Il fait ramoner son poêle à bois par son beau-frère dans le Jura : après un feu de conduit, l’assureur réclame un certificat qu’il n’a pas

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Il était un peu plus de vingt et une heures, la neige tombait serrée sur la cour, et le poêle ronronnait comme chaque soir. Thierry, 54 ans, venait de recharger deux bûches de hêtre. Puis un grondement sourd est monté du conduit, comme un train lointain, et une odeur âcre a envahi le salon de la vieille ferme jurassienne.

Une vieille ferme du Jura, un poêle et des habitudes tranquilles

Thierry et Nathalie vivent depuis dix-huit ans dans une ancienne ferme près de Morez, au bout d'un chemin bordé de sapins. Lui travaille dans une entreprise de lunetterie, elle tient le secrétariat d'une école primaire. L'hiver, ici, dure longtemps, et la maison se chauffe presque entièrement au bois. Le poêle en fonte, installé dans le salon, est devenu le cœur de la maison. On s'y réchauffe les mains en rentrant, on y fait sécher les gants des enfants.

Chaque automne, Thierry commande ses stères de bois auprès d'un exploitant du village voisin. Il les empile lui-même sous l'avancée du toit, en rangs serrés, l'écorce vers le haut. C'est un rituel qu'il aime, presque une fierté. Le bois sèche deux ans avant de finir dans le poêle, et il le vérifie en frappant deux bûches l'une contre l'autre. Le son doit être clair, sec, sans rien de mat.

Soyons honnêtes, dans la région, tout le monde ou presque a ce genre d'habitudes, transmises de père en fils. Le chauffage au bois n'a rien d'exotique, il fait partie du paysage, comme la neige ou le comté. Thierry connaît son poêle par cœur, ses bruits, ses humeurs, la façon dont il tire mieux quand le vent vient du nord. Il ne s'est jamais vraiment inquiété de ce qui se passait dans le conduit, au-dessus du plafond.

Le beau-frère qui ramonait mieux que les professionnels, disait-on

Pendant des années, Thierry a fait venir un ramoneur de Saint-Claude, une fois par an, en septembre. Puis l'artisan a pris sa retraite, et son successeur affichait des délais de plusieurs mois. C'est à ce moment que Didier, le frère de Nathalie, a proposé de s'en charger. Didier est maçon, habile de ses mains, et il venait d'acheter un jeu de hérissons et de cannes pour sa propre cheminée. L'idée semblait parfaitement raisonnable à tout le monde.

Le premier ramonage s'est fait un samedi d'octobre, avec un repas en famille à la clé. Didier est monté sur le toit, a passé le hérisson plusieurs fois, et un petit tas de suie noire est tombé dans la trappe. Didier a dit en riant : je t'économise quatre-vingts euros et en plus je reste dîner, tu ne peux pas refuser. Tout le monde a ri, et Thierry a sorti une bonne bouteille.

L'opération s'est répétée l'année suivante, puis encore la suivante. Personne n'y voyait le moindre problème, puisque le poêle tirait bien et que la suie sortait. Thierry trouvait même que Didier prenait plus de temps qu'un professionnel pressé. Il gardait vaguement en tête qu'il fallait faire ramoner, sans savoir exactement par qui ni à quelle fréquence. Personne, d'ailleurs, ne lui avait jamais rien demandé à ce sujet, ni la mairie ni son assurance.

« Je t'économise quatre-vingts euros et en plus je reste dîner, tu ne peux pas refuser. »

Un grondement dans le conduit, un soir de neige

Ce soir de janvier, le grondement a d'abord surpris Thierry plus qu'il ne l'a effrayé. Puis il a vu le tuyau de raccordement rougir légèrement, et une fumée épaisse s'échapper par la porte vitrée. Nathalie a appelé les pompiers pendant qu'il fermait l'arrivée d'air du poêle, comme on le lui avait conseillé un jour. Dehors, des étincelles jaillissaient du sommet de la cheminée, visibles depuis la route enneigée.

Les pompiers sont arrivés vingt minutes plus tard, ce qui a paru durer une éternité. Ils ont maîtrisé le feu de conduit sans trop de dégâts apparents, mais le plafond du salon était noirci. Une fissure courait le long du boisseau, à l'étage, et la chambre de leur fille sentait la fumée froide. Un des pompiers a regardé la trappe de suie et a hoché la tête sans rien dire de particulier.

Thierry, sur le moment, n'a pas relevé ce silence. Il pensait au bois, peut-être un peu trop humide cette année, ou au gel qui avait pu fendre le conduit. Il a même évoqué un défaut de fabrication du poêle, acheté onze ans plus tôt. Nathalie, elle, a simplement dit qu'ils avaient eu de la chance, que les enfants allaient bien. Ils ont dormi chez Didier, justement, à quelques kilomètres de là.

L'expert de l'assurance pose une seule question, toujours la même

Le lendemain, Thierry a déclaré le sinistre à son assureur, persuadé que tout serait simple. Plafond à repeindre, conduit à rénover, peut-être un tubage complet, les devis grimpaient vite. Un expert est venu une dizaine de jours plus tard, un homme calme, carnet à la main. Il a fait le tour de la maison, pris des photos, puis s'est assis à la table de la cuisine. Il a demandé le dernier certificat de ramonage.

Thierry a fouillé dans le classeur des papiers de la maison, sans rien trouver de récent. Il y avait bien un vieux certificat du ramoneur retraité, daté de cinq ans plus tôt. Pour les années suivantes, il n'y avait rien, évidemment. Il a expliqué que son beau-frère s'en occupait, qu'il était sérieux, qu'il passait le hérisson consciencieusement. L'expert a noté, sans commentaire, puis a demandé si le beau-frère était un professionnel enregistré.

Didier a proposé d'écrire une attestation sur l'honneur, avec la date et la description de son travail. Il a même retrouvé une photo de lui sur le toit, prise par sa nièce. Thierry a appelé la plateforme de son assureur à trois reprises, à chaque fois avec un conseiller différent. On lui répétait poliment que le dossier était à l'étude. Trois semaines plus tard, un courrier est arrivé dans la boîte aux lettres.

« J'ai cru qu'on parlait de propreté, en fait on parlait de paperasse. »

Ce n'était pas le bois, c'était un papier qui manquait

Le courrier rappelait une clause du contrat que Thierry n'avait jamais lue attentivement. L'assureur y exigeait un entretien des conduits conforme à la réglementation, justifié par un certificat de ramonage. Il citait le règlement sanitaire départemental du Jura, qui prévoit des ramonages réguliers, effectués par un professionnel qualifié. Dans beaucoup de départements, ce règlement impose un ou deux ramonages par an, dont souvent un pendant la saison de chauffe.

L'attestation de Didier n'avait aucune valeur aux yeux de l'assureur, aussi soigné qu'ait été son travail. Ce n'était pas une question de compétence, mais de preuve. Seul un professionnel délivre un certificat qui précise la date, le conduit concerné et l'état constaté. Sans ce document, l'assureur estimait que l'obligation d'entretien n'était pas démontrée. Il appliquait une réduction importante de l'indemnisation, en invoquant le défaut d'entretien.

Thierry a relu la lettre trois fois, debout dans la cuisine, la veste encore sur le dos. Il a dit à Nathalie : j'ai cru qu'on parlait de propreté, en fait on parlait de paperasse. Didier, de son côté, se sentait responsable et répétait qu'il avait bien ramoné. Un ramoneur venu ensuite a d'ailleurs trouvé du bistre collé aux parois, ce dépôt dur qu'un simple hérisson ne décroche pas toujours.

Ce que la famille a changé, et ce que ça a coûté

Au total, Thierry estime avoir payé de sa poche près de quatre mille euros, entre le tubage et les travaux. Il a contesté la décision avec l'aide d'une association de consommateurs, sans obtenir grand-chose de plus. Il en parle aujourd'hui sans colère, mais avec une forme de lassitude. Il dit avoir surtout compris tardivement une règle que personne autour de lui ne connaissait vraiment, pas même les voisins chauffés au bois.

Désormais, un ramoneur professionnel passe deux fois par an, en septembre et en janvier. Thierry range chaque certificat dans une pochette plastique, agrafée à son contrat d'assurance. Il a aussi pris l'habitude de vérifier le règlement sanitaire de son département, consultable en mairie ou en préfecture. Didier vient toujours dîner, mais il ne monte plus sur le toit. On connaît tous ça, ces services entre proches qui semblent sans risque.

Dans le village, l'histoire a fait le tour des fermes, et plusieurs voisins ont ressorti leurs papiers. Certains ont découvert que leur dernier certificat datait de plusieurs années. Thierry raconte volontiers ce soir de neige, le grondement, puis la lettre. Ce qui l'a le plus marqué, dit-il, ce n'est pas le feu, c'est la phrase sur le défaut d'entretien. Avant de rallumer un poêle, quelques vérifications simples suffisent à éviter la même surprise.

« Je l'ai bien ramoné, je te jure, j'ai passé le hérisson trois fois de haut en bas. »

  • Consulter le règlement sanitaire départemental en mairie ou en préfecture pour connaître la fréquence imposée.
  • Faire ramoner par un professionnel qualifié, souvent une à deux fois par an selon le département.
  • Exiger et conserver chaque certificat de ramonage avec la date et le conduit concerné.
  • Relire la clause d'entretien des conduits dans son contrat d'assurance habitation.
  • Brûler un bois sec, stocké au moins deux ans, pour limiter le dépôt de bistre.
  • En cas de feu de conduit, fermer l'arrivée d'air du poêle et appeler le 18.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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