Il ferme sa maison du Morvan de novembre à mars comme chaque année : au printemps, l’assureur lui oppose une clause de son contrat

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Le portail grince toujours de la même façon, un cri aigu qui fait lever les corneilles du noyer. Il est onze heures, ce samedi de fin mars, et Gérard pousse la porte de sa maison du Morvan avec l'épaule, comme chaque printemps. Une odeur le saisit aussitôt, lourde et humide. Sous ses chaussures, le parquet du couloir fait un bruit mou qu'il ne connaît pas.

Une maison de famille qu'on ouvre au printemps depuis vingt ans

Gérard a soixante-quatre ans et une habitude qu'il ne remet jamais en question. Ancien chef d'atelier dans une imprimerie de Dijon, il a hérité de cette longère en pierre au début des années deux mille. Elle se trouve au bout d'un chemin, à quelques kilomètres d'un village où la boulangerie n'ouvre plus que trois matins par semaine. Avec sa femme Monique, il y passe tout l'été, une partie de l'automne, et les vacances des petits-enfants. Le reste du temps, la maison dort derrière ses volets bleus.

La fermeture se fait toujours début novembre, selon un rituel bien rodé. Monique vide le réfrigérateur, débranche les appareils et recouvre les fauteuils de vieux draps blancs. Gérard ferme les volets un par un, coupe l'électricité au disjoncteur général et tourne le robinet d'arrivée d'eau, dans le regard au fond du jardin. Puis il glisse la clé dans une boîte à chaussures du coffre de la voiture. On connaît tous ce genre de gestes qu'on répète sans y penser, parce qu'ils ont toujours suffi.

Pendant vingt hivers, rien n'est arrivé. La maison a traversé des tempêtes, des chutes de neige qui bloquaient la route, des semaines entières sous zéro. Chaque printemps, Gérard rouvrait l'eau, attendait que les tuyaux crachent un peu d'air, et tout repartait. Cette régularité avait fini par lui donner une confiance tranquille, presque affectueuse, envers ces vieux murs. Il disait volontiers à ses voisins que les anciens savaient construire, que la pierre gardait la chaleur, et qu'une maison bien fermée ne craignait pas grand-chose.

Couper l'eau au compteur, une précaution qui semblait suffire

L'idée de vidanger les canalisations, Gérard l'avait pourtant entendue une fois. C'était un plombier du coin, venu changer un chauffe-eau il y a une dizaine d'années, qui lui en avait parlé en rangeant ses outils. Il fallait, selon lui, ouvrir tous les robinets après la fermeture, purger le ballon et les points bas, et même verser un peu d'antigel dans les siphons. Gérard avait hoché la tête, poliment, puis classé le conseil parmi les excès de prudence des gens du métier.

Ses raisons n'étaient pas mauvaises, à ses yeux. Vider entièrement l'installation prenait du temps, et il fallait ensuite la remettre en eau au printemps sans faire de bulles ni de fuites aux raccords. Laisser un chauffage hors gel allumé tout l'hiver lui paraissait coûteux, presque absurde pour une maison vide. Et puis l'eau était coupée, se disait-il, donc rien ne pouvait couler. Soyons honnêtes, beaucoup de propriétaires de résidences secondaires raisonnent exactement comme lui, avec la même logique simple.

Monique, elle, n'avait jamais vraiment eu d'avis sur la question. Elle laissait la plomberie à son mari, comme il lui laissait le jardin et les comptes. Lors de la signature du contrat d'assurance habitation, des années plus tôt, ils avaient choisi une formule pour résidence secondaire, un peu plus chère. Ils avaient signé les conditions générales sans les lire en entier. Un document épais, aux caractères serrés, rangé ensuite dans un classeur vert au fond d'une armoire de leur appartement dijonnais.

« Je paie depuis vingt ans sans jamais rien demander, et le jour où il m'arrive quelque chose, on me dit non. »

Un hiver plus rude que les autres et une alerte ignorée

Cet hiver-là a commencé tôt. Mi-décembre, la météo annonçait des nuits à moins douze dans les hauteurs du Morvan, et la neige a recouvert les routes plusieurs jours de suite. À Dijon, Gérard suivait les températures avec une curiosité distraite, devant le journal télévisé. Il a pensé un instant à la maison, puis il s'est rassuré tout seul. L'eau était coupée, les volets fermés, et la longère en avait vu d'autres. Il est retourné à ses mots croisés.

Début février, un détail aurait pu l'alerter. Patrick, un voisin agriculteur qui passe devant la maison avec son tracteur, a appelé un dimanche soir. Il avait remarqué une tache sombre sur le crépi, sous la fenêtre de la salle de bains, comme une auréole qui descendait vers le sol. Rien de spectaculaire, a-t-il précisé, peut-être de la condensation ou la neige fondue du toit. Gérard l'a remercié et a promis de regarder ça au printemps.

Il a raccroché sans vraiment s'inquiéter. Monique lui a demandé s'il voulait monter jeter un œil, mais la route était encore glissante et le voyage faisait presque trois heures aller-retour. Ça doit être la gouttière, elle déborde tous les ans, a-t-il répondu en haussant les épaules. Le sujet est retombé aussi vite qu'il était venu. Février a passé, puis les premières douceurs de mars, et la tache sur le crépi est restée une phrase oubliée au fond d'une conversation téléphonique.

Le parquet gondolé, l'expert, puis une lettre recommandée

Ce samedi de mars, Gérard comprend vite que la gouttière n'y est pour rien. Dans la salle de bains, le tuyau en cuivre qui alimente le lavabo est fendu sur une dizaine de centimètres, la gaine éclatée comme une écorce. L'eau restée dans la canalisation a gelé, s'est dilatée, puis a ruisselé au dégel. Le parquet du couloir est gondolé, le bas des murs a noirci, et une moisissure verdâtre grimpe derrière le buffet de la grand-mère de Monique.

Il appelle son assureur le lundi matin, déclare le sinistre, envoie des photos. Un expert vient dix jours plus tard, un homme calme qui mesure, photographie et pose beaucoup de questions. Depuis quand la maison était-elle inoccupée, le chauffage fonctionnait-il, les canalisations avaient-elles été vidangées. Gérard répond franchement, sans y voir de piège. Il explique la coupure au compteur, l'électricité éteinte, le rituel de novembre. L'expert note tout sur sa tablette, remercie et repart sans rien promettre.

Trois semaines plus tard, une lettre recommandée arrive à Dijon. L'assureur refuse de prendre en charge les dommages liés au gel. Gérard relit la lettre deux fois debout dans l'entrée, puis s'assoit. Il appelle aussitôt la plateforme, s'énerve, demande un responsable. Je paie depuis vingt ans sans jamais rien demander, et le jour où il m'arrive quelque chose, on me dit non, répète-t-il à une conseillère patiente. Monique, dans la cuisine, sort le classeur vert de l'armoire.

« Ça doit être la gouttière, elle déborde tous les ans, je regarderai ça au printemps. »

La clause était là, page vingt-trois, depuis le premier jour

C'est Monique qui la trouve, au bout d'une heure de lecture à la table de la cuisine. Dans le chapitre consacré au dégât des eaux, un paragraphe précise les obligations de l'assuré pendant les périodes d'inoccupation. En hiver, il faut soit vidanger les conduites et les installations de chauffage central, soit maintenir un chauffage suffisant pour empêcher le gel. Faute de quoi, les dommages causés par le gel ne sont pas garantis. La phrase tient en quatre lignes.

Gérard la lit à son tour, lentement. Ce n'était ni la vétusté des tuyaux ni un hiver exceptionnel qui avait fait basculer le dossier, mais ce geste qu'il n'avait jamais fait. Couper l'eau au compteur ne vidait pas les canalisations, l'eau restait prisonnière des tuyaux. Le conseiller qu'il rappelle le lendemain le lui confirme, sur un ton plutôt désolé. Ce type de clause, lui explique-t-il, figure dans la plupart des contrats habitation, surtout pour les résidences secondaires.

Le couple a tout de même tenté de discuter. Un ami ancien courtier leur a conseillé d'écrire au service réclamation, en rappelant leur ancienneté. Ils ont obtenu un geste limité sur le nettoyage, rien de plus. On s'est sentis bêtes, surtout, raconte Monique, parce que c'était écrit noir sur blanc depuis le début. Gérard, lui, a gardé longtemps la lettre de refus sur le buffet abîmé. Il dit qu'elle lui sert de pense-bête, une façon un peu amère de ne plus jamais oublier.

Huit mille euros de travaux et un nouveau rituel de novembre

La facture finale avoisine les huit mille euros. Il a fallu remplacer une partie de la tuyauterie, déposer le parquet du couloir, traiter les murs contre l'humidité et faire sécher la maison avec des déshumidificateurs loués pendant des semaines. Le buffet de famille est parti chez un ébéniste, qui n'a pas pu sauver les pieds. L'été a été largement consacré aux artisans plutôt qu'aux petits-enfants. Gérard a puisé dans l'épargne qu'il gardait pour changer de voiture.

Depuis, le rituel de novembre a changé. Gérard ouvre désormais tous les robinets après avoir fermé l'arrivée, vidange le chauffe-eau, purge les points bas et verse de l'antigel dans les siphons et la cuvette des toilettes. Il a aussi fait poser un petit thermostat hors gel dans la salle de bains, pour les années vraiment froides. Il photographie chaque étape avec son téléphone. Si un expert revient un jour, je pourrai lui montrer que j'ai tout fait, dit-il.

Son histoire a circulé au village, et plusieurs voisins propriétaires de résidences secondaires ont sorti leurs contrats. Patrick, l'agriculteur, a promis de prévenir plus fermement la prochaine fois qu'il verrait une tache. Pour ceux qui ferment une maison l'hiver, quelques vérifications simples peuvent éviter le même scénario. Elles prennent une heure à l'automne et un peu d'attention à la lecture d'un contrat. Gérard le résume à sa manière, sans grande phrase, en montrant le classeur vert désormais posé bien en évidence.

« On s'est sentis bêtes, surtout, parce que c'était écrit noir sur blanc depuis le début. »

  • Relire le chapitre dégât des eaux de son contrat, notamment les obligations en cas d'inoccupation hivernale.
  • Couper l'arrivée d'eau puis ouvrir tous les robinets pour vidanger réellement les canalisations.
  • Purger le chauffe-eau, le circuit de chauffage et les points bas de l'installation.
  • Verser de l'antigel dans les siphons et la cuvette des toilettes avant de partir.
  • À défaut de vidange, maintenir un chauffage hors gel suffisant pendant toute l'absence.
  • Photographier chaque étape et demander à un voisin de signaler toute trace d'humidité.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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