Elle s’endort chaque soir devant le film près d’Annecy : une fois au lit à minuit, elle fixe le plafond jusqu’à deux heures

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Il est vingt et une heures dix, à Sévrier, au bord du lac d'Annecy. Le générique du film vient de finir, le plaid glisse sur les genoux de Nadine, et la tête bascule doucement contre l'oreille du fauteuil. Dans la cuisine, le lave-vaisselle ronronne. Jean-Luc baisse le son sans un mot. Il sait qu'elle dormira jusqu'à la fin du film.

Un fauteuil, un plaid et un film tous les soirs

Nadine a cinquante-huit ans et travaille comme secrétaire médicale dans un cabinet de Seynod. Elle se lève à six heures quinze, prend sa petite Clio grise, et rentre vers dix-huit heures trente. Depuis que les enfants sont partis, les soirées ont pris un rythme tranquille. Un dîner simple, la vaisselle, puis le salon, où Jean-Luc choisit le film pendant qu'elle cherche le plaid en laine.

Le fauteuil est un vieux modèle en cuir fauve, acheté chez un antiquaire de Talloires il y a quinze ans. Il est un peu affaissé du côté gauche, celui où Nadine pose toujours la tête. Par la baie vitrée, on devine les lumières de l'autre rive du lac. C'est, dit-elle, le meilleur moment de la journée, celui où rien ne lui est plus demandé.

Jean-Luc, retraité de la menuiserie, regarde les films jusqu'au bout. Nadine, elle, n'en voit jamais la fin. Vers vingt et une heures, ses paupières s'alourdissent, le dialogue devient un murmure lointain, et elle part. Ça fait rire tout le monde, je connais la moitié des films de la vidéothèque sans savoir comment ils finissent, raconte-t-elle avec un haussement d'épaules amusé.

Ce petit somme qu'elle croyait mérité après ses journées

Au début, Nadine voyait ces siestes du soir comme une récompense. Le cabinet est bruyant, le téléphone sonne sans arrêt, les patients arrivent en retard et repartent pressés. Quand elle se laisse aller dans le fauteuil, elle sent ses épaules descendre d'un coup. Elle se dit que son corps réclame ce repos, et qu'il serait absurde de lutter contre une fatigue aussi évidente.

Jean-Luc, de son côté, n'ose pas la réveiller. Elle a l'air si paisible, la bouche entrouverte, une main posée sur le chat qui s'est installé contre elle. Il attend la fin du générique, éteint la télévision, puis lui touche doucement le bras. Il est alors vingt-deux heures moins le quart, parfois un peu plus, selon la longueur du film choisi ce soir-là.

Elle se réveille alors étonnamment fraîche, presque vive. Elle range les tasses, arrose le ficus, répond à deux messages de sa fille sur son téléphone. Puis elle traîne, lit un magazine, prépare ses affaires du lendemain. Elle ne monte jamais avant minuit. Soyons honnêtes, cela ressemblait à une soirée normale, et personne dans la maison n'y voyait le moindre problème.

« Je connais la moitié des films de la vidéothèque sans savoir comment ils finissent. »

Minuit passé, les yeux grands ouverts sur le plafond

Le premier signe est arrivé un mardi de novembre, sans prévenir. Couchée à minuit, Nadine a regardé les ombres des volets se dessiner au plafond. Elle a entendu Jean-Luc ronfler, puis le chauffage se mettre en route, puis une voiture passer sur la route du lac. À une heure, elle était toujours éveillée, l'esprit clair et étrangement disponible.

Elle a d'abord mis cela sur le compte d'un dossier compliqué au travail. Le lendemain, même chose. Le surlendemain aussi. Elle s'endormait finalement vers deux heures, d'un sommeil haché, et le réveil sonnait quatre heures plus tard. Le jeudi, au cabinet, elle a confondu deux rendez-vous et s'est surprise à relire trois fois le même courrier sans le comprendre.

Ce qui l'intriguait, c'est qu'elle ne se sentait pas anxieuse en se couchant. Elle n'avait pas de pensées qui tournent, pas de boule au ventre. Simplement aucune envie de dormir. Je n'étais pas inquiète, j'étais juste réveillée, comme en plein après-midi, se souvient-elle. Elle n'a pas fait le lien avec le fauteuil du salon, qui lui semblait sans rapport.

Tisanes, applications et rendez-vous chez le médecin traitant

Pendant trois semaines, Nadine a tout essayé. Une tisane de verveine et de tilleul achetée au marché d'Annecy, puis une application de méditation dont la voix douce l'agaçait au bout de cinq minutes. Elle a supprimé le café après quinze heures, puis après midi. Jean-Luc a acheté de nouveaux rideaux plus épais pour la chambre, persuadé que la lumière du lampadaire la dérangeait.

Rien n'a changé. Les nuits commençaient toujours vers deux heures, et les journées devenaient pénibles. Nadine a fini par prendre rendez-vous avec son médecin traitant, un homme calme qui l'a écoutée longuement. Il lui a demandé de noter pendant dix jours ses heures de coucher, de réveil, et tout moment où elle s'endormait, même brièvement, dans la journée ou en soirée.

Elle a rempli le carnet consciencieusement, sur la table de nuit. Le soir, elle notait le film, l'heure du coucher, l'heure approximative de l'endormissement. C'est Jean-Luc qui, en le feuilletant, a remarqué la colonne répétée chaque soir. Tu as écrit vingt et une heures, fauteuil, quarante minutes, dix fois de suite, lui a-t-il dit, un peu surpris par la régularité.

« Je n'étais pas inquiète, j'étais juste réveillée, comme en plein après-midi. »

Les quarante minutes du salon avaient vidé sa fatigue

Au rendez-vous suivant, le médecin a pris le carnet et l'a posé à plat devant elle. Il lui a expliqué ce qu'il appelle la pression de sommeil. Selon lui, chaque heure passée éveillée accumule un besoin de dormir, comme un réservoir qui se remplit lentement depuis le matin. Le soir, ce réservoir plein est ce qui fait tomber les paupières au bon moment.

Or Nadine vidait ce réservoir à vingt et une heures, dans son fauteuil. Quarante minutes de sommeil, à cette heure-là, suffisaient à faire retomber le besoin accumulé depuis six heures du matin. Quand elle montait à minuit, il ne restait presque rien. Son corps n'était pas en panne, lui a-t-il dit : il avait simplement déjà dormi, et ne voyait aucune raison de recommencer.

Le plus déroutant, pour elle, était que tout semblait logique vu de l'intérieur. Elle se sentait fatiguée à vingt et une heures, elle dormait dans le fauteuil, elle se réveillait en forme. Le problème n'apparaissait que bien plus tard, une fois couchée, au moment où plus rien ne pouvait le corriger.

Nadine est restée silencieuse un moment. Elle avait pensé au stress, à la ménopause, à la tisane trop faible, jamais à ce petit somme qu'elle croyait réparateur. Je pensais que je rattrapais du sommeil, en fait je le dépensais trop tôt, résume-t-elle aujourd'hui. Le conseil du médecin tenait en une phrase : aller au lit dès les premiers signes de fatigue.

Monter se coucher au premier bâillement, film ou pas

Le premier soir, ce fut difficile. Vers vingt et une heures, quand ses yeux ont commencé à piquer, Nadine s'est levée du fauteuil, a embrassé Jean-Luc et a laissé le film en plein milieu. Elle s'est brossé les dents dans un demi-sommeil et s'est endormie en quelques minutes. Elle s'est réveillée à cinq heures trente, avant le réveil, reposée.

Au bout d'une semaine, le rythme s'est installé. Nadine se couche désormais entre vingt et une heures et vingt et une heures trente, et dort d'une traite. Jean-Luc regarde la fin des films seul, et lui raconte le dénouement au petit déjeuner. Le carnet du médecin est resté dans le tiroir, mais elle le consulte parfois, comme on relit une vieille ordonnance.

Ce que cela lui a coûté, finalement, ce sont trois semaines de mauvaises nuits, une tisane inutile et une paire de rideaux. Ce que cela lui a rendu, c'est l'énergie au cabinet et l'humeur du matin. On connaît tous ça, cette somnolence devant l'écran qu'on prend pour une pause innocente. Pour Nadine, elle était devenue la cause même de ses insomnies.

Le salon, lui, n'a pas changé. Le fauteuil en cuir fauve est toujours là, le plaid en laine aussi, et Jean-Luc continue de choisir les films. Simplement, Nadine ne s'y attarde plus quand la fatigue arrive. Elle a compris que le moment où ses paupières s'alourdissent n'est pas une invitation à rester dans le fauteuil, mais le signal qu'il est temps de monter. Le réservoir dont parlait le médecin, elle le garde désormais plein jusqu'au lit.

« Tu as écrit vingt et une heures, fauteuil, quarante minutes, dix fois de suite. »

  • Repérer si l'on s'assoupit le soir devant un écran, même vingt minutes.
  • Noter pendant dix jours ses heures de coucher, d'endormissement et de somnolence.
  • Aller au lit dès les premiers bâillements plutôt que de lutter dans le fauteuil.
  • Éviter de rester assis dans un siège trop confortable après le dîner.
  • Parler de ses nuits à son médecin traitant si l'insomnie dure plusieurs semaines.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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