Il monte sur son échelle chaque automne pour vider sa gouttière près de Périgueux : le chêne du voisin restera debout, mais pas ses branches

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Sept heures et demie, un matin de novembre, près de Périgueux. L'eau déborde de la gouttière en une nappe grise qui claque sur les dalles de la terrasse. Gérard, 67 ans, enfile ses bottes, tire l'échelle d'aluminium du garage et la cale contre le mur. Là-haut, il le sait déjà, l'attend une bouillie brune de feuilles de chêne.

Une maison tranquille à l'ombre d'un chêne qui n'est pas le sien

Gérard habite depuis vingt-deux ans une longère crépie de beige, à la sortie d'un village au nord de Périgueux. Ancien conducteur de travaux, il a refait lui-même la toiture, posé les gouttières en zinc et dessiné le petit potager. Sa femme, Monique, entretient les rosiers le long du grillage. Ils ont une vieille Clio, un chien nommé Ficelle et des habitudes réglées comme une horloge de gare.

De l'autre côté du grillage se dresse le chêne des voisins, un arbre énorme, plus que centenaire selon les anciens du village. Son tronc est chez Bernard et Sylvie, un couple arrivé de Bordeaux il y a six ans. Mais ses grosses branches, avec les années, se sont allongées au-dessus de la haie, jusqu'à frôler le toit de Gérard. L'été, personne ne s'en plaignait vraiment, bien au contraire.

Car en juillet, soyons honnêtes, ce chêne rendait service à tout le monde. Il jetait une ombre fraîche sur la terrasse, et Monique y installait sa chaise longue l'après-midi. Gérard aimait même le bruit du vent dans les feuilles, le soir, en fumant sa pipe. Les relations avec les voisins étaient cordiales, faites de saluts par-dessus la haie et de paniers de tomates échangés en août.

Chaque automne, l'échelle sort plus tôt et plus souvent

Le problème arrive en octobre, et il revient chaque année avec plus de force. Les feuilles tombent par milliers, s'accumulent dans les gouttières, puis pourrissent avec les pluies. Gérard a d'abord monté son échelle une fois par saison, puis deux fois, puis toutes les deux semaines. Cet automne, il en est à sa cinquième ascension, et son genou droit commence à protester sérieusement.

Il a essayé les grilles de protection achetées au magasin de bricolage de Boulazac. Elles ont tenu un hiver, avant de se remplir de débris compactés qui bloquaient l'eau encore mieux que les feuilles seules. Un soir, le descendant a débordé et une auréole sombre est apparue sur le mur de la chambre d'amis. Monique a regardé la tache longtemps, sans rien dire, ce qui chez elle n'annonce jamais rien de bon.

C'est là que Gérard a pris sa décision, pour des raisons qui lui semblaient évidentes. Il ne voulait plus risquer de tomber d'une échelle à son âge. Il ne voulait pas non plus voir sa maison abîmée par l'arbre d'un autre. Il dirait à Bernard qu'il fallait abattre ce chêne, purement et simplement. Il a même imaginé payer une partie du bûcheron, pour montrer sa bonne volonté.

« J'ai cru qu'un arbre qui abîme ma maison devait tomber, point final, comme sur un chantier. »

La conversation par-dessus la haie qui tourne court

Un samedi matin, Gérard a attendu que Bernard sorte ses poubelles pour l'aborder près du portail. Il avait préparé ses phrases, calmement, comme on prépare une réunion de chantier. Il a parlé des gouttières, de la tache sur le mur, de son genou. Puis il a lâché le mot abattage, en ajoutant qu'il participerait aux frais si nécessaire. Bernard a reposé son bac sans répondre tout de suite.

Le voisin a fini par sourire, un peu gêné, et par dire non. Il a expliqué que ce chêne était la raison pour laquelle Sylvie et lui avaient acheté la maison. Il a ajouté une phrase qui a piqué Gérard au vif : Des feuilles qui tombent en automne, c'est la campagne, Gérard, on n'y peut pas grand-chose. Puis il est rentré, poliment, en fermant la porte derrière lui.

Gérard est resté planté sur le gravier, persuadé d'avoir la loi de son côté. Dans son esprit, un arbre qui abîme la maison d'un voisin devait forcément disparaître. Il a pensé à un détail qu'il n'avait pas vraiment regardé : les branches qui passaient au-dessus de son toit. Sur le moment, il l'a écarté. Ce qu'il voulait, c'était l'arbre entier, pas quelques branches.

Des lettres, un conciliateur et une première déception

La semaine suivante, Gérard a écrit une lettre recommandée, rédigée sur l'ordinateur de son petit-fils. Il y exigeait l'abattage du chêne sous un mois, en invoquant un trouble anormal de voisinage, une expression trouvée sur un forum. Monique trouvait le ton trop sec. On connaît tous ça, ces courriers écrits sous la colère et qu'on regrette dès qu'ils sont postés. Bernard n'a jamais répondu.

Sur les conseils d'un ami, Gérard a pris rendez-vous avec le conciliateur de justice, à la mairie du chef-lieu de canton. L'homme, un retraité de la fonction publique, l'a écouté longuement en prenant des notes. Puis il a posé son stylo. Il lui a expliqué que, selon ce qu'il voyait dans ses dossiers, les juges reconnaissaient rarement la chute des feuilles comme un trouble anormal.

Gérard a eu du mal à l'avaler. Il a répété que sa gouttière débordait, que son mur prenait l'eau. Le conciliateur a hoché la tête : selon lui, à la campagne, les feuilles relevaient le plus souvent des inconvénients normaux du voisinage. Il faudrait des dégâts exceptionnels pour espérer davantage. Gérard est ressorti dans le froid, sa sacoche sous le bras, avec l'impression d'avoir perdu sans même plaider.

« Des feuilles qui tombent en automne, c'est la campagne, Gérard, on n'y peut pas grand-chose. »

Ce n'était pas le chêne, c'étaient les branches au-dessus du toit

Mais avant de le laisser partir, le conciliateur lui avait posé une question précise. Les branches dépassent-elles au-dessus de votre terrain ? Gérard avait répondu oui, largement, jusqu'au faîtage. Le conciliateur lui avait alors parlé de l'article 673 du Code civil. D'après lui, ce texte permet à celui sur la propriété duquel avancent les branches du voisin de contraindre ce dernier à les couper.

Il avait ajouté deux précisions qui ont tout changé dans la tête de Gérard. D'abord, selon ses explications, ce droit de faire couper les branches ne se prescrit pas : peu importe que la situation dure depuis trente ans. Ensuite, et c'était le piège, Gérard ne devait surtout pas couper lui-même ces branches. Il devait demander au voisin de le faire, et saisir le juge si celui-ci refusait.

Gérard a avoué qu'il avait failli emprunter la tronçonneuse de son beau-frère le dimanche précédent. Il me l'a dit en riant jaune : J'étais à deux doigts de monter là-haut et de tout scier moi-même. Le conciliateur lui avait expliqué que ce geste aurait pu se retourner contre lui. Pour les racines, la règle était différente, mais ce n'était pas son problème. Le sien, c'était le ciel au-dessus de sa gouttière.

Un élagage négocié et une gouttière enfin dégagée

Gérard a écrit une seconde lettre, plus courte et surtout plus calme, relue par Monique. Il ne parlait plus d'abattage. Il demandait simplement que les branches surplombant sa propriété soient coupées, en citant l'article 673 du Code civil. Il proposait aussi un rendez-vous pour en discuter. Trois jours plus tard, Bernard a sonné au portail, une bouteille de bergerac à la main.

Les deux hommes ont fait le tour du jardin ensemble, le nez levé vers les branches. Bernard a accepté de faire venir un élagueur avant l'hiver suivant, à ses frais. Le devis tournait autour de six cents euros, selon ce que l'artisan leur a annoncé. Le chêne garderait sa silhouette, mais ne toucherait plus le toit. Des feuilles continueraient de voler, bien sûr, portées par le vent, en quantité bien moindre.

Aujourd'hui, Gérard monte encore sur son échelle, mais une seule fois par an, en décembre. Il a appris à distinguer ce qu'il pouvait exiger de ce qu'il pouvait seulement espérer. Avant d'écrire à un voisin, il conseille désormais de regarder où passe la limite de propriété, et ce qui la franchit vraiment. Les branches se négocient, explique-t-il, alors que l'arbre entier relève presque toujours du rêve.

« J'étais à deux doigts de monter là-haut avec la tronçonneuse de mon beau-frère et de tout scier moi-même. »

  • Vérifier si les branches du voisin dépassent réellement au-dessus de votre terrain.
  • Demander d'abord à l'amiable, puis par lettre recommandée, la coupe des branches qui avancent chez vous.
  • Ne jamais couper soi-même les branches du voisin, même si elles touchent votre toit.
  • Savoir que la simple chute des feuilles est rarement reconnue comme un trouble anormal du voisinage.
  • Se rappeler que le droit de faire couper les branches ne se prescrit pas, quelle que soit leur ancienneté.
  • Solliciter gratuitement un conciliateur de justice avant d'envisager le tribunal.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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