Il nettoie lui-même son poêle à granulés chaque mois en Corrèze : après le feu de conduit, l’assureur réclame un papier qu’il n’a pas

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Il était un peu plus de six heures, ce matin de janvier, et la maison de Gérard sentait encore la sciure tiède. Dans le salon, le poêle ronronnait doucement, sa vis sans fin cliquetait à intervalles réguliers. Dehors, le givre blanchissait les prés autour de Meymac. Gérard a posé sa tasse sur le rebord de la fenêtre, puis il a entendu un grondement sourd monter dans le conduit.

Trois hivers au chaud dans une longère du plateau corrézien

Gérard a 58 ans et il a passé trente ans à réparer des tracteurs dans un garage agricole d'Ussel. Avec Martine, sa femme, il habite une longère en pierre achetée à la fin des années quatre-vingt-dix. La maison est belle, mais elle a longtemps été une passoire, avec une vieille cheminée ouverte qui avalait le bois sans rien rendre. L'hiver, sur le plateau de Millevaches, le thermomètre descend souvent sous zéro pendant des semaines entières. Martine portait deux pulls dans la cuisine, et les petits-enfants refusaient de dormir dans la chambre du fond.

Il y a trois ans, ils ont fini par se décider pour un poêle à granulés, installé par un artisan de Tulle. Le chantier a duré une journée, avec un tubage neuf glissé dans l'ancien conduit de la cheminée. Le premier soir, ils sont restés assis devant la vitre à regarder la petite flamme orangée, presque surpris par le silence. La maison entière a changé de visage. Martine a rangé ses pulls, les petits-enfants ont réclamé la chambre du fond, et la facture de chauffage a fondu de moitié.

Gérard aime comprendre les machines qu'il possède, c'est plus fort que lui. Il a lu la notice du poêle de la première à la dernière page, il a repéré chaque trappe et chaque joint. Il achète ses granulés par palettes entières à une coopérative voisine, toujours la même marque, certifiée. Les sacs de quinze kilos s'empilent dans l'appentis, bien à l'abri de l'humidité. Chaque matin, il remplit la trémie avant de sortir le chien. Pour lui, ce poêle était devenu un compagnon fiable, aussi régulier qu'une horloge de cuisine.

Un nettoyage mensuel qui semblait valoir mieux qu'un ramoneur

Dès le premier hiver, Gérard s'est fixé une règle simple. Le premier dimanche de chaque mois, il éteint le poêle la veille et le laisse refroidir complètement pendant la nuit. Au matin, il étale de vieux journaux sur le carrelage, sort son aspirateur à cendres et démonte les déflecteurs. Il gratte le creuset, brosse l'échangeur, vide le cendrier jusqu'au fond. Il passe même un écouvillon dans le té de raccordement, à l'arrière de l'appareil. Toute l'opération lui prend une heure et demie, et il en ressort les mains grises et satisfait.

Le ramoneur, il y avait pensé, bien sûr. L'installateur lui en avait parlé en partant, au détour d'une phrase, entre deux signatures. Mais Gérard avait fait ses calculs, à sa manière d'ancien mécanicien. Pourquoi payer quelqu'un pour un travail qu'il faisait déjà lui-même, plus souvent et avec plus de soin que n'importe qui. Soyons honnêtes, beaucoup de gens raisonnent ainsi devant un appareil qu'ils entretiennent avec attention. Il avait l'impression de connaître chaque recoin de son poêle mieux qu'un inconnu pressé venu pour vingt minutes.

Martine, elle, n'avait pas d'avis tranché sur la question. Elle voyait son mari revenir du salon avec le seau de cendres, et cela la rassurait plutôt. « Tu es plus maniaque qu'un ramoneur », lui disait-elle en riant, quand il refermait la porte vitrée avec précaution. Les voisins, eux, faisaient venir un professionnel chaque automne, et Gérard les trouvait un peu dépensiers. Le poêle tournait parfaitement, sans fumée, sans odeur, sans panne. Rien, dans tout ce qu'il voyait chaque mois, ne lui donnait la moindre raison de changer ses habitudes.

« Le conduit, c'est du tube inox, ça ne bouge pas, je ne vois pas ce qu'il y aurait à y faire. »

Une odeur de goudron que Gérard a mise sur le compte du froid

C'est à l'automne que les premiers signes sont apparus, si discrets qu'il les a presque oubliés. Un soir de novembre, en rentrant du jardin, Gérard a senti une odeur âcre, un peu goudronneuse, près de l'appentis. Il a levé les yeux vers le chapeau du conduit, sur le toit, sans rien remarquer de particulier. Le vent soufflait fort ce soir-là, il s'est dit que la fumée avait été rabattue. Il a haussé les épaules et il est rentré au chaud, où le poêle brûlait comme d'habitude, avec sa flamme bien droite.

Quelques semaines plus tard, Martine a trouvé de petites traces noires sur le mur extérieur, juste sous la sortie de toit. On aurait dit des coulures sombres, comme du café séché sur une nappe. Gérard a pensé à la condensation, aux matins de gel qui faisaient perler l'humidité sur la pierre. Il a aussi remarqué que la vitre du poêle noircissait un peu plus vite qu'avant. Il l'a nettoyée avec une éponge humide trempée dans la cendre, un vieux truc de son père, et elle a retrouvé sa transparence.

Ce qu'il ne voyait pas, c'était le haut du conduit, cette partie qu'aucun de ses nettoyages n'atteignait jamais. Ses écouvillons s'arrêtaient au raccordement, à quelques dizaines de centimètres derrière l'appareil. Au-delà, sur près de sept mètres de tubage montant jusqu'au faîtage, il n'avait jamais rien regardé. « Le conduit, c'est du tube inox, ça ne bouge pas », avait-il expliqué un jour à son beau-frère. Il le pensait sincèrement. Dans son esprit, tout ce qui comptait se passait dans le foyer, là où il mettait les mains.

Le grondement dans le conduit et la nuit sous les gyrophares

Ce matin de janvier, le grondement s'est amplifié en quelques secondes, comme un train lointain qui se rapproche. Le tuyau derrière le poêle a commencé à émettre des claquements métalliques. Gérard a couru dehors en chaussons et il a vu des étincelles jaillir du chapeau, puis une flamme courte et rageuse. Il a crié à Martine d'appeler les pompiers et il a coupé le poêle, sans trop savoir si cela servait encore à quelque chose. Le chien aboyait sans s'arrêter, les étincelles retombaient sur l'ardoise givrée.

Les pompiers de Meymac sont arrivés en moins de vingt minutes, ce qui leur a semblé durer une heure. Ils ont installé une échelle contre le pignon, inspecté le conduit, mesuré la chaleur des murs avec une caméra thermique. Le feu s'est éteint de lui-même, faute de matière, mais la chaleur avait fendu une partie de l'enduit intérieur. Une poutre traversée par le conduit, dans les combles, était noircie sur une bonne longueur. La chambre du fond sentait la fumée, et le plafond portait une large auréole brune.

Le chef d'équipe, un homme calme d'une quarantaine d'années, a posé quelques questions en remplissant ses papiers. Il voulait savoir quand le conduit avait été ramoné pour la dernière fois. Gérard a expliqué ses nettoyages mensuels, avec précision, presque avec fierté. L'homme a hoché la tête sans rien dire, puis il a noté quelque chose. Le lendemain, Gérard a appelé son assureur pour déclarer le sinistre. La conseillère a été aimable, elle a ouvert un dossier et elle a annoncé la visite d'un expert. Puis elle a ajouté une phrase qui l'a fait tiquer.

« J'ai tout fait sauf la seule chose qui comptait, et c'est celle-là qu'ils m'ont demandée. »

Le papier que l'expert réclamait et que Gérard n'avait jamais eu

La phrase, c'était une demande toute simple. L'assureur souhaitait recevoir le dernier certificat de ramonage du conduit, établi par un professionnel. Gérard a d'abord cru à une formalité, il a répondu qu'il entretenait lui-même son installation. Trois semaines plus tard, une lettre est arrivée, polie et précise. L'expert avait constaté un dépôt important de suie et de bistre dans la partie haute du tubage. Selon son rapport, ce bourrage était à l'origine de l'embrasement. Et l'absence de certificat pouvait conduire à une réduction de l'indemnisation.

Gérard a relu la lettre plusieurs fois, assis à la table de la cuisine, les lunettes sur le bout du nez. Il a appelé l'installateur de Tulle, qui lui a expliqué ce qu'il n'avait pas vraiment entendu trois ans plus tôt. En Corrèze, comme presque partout, le règlement sanitaire départemental impose un ramonage par un professionnel, souvent deux fois par an, dont une pendant la saison de chauffe. Nettoyer l'appareil, c'est l'entretien courant. Ramoner le conduit sur toute sa hauteur, c'est autre chose, avec un hérisson et un certificat remis à la fin.

« J'ai tout fait sauf la seule chose qui comptait », a soufflé Gérard à Martine ce soir-là. Il ne s'agissait ni de mauvais granulés ni d'un défaut du poêle. Le conduit s'était encrassé là où personne ne regardait jamais. Les granulés mal brûlés, les démarrages répétés, les jours de faible allure avaient déposé une couche goudronneuse, mois après mois. Son assureur, comme le lui a résumé la conseillère au téléphone, devait établir un lien entre le défaut d'entretien et le sinistre pour réduire son indemnisation. Dans son cas, le rapport de l'expert faisait précisément ce lien.

Ce que l'hiver a coûté et ce que Gérard vérifie désormais

Les travaux ont été chiffrés à un peu plus de neuf mille euros, entre la poutre, le plafond, l'enduit et le remplacement du tubage. L'assureur a appliqué une réduction importante, en s'appuyant sur le rapport et sur l'absence de certificat. Gérard a contesté par courrier, puis il a fini par accepter une indemnisation partielle, faute d'arguments solides. « Si j'avais payé deux ramonages par an, j'aurais dépensé moins de deux cents euros », calcule-t-il aujourd'hui. Le chiffre le hante un peu, lui qui s'était toujours cru plus prudent que ses voisins.

Depuis, il a pris rendez-vous avec un ramoneur qualifié de la vallée, un jeune homme méthodique qui passe en octobre et en février. Gérard reste dans le salon pendant toute l'intervention, il regarde, il pose des questions. Le ramoneur lui montre ce qui tombe du conduit dans le sac, cette poussière noire et parfois des croûtes plus dures. Il lui remet à chaque fois un certificat daté, que Martine range dans une pochette plastique, avec les factures de granulés. « Celle-là, je la garde mieux que mes papiers d'identité », dit-elle.

Gérard n'a pas abandonné ses dimanches de nettoyage, au contraire. Il continue de démonter, de gratter et d'aspirer chaque mois, parce que l'appareil fonctionne mieux ainsi. Mais il a compris que ce soin-là ne remplaçait pas l'autre. On connaît tous ce sentiment de bien faire, et c'est justement lui qui l'avait rendu sourd aux petits signes. Aujourd'hui, quand un voisin lui parle de son nouveau poêle, il commence toujours par la même question. Il lui demande où il range ses certificats, et il attend la réponse avant de parler d'autre chose.

« Si j'avais payé deux ramonages par an, j'aurais dépensé moins de deux cents euros, voilà le calcul. »

  • Consulter le règlement sanitaire départemental de son département pour connaître la fréquence de ramonage exigée.
  • Faire ramoner le conduit par un professionnel, souvent deux fois par an dont une en période de chauffe.
  • Conserver chaque certificat de ramonage daté, avec les factures d'entretien de l'appareil.
  • Distinguer le nettoyage du poêle, faisable soi-même, du ramonage du conduit sur toute sa hauteur.
  • Surveiller odeurs de goudron, coulures noires en sortie de toit et vitre qui noircit vite.
  • Relire son contrat d'assurance habitation pour vérifier les clauses liées à l'entretien des conduits.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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