Elle scie les branches du chêne voisin au-dessus de sa terrasse près de Niort : quinze jours plus tard, une lettre recommandée l’attend

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Il était un peu plus de neuf heures, un samedi de juin, et la scie égoïne crissait dans l'écorce. Sylvie, perchée sur le troisième barreau de l'escabeau, sentait la sciure lui piquer les avant-bras. Sous ses pieds, la terrasse de dalles beiges, couverte comme chaque été de glands et de feuilles collantes. La première branche du chêne voisin a craqué, puis s'est abattue sur le gravier.

Une terrasse près de Niort, à l'ombre d'un chêne trop généreux

Sylvie a cinquante-huit ans et vit depuis douze ans dans une longère rénovée, à la sortie d'un village au sud de Niort. Elle travaille à mi-temps dans une agence d'assurances du centre-ville, et son jardin est devenu, au fil des années, sa vraie fierté. Elle y a planté des lavandes, installé une table en teck, et posé elle-même les dalles de la terrasse. Le soir, elle aime y boire un verre de pineau en regardant la lumière décliner sur les champs.

De l'autre côté du grillage se dresse un chêne pédonculé, planté bien avant que les deux maisons ne soient construites. Il appartient à Gérard, un voisin de soixante-dix ans, ancien chauffeur routier, discret et poli, avec qui elle échange quelques mots par-dessus la clôture. Ils se saluent, se prêtent parfois un taille-haie, se souhaitent la bonne année en janvier. Rien de plus, mais rien de moins non plus, ce qui à la campagne ressemble déjà à une forme d'amitié.

Le chêne, lui, n'a jamais cessé de grandir. Ses branches basses débordent désormais de plusieurs mètres au-dessus de la terrasse de Sylvie. En automne, elle passe des heures à balayer les feuilles qui bouchent la gouttière. Au printemps, le pollen jaunit la table, et l'été, les glands roulent sous les pieds comme des billes. Pendant longtemps, elle a pris tout cela avec philosophie, en se disant qu'un bel arbre valait bien quelques corvées supplémentaires.

La décision prise un soir, pour de très bonnes raisons

Tout a basculé au mois de mai, après un orage plus violent que les autres. Une branche morte s'est détachée pendant la nuit et s'est écrasée sur la table en teck, fendant le plateau sur toute sa longueur. Sylvie l'a découverte au petit matin, en ouvrant les volets, le café encore brûlant entre les mains. Elle est restée longtemps immobile, à regarder le bois éclaté, en pensant que quelques heures plus tôt elle était assise exactement là.

Elle a d'abord voulu en parler à Gérard, mais sa maison était fermée. Il passait trois semaines chez sa fille, du côté de La Rochelle, comme chaque année à cette période. Sylvie a hésité, puis s'est raisonnée. Les branches étaient chez elle, au-dessus de son terrain, et elle se disait qu'elle avait bien le droit de protéger sa propre terrasse. Je ne vais pas attendre qu'une branche tombe sur la tête de quelqu'un, a-t-elle confié à sa sœur au téléphone.

Sa sœur, Martine, n'a rien trouvé à redire. Chez elle, en Vendée, tout le monde taillait ce qui dépassait sans demander l'avis de personne, et cela n'avait jamais posé de problème. Sylvie a donc ressorti l'escabeau, acheté une scie neuve au magasin de bricolage de la zone commerciale, et choisi un samedi matin bien dégagé. Elle a coupé trois grosses branches, soigneusement, au ras du grillage, sans jamais toucher au tronc ni franchir la limite des terrains.

« Je ne vais pas attendre qu'une branche tombe sur la tête de quelqu'un, c'est chez moi après tout. »

Un regard par-dessus le grillage qui ne ressemblait pas aux autres

Gérard est rentré un mardi soir, à la fin du mois de juin. Sylvie l'a entendu garer sa vieille berline grise, claquer la portière, puis traîner sa valise sur le gravier. Le lendemain matin, en étendant son linge, elle l'a aperçu au pied de son chêne. Il levait la tête vers les moignons fraîchement coupés, les mains dans les poches, sans rien dire. Elle lui a fait un petit signe de la main, auquel il n'a pas répondu.

Sur le moment, elle n'y a pas vraiment prêté attention. Gérard était parfois distrait, et elle s'est dit qu'il était sans doute fatigué par la route. Elle avait même préparé une petite phrase pour lui expliquer l'orage, la table fendue, la peur qu'elle avait eue. Mais les jours suivants, il n'est plus sorti quand elle était dans le jardin. Les volets de son côté restaient mi-clos, et la conversation n'a jamais eu lieu, faute d'occasion.

Soyons honnêtes, Sylvie a préféré ne pas insister. Elle pensait que le froid passerait, qu'on finirait par en rire autour d'un apéritif, comme souvent entre voisins. Et puis, un vendredi, en ouvrant sa boîte aux lettres, elle a trouvé un avis de passage jaune. Une lettre recommandée avec accusé de réception l'attendait au bureau de poste du village. L'expéditeur était indiqué en petits caractères : un cabinet d'avocats de Niort, agissant pour le compte de monsieur Gérard.

Une lettre d'avocat, des appels sans réponse et une nuit blanche

Elle a récupéré le pli le samedi matin, quinze jours exactement après avoir scié les branches. Assise dans sa voiture sur le parking de la poste, elle a lu la lettre deux fois de suite. Le cabinet lui reprochait d'avoir coupé sans autorisation les branches d'un arbre appartenant à son client. Il évoquait un préjudice, un arbre fragilisé, et l'invitait à prendre contact afin de trouver un arrangement amiable, faute de quoi des suites seraient envisagées.

Sylvie a d'abord appelé sa sœur, qui n'en revenait pas. Puis elle a téléphoné à Gérard, qui n'a pas décroché. Elle a frappé à sa porte le dimanche, en vain. Le lundi, elle a contacté le service juridique de sa propre assurance habitation, dont elle connaissait pourtant bien les rouages. On lui a répondu poliment qu'il fallait envoyer le courrier par mail et attendre un délai d'étude de dix jours ouvrés. J'avais l'impression d'être devenue la méchante de l'histoire, a-t-elle soufflé.

La nuit suivante, elle n'a presque pas dormi. Elle repassait la scène dans sa tête, l'escabeau, la scie, les branches sur le gravier. Elle était persuadée d'être dans son droit, puisque tout se trouvait au-dessus de son terrain. Une collègue de l'agence lui a finalement conseillé de prendre rendez-vous avec le conciliateur de justice, qui tenait une permanence gratuite à la mairie deux fois par mois. Elle a obtenu un créneau pour le jeudi suivant, à quatorze heures.

« J'avais l'impression d'être devenue la méchante de l'histoire, alors que j'avais juste eu peur. »

Ce que le conciliateur lui a expliqué, Code civil sur la table

Le conciliateur était un ancien greffier à la retraite, lunettes sur le bout du nez, un Code civil écorné posé devant lui. Il a écouté Sylvie sans l'interrompre, puis a ouvert le livre à l'article 673. Il lui a lu le texte lentement, en soulignant chaque mot du doigt. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres du voisin peut contraindre celui-ci à les couper. Puis il a relevé la tête et attendu qu'elle comprenne.

Contraindre, madame, pas couper soi-même, lui a-t-il expliqué. Selon lui, le texte fait une distinction que presque personne ne connaît. Les racines, les ronces et les brindilles qui avancent sur votre terrain, vous pouvez les couper vous-même, à la limite de la ligne séparative. Les branches, non. Elles restent la propriété du voisin, et c'est à lui de les tailler. Sylvie a reconnu qu'elle avait toujours cru l'inverse, comme sa sœur, comme presque tout son entourage.

Il lui a ensuite décrit le chemin qu'elle aurait dû suivre. D'abord demander à Gérard, de vive voix ou par écrit. En cas de refus ou de silence, lui adresser une mise en demeure par lettre recommandée. Et si rien ne bougeait, saisir le tribunal judiciaire, qui peut ordonner l'élagage. Il a ajouté que, d'après le texte, ce droit d'exiger la coupe ne se perd pas avec le temps, même si l'arbre déborde depuis trente ans. Sylvie a noté chaque étape sur un post-it.

Une table neuve, un arrangement signé et un chêne enfin taillé

Avec l'aide du conciliateur, une rencontre a fini par être organisée à la mairie, un mardi de juillet. Gérard est venu seul, sans son avocat, l'air gêné. Il a expliqué que son fils s'était emporté en découvrant les coupes et avait pris contact avec le cabinet sans vraiment lui demander son avis. Moi, je voulais juste qu'on m'en parle avant, a-t-il dit doucement. Sylvie lui a raconté l'orage et la table fendue. Il ne savait rien.

Ils ont signé un constat d'accord. Sylvie a pris en charge la visite d'un élagueur professionnel, chargé de vérifier que les coupes n'avaient pas abîmé l'arbre et de reprendre les plaies proprement, pour un peu plus de deux cents euros. Gérard, de son côté, s'est engagé à faire tailler tous les deux ans les branches qui débordent. Le cabinet d'avocats n'a plus jamais écrit. Au total, sans compter la nuit blanche, l'affaire lui aura coûté une table neuve et une facture d'élagage.

Aujourd'hui, Sylvie boit de nouveau son pineau sur la terrasse, sous un chêne un peu moins envahissant. On connaît tous ce réflexe de sortir la scie quand quelque chose dépasse chez soi. Elle, désormais, commence par frapper à la porte d'à côté. Elle garde aussi dans un tiroir une copie de la lettre qu'elle aurait dû envoyer, rédigée avec le conciliateur. Si c'était à refaire, je mettrais tout par écrit dès le premier jour, dit-elle en riant.

« Contraindre, madame, pas couper soi-même, toute la nuance est dans ce mot-là. »

  • Les racines, ronces et brindilles qui avancent chez vous peuvent être coupées vous-même, à la limite du terrain.
  • Les branches qui débordent restent au voisin : demandez-lui de les couper, de préférence par écrit.
  • Sans réponse, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception.
  • En dernier recours, le tribunal judiciaire peut ordonner l'élagage.
  • Le conciliateur de justice, gratuit, tient souvent des permanences en mairie.
  • Photographiez les branches et les dégâts éventuels avant toute démarche.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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