Il monte voir sa fille dans le Vercors avec ses pneus d’été : au premier rond-point de Villard-de-Lans, deux gendarmes lui font signe de se ranger

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Le moteur ronronnait encore quand le gendarme s'est penché vers la vitre, la main gantée posée sur le toit de la voiture. Il était dix heures et quart, un samedi de mi-novembre, au premier rond-point de Villard-de-Lans. Sur le siège passager, un sac de clémentines glissait doucement. Gérard, 64 ans, a baissé la vitre en souriant, persuadé qu'on allait simplement lui demander ses papiers.

Un samedi matin, la route de Valence vers le Vercors

Gérard habite à Valence depuis plus de trente ans, dans une petite maison avec un figuier qui ne donne presque plus. Ancien conducteur de travaux, il a gardé l'habitude de partir tôt, le thermos de café calé entre les sièges. Ce samedi-là, il avait chargé sa Peugeot 308 grise de cadeaux pour sa petite-fille, de deux bocaux de confiture et d'un vieux tabouret réparé. Sa fille Claire s'est installée à Villard-de-Lans il y a trois ans, avec son compagnon, moniteur de ski l'hiver et charpentier le reste du temps.

Il connaît la route par cœur, ou presque. Il l'a faite au printemps, en plein été, et une fois en septembre pour un anniversaire. Les virages des gorges ne l'impressionnent plus, il les prend tranquillement, une main sur le volant, la radio réglée sur une station de vieilles chansons. Ce matin-là, le ciel était d'un bleu lavé, sec, presque doux pour la saison. Le thermomètre de la voiture affichait six degrés à Pont-en-Royans. Rien, absolument rien, ne laissait penser que la journée allait prendre un autre tour.

Soyons honnêtes, Gérard n'est pas un homme qui s'inquiète pour sa voiture. Il fait la vidange quand le garagiste le lui rappelle, il vérifie la pression des pneus deux fois par an, et il estime que cela suffit largement. Sa femme, Monique, lui dit souvent qu'il conduit comme il bricole, avec confiance et sans lire les notices. Il en rit volontiers. Ce samedi, elle était restée à Valence à cause d'un rhume tenace. Elle lui avait seulement lancé, depuis le canapé, de faire attention là-haut, sans préciser à quoi exactement.

Des pneus neufs achetés au printemps, pour de bonnes raisons

Les pneus de la Peugeot avaient été changés en avril, après un contrôle technique un peu juste. Le garagiste avait proposé deux options : des pneus été classiques, moins chers, ou des pneus toutes saisons, avec un marquage spécial sur le flanc. Gérard avait réfléchi deux minutes. À Valence, il neige une fois tous les cinq ans, et encore, la neige fond avant midi. Il avait donc choisi les pneus été, une bonne marque, et économisé presque cent euros sur l'ensemble des quatre. Sur le moment, la décision lui avait paru parfaitement raisonnable.

Il en avait même parlé à Claire au téléphone, un peu fier de son calcul. Elle lui avait répondu, distraite, qu'il faudrait penser aux chaînes s'il venait l'hiver. Il avait dit oui, bien sûr, comme on dit oui à mille petites choses qu'on oublie aussitôt. Dans sa tête, l'hiver commençait avec la neige, et la neige, il la verrait arriver. Il se voyait déjà annuler une visite si la météo annonçait des flocons. C'était simple, logique, et cela ne demandait aucune dépense supplémentaire pour une voiture qui roule surtout en ville.

Ce raisonnement, beaucoup de conducteurs de plaine le partagent. On connaît tous ça : on pense à la montagne comme à un endroit où l'on va skier, pas comme à une destination ordinaire, un simple déjeuner de famille. Gérard ne se voyait pas en conducteur de montagne. Il allait voir sa fille, pas dévaler des cols. D'ailleurs, il n'avait jamais été arrêté de sa vie pour autre chose qu'un feu arrière grillé, en 1998. Il me disait, en racontant cette matinée, que s'il avait eu le moindre doute, il aurait au moins fouillé le garage.

« J'ai cru qu'il cherchait l'alcool, et en fait il regardait mes roues, tout simplement. »

Un panneau rond aperçu trop vite à l'entrée du massif

Quelque part après les gorges, un panneau a défilé sur le bas-côté. Un cercle bleu, un pneu stylisé, une chaîne dessinée, et dessous, des dates qu'il n'a pas lues. Gérard l'a vu du coin de l'œil, comme on voit les panneaux de chasse ou les annonces de fête de village. Il a pensé à un rappel pour les jours de neige, une recommandation générale. La route était sèche, propre, sans la moindre trace de sel. Il a monté le volume de la radio et n'y a plus pensé du tout.

Un peu plus haut, un détail aurait pu l'alerter. Sur le parking d'une boulangerie, il s'est arrêté pour acheter du pain et des chouquettes. Un homme âgé chargeait des sacs dans un vieux break, et ses roues portaient de gros crampons visibles, presque agressifs. Devant lui, une camionnette de livraison avait des chaînes rangées dans un bac en plastique, à côté du siège. Gérard a remarqué tout cela vaguement. Il s'est dit que les gens du coin étaient prudents, qu'ils montaient plus haut, vers les stations, là où la neige tombe vraiment.

La boulangère, en lui rendant la monnaie, a jeté un œil à sa plaque. Vous descendez de Valence, a-t-elle demandé, avec un petit sourire. Il a confirmé, ravi de la conversation. Elle a ajouté qu'il y avait des contrôles ces jours-ci, en début de saison, et qu'il fallait être équipé. Gérard a hoché la tête, poliment, en pensant aux radars et à l'alcool. Il était à jeun, il roulait doucement, il se sentait parfaitement en règle. Il est reparti avec ses chouquettes encore tièdes et sa belle assurance intacte.

Au rond-point, la question à laquelle il ne s'attendait pas

Le rond-point est apparu au détour d'une ligne droite, avec deux véhicules bleus garés sur le côté. Un gendarme agitait la main, sans brusquerie, pour faire ranger les voitures une à une. Devant Gérard, un monospace immatriculé dans le Rhône repartait déjà. Il s'est garé sur le bas-côté, a coupé la radio et cherché son portefeuille dans la boîte à gants. Le gendarme, un homme d'une trentaine d'années aux joues rougies par le froid, lui a dit bonjour, puis s'est accroupi près de la roue avant gauche.

Il est revenu à la vitre et a posé sa question calmement. Vous avez des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, monsieur. Gérard a d'abord cru avoir mal entendu. Il a répondu qu'il ne neigeait pas, que la route était sèche, qu'il descendait le soir même. Le gendarme a écouté jusqu'au bout, sans l'interrompre. Puis il a répété la question, sur le même ton. Gérard est sorti, a ouvert le coffre, déplacé le tabouret et les cadeaux. Il savait déjà, au fond, qu'il n'y trouverait rien d'utile.

Il a tenté d'appeler Claire, pensant qu'elle pourrait descendre avec une paire de chaînes. Messagerie. Son compagnon était sur un chantier, injoignable. Gérard a expliqué au gendarme qu'il allait chez sa fille, à deux kilomètres, qu'il pouvait faire demi-tour si nécessaire. Le gendarme a hoché la tête, compréhensif mais ferme. Je comprends, monsieur, mais le contrôle porte sur l'équipement, pas sur la météo, a-t-il dit en sortant son terminal. Gérard est resté planté là, les clés à la main, avec le sentiment étrange d'avoir manqué une information que tout le monde connaissait.

« Je me disais que l'hiver commençait avec la neige, et que je la verrais bien arriver. »

Ce n'était pas la neige qui comptait, mais le calendrier

Le gendarme a pris quelques minutes pour expliquer. Depuis quelques hivers, une règle issue de la loi Montagne s'applique dans une liste de communes de massif fixée par arrêté préfectoral. Villard-de-Lans en fait partie, comme la plupart des communes du Vercors en Isère. Du 1er novembre au 31 mars, les voitures qui y circulent doivent être équipées de pneus hiver, ou bien transporter des chaînes ou des chaussettes à neige dans le coffre. Peu importe qu'il fasse beau ou que la chaussée soit sèche ce jour-là.

Gérard a alors compris le panneau rond aperçu après les gorges. Il marquait l'entrée de la zone concernée, avec les dates de la période. Le gendarme a précisé, en regardant le flanc des pneus, ce qu'il cherchait : le petit symbole d'une montagne à trois pics avec un flocon, qui signale les pneus hiver ou toutes saisons reconnus. Sur la Peugeot, rien de tel. Des pneus été, en très bon état d'ailleurs, mais qui ne comptent pas. C'est pour les jours où ça tombe d'un coup, a résumé le gendarme, on ne choisit pas l'heure.

La sanction a suivi, sans drame. Une amende forfaitaire de 135 euros, celle prévue pour ce manquement. Gérard l'a acceptée sans discuter, un peu sonné. Le gendarme lui a indiqué qu'il pouvait rejoindre sa fille, mais qu'il devrait s'équiper avant de reprendre la route dans la zone. Plus tard, Gérard a eu cette phrase, en racontant la scène à Monique : J'ai cru qu'il cherchait l'alcool, et il regardait mes roues. Il en riait presque, mais d'un rire jaune, celui de quelqu'un qui découvre qu'une règle existait depuis longtemps sans lui.

Trois semaines plus tard, des chaînes rangées sous la roue de secours

Ce samedi-là, Claire a fini par rappeler, un peu inquiète de voir trois appels manqués. Son compagnon a prêté à Gérard une paire de chaussettes à neige pour la descente du soir. Le déjeuner a été joyeux malgré tout, et l'histoire du rond-point est devenue la blague de la journée. Mais sur la route du retour, Gérard a fait ses comptes. Les cent euros économisés au printemps étaient partis, et même un peu plus. Il prévoit de remonter souvent cet hiver, pour garder sa petite-fille le mercredi.

La semaine suivante, il est retourné chez son garagiste. Changer quatre pneus neufs lui semblait absurde, alors il a acheté une paire de chaînes adaptées à la taille de ses roues, autour de soixante euros. Le garagiste lui a montré comment les monter, sur le parking, sous une petite pluie froide. Gérard a mis vingt minutes la première fois, huit la deuxième. Il a dit qu'il préférait apprendre à Valence, au sec, plutôt que sur un bas-côté gelé. Les chaînes dorment désormais sous la roue de secours, dans leur sac rouge.

Monique, elle, a décidé que la prochaine voiture aurait des pneus toutes saisons, avec le bon marquage. Gérard ne s'y oppose plus. Ce qui l'a frappé, raconte-t-il, c'est d'avoir roulé des années dans le Vercors sans connaître la règle, simplement parce qu'il n'y était jamais venu au mauvais moment. Avant de partir vers un massif, regardez votre calendrier autant que la météo, conseille-t-il à ses amis. Trois semaines plus tard, il est remonté chez Claire sous les premiers flocons, l'esprit tranquille, les chaînes bien rangées dans le coffre.

« Avant de partir vers la montagne, regardez le calendrier autant que la météo, franchement. »

  • Du 1er novembre au 31 mars, les communes listées par arrêté préfectoral au titre de la loi Montagne imposent un équipement hiver.
  • Équipement accepté : pneus hiver ou toutes saisons portant le symbole montagne à trois pics et flocon (3PMSF).
  • Sinon, garder dans le coffre des chaînes ou des chaussettes à neige adaptées à la taille de ses pneus.
  • L'obligation s'applique même par temps sec : c'est la période et la zone qui comptent, pas la météo du jour.
  • Un panneau rond bleu marque l'entrée des zones concernées ; le manquement expose à une amende forfaitaire de 135 euros.
  • S'entraîner à monter ses chaînes chez soi avant le départ évite de découvrir la manœuvre sur une route froide.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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