Il brûle ses feuilles mortes un samedi d’octobre près de Bourges : dans l’après-midi, un agent municipal sonne au portail et parle d’amende

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Samedi, deux heures et quart, au fond d'un jardin de Saint-Doulchard, près de Bourges. Le râteau est appuyé contre le cerisier, la brouette vide repose sur le côté. Gérard, 67 ans, souffle sur un tas de feuilles humides qui crépite enfin. Une fumée grise monte lentement au-dessus de la haie, et quelque part, de l'autre côté, une fenêtre se referme.

Trente automnes de feuilles mortes dans le même coin du jardin

Gérard habite cette maison de briques depuis 1993, avec Monique, son épouse, ancienne secrétaire de mairie. Lui a passé quarante ans comme chauffeur de poids lourds, sur les routes du Centre et du Limousin. Le jardin fait un peu plus de huit cents mètres carrés, planté de deux tilleuls, d'un cerisier et d'un vieux noyer. Chaque automne, ces arbres lâchent des montagnes de feuilles qui couvrent la pelouse en quelques jours à peine.

Il a ses habitudes, et il y tient comme on tient à un rituel familial. Le matin, il ratisse en commençant par l'allée, puis il remplit la brouette par petites charges. L'après-midi, il entasse tout près du compost abandonné, contre le mur du fond. Son père faisait déjà la même chose dans la ferme familiale près de Mehun-sur-Yèvre, avec les sarments et les branches de haie. Pour lui, l'odeur de feuilles qui brûlent, c'est simplement l'odeur d'octobre.

Les voisins ont changé au fil des années, sans que cela bouscule ses habitudes. À gauche, les Perrin sont partis en Bretagne, remplacés par un jeune couple avec deux enfants en bas âge. À droite, Madame Lacroix, veuve, vit seule avec un chat qui somnole sur le rebord de la fenêtre. Personne ne s'était jamais plaint, du moins pas à voix haute. Gérard en était certain, et ce samedi-là, il n'avait aucune raison d'en douter.

La déchetterie trop loin, le feu tellement plus simple

Ce matin-là, Monique avait pourtant proposé autre chose en buvant son café dans la cuisine. Elle avait vu dans le journal municipal que la déchetterie acceptait les déchets verts, et gratuitement pour les habitants. Gérard avait haussé les épaules en reposant sa tasse. Il faudrait six ou sept allers-retours avec la remorque, la voiture salie, la file d'attente du samedi. Il avait fait le calcul à voix haute, et le feu gagnait largement.

Il faut dire qu'il avait ses arguments, et qu'ils n'étaient pas tous absurdes. Les feuilles brûlées ne prennent pas de place, et les cendres finissent au pied des rosiers. Il ne voyait pas pourquoi on irait polluer la route avec une voiture pour des feuilles. Le compost, il avait essayé une fois, mais ça sentait mauvais l'été et attirait les rats. Soyons honnêtes, beaucoup de jardiniers de sa génération raisonnent exactement de la même manière.

Monique n'avait pas insisté, elle connaissait son mari depuis quarante-deux ans. Elle avait seulement glissé qu'elle avait entendu parler d'interdictions, sans savoir précisément lesquelles. Gérard avait répondu que ça concernait sûrement les grandes villes, ou les périodes de sécheresse en été. On est à la campagne, ici, ça a toujours été comme ça, avait-il lancé en enfilant ses bottes. Puis il était sorti, la boîte d'allumettes dans la poche de son vieux blouson.

« Je brûle mes feuilles depuis trente ans, ici, personne n'est jamais venu me dire quoi que ce soit. »

Une fenêtre qui claque et une fumée qui ne monte plus

Le feu a mis du temps à partir, parce que les feuilles avaient pris la pluie de jeudi. Gérard a ajouté du papier journal, quelques brindilles sèches, puis un carton récupéré au garage. Au lieu de flammes franches, il a obtenu une fumée épaisse, blanche, presque jaune par moments. Elle ne montait pas vraiment, elle rampait au-dessus de la haie, poussée par un petit vent d'ouest. Elle filait droit vers le jardin du jeune couple.

C'est là qu'il a entendu la fenêtre se refermer, sèchement, et une voix d'enfant qui toussait. Il a levé la tête, sans rien voir derrière les thuyas. Il s'est dit que ça passerait, que le feu allait prendre et que la fumée deviendrait plus légère. Il a remué le tas avec sa fourche pour l'aérer. Une gerbe d'étincelles est montée, et l'odeur âcre lui a piqué les yeux un bon moment.

Un peu plus tard, il a aperçu Madame Lacroix à sa porte-fenêtre, un mouchoir sur le nez. Elle ne lui a pas fait signe, elle ne l'a pas appelé, elle est simplement rentrée. Gérard a trouvé ça étrange, mais il a mis ça sur le compte de son âge. Il a continué à alimenter son feu, une fourchée après l'autre. Il restait encore deux brouettes pleines alignées contre le mur.

Un uniforme au portail et une conversation qui tourne mal

Vers seize heures, la sonnette du portail a retenti, deux coups brefs. Monique est allée ouvrir et elle est revenue avec un visage fermé. Un agent de la police municipale attendait dans l'allée, un carnet à la main, l'air poli mais décidé. Il a expliqué qu'un signalement avait été fait pour de la fumée dans le quartier. Gérard est arrivé en s'essuyant les mains sur son pantalon, encore persuadé d'un malentendu.

Il a d'abord tenté la bonne foi, en parlant de tradition et de feuilles qui ne font de mal à personne. Je brûle mes feuilles depuis trente ans, ici, personne n'est jamais venu me dire quoi que ce soit, a-t-il dit. L'agent a écouté sans l'interrompre, puis il a rappelé que le brûlage des déchets verts est interdit pour les particuliers. Il a précisé que cela pouvait coûter jusqu'à 450 euros d'amende.

Gérard a voulu appeler la mairie pour vérifier, mais un samedi après-midi, personne n'a décroché. Il a cherché sur son téléphone, les mains un peu tremblantes, et il est tombé sur la même information. Monique, à côté, ne disait rien, mais il voyait bien qu'elle n'était pas surprise. L'agent lui a demandé d'éteindre le feu immédiatement, ce qu'il a fait avec trois arrosoirs. Ce jour-là, il est reparti avec un simple avertissement verbal.

« On est à la campagne, ici, ça a toujours été comme ça, je ne vois pas où est le problème. »

Ce n'était pas une lubie de voisins, c'était la loi

Le soir, Gérard a voulu comprendre, assis à la table de la cuisine avec ses lunettes de lecture. Il pensait à une règle locale, inventée par un maire tatillon pour faire plaisir aux nouveaux arrivants. Il a découvert autre chose : l'interdiction vaut partout en France pour les particuliers, ville ou campagne. Elle ne concerne pas seulement l'été ou les périodes à risque d'incendie, elle s'applique toute l'année.

Ce qui l'a le plus frappé, c'est la raison invoquée, qui n'avait rien à voir avec les voisins susceptibles. Les feuilles humides brûlent mal, et cette combustion incomplète rejette beaucoup de particules fines dans l'air. Il a lu des comparaisons avec des centaines de kilomètres parcourus en voiture diesel pour un seul tas. Lui qui refusait de prendre la voiture pour la déchetterie, il a reposé ses lunettes et il s'est tu un long moment.

Le lendemain, il est allé sonner chez le jeune couple, une boîte de chocolats sous le bras. Julie, la mère, a ouvert avec un enfant accroché à sa jambe. Elle lui a dit sans rancune que son fils de quatre ans est asthmatique, et que la fumée était entrée par la chambre. Je ne voulais pas vous dénoncer, je voulais juste que ça s'arrête, a-t-elle expliqué doucement. Gérard est rentré chez lui sans un mot, le cœur un peu lourd.

Des feuilles au pied des rosiers et un portail plus tranquille

Gérard n'a pas payé d'amende, mais il sait maintenant qu'il est passé près des 450 euros. Il a d'abord rempli la remorque et fait trois allers-retours à la déchetterie, où les déchets verts sont gratuits. La file d'attente était moins longue que prévu, une dizaine de minutes à peine. Sur place, un employé lui a expliqué que tout serait broyé puis transformé en compost pour les agriculteurs du coin.

Pour le reste, Monique a retrouvé un vieux composteur dans la grange et l'a installé au fond du jardin. On mélange feuilles, épluchures et tontes, et ça ne sent rien si on remue de temps en temps, dit-elle. Gérard, lui, a découvert le paillage, presque malgré lui, en lisant le bulletin de la commune. Il étale désormais une couche de feuilles au pied des rosiers et sous les haies, pour protéger la terre du gel.

Il reconnaît qu'il a perdu une vieille habitude, mais il dit qu'il a gagné un peu de paix avec le quartier. Julie lui a rapporté un pot de confiture de mûres, ce qui l'a touché plus qu'il ne l'avoue. On connaît tous ça, ces gestes hérités qu'on n'interroge jamais parce qu'ils ont toujours existé. Avant d'allumer quoi que ce soit au fond du jardin cet automne, mieux vaut regarder ce que dit la règle.

« Je ne voulais pas vous dénoncer, je voulais juste que la fumée arrête d'entrer dans la chambre du petit. »

  • Le brûlage des déchets verts à l'air libre est interdit aux particuliers, toute l'année et partout.
  • L'amende encourue peut aller jusqu'à 450 euros en cas d'infraction constatée.
  • La déchetterie accepte les déchets verts, souvent gratuitement pour les habitants de la commune.
  • Un composteur au fond du jardin recycle feuilles, tontes et épluchures en engrais naturel.
  • Le paillage avec les feuilles mortes protège les massifs et les haies du gel en hiver.
  • Renseignez-vous en mairie sur les éventuelles collectes ou distributions de composteurs.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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