Elle garde ses trois petits-enfants chaque mercredi à Clermont-Ferrand : à la Toussaint, elle n’ose plus dire qu’elle n’en peut plus

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le mercredi à sept heures quarante, la sonnette retentit deux fois, toujours deux. Monique pose sa tasse sur le rebord de l'évier, essuie ses mains sur son tablier et descend le couloir de sa maison de Chamalières, sur les hauteurs de Clermont-Ferrand. Derrière la porte, trois cartables, un doudou qui traîne par terre, et sa fille déjà repartie vers la voiture.

Une maison sur les hauteurs, et des mercredis qui commencent avec la rentrée

Monique a 67 ans et elle a été secrétaire médicale pendant trente-deux ans dans un cabinet du centre-ville. Depuis sa retraite, elle vit seule dans une petite maison de Chamalières, avec un jardin en pente et un cerisier qui donne trop. Son mari Gérard est mort il y a quatre ans, et elle a appris à remplir les journées sans lui. Le marché de Saint-Pierre le samedi, la chorale le mardi soir, les longues marches au puy de Dôme quand le temps le permet.

Sa fille Claire habite à Aubière avec son mari Julien et leurs trois enfants. Il y a Lucas, neuf ans, qui ne quitte plus ses cartes Pokémon, puis Inès, six ans, et le petit Noé, qui vient d'avoir trois ans. Claire est infirmière au CHU Estaing, Julien travaille dans une entreprise de logistique près de l'aéroport. Leurs horaires changent toutes les semaines, et la vie de famille ressemble souvent à un puzzle qu'on refait chaque dimanche soir sur la table de la cuisine.

Jusqu'à l'été, une nounou du quartier gardait les enfants le mercredi. Elle a déménagé à Lyon en juillet, en prévenant assez tard, et la famille s'est retrouvée sans solution. Monique a vu sa fille chercher pendant des semaines, appeler des crèches complètes et des assistantes maternelles débordées. Elle voyait aussi ses traits tirés, les cernes, le téléphone qui ne quittait jamais sa main. C'est dans ce contexte qu'au mois d'août, un soir de barbecue sous le cerisier, la question a été posée.

Un oui prononcé sous le cerisier, sans date de fin

Claire n'a pas vraiment demandé, elle a plutôt réfléchi à voix haute. Elle a dit qu'elle ne savait plus quoi faire, que la rentrée arrivait dans dix jours et que le centre de loisirs était plein. Monique a répondu presque aussitôt, avant même de mesurer ce qu'elle proposait. Elle se souvient de la phrase exacte : Je peux les prendre, moi, le mercredi, ça me fera de la compagnie. Claire a pleuré un peu de soulagement, Julien l'a embrassée sur les deux joues.

Sur le moment, la décision semblait évidente et généreuse, et elle l'était. Monique aimait ses petits-enfants, elle avait du temps, une maison avec jardin et une voiture assez grande. Elle se disait aussi qu'elle rendrait à sa fille ce que sa propre mère avait fait pour elle, autrefois, dans les années quatre-vingt. Personne n'a parlé de durée, ni de quelques semaines, ni de l'année entière. Le mot provisoire n'a jamais été prononcé, et le mot définitif non plus.

Les premiers mercredis ont eu quelque chose de joyeux. Monique préparait des crêpes, sortait les vieux jeux de société du grenier et emmenait tout le monde au parc Montjuzet. Le soir, Claire envoyait un message plein de cœurs et de remerciements. Monique, de son côté, racontait la journée à ses amies de la chorale avec une fierté sincère. On connaît tous ça, cette énergie des débuts où l'on croit que l'effort ne pèsera jamais, parce qu'il est fait par amour et qu'il ne coûte encore rien.

« Je peux les prendre, moi, le mercredi, ça me fera de la compagnie, ça ne me dérange pas du tout. »

Fin septembre, une sieste qui ne ressemble pas aux autres

Le premier signe est arrivé un mercredi de la fin septembre, vers onze heures du matin. Monique s'est assise sur le canapé pendant que Noé jouait avec ses voitures sur le tapis. Elle a fermé les yeux une seconde, et elle s'est réveillée vingt minutes plus tard, Lucas penché au-dessus d'elle. Mamie, tu dormais, a-t-il dit en riant. Elle a ri aussi, a mis ça sur le compte d'une mauvaise nuit et n'y a plus pensé.

Puis d'autres détails se sont accumulés, chacun facile à expliquer. Elle a annulé la chorale du mardi, parce qu'elle voulait être en forme le lendemain. Elle a commencé à faire les courses du mercredi dès le lundi, puis à préparer les repas la veille au soir. Le jeudi, elle restait à la maison toute la journée, le dos raide et la tête lourde. Elle ne marchait plus au puy de Dôme, faute de courage, et le cerisier n'avait pas été taillé.

Le plus troublant, c'était ce petit nœud dans le ventre qui apparaissait le mardi soir. Monique ne le reconnaissait pas, elle qui avait toujours été d'humeur égale. Elle se surprenait à espérer une grève, une grippe, n'importe quoi qui annulerait le mercredi. Aussitôt, elle se sentait coupable d'avoir pensé une chose pareille. Elle aimait ses petits-enfants, se répétait-elle, alors pourquoi cette appréhension. Elle préférait ne pas répondre à la question, et elle continuait à dire que tout allait très bien.

Les vacances de la Toussaint approchent, et les mots restent coincés

Mi-octobre, Claire a appelé pour organiser les vacances de la Toussaint. Elle demandait, avec beaucoup de précautions, si Monique pouvait prendre les enfants trois jours de plus. Monique a dit oui, comme elle disait toujours oui. Après avoir raccroché, elle est restée longtemps assise dans la cuisine, sans allumer la lumière. Elle a compris qu'elle n'arrivait plus à refuser, mais elle ne savait pas exactement depuis quand, ni pourquoi c'était devenu si difficile.

Elle a essayé d'en parler à son amie Françoise, rencontrée à la chorale, autour d'un café place de Jaude. Françoise lui a conseillé de tout dire, tout simplement. Monique a secoué la tête. Si je dis que je suis fatiguée, ils vont croire que je ne les aime pas, ou que je deviens vieille, a-t-elle répondu. Françoise n'a pas insisté, mais elle a remarqué que son amie avait maigri et qu'elle tournait sa cuillère sans jamais boire.

Elle a aussi tenté une approche détournée avec Claire. Un dimanche, elle a glissé que Noé était plus remuant qu'avant, que son dos la travaillait parfois. Claire a souri, a proposé de lui offrir des séances chez un kiné, et la conversation a changé de sujet. Monique est rentrée chez elle plus seule qu'avant. Soyons honnêtes, elle n'avait rien dit du tout, elle avait seulement espéré qu'on devine à sa place, et personne ne pouvait le faire.

« Si je dis que je suis fatiguée, ils vont croire que je ne les aime pas, ou que je deviens vieille. »

Ce n'était pas la fatigue, c'était un engagement sans contour

La vérité est sortie un mercredi de novembre, presque par accident. Claire est venue chercher les enfants plus tôt et a trouvé sa mère en larmes devant l'évier, sans raison apparente. Elles se sont assises à la table de la cuisine pendant que Lucas surveillait les deux petits au salon. Monique a parlé pendant une heure, de la sieste, de la chorale abandonnée, du nœud du mardi soir. Claire a écouté sans l'interrompre, les mains serrées autour d'une tasse refroidie.

Ce qui a frappé Monique, c'est la réaction de sa fille. Claire n'était ni vexée ni blessée, elle était désolée. Je croyais que tu avais choisi de le faire toute l'année, je n'ai jamais pensé que tu pouvais vouloir arrêter, a-t-elle dit doucement. Elle avait interprété chaque oui comme un renouvellement joyeux. Monique, elle, avait vécu chaque mercredi comme une promesse qu'on ne pouvait plus reprendre. Aucune des deux n'avait menti, et pourtant elles ne parlaient pas de la même chose.

Le problème n'était donc pas l'âge, ni les enfants, ni même le travail réel que représentait la journée. C'était ce oui du mois d'août, donné sans durée, qui s'était transformé sans bruit en obligation. Comme rien n'avait été prévu pour en reparler, toute demande d'ajustement ressemblait à une rupture. Monique avait l'impression qu'elle devait choisir entre se taire et décevoir. Ce soir-là, en refaisant le chemin vers Aubière, Claire a téléphoné à son mari pour lui raconter tout ce qu'elle venait de découvrir.

Un nouveau calendrier sur le frigo, et un rendez-vous fixé à février

La semaine suivante, ils se sont retrouvés tous les trois chez Monique, avec un calendrier imprimé. Ils ont décidé que Monique garderait les enfants deux mercredis par mois, et que Julien poserait des demi-journées pour les autres. Une voisine de Claire, retraitée elle aussi, prendrait Noé un mercredi sur quatre. Surtout, ils ont noté une date en rouge, le premier mercredi de février, pour refaire le point. Personne ne s'engageait plus pour toujours, et cela changeait tout dans la manière d'en parler.

Monique a repris la chorale en décembre. Elle a même retrouvé le plaisir des mercredis, qu'elle prépare de nouveau avec envie. Ce n'est plus une dette, c'est un moment choisi, explique-t-elle à Françoise. Pour la famille, l'organisation coûte un peu plus cher, autour de cent vingt euros par mois de garde complémentaire. Claire juge que c'est le prix raisonnable d'une mère en forme et d'une relation apaisée, et elle regrette seulement de ne pas l'avoir compris dès l'été.

Avec le recul, Monique dit qu'elle referait le même geste, mais pas de la même façon. Elle conseille désormais à ses amies de proposer une période d'essai dès le départ, jusqu'aux vacances par exemple. Selon elle, cela permet de dire si ça marche ou non sans que personne se sente trahi. Elle a aussi appris à nommer sa fatigue tôt, avant qu'elle devienne de la honte. Sur le frigo, le calendrier est toujours là, avec cette date rouge qu'elle regarde parfois en souriant.

« Je croyais que tu avais choisi de le faire toute l'année, je n'ai jamais pensé que tu pouvais vouloir arrêter. »

  • Fixer une durée dès le départ : jusqu'aux prochaines vacances, par exemple.
  • Noter une date de bilan sur un calendrier commun, visible de tous.
  • Repérer les signes d'usure : activités abandonnées, appréhension la veille, sommeil en journée.
  • Dire sa fatigue clairement plutôt qu'en allusions qu'on espère voir devinées.
  • Prévoir une solution de relais, même partielle, pour alléger les semaines chargées.
  • Rediscuter l'organisation à chaque changement de saison ou d'emploi du temps.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1944