Elle découvre une tache jaune au plafond de sa cuisine à Toulouse : la fuite vient d’en haut, mais c’est son assureur qui ouvre le dossier

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était sept heures dix, un mardi de février, et la bouilloire commençait à siffler sur le plan de travail. Nadia a levé les yeux pour attraper une tasse sur l'étagère. Au-dessus de l'évier, juste à côté du spot, une auréole jaunâtre de la taille d'une assiette dessinait ses contours sur la peinture blanche. Elle a posé la tasse, sans bruit, et elle a regardé longtemps.

Un deuxième étage tranquille près du canal du Midi

Nadia a quarante-quatre ans et travaille comme aide-soignante dans une clinique de Toulouse, du côté de Purpan. Depuis six ans, elle loue un trois pièces au deuxième étage d'un immeuble en brique rose, à deux rues du canal du Midi. La cuisine est petite mais lumineuse, avec une fenêtre qui donne sur une cour plantée de figuiers. C'est la pièce où elle passe le plus de temps, entre ses gardes et ses nuits courtes.

Son fils Yanis, quinze ans, prend son petit déjeuner debout, un écouteur dans l'oreille, avant de filer au lycée. Le matin, la routine est réglée à la minute près, et personne ne lève jamais les yeux vers le plafond. Les murs ont été repeints par le propriétaire juste avant son arrivée, un blanc mat un peu fragile. Nadia en prend soin comme si l'appartement lui appartenait, par habitude plus que par obligation.

Au-dessus vit monsieur Ferrand, un retraité de la SNCF que tout l'immeuble appelle simplement Bernard. Il a soixante-dix ans, une voix grave et une salle de bains refaite il y a longtemps, à sa manière. Ils se croisent dans l'escalier, échangent deux mots sur la météo ou les travaux du quartier. Rien, dans cet immeuble, ne laissait imaginer qu'une histoire de tuyauterie allait occuper tout son printemps.

Une tache qu'on décide de laisser sécher seule

Ce matin-là, Nadia touche l'auréole du bout des doigts en montant sur un tabouret. La peinture est sèche, légèrement gondolée sur les bords, mais rien ne coule. Elle se dit qu'il a beaucoup plu la semaine précédente, que l'humidité de février fait parfois ce genre de choses. Elle prend une photo avec son téléphone, plus par réflexe que par inquiétude, puis elle part travailler en se promettant d'y repenser.

Le soir, la tache n'a pas bougé, ou du moins c'est ce qu'elle croit en la regardant sous la lumière jaune. Elle en parle à sa sœur au téléphone, qui lui conseille d'attendre quelques jours avant de déranger qui que ce soit. Soyons honnêtes, personne n'aime monter frapper chez un voisin âgé pour lui parler d'une éventuelle fuite. Nadia n'a pas envie de passer pour celle qui fait des histoires pour une ombre au plafond.

Elle décide donc de surveiller, simplement, et de prévenir le propriétaire si la tache grandit. Ça lui paraît raisonnable, mesuré, presque poli envers tout le monde. Elle se dit aussi que si l'eau vient d'en haut, ce sera de toute façon l'affaire de Bernard et de son assurance. Dans sa tête, le schéma est simple : celui qui fuit paie, celui qui subit attend qu'on vienne réparer chez lui.

« Je me suis dit que c'était l'humidité de février, que ça allait sécher tout seul. »

Le bruit du goutte-à-goutte derrière le placard

Dix jours plus tard, un dimanche soir, Yanis l'appelle depuis la cuisine d'une voix inhabituelle. La tache a doublé de taille, elle a pris une teinte brune, et un léger cliquetis se fait entendre derrière le placard haut. En ouvrant la porte, Nadia découvre une trace humide qui descend le long du mur, jusque dans la boîte où elle range les épices. Une odeur de plâtre mouillé flotte dans la pièce.

Elle pose une bassine sur le plan de travail et monte frapper chez Bernard, en chaussons, sans réfléchir davantage. Il ouvre, surpris, et l'invite à regarder sa salle de bains, juste au-dessus de la cuisine. Le sol semble sec, la baignoire aussi, et il jure qu'il n'a rien remarqué. Il évoque plutôt une canalisation commune, peut-être dans la colonne de l'immeuble, et parle d'appeler le syndic dès le lendemain.

Redescendue chez elle, Nadia relit ses photos et compare les dates. Elle comprend que l'eau coule depuis bien plus longtemps qu'elle ne l'imaginait, peut-être depuis l'automne. Elle s'en veut un peu d'avoir attendu, même si personne ne lui a rien reproché. Ce soir-là, elle dort mal, l'oreille tendue vers la bassine qui se remplit goutte après goutte, comme un métronome dans le noir.

Trois coups de fil qui tournent en rond

Le lundi, entre deux patients, Nadia appelle le syndic, qui promet d'envoyer quelqu'un dans la semaine. Elle appelle ensuite son propriétaire, qui lui répond poliment que c'est à elle de faire le nécessaire avec son assurance habitation. Elle ne comprend pas bien pourquoi, puisque la fuite vient d'au-dessus. Le soir, elle remonte voir Bernard pour lui demander s'il a prévenu son propre assureur.

Bernard hésite, se gratte la nuque, et avoue qu'il préférait attendre de savoir d'où venait vraiment l'eau. Il a peur que sa cotisation augmente et qu'on lui reproche une vieille installation. Je ne veux pas payer pour un tuyau qui n'est peut-être même pas à moi, dit-il en refermant doucement sa porte. Nadia redescend avec le sentiment désagréable que chacun attend que l'autre bouge le premier.

Une semaine passe, puis une deuxième, sans que personne ne vienne réellement constater les dégâts. Le plombier envoyé par le syndic repère enfin un joint fatigué sous la baignoire de Bernard et le remplace en vingt minutes. La fuite s'arrête, mais le plafond de Nadia reste brun, cloqué, avec un morceau de plâtre qui menace de tomber. Trois semaines plus tard, aucun dossier n'est ouvert nulle part.

« Je ne veux pas payer pour un tuyau qui n'est peut-être même pas à moi. »

La conseillère qui répond que c'est à elle d'agir

C'est finalement une collègue de la clinique qui lui conseille d'appeler directement son assureur, sans attendre qui que ce soit. Nadia compose le numéro pendant sa pause, assise sur un banc du parking, son badge encore autour du cou. La conseillère l'écoute, lui demande la date de découverte, l'origine de la fuite, puis une estimation des dommages. Ensuite, elle lui explique quelque chose que Nadia n'avait jamais entendu de sa vie.

Depuis 2018, une convention entre assureurs, appelée IRSI, organise la gestion des dégâts des eaux dans les immeubles. Lorsque les dommages d'un local ne dépassent pas 5 000 euros hors taxes, c'est l'assureur de l'occupant de ce local qui gère le dossier. Peu importe qui est responsable de la fuite, voisin, copropriété ou locataire lui-même. On connaît tous le réflexe d'attendre l'assurance du fautif, et c'est précisément ce réflexe qui faisait tout bloquer.

Votre assurance, c'est votre interlocuteur, madame, vous n'avez pas à attendre votre voisin, lui dit la conseillère. Les assureurs règlent ensuite les comptes entre eux, selon les règles de la convention, sans que Nadia ait à intervenir. Elle doit simplement remplir un constat amiable de dégât des eaux, si possible avec Bernard, et l'envoyer rapidement. Assise sur son banc, elle reste un moment silencieuse, à la fois soulagée et vexée d'avoir perdu trois semaines.

Un plafond repeint et une vieille habitude à oublier

Le samedi suivant, Nadia monte chez Bernard avec un constat amiable imprimé et deux cafés pris à la boulangerie du coin. Ils remplissent le document ensemble sur sa table de cuisine, en cochant les cases avec application. Bernard paraît presque soulagé, comme si le poids du dossier venait de quitter ses épaules. Si j'avais su que ça marchait comme ça, je vous aurais aidée dès le premier jour, lui confie-t-il.

Son assureur lui propose une indemnisation après l'envoi de photos et d'un devis de peintre, sans même dépêcher d'expert, le montant restant modeste. Le peintre chiffre la réfection du plafond et d'un pan de mur à un peu plus de neuf cents euros. Nadia règle sa franchise, comme le prévoit son contrat, et les travaux sont faits en une journée. Le soir, l'odeur de peinture fraîche remplace enfin celle du plâtre mouillé.

Aujourd'hui, elle lève les yeux chaque matin vers le plafond, par une habitude nouvelle qu'elle ne cherche pas à perdre. Elle a aussi rangé dans un tiroir un constat vierge, au cas où. Ce qu'elle retient surtout tient en une phrase, qu'elle répète volontiers aux collègues : c'est son assureur à elle qu'il faut appeler d'abord. Voici, d'après ce qu'elle a appris, les gestes à garder en tête si une tache apparaît chez vous.

« Votre assurance, c'est votre interlocuteur, madame, vous n'avez pas à attendre votre voisin. »

  • Photographier la tache dès son apparition, en notant la date sur chaque cliché.
  • Prévenir le voisin du dessus et le syndic pour faire rechercher et stopper la fuite.
  • Déclarer le sinistre à son propre assureur habitation, dans le délai prévu par le contrat, souvent cinq jours ouvrés.
  • Remplir un constat amiable de dégât des eaux, idéalement signé avec le voisin concerné.
  • Retenir que sous 5 000 euros HT de dommages, la convention IRSI confie la gestion à l'assureur de l'occupant du local touché.
  • Conserver devis, factures et photos jusqu'à la clôture complète du dossier.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1944