Elle demande à son voisin de rabattre ses thuyas de quatre mètres : il répond qu’ils sont plantés là depuis trente ans

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Il était un peu plus de quatre heures, un samedi de mars, et l'ombre avait déjà avalé la moitié du potager. Sylvie, 58 ans, tenait encore son plantoir à la main, les genoux mouillés par la terre froide. De l'autre côté du grillage, un sécateur claquait. Elle s'est relevée, a essuyé ses mains sur son pantalon, et a décidé que c'était le moment de parler.

Un jardin de lotissement où chacun connaît le bruit des autres

Sylvie habite depuis neuf ans une maison de plain-pied dans un lotissement tranquille, à la sortie d'un bourg de la Sarthe. Elle y est arrivée après son divorce, avec un chat, des cartons et l'envie d'un jardin à elle. Ancienne secrétaire médicale, elle a transformé la pelouse pelée en potager, puis en petit verger. Chaque matin, elle fait le tour de ses rangs de salades avec son café, en pantoufles, avant de partir travailler à mi-temps.

De l'autre côté du grillage vit Gérard, 74 ans, ancien chauffeur de car, veuf depuis quatre ans. C'est lui qui a construit la maison voisine au début des années quatre-vingt-dix, avec son beau-frère, pendant les week-ends. Il connaît chaque fissure du crépi et chaque pierre de l'allée. Les deux voisins se saluent volontiers, échangent des courgettes en août et des nouvelles du quartier. Rien, pendant des années, n'a ressemblé à un conflit entre eux.

Entre les deux terrains se dresse une haie de thuyas, un mur vert et compact qui monte bien au-dessus du toit de l'abri de jardin. Sylvie l'a toujours trouvée un peu sombre, mais elle protégeait des regards et du vent d'ouest. Au début, elle n'y pensait pas vraiment. Les arbres faisaient partie du décor, comme le lampadaire au bout de la rue ou le chien des voisins d'en face, qui aboie à chaque passage du facteur.

Le potager qu'elle a voulu agrandir vers le fond du terrain

L'automne dernier, Sylvie a pris une décision qui lui paraissait raisonnable. Elle a voulu agrandir son potager vers le fond du terrain, là où la terre était la meilleure, juste le long de la haie. Elle a acheté des bordures en bois, trois sacs de compost et des plants de framboisiers chez le pépiniériste du marché. Elle avait tout calculé sur un carnet, la place des tomates, celle des haricots, celle des fraisiers.

Ce qu'elle n'avait pas calculé, c'était l'ombre. Dès le printemps, les thuyas, qui mesuraient maintenant près de quatre mètres, cachaient le soleil à partir du milieu de l'après-midi. Les jeunes plants poussaient en longueur, pâles, cherchant la lumière. Le sol restait humide et froid, les limaces s'y installaient. Sylvie a d'abord accusé la météo, puis les graines, puis son propre manque d'expérience, avant de regarder enfin la haie en face.

Elle a sorti un mètre ruban, un dimanche matin, presque pour s'amuser. Le pied des thuyas se trouvait à environ un mètre du grillage, guère plus. Elle se souvenait vaguement d'avoir lu quelque part qu'il existait des règles de distance pour les plantations. Elle a cherché sur son téléphone, assise sur une caisse retournée, et a trouvé le principe : au-delà de deux mètres de hauteur, une haie doit être plantée à au moins deux mètres de la limite séparative.

« Je ne voulais pas de procès, je voulais juste que mes tomates voient le soleil après quatre heures. »

Une réponse aimable qui ne ressemblait pourtant pas à un oui

C'est donc ce samedi de mars qu'elle a parlé à Gérard, par-dessus le grillage, en essayant de rester légère. Elle a évoqué l'ombre, les tomates, le potager raté. Elle a demandé s'il accepterait de rabattre les thuyas à deux mètres, en proposant même de partager le prix d'un élagueur. Gérard a posé son sécateur, a regardé la haie, puis l'a regardée elle, avec un sourire un peu fatigué.

Ces thuyas, ma femme les a plantés l'année où on a fini la maison, ça fait plus de trente ans qu'ils sont là, a-t-il dit. Il n'était ni agressif ni fermé. Il expliquait simplement qu'il avait entendu parler d'un délai de trente ans, au-delà duquel plus personne ne pouvait rien exiger. Pour lui, l'affaire était réglée depuis longtemps. Sylvie est rentrée chez elle avec un drôle de nœud dans l'estomac.

Ce soir-là, elle a hésité à insister. Soyons honnêtes, personne n'a envie de se brouiller avec un voisin de soixante-quatorze ans qui vit seul et qui lui a déjà réparé une gouttière. Et puis il y avait cette phrase sur sa femme, qui changeait tout. Les thuyas n'étaient plus seulement des arbres, c'était un souvenir. Elle a laissé passer deux semaines, en arrosant ses plants malingres, sans trouver le courage de revenir sur le sujet.

Des conseils contradictoires et une mairie qui renvoie ailleurs

Sylvie a commencé par appeler sa sœur, qui a un avis sur tout. Pour elle, trente ans, c'était trente ans, et il valait mieux acheter des légumes au marché. Une collègue lui a assuré au contraire qu'une haie trop haute devait toujours être coupée, quelle que soit sa date. Un ami jardinier lui a parlé de règlements de lotissement et d'usages locaux. Chaque conversation la laissait un peu plus perdue que la précédente.

Elle est allée à la mairie, un mardi matin, avec ses photos et ses mesures. La secrétaire, très gentille, lui a expliqué que ce type de différend relevait du droit entre voisins et non de la commune, sauf règle particulière dans le plan local. Elle lui a conseillé de vérifier si le lotissement avait un règlement, puis de se renseigner auprès d'un conciliateur de justice, qui tient une permanence gratuite au canton.

Sylvie a fouillé dans le classeur de son acte de vente, entre les factures de chaudière et les relevés de la taxe foncière. Rien de particulier sur les plantations. Le soir, elle relisait les articles en ligne, qui répétaient tous que l'action se prescrivait par trente ans. Elle commençait à croire que Gérard avait raison. Je me disais que j'arrivais trop tard, que la haie avait gagné avant même que j'achète la maison, a-t-elle raconté plus tard.

« Ces thuyas, ma femme les a plantés l'année où on a fini la maison, ça fait plus de trente ans. »

Le conciliateur pose une question que personne n'avait posée

La permanence du conciliateur avait lieu dans une petite salle du centre social, entre une affiche sur le tri sélectif et un ficus en plastique. L'homme, un ancien cadre bancaire bénévole, a écouté Sylvie sans l'interrompre. Puis il a posé une seule question, en tapotant son stylo sur la table. Il ne voulait pas savoir quand la haie avait été plantée. Il voulait savoir depuis quand elle dépassait deux mètres.

Il a expliqué ce que, selon lui, beaucoup de gens confondent. Une haie plantée à moins de deux mètres de la limite ne doit pas dépasser deux mètres de haut. Si elle reste basse, il n'y a pas d'infraction. Le délai de trente ans ne commence donc pas le jour où l'on met les arbres en terre. Il commence le jour où la haie franchit les deux mètres, car c'est à ce moment que la situation devient irrégulière.

Sylvie est restée silencieuse un moment. Pendant des années, Gérard taillait ses thuyas chaque printemps, elle s'en souvenait parfaitement, l'échelle appuyée contre le grillage. Ce n'est qu'après la mort de sa femme qu'il avait arrêté. Sur une vieille photo de barbecue, prise huit ans plus tôt, la haie arrivait encore à hauteur d'épaule. Le conciliateur a hoché la tête : la haie avait sans doute dépassé deux mètres bien moins de trente ans auparavant.

Ce que la haie a finalement coûté, et ce qu'il faut regarder

Sylvie n'a pas envoyé de lettre recommandée. Elle est retournée voir Gérard, avec la photo du barbecue imprimée sur du papier ordinaire. Il l'a regardée longtemps, a reconnu sa femme au second plan, une assiette à la main. Je ne la taillais plus, je n'avais plus le cœur, a-t-il fini par dire. Ils ont convenu d'une rencontre devant le conciliateur, pour mettre leur accord par écrit, sans avocat ni tribunal.

Un élagueur est venu en mai. Il a rabattu la haie à un mètre quatre-vingt-dix, pour 640 euros, que les deux voisins ont partagés. Gérard a tenu à offrir le café et à garder quelques branches pour son broyeur. Le potager de Sylvie a retrouvé le soleil de l'après-midi, et les tomates ont rougi en juillet. On connaît tous ces disputes qui pourrissent des années ; celle-ci s'est arrêtée à temps.

Ce que Sylvie retient, c'est que la date qui compte n'est pas toujours celle qu'on croit. L'âge d'un arbre ne dit rien de la date à laquelle il est devenu gênant. Avant de renoncer ou de menacer, elle conseille de rassembler des preuves datées, de parler calmement, puis de passer par un conciliateur. Et, pour ceux qui ont eux-mêmes une haie près de la limite, de vérifier sa hauteur avant que le voisin ne le fasse.

« Le conciliateur m'a demandé depuis quand elle dépassait deux mètres, et là, tout a changé dans ma tête. »

  • Mesurez la distance entre le pied de la haie et la limite, puis sa hauteur réelle.
  • Retenez le principe : au-delà de 2 mètres de haut, plantation à 2 mètres minimum de la limite.
  • Le délai de trente ans court à partir du dépassement des 2 mètres, pas de la plantation.
  • Rassemblez des photos datées montrant la hauteur de la haie au fil des années.
  • Vérifiez le règlement de lotissement et les éventuelles règles locales en mairie.
  • Sollicitez un conciliateur de justice, gratuit, avant toute démarche plus lourde.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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