Elle quitte Rennes pour Montpellier avec son shampooing et ses habitudes : en octobre, ses cheveux refusent le peigne et perdent tout leur éclat

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Il est sept heures dix, la salle de bains sent encore le carton déballé et la peinture fraîche. Claire tire sur son peigne, qui s'arrête net à mi-longueur avec un petit craquement sec. Dans le miroir, ses cheveux châtains ressemblent à de la paille sous la lumière blanche. Dehors, sur le boulevard montpelliérain, un scooter démarre, et elle pense, pour la première fois, que quelque chose ne va pas.

Dix ans de cheveux sages dans un appartement rennais

Claire a trente-quatre ans et elle a passé dix ans dans un deux-pièces près des Lices, à Rennes. Elle est graphiste, travaille souvent chez elle, et ses cheveux ont toujours été la partie facile de sa vie. Longs, un peu ondulés, ils se démêlaient en trois coups de peigne après la douche. Elle utilisait le même shampooing doux depuis ses vingt-cinq ans, un flacon vert acheté en pharmacie, sans jamais se poser de question.

Une fois par trimestre, elle allait chez Sandrine, une coiffeuse installée rue Saint-Malo, qui coupait les pointes et vantait la santé de sa fibre. Tu as de la chance, tu n'as rien à faire, répétait-elle en passant ses doigts dans les longueurs. Claire riait, un peu gênée, parce qu'elle savait qu'elle ne faisait effectivement presque rien. Un masque de temps en temps, un séchage à l'air libre, rien de plus, et cela suffisait largement.

Soyons honnêtes, elle ne pensait jamais à ses cheveux, comme on ne pense pas à ses genoux tant qu'ils ne font pas mal. Ils faisaient partie du décor de sa vie bretonne, avec la pluie fine, le marché du samedi et les cafés trop longs. Quand son compagnon, Hugo, a obtenu un poste à Montpellier, elle a pensé aux cartons, au loyer, au soleil. Ses cheveux ne figuraient évidemment pas sur la liste des choses à surveiller.

Le déménagement soigneusement préparé jusqu'au dernier flacon

Ils sont arrivés fin août dans un appartement lumineux du quartier des Beaux-Arts, avec un balcon et un figuier dans la cour. Claire avait tout organisé avec méthode, de la box internet au changement d'adresse. Elle avait même acheté trois flacons de son shampooing avant de partir, au cas où la pharmacie du quartier ne le vendrait pas. Changer de ville, oui, mais garder ses repères, c'était sa façon de rendre la transition plus douce.

Elle avait aussi pris le temps de choisir un coiffeur avec soin, en lisant les avis et en demandant conseil à une collègue installée dans l'Hérault. Le salon de Karim, près de la place Jean-Jaurès, avait bonne réputation pour les cheveux longs. Elle y est allée dès la mi-septembre, a expliqué sa routine, montré une photo de sa coupe habituelle. Karim a hoché la tête, coupé deux centimètres, et promis de respecter sa nature de cheveux.

Tout semblait sous contrôle, et Claire en était plutôt fière. Même produit, même gestes, un professionnel compétent : elle ne voyait pas ce qui pourrait dérailler. Hugo plaisantait sur sa trousse de toilette rapatriée intacte depuis la Bretagne, comme un petit morceau de Rennes transporté dans le sud. Elle lui répondait que la stabilité, ça se construit aussi dans la salle de bains. Elle avait de bonnes raisons, et c'est justement ce qui rendra la suite si déroutante.

« Je n'ai rien changé, je te jure, même flacon, même routine, alors je ne comprends pas ce qui se passe. »

Une traînée blanche sur la paroi de douche, vite oubliée

Le premier détail est apparu dès la deuxième semaine, sans qu'elle y prête vraiment attention. Sur la paroi vitrée de la douche, des traces blanchâtres restaient après chaque passage, malgré le raclette qu'elle utilisait. La bouilloire, aussi, s'était couverte d'un dépôt grisâtre au fond, comme une fine croûte. Claire a mis cela sur le compte d'un appartement mal entretenu par l'ancien locataire, et elle a acheté un produit ménager plus puissant.

Puis ses cheveux ont commencé à changer, très lentement, presque imperceptiblement. Ils séchaient plus vite, mais restaient comme cartonnés au toucher, avec un aspect mat qu'elle ne leur connaissait pas. Le shampooing moussait moins, elle en mettait davantage sans s'en rendre compte. Elle se disait que c'était la chaleur, le soleil de septembre, le sel de la plage de Palavas où ils allaient le dimanche. Des explications simples, rassurantes, qui collaient à la nouvelle vie.

On connaît tous ça : quand quelque chose cloche, on cherche d'abord la cause la plus évidente. Claire a donc ajouté un spray protecteur solaire pour cheveux et espacé les baignades. Rien n'a changé, mais elle n'a pas fait le lien avec les traces sur la vitre. Les deux phénomènes vivaient dans des cases séparées de son esprit, l'un appartenant au ménage, l'autre à la beauté. Il lui faudra encore plusieurs semaines pour les réunir.

Masques, huiles et rendez-vous : octobre tourne au casse-tête

Début octobre, le démêlage est devenu une épreuve quotidienne de dix bonnes minutes. Le peigne accrochait, des cheveux cassés restaient dans le lavabo, et ses pointes semblaient fourchues alors qu'elles venaient d'être coupées. Claire a acheté un masque nourrissant, puis une huile d'argan, puis un après-shampooing sans rinçage vanté par une influenceuse. Chaque produit apportait un léger mieux pendant une journée, avant que la texture rêche ne revienne, obstinée, dès le lavage suivant.

Elle est retournée voir Karim, un peu embarrassée, en se demandant s'il n'avait pas abîmé quelque chose. Il a examiné ses longueurs avec attention et lui a assuré que sa coupe n'y était pour rien. Vos cheveux sont comme gainés, ils ne prennent plus l'hydratation, lui a-t-il dit en frottant une mèche entre ses doigts. Il lui a conseillé un soin profond au salon, qu'elle a fait, sans résultat durable au-delà de quelques jours.

Le soir, elle a appelé Sandrine, à Rennes, presque en désespoir de cause. Je n'ai rien changé, je te jure, même flacon, même routine, a-t-elle répété au téléphone. Sandrine a réfléchi un moment, puis a posé une question qui l'a laissée perplexe : et l'eau, chez toi, elle est comment. Claire n'a pas su quoi répondre. Elle n'avait jamais pensé que l'eau pouvait avoir un caractère, ni que ce caractère pouvait changer d'une région à l'autre.

« Vos cheveux sont comme gainés, ils ne prennent plus l'hydratation, ça ne vient pas de la coupe. »

Ce n'était pas le produit, c'était ce qui coulait du robinet

Le lendemain, Claire a cherché sur le site de l'Agence régionale de santé, où chaque commune publie les résultats d'analyse de son eau potable. Elle a tapé Montpellier, puis Rennes, et comparé les chiffres de dureté, exprimés en degrés français. L'écart l'a frappée : l'eau de sa nouvelle ville était nettement plus calcaire que celle qu'elle avait connue en Bretagne, où les sols granitiques donnent une eau plutôt douce. Elle a enfin compris les traces sur la vitre.

En lisant davantage, elle a découvert le mécanisme. Une eau dure transporte beaucoup de calcium et de magnésium dissous, qui se déposent sous forme de carbonate de calcium, ce fameux calcaire. Sur la vitre, il laisse des traînées blanches ; sur les cheveux, il forme une fine pellicule qui ferme mal les écailles de la fibre. Le cheveu devient rugueux, renvoie moins la lumière, et les brins s'accrochent entre eux au lieu de glisser.

Le calcaire gêne aussi la mousse du shampooing, ce qui expliquait pourquoi elle en utilisait toujours plus. Claire est restée un long moment devant son écran, entre soulagement et agacement. J'ai passé un mois à accuser le soleil, la mer et un coiffeur innocent, a-t-elle dit à Hugo en riant. Son flacon vert n'avait rien fait de mal : il était simplement confronté à une eau qu'il ne connaissait pas. La solution ne viendrait donc pas d'un énième masque.

Un rinçage au vinaigre et un filtre vissé sur la douche

Karim, mis au courant, n'a pas été surpris et lui a suggéré de commencer par un rinçage acide. Claire a mélangé une cuillère à soupe de vinaigre de cidre dans un litre d'eau, versé en fin de douche sur ses longueurs. L'acidité aide à dissoudre les dépôts calcaires et à resserrer les écailles, du moins c'est ce qu'elle a constaté chez elle. Après deux semaines, le peigne glissait de nouveau, et la brillance revenait peu à peu.

Elle a ensuite investi une trentaine d'euros dans un filtre de douche à cartouche, vissé entre le flexible et le pommeau, à changer tous les quelques mois. Certains de ses amis préfèrent des shampooings dits clarifiants une fois par semaine, ou des soins chélatants vendus en salon. Claire, elle, combine le filtre et le rinçage acide, et trouve l'équilibre satisfaisant. Pour moi, c'est le duo qui a tout réglé, sans ajouter dix produits, résume-t-elle aujourd'hui.

En décembre, ses cheveux ont retrouvé leur souplesse d'avant, et elle raconte l'histoire à chaque nouvel arrivant rencontré dans le quartier. Elle a compris qu'un déménagement change aussi des choses invisibles, que l'on ne met dans aucun carton. Le geste le plus utile, dit-elle, est de vérifier la dureté de l'eau avant même de déballer la salle de bains. Quelques vérifications simples peuvent éviter des semaines de perplexité devant le miroir, et pas mal d'argent dépensé pour rien.

« J'ai passé un mois à accuser le soleil, la mer et un coiffeur qui n'y était pour rien. »

  • Consulter la dureté de l'eau de sa commune sur le site de l'ARS, en degrés français.
  • Repérer les indices : traces blanches sur la vitre, dépôt dans la bouilloire, shampooing qui mousse peu.
  • Essayer un rinçage acide : une cuillère à soupe de vinaigre de cidre dans un litre d'eau.
  • Installer un filtre de douche à cartouche et penser à la remplacer régulièrement.
  • Utiliser ponctuellement un shampooing clarifiant plutôt que multiplier les masques.
  • Parler de son changement de région à son coiffeur pour adapter les soins.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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