Elle voit une tache brune grandir au plafond de sa cuisine à Dijon : son voisin du dessus lui dit d’appeler son propre assureur

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Il était sept heures moins le quart, et la bouilloire commençait à siffler sur la plaque. Nadia a levé les yeux pour attraper un bol sur l'étagère, et elle l'a vue. Une auréole brune, grande comme une assiette, juste au-dessus de la hotte. Au même moment, un petit bruit sec est tombé sur l'inox : une goutte, puis plus rien.

Un appartement tranquille au deuxième étage, rue de Montchapet

Nadia, 47 ans, habite ce trois-pièces du quartier Montchapet, à Dijon, depuis bientôt douze ans. Elle est préparatrice en pharmacie, elle part le matin à sept heures et quart, rentre vers dix-neuf heures. L'immeuble date des années soixante, avec ses balcons en ferronnerie et son escalier qui sent la cire. Elle connaît tout le monde, au moins de vue. Elle sait qui sort le chien à quelle heure, qui oublie ses clés, qui reçoit ses petits-enfants le mercredi après-midi.

La cuisine, elle l'a refaite elle-même il y a quatre ans. Un plan de travail en bois clair, des carreaux blancs posés par son beau-frère, une peinture vert sauge choisie après des semaines d'hésitation. Le plafond, lui, avait simplement reçu deux couches de blanc mat. C'est la pièce où elle passe le plus de temps, où elle écoute la radio en préparant ses gamelles pour la semaine. Le dimanche soir, elle y cuisine des soupes en grande quantité, fenêtre entrouverte sur la cour intérieure.

Au-dessus, au troisième, vit Thierry, un retraité de la SNCF, veuf depuis peu, toujours poli dans l'escalier. Ils se croisent devant les boîtes aux lettres, échangent deux phrases sur la météo ou sur les travaux du tram. Jamais un mot plus haut que l'autre, jamais de musique trop forte le soir. Soyons honnêtes, Nadia s'estimait plutôt chanceuse avec ce voisin. Dans un immeuble ancien, on sait que tout s'entend et que tout se partage, alors autant tomber sur quelqu'un de discret et de serviable.

Une petite tache qu'elle décide de surveiller sans rien dire

Ce premier matin, Nadia a regardé l'auréole longtemps, sa tasse à la main, sans trop savoir quoi en penser. La goutte ne revenait pas, le plafond semblait sec au toucher quand elle est montée sur un tabouret. Elle s'est dit qu'il s'agissait peut-être d'une vieille trace, réapparue avec l'humidité de l'automne. L'hiver précédent, une buée tenace avait déjà terni un coin de la salle de bains. Elle a pris une photo avec son téléphone, par réflexe, puis elle est partie travailler.

Le soir, elle a hésité à monter frapper chez Thierry. Il venait de perdre sa femme, il sortait peu, et elle n'avait pas envie de le déranger pour une tache qui ne bougeait peut-être plus. Elle a préféré attendre quelques jours, pour voir. Sa sœur, au téléphone, lui a conseillé de tracer le contour au crayon à papier. Comme ça, tu sauras si ça grandit, a-t-elle dit. Nadia a trouvé l'idée maligne, et elle a dessiné un trait léger autour de l'auréole brunâtre.

Elle avait de bonnes raisons de patienter, du moins c'est ce qu'elle pensait. Personne n'aime être la voisine qui vient se plaindre, surtout auprès d'un homme qui traverse un deuil. Et puis, une tache sèche, sans goutte, ne ressemblait pas à une urgence. Elle a même pensé à repeindre elle-même, avec une sous-couche anti-taches achetée au magasin de bricolage de la zone commerciale. Elle avait noté le produit sur un post-it collé au frigo, à côté de la liste des courses et de la facture d'électricité.

« Il faut que vous appeliez votre assureur à vous, pas le mien, c'est comme ça que ça marche. »

Le trait de crayon ne correspond plus au bord de l'auréole

Quatre jours plus tard, un samedi matin, Nadia a remarqué que le trait de crayon se trouvait désormais à l'intérieur de la tache. L'auréole avait débordé de plusieurs centimètres vers la fenêtre, et son centre avait pris une teinte plus foncée, presque caramel. Elle a passé la main dessus : la peinture était tiède et légèrement gonflée. Une petite cloque s'était formée près du luminaire. En se penchant, elle a senti une odeur de plâtre mouillé, celle des caves après un orage.

Elle a d'abord pensé au toit, puis elle s'est souvenue qu'il restait un étage au-dessus de chez Thierry. Alors elle a vérifié la position de la cuisine du troisième en se représentant le plan de l'immeuble. Les appartements sont identiques, empilés les uns sur les autres. La salle de bains de Thierry devait se trouver presque exactement au-dessus de sa hotte. Elle a repensé au bruit d'eau qu'elle entendait parfois dans les canalisations, vers vingt-deux heures, et qu'elle n'avait jamais vraiment remarqué.

Cette fois, elle est montée. Thierry a ouvert en pantoufles, un torchon sur l'épaule, l'air un peu gêné de la voir là. Il l'a laissée entrer, ils sont allés ensemble dans sa salle de bains. Le carrelage était sec, la baignoire aussi, rien ne coulait. Mais le joint en silicone autour du bac de douche était noirci et décollé sur toute une longueur. Ah oui, ça fait un moment que je dois le refaire, a-t-il murmuré, en se grattant la nuque.

Un voisin désolé qui la renvoie vers son propre assureur

Nadia a expliqué la tache, la cloque, l'odeur. Thierry s'est excusé plusieurs fois, sincèrement, et il a promis d'arrêter la douche le temps de faire venir quelqu'un. Puis, quand elle a parlé de déclarer le sinistre, il a eu une phrase qui l'a laissée sans voix. Il faut que vous appeliez votre assureur à vous, pas le mien, c'est comme ça que ça marche. Il le disait calmement, comme une évidence, sans la moindre agressivité dans la voix.

Redescendue chez elle, Nadia a tourné la phrase dans sa tête pendant toute la matinée. Pourquoi son assurance à elle paierait-elle pour un joint qui n'était pas le sien ? Elle a eu le sentiment, désagréable, qu'on se débarrassait d'elle poliment. Sa sœur, au téléphone, a été plus directe encore. C'est lui le responsable, c'est à lui de payer, ne te laisse pas faire. Nadia a raccroché plus agacée qu'avant, avec l'impression de devoir choisir entre la diplomatie et ses droits.

Elle a cherché sur internet, s'est perdue dans des forums où chacun racontait l'inverse de son voisin. Un collègue de la pharmacie lui a conseillé d'envoyer un courrier recommandé à Thierry, pour garder une trace. Un autre lui a dit d'attendre que le syndic s'en occupe. Pendant ce temps, la tache continuait de grandir, et le week-end filait. On connaît tous ça, ce moment où l'on repousse un coup de fil parce qu'on a peur de mal s'y prendre.

« J'ai cru qu'il se débarrassait de moi poliment, alors qu'il me disait juste la vérité. »

Au téléphone, une conseillère lui explique qui gère vraiment le dossier

Le lundi, pendant sa pause de midi, Nadia a fini par composer le numéro de son assureur habitation, presque à contrecœur. Une conseillère prénommée Sandrine a écouté toute l'histoire sans l'interrompre. Puis elle lui a répondu que son voisin avait raison, aussi étonnant que cela puisse paraître. Chez nous, pour un dégât des eaux dans votre logement, c'est votre contrat qui prend la main, a-t-elle dit. Nadia a demandé de répéter, persuadée d'avoir mal compris l'explication.

Sandrine lui a alors parlé de la convention IRSI, un accord signé entre les assureurs et appliqué depuis juin 2018. Selon ses explications, quand les dommages dans un logement ne dépassent pas 5 000 euros hors taxes, c'est l'assureur de l'occupant sinistré qui gère le dossier. Il organise l'expertise si besoin, il indemnise, puis il se débrouille ensuite avec l'assureur du voisin. Ce n'est pas vous qui payez la faute de quelqu'un d'autre, a-t-elle précisé, c'est seulement nous qui centralisons.

La conseillère a ajouté un point qui a fait pâlir Nadia. Le délai pour déclarer, d'après son contrat, était de cinq jours ouvrés à partir du moment où elle avait constaté le dégât. Or la première goutte remontait à plus d'une semaine. Sandrine l'a rassurée en partie : on comptera à partir de samedi, quand vous avez compris que ça s'aggravait. Mais elle lui a conseillé de ne plus traîner, et de faire remplir un constat amiable avec Thierry le soir même, photos datées à l'appui.

Un constat signé sur la table du salon, et une leçon retenue

Le soir même, Thierry est descendu avec ses papiers et un stylo, un peu soulagé que les choses se clarifient. Ils ont rempli le constat amiable dégât des eaux sur la table du salon, chacun de son côté, en recopiant leurs numéros de contrat. Nadia a joint les photos du premier matin, puis celles du samedi, avec le trait de crayon bien visible. Je ne voulais pas vous embêter, vous savez, a dit Thierry en partant. Elle a souri, et elle a pensé exactement la même chose.

Le plombier est passé chez Thierry trois jours plus tard pour refaire le joint et vérifier l'évacuation de la douche. Chez Nadia, il a fallu laisser sécher le plafond plusieurs semaines avant toute réparation. L'expert mandaté par son assureur a estimé les travaux à un peu moins de neuf cents euros, plâtre et peinture compris. Avec la franchise de son contrat, Nadia a reçu environ sept cents euros. Elle a repeint elle-même, avec la fameuse sous-couche anti-taches restée sur son post-it.

Aujourd'hui, le plafond est blanc, et il ne reste qu'une légère différence de teinte près du luminaire. Nadia a gardé une habitude de cette histoire : elle lève les yeux plus souvent, et elle n'attend plus pour appeler. Elle a aussi remercié Thierry, à sa manière, avec un bocal de soupe déposé devant sa porte. Lui a recollé un petit mot sur sa boîte aux lettres. Ce qu'elle retient tient en une phrase simple : une tache au plafond, ça se déclare chez soi, et vite.

« Ce n'est pas vous qui payez la faute de quelqu'un d'autre, c'est seulement nous qui centralisons le dossier. »

  • Photographier la tache dès son apparition, puis à chaque évolution, pour dater les dégâts.
  • Prévenir le voisin du dessus et chercher ensemble l'origine de la fuite, puis la faire réparer.
  • Déclarer le sinistre à son propre assureur habitation, dans les cinq jours ouvrés indiqués au contrat.
  • Remplir un constat amiable dégât des eaux avec le voisin, chacun indiquant son assureur et son contrat.
  • Laisser sécher le plafond avant de repeindre et conserver devis et factures pour l'expert.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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