Elle quitte son bureau toulousain fin septembre et signe seule une mutuelle : une ancienne collègue lui parle d’un droit oublié depuis cinq mois

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Le carton tenait mal sous son bras, avec la plante verte qui dépassait et le mug ébréché enveloppé dans un journal. Il était dix-sept heures, ce dernier vendredi de septembre, et l'ascenseur de l'immeuble de bureaux, près de la gare Matabiau, grinçait comme toujours. Martine a appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée. Trente et un ans de comptabilité venaient de tenir dans une boîte.

Trente et un ans dans le même bureau près de Matabiau

Martine a soixante-deux ans et elle a passé presque toute sa vie professionnelle dans la même entreprise de distribution. Elle a commencé comme aide-comptable, à une époque où l'on tapait encore les bilans sur des machines bruyantes. Elle a fini responsable de la paie, avec deux collègues sous sa responsabilité et un bureau qui donnait sur le canal. Le matin, elle prenait le métro à Jolimont, achetait un croissant chez le même boulanger et arrivait toujours la première.

Son mari, Gérard, est parti à la retraite deux ans plus tôt, après une carrière de chauffeur de bus à Tisséo. Ils vivent dans une petite maison de la Côte Pavée, avec un jardin où il cultive des tomates et des courgettes. Leur fille habite Bordeaux, leur fils est à Lyon, et les petits-enfants viennent pendant les vacances. Rien d'extraordinaire, soyons honnêtes, mais une vie organisée, tranquille, où chaque chose avait trouvé sa place depuis longtemps.

Pendant toutes ces années, Martine n'a jamais vraiment pensé à sa complémentaire santé. Elle était prélevée sur la fiche de paie, partagée avec l'employeur, et elle remboursait correctement les lunettes, le dentiste et les quelques consultations chez le kiné. Quand elle remplissait les feuilles de soins, tout revenait sans qu'elle ait à s'en soucier. C'était un de ces services invisibles qu'on oublie justement parce qu'ils fonctionnent bien, jour après jour, sans le moindre accroc.

Une mutuelle choisie en ligne, un dimanche soir de septembre

Quelques semaines avant son départ, Martine a reçu un courrier du service des ressources humaines. Il y avait beaucoup de pages, des formulaires sur la retraite complémentaire, des attestations à conserver, et un paragraphe sur la mutuelle qu'elle a lu en diagonale. Elle était fatiguée, prise par les passations de dossiers et le pot de départ à organiser. Elle a rangé l'enveloppe dans le tiroir de la cuisine, avec les factures d'électricité et les notices d'appareils.

Un dimanche soir, assise devant l'ordinateur pendant que Gérard regardait le rugby, elle a cherché une complémentaire pour retraités. Elle pensait que sa couverture s'arrêtait net avec son contrat de travail, comme le badge et la carte de cantine. Elle a comparé trois offres sur un site, choisi une formule intermédiaire et rempli le questionnaire en une vingtaine de minutes. Le tarif annoncé était de cent quarante-huit euros par mois, ce qui lui paraissait raisonnable pour son âge.

Gérard avait sa propre mutuelle, souscrite auprès d'un organisme lié à son ancien employeur, et il ne s'en plaignait pas. Il lui a simplement dit de bien vérifier les remboursements dentaires, parce qu'elle avait une couronne à refaire. Martine a coché l'option renforcée, ce qui a fait grimper la cotisation de quelques euros. Le contrat a démarré le premier octobre, le lendemain de son départ. Elle a eu le sentiment d'avoir réglé ce dossier proprement, sans laisser traîner.

« Je pensais que la mutuelle s'arrêtait avec le badge et la carte de cantine, comme tout le reste. »

Un relevé bancaire qui ne ressemble pas à l'ancien

Le premier prélèvement est arrivé début octobre, et Martine l'a regardé un peu plus longtemps que prévu. Cent cinquante-six euros, avec les options, pour elle seule. Quand elle travaillait, sa part sur la fiche de paie tournait autour de soixante euros, puisque l'entreprise en payait une bonne moitié. Elle s'y attendait, bien sûr, mais voir la somme noir sur blanc, à côté de sa première pension, lui a fait un drôle d'effet.

Ensuite, il y a eu le dentiste. La couronne devait être refaite en novembre et le cabinet lui a remis un devis. Sur le papier, le remboursement de la nouvelle mutuelle semblait correct, mais il y avait un délai de carence de six mois sur les prothèses. Martine ne l'avait pas vu, ou alors elle l'avait lu sans le comprendre, ce dimanche soir devant l'écran. Il faudrait donc attendre le printemps, ou avancer près de six cents euros.

Elle a reporté le rendez-vous, en se disant que ce n'était pas si grave et qu'elle mangerait du côté gauche. On connaît tous ça, ces petites contrariétés qu'on range dans un coin de la tête pour ne pas gâcher le reste. La retraite commençait, il faisait beau sur Toulouse, elle avait des promenades prévues le long de la Garonne. Elle n'en a même pas parlé à Gérard, persuadée que c'était simplement le prix à payer.

Un café place du Capitole avec une ancienne collègue

Fin février, Martine a retrouvé Odile pour un café sous les arcades de la place du Capitole. Odile avait travaillé quinze ans avec elle au service paie avant de partir, elle aussi, à la retraite deux ans plus tôt. Elles ont parlé des petits-enfants, du nouveau directeur dont tout le monde se plaignait, et des voyages qu'elles projetaient. Puis, au détour d'une phrase, Martine a évoqué sa couronne et le délai de carence qui l'obligeait à patienter.

Odile a reposé sa tasse et l'a regardée avec un air surpris. Elle lui a demandé pourquoi elle n'avait pas simplement gardé la mutuelle de la boîte. Martine n'a pas compris tout de suite. Elle croyait que c'était réservé aux salariés en poste, que le contrat collectif s'arrêtait avec le contrat de travail. Mais tu as reçu le courrier, non, a insisté Odile. Moi, j'ai rempli le formulaire et je n'ai jamais eu de carence.

En rentrant chez elle, Martine a ouvert le tiroir de la cuisine et fouillé entre les factures. L'enveloppe des ressources humaines était bien là, un peu froissée. Le fameux paragraphe parlait de maintien des garanties, d'une demande à adresser à l'organisme assureur, et d'un délai à respecter. Elle a compté sur ses doigts, assise sur une chaise. Elle était partie fin septembre, on était fin février. Il restait environ un mois avant que la porte ne se ferme.

« Mais tu as reçu le courrier, non, moi j'ai rempli le formulaire et je n'ai jamais eu de carence. »

Ce que disait vraiment le paragraphe oublié dans le tiroir

Le lendemain matin, Martine a appelé le numéro indiqué sur le courrier. Une conseillère lui a expliqué ce qu'elle n'avait jamais pris le temps de lire. Grâce à la loi Evin, un salarié qui part à la retraite peut demander à conserver la complémentaire santé collective de son entreprise, avec les mêmes garanties. Il n'y a ni questionnaire médical, ni délai de carence. La seule condition, c'est d'en faire la demande dans les six mois qui suivent la fin du contrat.

Bien sûr, l'employeur ne paie plus sa part, et la cotisation change. Mais la loi encadre les tarifs pendant les premières années, a précisé la conseillère. La première année, le prix ne peut pas dépasser celui payé par les salariés actifs, part patronale comprise. Ensuite, la hausse est plafonnée progressivement, à vingt-cinq pour cent puis à cinquante pour cent de plus. Pour Martine, cela représentait environ cent vingt euros par mois, moins que sa nouvelle formule.

Elle a raccroché, un peu sonnée, et elle a raconté toute l'histoire à Gérard pendant le déjeuner. Je pensais avoir été prudente, je pensais avoir tout réglé avant de partir, a-t-elle dit en remuant sa soupe. Gérard a haussé les épaules, sans reproche. Il lui a rappelé qu'elle avait passé trente ans à expliquer leurs fiches de paie aux autres, sans jamais regarder la sienne. Elle a ri, malgré elle, et elle a sorti un stylo.

Le formulaire envoyé à temps, et la leçon d'un hiver

Martine a rempli le formulaire le jour même et l'a posté en recommandé, à la poste de la rue Lafayette. Trois semaines plus tard, l'organisme a confirmé le maintien de son ancienne couverture. Elle a ensuite résilié sa mutuelle souscrite en ligne, ce qui a demandé deux appels et une lettre. Au total, ces cinq mois lui ont coûté environ deux cents euros de plus que nécessaire, sans compter la couronne repoussée et quelques nuits à mâcher d'un seul côté.

Elle a pris rendez-vous chez le dentiste pour avril. Cette fois, il n'y a pas eu de carence, puisque le contrat était le même qu'avant son départ. Avec Odile, elles ont décidé d'en parler à leurs anciennes collègues qui approchent de la retraite. Je ne dis pas que c'est forcément la meilleure solution pour tout le monde, explique Martine, mais au moins il faut savoir qu'elle existe. Moi, j'ai failli passer à côté pour une enveloppe rangée trop vite.

Avant de quitter son entreprise, il vaut la peine de prendre une heure pour lire le courrier sur la complémentaire santé. Comparer le tarif du maintien avec celui d'une offre individuelle, vérifier les garanties qui comptent vraiment pour soi, noter la date limite dans un agenda. Martine a même collé un post-it sur le frigo de sa fille, qui partira dans quinze ans. Elle trouve ça un peu ridicule, mais elle préfère. Six mois, dit-elle, ça passe beaucoup plus vite qu'on ne croit.

« J'ai passé trente ans à expliquer les fiches de paie des autres, et je n'ai jamais lu la mienne. »

  • Demander au service RH le courrier sur le maintien de la complémentaire santé avant le départ.
  • Envoyer la demande à l'organisme assureur dans les six mois suivant la fin du contrat de travail.
  • Retenir que le maintien se fait sans questionnaire médical ni délai de carence.
  • Savoir que le tarif est plafonné la première année au coût total payé pour les actifs, puis encadré.
  • Comparer ce tarif avec une offre individuelle selon ses besoins réels, dentaire et optique compris.
  • Noter la date limite dans un agenda et envoyer la demande en recommandé.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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