Il clique sur une friteuse sans huile à 79 euros au lieu de 149 : une semaine plus tôt, la même machine affichait déjà 85 euros

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Il était presque vingt-trois heures, la télévision murmurait un match sans enjeu, et Julien faisait défiler son téléphone du pouce, allongé sur le canapé. Dans la cuisine, le four refroidissait en cliquetant après des frites surgelées un peu molles. Sur l'écran, une bannière rouge clignotait : friteuse sans huile, 149 euros barrés, 79 euros, offre limitée. Il s'est redressé d'un coup.

Un appartement à Tours, deux enfants et des frites trop molles

Julien a trente-huit ans, il est technicien de maintenance dans une usine de la périphérie de Tours. Avec Clémence, infirmière de nuit, ils élèvent deux garçons dans un trois-pièces au troisième étage, sans ascenseur. Les soirs de semaine, la cuisine se fait vite, souvent à la sauvette, entre deux devoirs et un bain qui déborde. Les frites au four sont devenues une sorte de compromis familial, que personne n'aime vraiment mais que tout le monde mange sans protester.

Depuis des mois, Clémence parlait d'une friteuse sans huile. Une collègue du service en avait une, elle en vantait les ailes de poulet croustillantes et les légumes rôtis en quinze minutes. Julien hochait la tête, notait vaguement l'idée, puis l'oubliait jusqu'au prochain plateau de frites ramollies. Ils ne sont pas dépensiers, ils comparent les prix au supermarché, ils gardent les tickets dans une boîte à chaussures posée au-dessus du frigo.

Julien se considère comme un acheteur prudent, et il n'a pas tort. Il lit les avis, il attend les soldes, il refuse les crédits en trois fois proposés à la caisse. Sur son téléphone, il a même une liste de souhaits où dorment une perceuse, des chaussures de randonnée et, justement, ce modèle de friteuse à grand panier. Il l'avait ajoutée un soir d'octobre, sans vraiment regarder le prix, en se disant qu'il attendrait le bon moment.

La bannière rouge promettait quarante-sept pour cent de réduction

Ce dimanche soir, le bon moment semblait enfin arrivé. Le site, une grande enseigne d'électroménager en ligne, affichait la friteuse à 79 euros au lieu de 149, avec une étiquette indiquant moins 47 %. Un petit compte à rebours annonçait la fin de l'offre dans quatorze heures. Julien a fait le calcul de tête : soixante-dix euros d'économie, presque un plein de gazole pour la voiture de Clémence.

Il a tout de même pris quelques minutes pour vérifier. Les avis étaient bons, plus de mille deux cents notes, une moyenne flatteuse. Le panier faisait cinq litres et demi, assez pour quatre personnes affamées. La livraison était gratuite, le retour possible pendant quatorze jours. Soyons honnêtes, tout semblait réuni pour rassurer un acheteur raisonnable qui se méfie des coups de tête mais qui aime aussi les bonnes affaires.

Il a réveillé Clémence d'un message, sachant qu'elle était en pause à l'hôpital. Elle a répondu par un pouce levé et trois émojis de poulet. Alors il a validé la commande, carte bancaire, code reçu par SMS, confirmation dans la foulée. En éteignant la télévision, il se sentait plutôt fier de lui. On connaît tous ce petit plaisir discret, celui d'avoir attrapé une promotion au vol avant les autres.

« Sur le moment, je me suis dit que j'avais fait l'affaire de l'année, je l'ai même raconté au boulot. »

Une capture d'écran oubliée dans la galerie du téléphone

La friteuse est arrivée le mercredi, dans un carton un peu cabossé mais intact. Les garçons ont réclamé des frites le soir même, puis des nuggets le lendemain. L'appareil tenait ses promesses, et la cuisine sentait enfin autre chose que le carton chauffé. Pendant quelques jours, l'achat de Julien est devenu un sujet de conversation plutôt joyeux à table, entre deux disputes pour la dernière portion de pommes de terre.

Le samedi suivant, en cherchant une photo d'anniversaire dans la galerie de son téléphone, Julien est tombé sur une capture d'écran qu'il avait oubliée. Il l'avait prise une semaine avant l'achat, pour l'envoyer à son frère qui cherchait le même genre d'appareil. On y voyait la même friteuse, le même site, la même couleur noire. Le prix affiché, sans aucune réduction, était de 85 euros.

Sur le moment, il n'a pas compris. Il a zoomé, vérifié la date en haut de l'image, comparé la référence du modèle. Tout correspondait. Puis il a haussé les épaules, en se disant qu'il avait dû se tromper ou qu'il s'agissait d'une offre ponctuelle. Il a même pensé, sur le ton de la blague : J'ai gagné six euros, c'est déjà ça. Il a refermé la galerie et il est passé à autre chose.

Un prix à 149 euros que personne n'avait jamais vu

Mais l'idée est revenue le soir, pendant qu'il lavait le panier de la friteuse. Si l'appareil coûtait 85 euros une semaine plus tôt, d'où sortait ce prix de 149 euros barré si fièrement ? Il a rouvert le site, retrouvé la fiche produit. La friteuse était désormais à 89 euros, toujours barrée à 149. Le compte à rebours avait disparu, remplacé par une mention offre spéciale en lettres orange.

Il a appelé son frère, Antoine, qui travaille dans la logistique et achète beaucoup en ligne. Antoine a ri doucement au bout du fil, sans moquerie. Tu sais, ces prix barrés, ils les gonflent souvent, a-t-il dit. Il lui a conseillé de chercher l'historique du prix sur un comparateur. Julien a passé une heure à fouiller des sites, des forums, des graphiques aux courbes en dents de scie.

Ce qu'il a trouvé l'a laissé perplexe. Sur les deux derniers mois, la friteuse n'avait jamais dépassé 95 euros sur ce site. Le prix de 149 euros correspondait peut-être à un tarif conseillé par le fabricant, mais personne ne l'avait réellement pratiqué. Il a tenté de joindre le service client par le chat en ligne. Un message automatique lui a répondu que les prix étaient susceptibles d'évoluer à tout moment.

« J'ai zoomé sur la capture, j'ai vérifié la date, c'était la même friteuse, au même endroit, à 85 euros. »

La règle des trente jours, que Julien ignorait complètement

C'est Clémence qui a trouvé la clé, un matin, en rentrant de garde. Une collègue lui avait parlé d'une règle sur les promotions, entrée en vigueur en France en 2022. Le prix de référence, celui qu'on barre, doit être le prix le plus bas pratiqué par le vendeur au cours des trente jours précédant la réduction. Pas un tarif imaginaire, pas un prix catalogue jamais appliqué, mais un prix réellement affiché en rayon ou en ligne.

Julien a relu la phrase plusieurs fois, assis au bord du lit, le téléphone à la main. Avec sa capture d'écran, le calcul devenait simple. Le prix le plus bas des trente derniers jours était au moins de 85 euros. La vraie réduction n'était donc pas de soixante-dix euros, mais de six. Moins de sept pour cent, au lieu des quarante-sept annoncés en rouge vif sur la bannière.

Ce n'était ni une erreur d'affichage ni une vraie promotion, c'était une réduction calculée sur un prix fictif. Le genre de pratique que la réglementation considère comme une pratique commerciale trompeuse. Julien ne s'est pas senti volé de soixante-dix euros, il s'est senti manipulé. J'ai acheté parce que je croyais faire une affaire, a-t-il dit à Clémence. Sans ce chiffre barré, j'aurais attendu.

Six euros d'économie réelle et un signalement en dix minutes

Julien n'a pas renvoyé la friteuse, la famille l'utilise presque chaque soir. Mais il a voulu que l'histoire ne s'arrête pas là. Antoine lui a parlé de SignalConso, le service public en ligne qui permet de signaler un problème avec une entreprise. Le signalement est transmis au professionnel, qui peut répondre, et les services de contrôle de la répression des fraudes peuvent s'en servir pour orienter leurs enquêtes.

Un soir, il s'est installé à la table de la cuisine avec un café et son téléphone. Il a choisi la catégorie des prix et promotions, décrit la situation en quelques lignes, joint sa capture d'écran datée et celle de la promotion. Dix minutes à peine. Il ne sait pas encore ce qui en sortira, et il n'attend pas forcément de remboursement. Il voulait surtout que quelqu'un, quelque part, voie ces deux images côte à côte.

Depuis, il a changé une petite habitude. Quand un produit l'intéresse, il en fait une capture d'écran avec le prix et la date, puis il attend. Il regarde les historiques de prix avant de cliquer, et il se méfie des comptes à rebours. Les garçons, eux, n'ont rien remarqué. Ils réclament toujours des frites, et la friteuse ronronne sur le plan de travail, à côté de la boîte à tickets.

« Ce n'est pas les six euros qui me gênent, c'est d'avoir acheté à cause d'un chiffre qui n'existait pas. »

  • Le prix barré doit être le plus bas pratiqué par le vendeur dans les 30 jours avant la promotion.
  • Faites une capture d'écran datée des produits qui vous intéressent avant d'acheter.
  • Consultez un comparateur d'historique de prix avant de céder à un compte à rebours.
  • Méfiez-vous des pourcentages spectaculaires calculés sur un prix conseillé jamais pratiqué.
  • Une réduction calculée sur un prix fictif peut constituer une pratique commerciale trompeuse.
  • Signalez-la sur SignalConso, en joignant vos captures d'écran et la référence du produit.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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