Elle se réjouit de gagner une heure au changement d’heure à Strasbourg : une semaine plus tard, ses yeux s’ouvrent chaque matin à cinq heures

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Le radiateur de la chambre cliquetait doucement, et dehors, sur le quai des Bateliers, un tramway passait dans le noir. Il était cinq heures deux. Claire fixait le plafond, les yeux grands ouverts, le corps lourd comme après une nuit blanche. Sur la table de nuit, son téléphone affichait une date : le 1er novembre, une semaine pile après le changement d'heure.

Un appartement près de l'Ill et une vie réglée

Claire a 41 ans et travaille comme comptable dans un cabinet du quartier de la Krutenau, à Strasbourg. Elle vit depuis six ans dans un deux-pièces au troisième étage, avec une fenêtre qui donne sur l'Ill et ses péniches immobiles. Ses journées suivent un rythme qu'elle connaît par cœur, presque sans y penser. Réveil à sept heures, café noir, tartine beurrée, puis dix minutes à vélo jusqu'au bureau.

Le soir, elle rentre vers dix-huit heures trente, cuisine quelque chose de simple et regarde une série. Elle se couche vers vingt-trois heures, un livre ouvert sur la poitrine qu'elle lâche souvent après trois pages. Elle dort bien, elle l'a toujours dit à qui voulait l'entendre. Son médecin lui-même plaisantait sur ce talent rare, à une époque où tout le monde se plaint de ses nuits.

Son voisin de palier, Thomas, 35 ans, infirmier de nuit, lui envie cette régularité. Il croise souvent Claire dans l'escalier, elle avec son casque de vélo, lui avec ses cernes. Il lui répète qu'elle a de la chance, qu'il donnerait cher pour un sommeil pareil. Elle rit, hausse les épaules, et répond que c'est simplement une affaire d'habitude. Soyons honnêtes, à ce moment-là, elle n'imagine pas que cette belle mécanique puisse un jour se dérégler.

La nuit du 25 octobre, attendue comme un petit cadeau

Chaque automne, Claire guette le passage à l'heure d'hiver avec un plaisir presque enfantin. Une heure de plus, offerte, sans rien demander à personne, c'est ainsi qu'elle le voit. Cette année, la bascule tombe dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre. À trois heures du matin, les horloges reculent pour indiquer deux heures, et elle compte bien en profiter jusqu'au bout.

Le samedi soir, elle décide donc de ne rien changer à ses habitudes, au contraire. Elle se couche même un peu plus tard, vers minuit, certaine que l'heure gagnée compensera largement. Elle envoie un message à sa sœur Julie, restée à Colmar, pour se réjouir de cette grasse matinée garantie. Julie répond par un pouce levé et une petite remarque sur ses enfants, qui ne connaissent pas la grasse matinée.

Le dimanche matin, Claire se réveille à sept heures, à l'heure affichée par son téléphone. Elle se sent reposée, comme d'habitude, et savoure son café face à l'Ill déjà baignée de lumière. Elle note simplement qu'il fait jour plus tôt, ce qui lui paraît agréable. Rien ne cloche, rien ne l'alerte, et elle passe une journée tranquille entre marché, lessive et coup de fil à sa mère.

« Je crois que je suis devenue une poule, je me lève avant le soleil maintenant. »

Des réveils un peu trop matinaux qu'elle préfère ignorer

Le mardi suivant, Claire ouvre les yeux à six heures, une heure avant sa sonnerie. Elle se dit que c'est la faute du tramway, ou du radiateur qui s'est remis en route. Elle reste allongée, tente de se rendormir, puis finit par se lever en soupirant. La journée se passe correctement, même si elle bâille plusieurs fois devant ses tableaux de chiffres.

Le soir, en revanche, quelque chose d'étrange se produit vers vingt et une heures. Elle tombe de sommeil devant sa série, alors qu'elle tient d'ordinaire bien plus longtemps. Elle lutte, éteint la télévision, puis se ravise et la rallume par principe. Elle se couche finalement à vingt-trois heures, comme toujours, convaincue qu'il ne faut surtout pas céder à cette fatigue précoce.

Le jeudi, rebelote, réveil à cinq heures et demie, l'esprit embrumé, la bouche sèche. Dans l'escalier, elle croise Thomas qui rentre de sa garde. Elle lui dit, en riant à moitié, je crois que je suis devenue une poule, je me lève avant le soleil. Il sourit, mais elle voit bien qu'il la trouve fatiguée. Elle met cela sur le compte d'une semaine chargée au cabinet, des bilans à boucler avant la fin du mois.

Tisanes, mélatonine conseillée par une collègue et nuits hachées

Une semaine après le changement d'heure, le réveil à cinq heures est devenu une habitude qu'elle déteste. Ce samedi 1er novembre, elle se lève épuisée, avec le sentiment d'avoir à peine dormi. Elle se prépare une tisane de tilleul, puis une autre, en regardant les quais encore plongés dans le noir. Elle commence à s'inquiéter sérieusement, et une petite voix lui murmure que c'est peut-être l'âge.

Au bureau, sa collègue Nadia lui parle de comprimés de mélatonine qu'elle a achetés en pharmacie. Claire hésite, puis préfère attendre, n'aimant pas prendre quoi que ce soit sans avis. Elle essaie autre chose : des rideaux occultants commandés en urgence, un masque de nuit, des boules Quiès. Elle se couche encore plus tard, à minuit et demi, pour forcer son corps à dormir le matin.

Le résultat est désastreux, et elle le comprend en quelques jours à peine. Elle se réveille toujours vers cinq heures, mais avec une heure et demie de sommeil en moins. Ses après-midis deviennent pénibles, elle relit trois fois les mêmes lignes. Elle appelle Julie un dimanche soir et lâche, découragée, j'ai l'impression d'avoir perdu le mode d'emploi de mon propre sommeil. Sa sœur lui suggère de prendre rendez-vous chez son médecin traitant.

« J'ai l'impression d'avoir perdu le mode d'emploi de mon propre sommeil, et je ne sais pas où le chercher. »

Ce n'était ni l'âge ni le stress, mais la lumière

Le docteur Weber reçoit Claire un mercredi en fin de journée, dans son cabinet de la Robertsau. Elle écoute le récit sans l'interrompre, puis pose une question simple : depuis quand exactement. Quand Claire répond que tout a commencé après le changement d'heure, la médecin hoche la tête. Pour elle, dans ce cas précis, le scénario est assez classique, et elle prend le temps de l'expliquer.

Notre corps, dit-elle, possède une horloge interne qui ne lit pas les cadrans. Elle se règle surtout sur la lumière du matin, qui lui indique quand commence la journée. Le 25 octobre, l'aube est arrivée une heure plus tôt sur l'heure affichée, et l'organisme de Claire a suivi. Son corps s'est mis à croire que sept heures était devenu huit heures, et qu'il était déjà temps de se lever.

Le soir, sa fatigue de vingt et une heures correspondait en réalité à ses vingt-deux heures habituelles. En repoussant son coucher, Claire a raccourci ses nuits sans déplacer son réveil d'un iota. Les rideaux occultants, eux, l'ont privée de cette lumière matinale qui aide justement à se recaler. Claire sort du cabinet un peu sonnée. Elle confie plus tard à Thomas, j'ai passé dix jours à me battre contre le soleil.

Se recaler doucement, quart d'heure par quart d'heure

Sur les conseils de sa médecin, Claire change de méthode dès le lendemain. Elle cesse de lutter contre sa fatigue du soir et avance son coucher, puis le décale de quinze minutes tous les deux jours. Elle range le masque de nuit et ouvre grand ses rideaux dès le réveil. Elle boit son café près de la fenêtre, face à l'Ill, en laissant entrer la lumière.

Elle reprend aussi le vélo le matin, même par temps gris, car le jour dehors reste bien plus lumineux qu'une lampe. Le soir, elle baisse les écrans et tamise l'éclairage du salon vers vingt-deux heures. En une semaine, ses réveils glissent vers six heures, puis six heures et demie. On connaît tous ça, ce soulagement quand une mécanique familière reprend sa place sans bruit.

Pour Claire, la note est restée modeste : une paire de rideaux à quarante euros, quelques jours de fatigue, une consultation. Elle a surtout retenu qu'une heure affichée ne vaut rien face à l'aube. Elle a même prévenu Julie, qui craignait la même chose pour ses enfants. Au printemps prochain, quand l'heure avancera, elle compte bien appliquer la méthode à l'envers, en douceur, sans attendre que son corps proteste.

« J'ai passé dix jours à me battre contre le soleil, avec des rideaux et un masque, et j'ai perdu. »

  • Décaler l'heure du coucher de 15 minutes tous les deux jours plutôt que d'un coup.
  • Ouvrir les rideaux dès le réveil et s'exposer à la lumière du jour le matin.
  • Sortir dehors en début de journée, même par temps couvert, à pied ou à vélo.
  • Tamiser les lumières et limiter les écrans dans l'heure qui précède le coucher.
  • Éviter de repousser volontairement le coucher pour forcer une grasse matinée.
  • Consulter son médecin si les troubles du sommeil persistent au-delà de deux semaines.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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