Il fait ramoner sa cheminée par son beau-frère chaque automne : en décembre, l’assureur lui réclame un certificat qu’il n’a jamais eu

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Il était presque vingt-deux heures, un dimanche de décembre, et le bois de chêne craquait doucement derrière la vitre de l'insert. Gérard avait les pieds sur le pouf, la télévision en sourdine. Puis il y eut ce grondement sourd, comme un train lointain qui passerait dans le mur. Une odeur âcre a envahi la pièce, et Monique s'est levée d'un bond.

Une maison de campagne réchauffée au bois depuis trente ans

Gérard a 64 ans, il a été chauffagiste toute sa vie avant de prendre sa retraite près de Sablé-sur-Sarthe. Avec Monique, il habite une longère en pierre achetée au début des années quatre-vingt-dix. Le chauffage central fonctionne au fioul, mais c'est l'insert du salon qui fait vivre la maison l'hiver. Chaque matin d'automne, il descend en chaussons, ouvre la porte vitrée et ranime les braises de la veille.

Le bois vient d'un voisin agriculteur, qui livre six stères chaque septembre contre un chèque et un café. Gérard le range lui-même sous l'appentis, en rangées serrées, l'écorce vers le haut. Il connaît son poêle comme on connaît une vieille voiture, avec ses caprices et ses bruits. Quand le tirage faiblit un peu, il sait qu'il faut ouvrir l'arrivée d'air quelques minutes avant de recharger.

Le salon, c'est le cœur de la maison. Les petits-enfants y dorment sur le canapé convertible à Noël, le sapin se dresse près de la fenêtre. Au-dessus de l'insert, Monique a accroché un tableau peint par sa mère, une marine bretonne aux tons gris. Les murs ont été repeints en blanc cassé il y a deux ans. Rien, dans ce décor tranquille, ne laissait imaginer ce qui allait s'y passer.

Le beau-frère, son hérisson et une tradition familiale

Chaque année, fin octobre, Dominique arrive avec sa camionnette blanche et son hérisson métallique. C'est le frère de Monique, maçon à la retraite, habile de ses mains et toujours prêt à rendre service. Il grimpe sur le toit avec une échelle de couvreur, passe la brosse dans le conduit, redescend couvert de suie. Ensuite, on déjeune ensemble, un pot-au-feu et une bouteille de vin de Loire.

Gérard n'a jamais vu de raison de faire autrement. Un ramoneur professionnel, dans le coin, demande entre soixante et quatre-vingt-dix euros, et il faut attendre un rendez-vous. Dominique, lui, vient quand on l'appelle, et il fait ça soigneusement. Soyons honnêtes, beaucoup de familles à la campagne fonctionnent ainsi, entre cousins et voisins, sans y voir le moindre problème.

Il a toujours fait ça mieux que les gars pressés qui passent en vingt minutes, répétait Gérard quand un ami s'étonnait. Pour lui, la qualité du geste comptait plus que le papier. Personne ne lui avait jamais demandé de justificatif, ni le notaire à l'achat, ni l'assureur lors du renouvellement du contrat. Cette année encore, le rituel avait eu lieu le dernier samedi d'octobre, sous une petite pluie fine.

« Il a toujours fait ça mieux que les gars pressés qui passent en vingt minutes, alors pourquoi payer quelqu'un. »

Un bois un peu humide et des dépôts noirs ignorés

Cet automne-là, pourtant, quelque chose clochait. Le voisin avait livré son bois plus tard que d'habitude, après un été pluvieux, et certaines bûches sifflaient en brûlant. Gérard voyait de la vapeur s'échapper des extrémités. Il s'était dit que ça sécherait dans la maison, et il avait continué à charger l'insert comme d'habitude, porte fermée, air réduit pour tenir la nuit.

La vitre noircissait en deux jours au lieu d'une semaine. Monique l'avait remarqué en la nettoyant avec du papier journal mouillé dans la cendre. Gérard avait haussé les épaules, mettant ça sur le compte du chêne vert. Un matin de novembre, il avait aussi aperçu de petits flocons noirs sur la terrasse, tombés de la cheminée pendant la nuit.

Dominique, au téléphone, l'avait rassuré. Le conduit était propre fin octobre, il avait bien passé le hérisson jusqu'en bas, rien à signaler. On connaît tous ça, ces petits signes qu'on range dans un coin de la tête en se promettant d'y revenir. Gérard avait noté mentalement d'en parler au printemps, quand le feu serait éteint pour la saison, et la vie avait repris son cours.

Le grondement dans le mur, puis les pompiers dans le salon

Ce dimanche soir, le grondement a monté très vite. Le conduit en tôle, derrière l'habillage en plâtre, s'est mis à rougir par endroits, et une fumée épaisse a coulé par les jointures. Gérard a fermé l'arrivée d'air de l'insert, comme il l'avait appris, pendant que Monique composait le dix-huit avec des mains qui tremblaient. Dehors, des flammes sortaient du chapeau de la cheminée.

Les pompiers sont arrivés en vingt minutes depuis la caserne voisine. Ils ont étouffé le feu de conduit, contrôlé la charpente à la caméra thermique, puis ventilé la pièce. Personne n'était blessé. Mais le salon avait changé de couleur : les murs blancs étaient voilés de suie, le plafond taché, le tableau de la belle-mère couvert d'une pellicule grasse.

Le lendemain, Gérard a appelé son assureur pour déclarer le sinistre. La conseillère a été aimable, a pris les détails, ouvert un dossier. Puis elle a demandé, presque en passant, le certificat de ramonage de l'année. Gérard a répondu que son beau-frère s'en occupait. Il y a eu un silence au bout du fil, et la conseillère a précisé qu'un expert passerait bientôt.

« Je pensais que l'important, c'était que le conduit soit propre, pas qui le nettoyait. »

Ce que l'expert cherchait vraiment dans le conduit

L'expert est venu trois semaines plus tard, un mardi matin, avec une lampe frontale et un appareil photo. Il a examiné le conduit, gratté les parois, photographié les dépôts. Le problème n'était ni le bois seul ni l'insert, a-t-il expliqué calmement : c'était le bistre, ce goudron durci qui se forme avec un bois humide et une combustion étouffée, et qui finit par s'enflammer.

Un hérisson classique ne retire pas toujours ce dépôt collé aux parois, a-t-il ajouté. Un professionnel l'aurait repéré et signalé, et il aurait remis un certificat de ramonage. Dans de nombreuses communes, le règlement sanitaire impose ce ramonage par une entreprise qualifiée, souvent deux fois par an, dont une pendant la période de chauffe. Gérard l'ignorait complètement.

Je pensais que l'important, c'était que le conduit soit propre, pas qui le nettoyait, a soufflé Gérard en raccompagnant l'expert. Le contrat, relu le soir même avec Monique sur la table de la cuisine, mentionnait l'entretien des installations de chauffage. Sans certificat, l'assureur pouvait réduire l'indemnisation s'il établissait un lien entre le défaut d'entretien et le feu. Et l'expert venait justement de décrire ce lien.

Une facture réduite et un nouveau rituel chaque automne

La réponse est arrivée début février. L'assureur prenait en charge une partie des dégâts, mais appliquait une réduction en invoquant le défaut d'entretien constaté. Sur environ six mille euros de nettoyage, peinture et remplacement de l'habillage, le couple a dû en assumer près de deux mille. Le tableau, confié à une restauratrice, reste en partie marqué. Monique dit qu'elle s'y est faite, sans vraiment convaincre.

Dominique s'en est voulu longtemps, même si personne ne lui reproche rien. On rendait service, on ne savait pas, voilà tout, a-t-il dit au repas de Noël, la voix basse. Gérard a pris rendez-vous avec un ramoneur certifié dès le printemps. Le professionnel a passé une caméra, recommandé un débistrage et rappelé l'importance d'un bois sec à moins de vingt pour cent d'humidité.

Désormais, le certificat est rangé dans une pochette plastique, avec le contrat d'assurance, dans le tiroir du buffet. Dominique vient toujours fin octobre, mais pour le pot-au-feu seulement. Et Gérard, qui croyait tout savoir de son poêle, conseille à ses voisins de vérifier quelques points simples avant d'allumer leur premier feu, plutôt que d'apprendre comme lui, un soir de décembre, devant un salon noirci.

« On rendait service, on ne savait pas, voilà tout, et maintenant c'est ma sœur qui repeint. »

  • Faire ramoner par une entreprise qualifiée et exiger le certificat de ramonage daté.
  • Vérifier le règlement de sa commune : souvent deux ramonages par an, dont un en période de chauffe.
  • Relire la clause d'entretien du chauffage dans son contrat d'assurance habitation.
  • Brûler un bois sec, stocké au moins deux ans, à moins de vingt pour cent d'humidité.
  • Surveiller une vitre qui noircit vite ou des flocons noirs : signes possibles de bistre.
  • Conserver les certificats avec le contrat d'assurance, prêts à être fournis en cas de sinistre.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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