Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Il était sept heures quarante, le 2 novembre, et la buée remontait lentement sur le pare-brise de la Peugeot. Thomas tenait un gobelet de café tiède entre ses genoux, la radio grésillait entre deux virages. Derrière, sa fille Jeanne dormait contre la vitre. Au premier rond-point après Morez, deux silhouettes en gilet jaune ont levé la main.
Chaque Toussaint, la même route vers le chalet de famille
Thomas a quarante et un ans, il est comptable dans une entreprise de transport à Bourg-en-Bresse. Depuis l'enfance, il monte chaque automne au chalet construit par son grand-père, sur les hauteurs des Rousses. Le bâtiment sent le bois humide et la fumée froide, avec un vieux poêle qu'il faut nourrir toute la nuit. Son père, Bernard, soixante-huit ans, y passe désormais la moitié de l'année, entre ses ruches et son potager.
Cette année, Thomas a pris quelques jours après la Toussaint pour aider Bernard à rentrer le bois. Il a chargé la voiture la veille au soir, avec les sacs de couchage, deux caisses de bouteilles et le vélo de Jeanne. Sa fille a dix ans, elle réclame depuis septembre une balade jusqu'au lac des Rousses. La route, il la connaît par cœur, chaque virage, chaque scierie, chaque panneau rouillé.
Il n'a jamais eu de problème sur ce trajet, pas même un pneu crevé ou une plaque de verglas sérieuse. En novembre, il fait souvent doux dans la vallée, et la neige arrive rarement avant décembre. On connaît tous ça, cette confiance tranquille que donnent les routes de famille. On les prend sans réfléchir, comme on descend l'escalier de sa propre maison, les yeux encore à moitié fermés.
Des pneus hiver jugés inutiles pour quelques jours par an
Les pneus d'été, Thomas les avait gardés pour une raison simple, et plutôt raisonnable à ses yeux. Il roule surtout en plaine, entre Bourg et Lyon, et ne monte au chalet que trois ou quatre fois par an. Le garagiste lui avait proposé un train de pneus quatre saisons l'hiver dernier, pour près de six cents euros. Thomas avait refusé poliment, en promettant d'y réfléchir au printemps, puis il avait oublié.
Il s'était renseigné vaguement, un soir, sur un forum de conducteurs franc-comtois. Quelqu'un parlait d'une obligation en montagne, d'autres répondaient que personne ne contrôlait jamais rien. Thomas avait refermé l'ordinateur en se disant qu'il partirait de toute façon dès qu'il neigerait. Il rangerait la voiture au garage du chalet et descendrait faire les courses avec le vieux 4×4 de son père.
Avant de partir, sa femme Claire lui avait demandé s'il avait vérifié la météo et l'équipement. Il avait répondu oui, un peu trop vite, en fermant le coffre déjà plein. Elle n'était pas du voyage cette fois, retenue à Bourg par son travail à la pharmacie. Il lui avait envoyé un message depuis l'autoroute, avec une photo de Jeanne endormie et un petit soleil.
« Vous avez des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, monsieur, parce que vos pneus, ce sont des pneus d'été. »
Un panneau blanc au bord de la route, à peine regardé
Après Saint-Claude, la route monte en lacets serrés à travers les sapins, et la température baisse d'un coup. Le thermomètre du tableau de bord est passé de neuf à trois degrés en vingt minutes. Thomas a remarqué un panneau qu'il ne se rappelait pas avoir vu les années précédentes. Il était blanc, avec une montagne dessinée et une mention de dates, du 1er novembre au 31 mars.
Il a ralenti légèrement, sans vraiment lire la suite, distrait par Jeanne qui venait de se réveiller. Elle demandait combien de temps il restait, si grand-père avait déjà allumé le poêle, si elle pourrait dormir en haut. Thomas répondait à moitié, les yeux sur la route humide qui brillait sous les phares. Le panneau est resté dans sa tête comme une tache floue, sans signification précise.
Il s'est dit que c'était sans doute une indication pour les camions, ou pour les stations de ski. Soyons honnêtes, personne ne lit vraiment ces panneaux quand il fait encore nuit et qu'on a hâte d'arriver. Il a remonté le chauffage, Jeanne a ouvert un paquet de biscuits, et le café s'est renversé sur le tapis. C'est à ce moment-là, en essuyant le siège, qu'il a vu les gilets jaunes.
Au rond-point, une question à laquelle il ne s'attendait pas
Le gendarme s'est penché à la vitre, un homme d'une cinquantaine d'années, la moustache grise et la voix calme. Il a demandé les papiers, que Thomas a tendus en tremblant un peu, sans raison particulière. Puis il a regardé les roues avant, longuement, en faisant le tour de la voiture. Quand il est revenu, il a posé une question que Thomas n'avait jamais entendue lors d'un contrôle routier.
Vous avez des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, monsieur, parce que vos pneus, ce sont des pneus d'été. Thomas a bafouillé, il a dit qu'il ne savait pas, qu'il allait chez son père, qu'il ne restait que quelques jours. Il a pensé au prix des pneus refusés au garage, à une amende possible, à la voiture immobilisée. Jeanne, à l'arrière, ne disait plus rien et serrait son paquet de biscuits.
Il a appelé Bernard, qui n'a pas décroché, sans doute parti nourrir les abeilles ou chercher du bois. Il a envoyé un message à Claire, qui a répondu presque aussitôt par une seule ligne. Regarde sous le plancher du coffre, j'ai mis le sac de ton père en juin. Thomas a relu deux fois, sans comprendre de quoi elle parlait. Le gendarme attendait, les mains derrière le dos, sans s'impatienter.
« J'ai vu le panneau, je l'ai vraiment vu, mais j'ai cru que c'était pour les camions et les stations. »
Sous les sacs de couchage, un sac rouge oublié depuis l'été
Thomas est sorti dans le froid, a sorti le vélo, les caisses de bouteilles, les sacs de couchage posés sur le bitume. Sous le plancher, à côté de la roue de secours, il y avait un sac rouge en toile, un peu poussiéreux. Dedans, des chaînes neuves, encore sous plastique, avec la notice et l'étiquette du magasin de Morez. Bernard les avait achetées au printemps et Claire les avait rangées là après un déménagement de meubles.
Le gendarme a hoché la tête et a expliqué les choses simplement, comme il devait le faire vingt fois par matinée. Depuis la loi Montagne, dans les communes classées par arrêté préfectoral, il faut être équipé du 1er novembre au 31 mars. Soit des pneus hiver portant le marquage trois sommets et un flocon, ce qu'on appelle 3PMSF. Soit des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, prêtes à servir si la route l'exige.
Thomas a demandé s'il devait les monter tout de suite, alors que la chaussée était seulement mouillée. Non, a répondu le gendarme, les avoir à bord suffit, on les met quand la neige tient ou quand un panneau l'impose. Il a rendu les papiers, a souhaité une bonne route à Jeanne et s'est tourné vers la voiture suivante. Thomas est resté une minute immobile, le sac rouge dans les bras, avant de tout recharger.
Le soir au chalet, une nouvelle habitude pour toute la famille
Au chalet, Bernard a éclaté de rire en entendant l'histoire, assis près du poêle avec son bol de soupe. Il a raconté que ses voisins avaient tous reçu des rappels de la mairie l'an dernier. Le Jura fait partie des départements où de nombreuses communes sont concernées, mais pas toutes, selon l'arrêté du préfet. Thomas a passé la soirée sur son téléphone à vérifier la liste, commune par commune, jusqu'au chalet.
Il a aussi regardé ses pneus à la lampe de poche, accroupi dans la cour gelée, en cherchant le fameux symbole. Il n'y avait rien, seulement des chiffres de dimension et une marque. Il a compris que le simple marquage M+S de certains pneus ne suffisait plus, d'après ce qu'il lisait. Le lendemain, avec Jeanne, il s'est entraîné à poser les chaînes dans le garage, les doigts rougis par le froid.
Il a mis vingt-cinq minutes la première fois, puis huit minutes à la troisième tentative, sous les applaudissements de sa fille. Le soir même, il a rappelé le garagiste de Bourg pour reparler des pneus quatre saisons. Il n'est pas encore décidé, mais le sac rouge, lui, ne quittera plus le coffre de novembre à mars. Claire, au téléphone, a seulement dit qu'elle avait bien fait de ranger le garage en juin.
« Regarde sous le plancher du coffre, j'ai mis le sac de ton père en juin, tu n'as jamais rien vu. »
- Vérifier si sa commune de destination figure dans l'arrêté préfectoral du département, souvent publié en ligne.
- Retenir les dates : obligation d'équipement du 1er novembre au 31 mars dans les zones classées.
- Chercher sur le flanc des pneus le symbole trois sommets et un flocon, dit 3PMSF.
- À défaut, garder des chaînes ou des chaussettes adaptées à la taille des pneus dans le coffre.
- S'entraîner à monter les chaînes chez soi, au sec, avant d'en avoir besoin sur le bord de la route.
- Repérer les panneaux blancs d'entrée de zone montagne, qui rappellent la période d'obligation.
Suivi de l'histoire
- 8 Oct 2026Il achète une perceuse affichée à moins 40 % un samedi matin : dans ses mails, il retrouve le même prix trois semaines plus tôt
- 8 Oct 2026Il quitte son atelier près de Saint-Étienne après quarante-deux ans de travail : en juillet, aucun virement de pension n’apparaît sur son compte
- 8 Oct 2026Elle signe le devis de sa nouvelle chaudière un mardi matin : trois semaines plus tard, l’aide de 9 000 euros est refusée en ligne
- 8 Oct 2026Il roule 70 kilomètres par jour pour son travail à Rodez : au café, un collègue lui parle de 600 euros d’impôt en moins
- 8 Oct 2026Ils emménagent à Pau en juillet, carton après carton, sans rien oublier : en octobre, un gendarme lit leur carte grise et sort son carnet
- 8 Oct 2026Il ignore pendant des semaines le voyant AdBlue de son diesel récent : un matin, le moteur tourne au démarreur mais refuse de repartir







