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Le portail grinçait sous le vent de l'Atlantique, et Françoise tenait son sac de voyage contre sa hanche. Il était un peu plus de dix heures, ce jeudi de novembre, dans une rue calme de Lafond, à La Rochelle. Elle a appuyé sur la clé, une fois, deux fois. Rien. Pas un clignotant, pas un déclic. La petite voiture grise restait muette sous les feuilles mortes.
Une citadine récente, garée chaque automne devant la maison de sa fille
Françoise a soixante-sept ans, une retraite d'institutrice et une maison près de Niort qu'elle entretient seule depuis son veuvage. Chaque année, à la Toussaint, elle descend chez sa fille Claire, qui vit à La Rochelle avec son mari et leurs deux garçons. Le trajet dure à peine une heure, mais elle aime le faire tranquillement, avec la radio et une thermos de café posée sur le siège passager.
Depuis deux ans, elle roule dans une citadine hybride achetée neuve chez un concessionnaire de Niort. Elle en est fière, sans en parler beaucoup. La voiture se connecte à son téléphone, affiche la météo, prévient quand une porte est mal fermée. Le vendeur lui avait montré l'application, qu'elle a installée sans trop savoir ce qu'elle en ferait vraiment.
Chez Claire, la voiture dort toujours au même endroit, contre le muret, devant la haie de laurier. Personne ne la touche pendant le séjour, puisque le gendre emmène tout le monde avec son monospace. Françoise se repose, joue aux cartes avec les petits, marche jusqu'au Vieux-Port quand il ne pleut pas. Cette année, elle avait prévu de rester plus longtemps que d'habitude.
Trois semaines de vacances décidées pour aider pendant le déménagement
Claire et son mari préparaient un déménagement vers un quartier plus proche de l'école des garçons. Il fallait trier les cartons, peindre une chambre, garder les enfants pendant les allers-retours. Françoise a proposé de prolonger son séjour, de la fin octobre jusqu'à la mi-novembre. Trois semaines, donc, pendant lesquelles sa voiture n'aurait aucune raison de bouger du trottoir.
Elle y avait réfléchi, à sa manière. Une voiture neuve, se disait-elle, ça ne craint rien, ce n'est pas comme la vieille break de son mari qui refusait de démarrer au premier froid. Elle avait fait la révision au printemps, les pneus étaient bons, le réservoir à moitié plein. Rien ne lui semblait justifier la moindre précaution particulière.
Je me suis dit qu'elle serait mieux là que dans mon garage vide, raconte-t-elle aujourd'hui. Au moins, Claire pouvait jeter un œil depuis la fenêtre. Soyons honnêtes, l'idée qu'une voiture immobile puisse s'abîmer toute seule ne traverse l'esprit de presque personne. On pense aux voleurs, aux rayures, aux branches qui tombent. Pas à ce qui se passe à l'intérieur, en silence.
« Une voiture neuve, je pensais que ça ne craignait rien, pas comme la vieille break de mon mari. »
Un petit message sur le téléphone, effacé sans même être lu
Vers le dixième jour, son téléphone a vibré pendant qu'elle épluchait des pommes de terre dans la cuisine de Claire. Une notification de l'application de la voiture, avec un pictogramme orange. Elle a lu les premiers mots, quelque chose comme tension faible, et a balayé l'écran du pouce. Elle pensait à une mise à jour, à une de ces alertes qu'on reçoit sans cesse.
Quelques jours plus tard, son petit-fils Hugo, neuf ans, est rentré de l'école en disant que la voiture de mamie faisait clignoter une lumière rouge, la nuit, derrière le pare-brise. Françoise a souri. C'est l'alarme, mon chéri, c'est normal, elle surveille. Elle avait raison sur ce point, mais elle ne savait pas que cette surveillance avait un prix, payé à chaque minute.
Le temps s'était rafraîchi, avec des nuits autour de cinq degrés et un vent d'ouest chargé d'humidité. Claire se souvient avoir vu sa mère regarder la voiture depuis le salon, un soir. Elle n'a rien dit, ou presque. Elle a juste murmuré qu'il faudrait peut-être la faire tourner un peu. Puis les cartons ont repris le dessus, et la phrase s'est perdue entre deux rouleaux d'adhésif.
Le matin du départ, la clé ne répond plus et l'assistance tarde
Le jour du retour, la clé n'a rien déverrouillé. Françoise a d'abord cru à la pile de la télécommande, comme cela arrive. Claire a trouvé la clé de secours cachée dans le boîtier, et elles ont ouvert la portière à l'ancienne. À l'intérieur, l'écran restait noir, le bouton de démarrage ne réagissait pas, même les plafonniers refusaient de s'allumer.
Le gendre a sorti des câbles de son coffre et tenté de brancher son monospace. Mais sur cette citadine, la batterie de servitude n'était pas là où il la cherchait, et il n'a pas osé insister. Françoise a appelé l'assistance indiquée sur son contrat. Une voix aimable lui a promis un dépanneur dans la matinée, puis dans l'après-midi, faute de véhicule disponible.
J'avais l'impression d'avoir cassé quelque chose sans savoir quoi, confie-t-elle. Je me répétais que j'aurais dû la conduire, ne serait-ce qu'une fois. Elle a passé deux heures sur le trottoir, assise sur le muret, à surveiller la rue. Les voisins passaient avec leurs sacs de courses. L'un d'eux lui a lancé, mi-amusé, que c'était la troisième voiture du quartier en panne depuis septembre.
« J'ai vu le message orange, j'ai cru à une mise à jour, je l'ai effacé sans le lire. »
Ce que le dépanneur lui explique devant le capot ouvert
Le dépanneur s'appelait Karim, il est arrivé vers quinze heures avec un booster sur roulettes. Il a localisé la petite batterie de douze volts, mesuré la tension, puis a hoché la tête. Complètement vide, a-t-il dit. Ce n'était pas la batterie de traction de l'hybride, ni une panne électronique, ni un acte de malveillance. C'était l'usure ordinaire d'une voiture qui, même éteinte, ne dort jamais vraiment.
Il a pris le temps de lui expliquer, la main posée sur l'aile. Les voitures récentes gardent une partie de leurs circuits en éveil en permanence. L'alarme surveille, le module de télématique reste connecté au réseau pour l'application, les calculateurs attendent la clé. Chacun consomme peu, mais sans arrêt. Au bout de deux ou trois semaines, surtout par temps frais, la petite batterie n'a plus de réserve.
Celles d'aujourd'hui, elles boivent même garées, madame, lui a-t-il dit en rangeant ses pinces. Le message orange reçu dix jours plus tôt, c'était cela : la voiture prévenait elle-même que sa tension baissait. Françoise a rougi en y repensant. Elle avait effacé l'unique avertissement qui aurait pu lui éviter l'après-midi sur le muret, simplement parce qu'il ressemblait à tous les autres.
Un mainteneur de charge dans le garage et un réglage oublié
La voiture a redémarré après le booster, et Karim lui a conseillé de rouler au moins une heure. La batterie a tenu, mais le garage de Niort a recommandé un contrôle, car une décharge complète peut l'affaiblir. Entre le dépannage, hors forfait pour une partie, et la vérification, Françoise a déboursé un peu plus de cent euros. Sans compter la journée perdue.
Au garage, le chef d'atelier lui a montré ce qu'elle ignorait. Son modèle propose un mode d'immobilisation prolongée, caché dans un menu des réglages, qui réduit les veilles de l'alarme et de la connexion. Il lui a aussi vendu un mainteneur de charge, un petit boîtier qu'on branche sur une prise et qui entretient doucement la batterie. On connaît tous ces gadgets qu'on achète sans jamais s'en servir. Celui-là, elle l'utilise.
Je ne le fais plus sans réfléchir, dit-elle désormais. Avant de partir, je regarde combien de temps la voiture va rester seule. L'an prochain, pour la Toussaint, elle a déjà prévu de demander à son gendre de faire un tour avec, une fois par semaine. Ou de laisser la voiture à Niort, branchée dans le garage, et de prendre le train jusqu'à La Rochelle.
« Celles d'aujourd'hui, elles boivent même garées, madame, l'alarme et l'antenne ne s'arrêtent jamais. »
- Au-delà de deux à trois semaines sans rouler, prévoir une solution pour la batterie de 12 volts.
- Chercher dans le manuel ou les réglages un mode veille prolongée ou immobilisation longue durée.
- Brancher un mainteneur de charge si la voiture reste dans un garage avec une prise.
- Lire les alertes de tension faible envoyées par l'application du constructeur.
- Faire rouler la voiture une vingtaine de minutes chaque semaine si quelqu'un peut s'en charger.
- Repérer à l'avance l'emplacement de la clé de secours et de la batterie de servitude.
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