gondolé, et le vert sauge du mur, juste derrière, faisait de petites bulles sous ses doigts. Elle a d'abord pensé à la vapeur de la cuisson. Elle cuisine beaucoup de soupes en hiver, la fenêtre reste souvent fermée à cause du froid.

Elle a aéré, posé un absorbeur d'humidité acheté au supermarché, et n'y a plus pensé pendant quelques jours. Mais l'auréole au plafond, elle, ne séchait pas. Elle s'étendait même légèrement vers la fenêtre, en dessinant une forme de carte géographique. Un soir, en rentrant de garde, Hélène a passé la main sur le plâtre : il était mou, comme du carton détrempé. Elle s'est souvenue que Karim devait prévenir son assurance. Elle n'avait reçu aucune nouvelle de personne depuis.

Elle lui a écrit un message, puis un deuxième. Karim a répondu avec un peu d'embarras. Son assureur lui avait expliqué au téléphone quelque chose qu'il n'avait pas tout à fait compris, une histoire de convention entre compagnies. Ils m'ont dit que c'était à toi de déclarer chez toi, a-t-il écrit. Hélène a relu la phrase trois fois. Elle avait l'impression qu'on se renvoyait la balle, et qu'au bout du compte personne ne viendrait jamais voir son plafond.

Trois appels, deux numéros, et toujours le même plafond

Le lendemain matin, au lieu de dormir, elle a cherché le contrat de Karim dans sa tête et son propre contrat dans ses tiroirs. Elle a d'abord tenté de joindre l'assureur du voisin, dont il lui avait donné le nom. Après vingt minutes de musique d'attente, une conseillère lui a poliment expliqué qu'elle n'était pas leur cliente. Elle ne pouvait donc rien enregistrer à son nom. La conversation s'est terminée sur un conseil sobre : contactez votre propre compagnie, madame.

Elle a ensuite appelé le syndic. Une secrétaire a noté ses coordonnées et promis de transmettre au gestionnaire, qui serait en congés jusqu'à la fin de la semaine. Elle a aussi prévenu son propriétaire, Bernard, un retraité installé à Roubaix. Lui s'inquiétait surtout pour les meubles neufs. Il faut que quelqu'un constate, il faut des papiers, répétait-il au téléphone. Hélène approuvait, épuisée, sans savoir qui était ce quelqu'un. Elle commençait à imaginer des mois de démarches, de courriers et de relances.

Restait sa propre assurance, celle qu'elle avait voulu épargner. Elle a fini par appeler en fin d'après-midi, un peu à reculons, persuadée qu'on lui dirait qu'elle s'était trompée de guichet. Elle a raconté la fuite, le joint changé, le placard, la peinture. Le conseiller l'a écoutée sans l'interrompre, puis il lui a demandé une seule chose : une estimation approximative des dégâts. Elle a hésité, compté les meubles, le plâtre, la peinture. Peut-être deux ou trois mille euros, a-t-elle répondu, sans grande conviction.

« Ils m'ont dit que c'était à toi de déclarer chez toi, honnêtement je n'ai pas compris pourquoi. »

L'expert qui sonne porte le logo de sa propre assurance

Ce qu'on lui a expliqué ce jour-là, Hélène ne le savait pas, et soyons honnêtes, peu de gens le savent. Depuis 2018, les assureurs appliquent entre eux une convention appelée IRSI, pour indemnisation et recours des sinistres immeuble. Pour un dégât des eaux dont le montant reste sous 5 000 euros hors taxes par local, c'est l'assureur de l'occupant sinistré qui prend le dossier en main. Peu importe que la fuite vienne du voisin, d'une colonne commune ou d'une toiture.

Autrement dit, c'était bien à son assureur à elle d'organiser la suite, et c'est lui qui a mandaté l'expert. Les comptes entre compagnies se règlent ensuite entre elles, en coulisses, sans que la victime ait à courir après le responsable. Karim n'avait donc rien fait de travers. Son assurance lui avait simplement donné la bonne information, mal comprise en route. Et la crainte d'Hélène sur sa cotisation, le conseiller l'a relativisée pour son cas précis, sans rien lui promettre d'autre.

L'expert est venu un mercredi, vers dix heures, un homme d'une cinquantaine d'années avec un humidimètre et une tablette. Il a photographié le plafond, ouvert le placard, mesuré le mur. Il a demandé la facture du plombier de Karim, qu'elle avait heureusement gardée en capture d'écran. Vous avez bien fait d'appeler, même tard, lui a-t-il dit en rangeant son matériel. Il a ajouté que le plafond devait sécher plusieurs semaines avant toute peinture, sinon tout cloquerait de nouveau.

Ce qu'elle regarde désormais, chaque fois qu'une goutte tombe

Le rapport a chiffré les dégâts à un peu plus de deux mille cinq cents euros : le plâtre, la peinture de la cuisine et le caisson du placard. Comme Hélène est locataire, une partie concernait les embellissements, une autre le bâtiment, qui relève normalement de l'assurance de la copropriété. L'expert lui a expliqué que, sous le seuil, son assureur gérait tout de même l'ensemble pour simplifier. Au-delà de 5 000 euros, les règles auraient changé, avec une expertise plus partagée entre compagnies.

Le chèque est arrivé un peu moins de deux mois après la première goutte, une fois le plafond sec. Bernard, le propriétaire, est venu lui-même avec un ami peintre, ravi que le dossier se soit refermé sans procédure. Hélène a choisi le même vert sauge. Elle repense surtout aux semaines perdues à attendre que le problème se règle ailleurs. Si j'avais appelé dès le premier jour, tout aurait été plus simple, reconnaît-elle aujourd'hui, sans amertume, avec un petit haussement d'épaules.

Karim et elle se croisent toujours dans l'escalier. Il a fait vérifier toute sa salle de bains, et il lui a offert une bouteille de vin pour s'excuser du désagrément. Elle, elle a rangé son contrat dans une pochette visible, avec le numéro de déclaration noté au feutre sur la couverture. On connaît tous ce réflexe de croire que le problème appartient à celui chez qui il commence. Hélène a appris que, pour une fuite, c'est souvent chez soi que tout démarre.

« Il faut que quelqu'un constate, il faut des papiers, sinon on ne s'en sortira jamais. »

  • Déclarer le dégât des eaux à son propre assureur, même si la fuite vient du voisin, dans les cinq jours ouvrés.
  • Prévenir le voisin, le syndic et le propriétaire, et remplir si possible un constat amiable dégât des eaux.
  • Photographier les dégâts dès les premières traces et garder les factures, y compris celle du plombier du voisin.
  • Savoir que sous 5 000 euros HT, la convention IRSI confie la gestion à l'assureur de l'occupant sinistré.
  • Laisser sécher murs et plafonds avant de repeindre, comme le recommande l'expert, pour éviter de nouvelles cloques.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1944