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Il était sept heures dix, et la lumière de juin entrait à plat par la fenêtre de la salle de bains. Camille a essoré ses cheveux dans une serviette grise, puis elle a levé les yeux vers le miroir. Le sèche-cheveux ronronnait déjà dans sa main. Elle l'a coupé net : sous les néons, ses pointes blondes avaient pris une teinte de vieille piscine.
Un blond polaire attendu depuis des années, enfin réalisé à Nîmes
Camille a trente-quatre ans, elle est comptable dans une entreprise de transport près de la gare de Nîmes. Depuis l'adolescence, elle rêvait d'un blond très clair, presque blanc, comme celui des filles qu'elle voyait dans les magazines. Pendant longtemps, elle n'a pas osé, par peur d'abîmer ses cheveux châtains, épais et longs jusqu'au milieu du dos. Cette année, pour ses trente-quatre ans justement, elle s'est décidée, après des mois à regarder des photos sur son téléphone le soir.
Sa coiffeuse s'appelle Nadia, elle tient un petit salon rue de la Madeleine, à deux pas des arènes. Elles se connaissent depuis presque dix ans, depuis une coupe ratée ailleurs que Nadia avait rattrapée avec patience. Nadia a été franche dès le départ : un blond polaire sur une base châtain, cela demande plusieurs décolorations, du temps et beaucoup de soin ensuite. Camille a accepté sans discuter, rassurée par la manière dont Nadia expliquait chaque étape en lui montrant les mèches.
Il a fallu deux longues séances, à trois semaines d'intervalle, avec un patine argentée pour neutraliser les reflets jaunes. Le résultat était exactement celui que Camille imaginait, lumineux, froid, presque nacré sous la lumière du salon. Elle est rentrée chez elle en tournant la tête devant chaque vitrine du boulevard Victor-Hugo. Son compagnon, Julien, a mis quelques secondes à la reconnaître dans l'entrée. Ce soir-là, elle a pris des dizaines de photos, et elle s'est sentie enfin elle-même.
La piscine municipale, une bonne résolution prise pour l'été
Au même moment, Camille avait pris une autre décision, moins spectaculaire mais tout aussi sérieuse. Son médecin lui avait conseillé de bouger davantage, à cause de douleurs de dos liées aux longues journées assise devant ses tableaux de chiffres. Elle a choisi la natation, parce que c'était doux pour les articulations et que la piscine municipale était à dix minutes à vélo de chez elle. Elle a acheté une carte de dix entrées, un maillot bleu marine et des lunettes neuves.
Le plan était simple : trois séances par semaine, tôt le matin, avant que les bassins ne se remplissent de scolaires. Elle aimait ce moment où l'eau est encore immobile, où l'on entend seulement le clapotis des premiers nageurs et le sifflet lointain d'un maître-nageur. Elle nageait quarante minutes, une brasse un peu raide au début, puis un crawl qui s'améliorait au fil des longueurs. Elle se sentait fière de tenir sa promesse.
Pour ses cheveux, elle avait réfléchi, ou du moins elle le croyait. Elle portait un bonnet en tissu acheté à l'accueil, qui laissait dépasser une bonne partie de ses longueurs dans le dos. Elle se disait que le chlore, au pire, dessécherait un peu les pointes, et qu'un masque nourrissant le soir suffirait à compenser. Soyons honnêtes, elle n'avait pas pensé un instant à demander conseil à Nadia. La piscine et le salon appartenaient, dans sa tête, à deux mondes séparés.
« Je crois que je suis en train de devenir une sirène, et pas dans le bond sens, franchement. »
Un reflet bizarre sous les néons, d'abord mis sur la lumière
Après la deuxième séance, Camille a remarqué quelque chose dans le vestiaire, en se coiffant devant le grand miroir piqué de taches. Ses pointes semblaient un peu ternes, avec une nuance qu'elle n'arrivait pas à nommer. Elle a mis cela sur le compte de l'éclairage, ces néons blafards qui donnent à tout le monde un teint de malade. Dehors, au soleil, ses cheveux lui ont paru normaux, et elle a oublié l'impression en pédalant vers le bureau.
Le surlendemain, une collègue, Sandrine, s'est penchée vers elle près de la machine à café en plissant les yeux. Elle lui a demandé, avec un petit rire gêné, si elle avait essayé une couleur fantaisie dans les pointes. Camille a ri aussi, puis elle est allée vérifier dans les toilettes, en tenant une mèche près de la fenêtre. Sous la lumière naturelle, c'était discret, mais c'était là : un voile verdâtre, comme une algue fine accrochée aux longueurs.
Le soir, elle a fait un shampoing deux fois de suite, puis appliqué son masque violet censé déjaunir les blonds. Elle se répétait que ce n'était rien, une réaction passagère au chlore qui partirait toute seule. Puis est venue la troisième séance, et ce matin de juin devant le miroir de la salle de bains. Cette fois, le doute n'était plus permis. Elle a dit à Julien, encore à moitié endormi : Je crois que je suis en train de devenir une sirène, et pas dans le bon sens.
Shampoings, vinaigre et forums : tout ce qui n'a pas marché
Camille a commencé par ce que fait tout le monde : chercher sur internet, assise au bord de la baignoire. Elle a trouvé des dizaines de forums, des vidéos, des conseils qui se contredisaient d'une page à l'autre. Certains parlaient de jus de citron, d'autres de bicarbonate, d'autres encore d'aspirine écrasée dans le shampoing. Presque tous accusaient le chlore, présenté comme l'ennemi absolu des cheveux blonds, et recommandaient de ne plus jamais mettre la tête sous l'eau.
Elle a tenté un rinçage au vinaigre de cidre, qui a laissé dans l'appartement une odeur de salade pendant deux jours. Le vert a pâli légèrement, puis il est revenu dès la séance suivante, car elle refusait d'abandonner la natation. Elle a acheté un second shampoing violet, plus concentré, qui a donné à ses pointes une teinte grise et sale. On connaît tous ça, ce moment où chaque tentative rajoute une couche au problème au lieu de le régler.
Elle a fini par appeler la piscine, presque en colère, persuadée que le dosage du chlore avait été raté. Une agente d'accueil, patiente, lui a assuré que les analyses étaient conformes et affichées dans le hall. Elle lui a même conseillé, gentiment, d'en parler à un professionnel des cheveux. Camille a raccroché, découragée, et a regardé longtemps ses mèches vertes. Le lendemain matin, elle a envoyé une photo à Nadia avec un seul mot : Au secours.
« Ce n'est pas le chlore qui te verdit, c'est le cuivre qui se colle sur ton blond. »
Au salon, Nadia désigne un tout autre coupable que le chlore
Nadia l'a reçue le samedi suivant, entre deux rendez-vous, en lui faisant signe de s'asseoir près du bac. Elle a pris une mèche entre ses doigts, l'a tournée vers la lumière de la vitrine, et a souri sans moquerie. Elle a expliqué que ce n'était pas une erreur de coloration, ni vraiment la faute du chlore. Le vrai responsable, selon elle, c'était le cuivre, un métal présent en petite quantité dans certaines eaux de piscine.
Ce cuivre peut venir des canalisations, de certains équipements ou de produits utilisés contre les algues. Dissous dans l'eau, il passe inaperçu sur la plupart des gens, mais il trouve chez Camille un terrain idéal. Un cheveu décoloré, a dit Nadia, est devenu poreux, comme une éponge ouverte. Les particules de cuivre s'y accrochent, s'oxydent, et c'est ce cuivre fixé qui dessine le reflet vert. Sur un blond polaire, la moindre nuance se voit immédiatement, alors que sur un châtain elle passerait inaperçue.
Camille a mis un moment à digérer l'explication, les yeux fixés sur son reflet dans le grand miroir. Le chlore joue un rôle, a ajouté Nadia, parce qu'il fragilise encore la fibre, mais il ne colore pas. Elle a ensuite sorti un flacon blanc de son étagère, un shampoing dit chélateur. Ce genre de produit, a-t-elle expliqué, capte les métaux déposés sur le cheveu pour les décrocher. Après deux applications et un soin, le vert avait presque disparu, et Camille respirait enfin.
Ce que Camille fait désormais avant chaque plongeon matinal
Camille n'a pas renoncé à la piscine, ses douleurs de dos ont même nettement diminué depuis le printemps. Elle a seulement changé quelques gestes, appris au salon, qu'elle répète maintenant sans y penser. Avant d'entrer dans le bassin, elle passe longuement sous la douche et mouille entièrement ses cheveux à l'eau claire. Nadia lui a expliqué l'idée : un cheveu déjà gorgé d'eau propre absorbe beaucoup moins l'eau chargée de cuivre du bassin.
Elle a aussi troqué son bonnet en tissu contre un bonnet en silicone, sous lequel elle enroule toutes ses longueurs. Une fois par semaine, elle utilise le shampoing chélateur, puis un masque, car ce type de produit peut assécher. Le flacon lui a coûté une vingtaine d'euros, bien moins que la correction de couleur qu'elle redoutait. Elle sourit en racontant l'histoire à ses collègues : Moi qui maudissais le chlore, j'en voulais à la mauvaise personne depuis le début.
Sandrine, la collègue de la machine à café, s'est inscrite à son tour, un peu rassurée par les conseils. Nadia, elle, prévient désormais toutes ses clientes décolorées qui nagent ou partent en vacances près d'une piscine. Elle leur dit que l'eau du robinet peut aussi contenir du cuivre dans certaines vieilles maisons, ce qui surprend souvent. Camille garde son blond polaire, intact, presque nacré au soleil de Nîmes. Et chaque matin, avant de plonger, elle s'accorde trois minutes de douche claire.
« Un cheveu décoloré, c'est une éponge ouverte, il attrape tout ce qui traîne dans l'eau. »
- Mouiller entièrement ses cheveux à l'eau claire sous la douche avant d'entrer dans le bassin.
- Porter un bonnet en silicone et y glisser toutes les longueurs, pas seulement le haut du crâne.
- Utiliser un shampoing chélateur une fois par semaine, suivi d'un masque hydratant.
- Rincer les cheveux à l'eau claire dès la sortie du bassin, sans attendre le retour à la maison.
- Signaler à sa coiffeuse qu'on nage régulièrement, surtout après une décoloration.
- Penser que l'eau du robinet de vieilles canalisations peut, elle aussi, contenir du cuivre.
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