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Le moteur de la Mégane ronronnait au ralenti, un vendredi d'octobre, vers sept heures du matin. Gérard, 64 ans, glissait la dernière glacière dans le coffre pendant que Monique cherchait ses lunettes sur le buffet de l'entrée. Dehors, sur le parking de la résidence à Clermont-Ferrand, le pare-brise était couvert d'une buée tiède. La maison du Cantal les attendait, comme chaque Toussaint.
Une maison de famille et une route connue par cœur
Cette maison, Gérard la connaît depuis l'enfance, quand son grand-père y élevait encore quelques vaches salers. C'est une bâtisse de pierre sombre au toit de lauzes, posée au-dessus d'un village de deux cents habitants. Depuis sa retraite d'électricien, il y monte avec Monique à chaque vacance scolaire, parfois avec les petits-enfants. La route, il la fait presque les yeux fermés, avec ses virages, son boulanger habituel et sa pause café à mi-chemin.
À la Toussaint, le rituel ne varie pas. On ferme les volets pour l'hiver, on purge les canalisations, on ramasse les dernières pommes du verger et on fleurit la tombe des parents au cimetière. Monique prépare toujours une soupe de légumes le premier soir, pendant que Gérard rallume le vieux poêle à bois. Ces quelques jours ont un goût de fin de saison, tranquille et un peu mélancolique, qu'ils ne manqueraient pour rien au monde.
Soyons honnêtes, Gérard n'a jamais été un homme inquiet au volant. Il conduit depuis plus de quarante ans, sans un accident, sans un retrait de point. Il connaît la montagne, il sait ralentir quand la route brille et rester en seconde dans les descentes. Pour lui, la neige en novembre reste une rareté, presque un souvenir d'autrefois. Ce matin-là, le thermomètre de la voiture affichait neuf degrés et le ciel promettait une journée claire.
Des pneus été gardés pour de bonnes raisons
Deux ans plus tôt, Gérard avait pourtant hésité devant le comptoir de son garagiste. Ce dernier lui proposait des pneus quatre saisons, un peu plus chers que les modèles été qu'il avait l'habitude de monter. Gérard avait fait ses calculs sur un coin de facture. Il roulait surtout en ville, quelques milliers de kilomètres par an, et l'essentiel de ses séjours au Cantal avait lieu l'été ou au printemps.
À quoi bon payer plus pour trois jours de route par an, avait-il dit au garagiste, qui n'avait pas insisté. Les chaînes, il en avait bien eu une paire autrefois, achetée pour une ancienne voiture. Elles avaient fini dans un carton du garage, puis à la déchetterie lors d'un grand rangement. Il s'était dit qu'en cas de neige sérieuse, il attendrait simplement que les routes soient dégagées, comme le faisaient les anciens du village.
Ce raisonnement avait du sens, et beaucoup de conducteurs le tiennent sans y penser davantage. On connaît tous ça : on équipe sa voiture pour la vie qu'on mène la plupart du temps, pas pour l'exception. Monique, elle, ne s'occupait pas des pneus. Elle faisait confiance à son mari pour tout ce qui touchait à la mécanique. Ce vendredi, personne dans la voiture ne pensait à la date, ni à ce qu'elle pouvait changer sur la route.
« Tiens, c'est nouveau, ce truc-là, j'ai jamais vu ce panneau en trente ans de route. »
Un panneau rond que personne n'avait jamais remarqué
Ils avaient quitté l'autoroute depuis une heure lorsque la route commença à grimper entre les sapins. Monique lisait le journal à voix haute, Gérard commentait les nouvelles en hochant la tête. À l'entrée d'une commune qu'ils traversaient chaque fois, un panneau attira l'œil de Monique. Il était rond, à fond bleu, avec un dessin de pneu et de chaîne, accompagné d'un panonceau qui parlait d'équipements obligatoires.
Tiens, c'est nouveau, ce truc-là, dit-elle en se retournant pour le regarder encore. Gérard jeta un coup d'œil distrait dans le rétroviseur. Il pensa d'abord à une indication pour les poids lourds, ou à une signalisation de chantier oubliée là depuis l'été. Il ne ralentit même pas. La route était sèche, le soleil tapait sur le capot, et rien ne semblait justifier la moindre précaution particulière à cet endroit.
Pourtant, quelques kilomètres plus loin, au carrefour du village suivant, le même panneau réapparut, net et neuf. Cette fois, Gérard leva le pied. Il lut le panonceau à voix basse, en articulant chaque mot comme pour mieux le comprendre. Pneus hiver ou chaînes obligatoires, du 1er novembre au 31 mars. Monique replia son journal. On est le premier novembre, demain, murmura-t-elle, et nous rentrons le cinq.
Sur le bas-côté, des coups de fil qui n'arrangent rien
Gérard se gara sur un petit terre-plein, devant une grange fermée. Il sortit son téléphone et chercha, avec ses gros doigts, ce que voulait dire ce panneau. Les réponses défilaient, parfois contradictoires, entre forums de conducteurs et pages officielles. Monique, de son côté, appela leur voisin du village, Bernard, un ancien chauffeur de car qui connaissait toutes les règles de la route mieux que personne dans la vallée.
Bernard décrocha à la troisième sonnerie, une tronçonneuse tournant au loin. Ah, la loi Montagne, dit-il aussitôt, comme si tout le monde en parlait depuis des mois. Il expliqua qu'au village, plusieurs voisins avaient déjà changé leurs pneus, et qu'un cousin s'était fait sermonner sur un parking de station. Moi, j'ai les chaînes dans le coffre depuis octobre, et je ne les sors jamais, mais elles sont là, ajouta-t-il en riant.
Gérard appela ensuite son garagiste de Clermont, qui ne pouvait rien pour lui avant la semaine suivante. Un centre auto de la région annonçait des délais de plusieurs jours, la Toussaint étant justement la période où tout le monde se précipite. Gérard sentit une chaleur désagréable lui monter dans la nuque. Je roule depuis quarante ans et on me dit que je ne suis plus en règle sur ma propre route, souffla-t-il à Monique.
« Je roule depuis quarante ans et on me dit que je ne suis plus en règle sur ma propre route. »
Ce que dit vraiment la loi, et ce qu'elle ne dit pas
Le soir, devant le poêle enfin allumé, Gérard reprit ses recherches avec plus de calme. Il découvrit que cette règle découlait de la loi Montagne et d'un décret entré en vigueur en 2021. Elle concerne les départements des massifs, dont le Cantal, mais pas toutes leurs communes. C'est chaque préfet qui arrête la liste précise des communes concernées, après avoir consulté les élus. Le panneau rond signale l'entrée dans la zone, un autre indique sa sortie.
Le principe est simple, même s'il l'avait ignoré. Du 1er novembre au 31 mars, dans ces communes, une voiture doit soit rouler avec quatre pneus hiver, soit transporter dans son coffre des chaînes ou des chaussettes à neige, adaptées à deux roues motrices au moins. Peu importe qu'il neige ou non ce jour-là. Ce n'est pas la météo qui déclenche l'obligation, c'est le calendrier et le lieu, ce qui surprend beaucoup de conducteurs.
Gérard apprit aussi que les pneus hiver reconnus portent désormais le symbole d'une montagne à trois pics avec un flocon. Les anciens marquages M+S seuls ne suffisent plus depuis l'automne 2024. Il apprit enfin que le reste de la France n'est pas concerné, et qu'un trajet en plaine pouvait se faire sans rien changer. Ce n'était donc ni une question de neige ni une question d'expérience, mais une simple affaire d'équipement à bord.
Une paire de chaînes, et un nouveau rituel d'automne
Le lendemain matin, Gérard descendit au bourg voisin, où une petite quincaillerie vendait encore quelques paires de chaînes. Il lui fallut lire la taille inscrite sur le flanc de ses pneus, accroupi sur le trottoir, pour trouver le bon modèle. La paire lui coûta un peu moins de quatre-vingts euros. Le vendeur lui conseilla de s'entraîner à les monter une fois, au sec, plutôt que de découvrir le mécanisme sous la neige.
Gérard suivit le conseil dans la cour de la maison, sous l'œil amusé de Bernard, venu en voisin. Il lui fallut vingt minutes pour la première roue, puis cinq pour la seconde. Si j'avais su, je l'aurais fait il y a dix ans, rien que pour la tranquillité, dit-il en s'essuyant les mains. Monique, elle, nota dans son carnet la date du premier novembre, soulignée deux fois, pour les années suivantes.
Trois semaines plus tard, de retour à Clermont, Gérard a pris rendez-vous pour des pneus quatre saisons marqués du bon symbole. Il garde pourtant les chaînes dans le coffre, dans leur boîte rouge, à côté du gilet jaune. Au fond, ce trajet ne lui a coûté qu'une frayeur, une matinée et une paire de chaînes. Il en parle désormais à chaque repas de famille, à ceux qui montent en montagne sans y penser.
« Moi, j'ai les chaînes dans le coffre depuis octobre, je ne les sors jamais, mais elles sont là. »
- Vérifier sur le site de la préfecture si votre commune de destination figure sur la liste des zones concernées.
- Retenir les dates : obligation du 1er novembre au 31 mars, qu'il neige ou non.
- Contrôler le marquage de vos pneus : le symbole montagne à trois pics avec flocon est requis.
- À défaut, garder des chaînes ou des chaussettes à neige adaptées dans le coffre.
- Relever la taille inscrite sur le flanc du pneu avant d'acheter des chaînes.
- S'entraîner à monter les chaînes une fois au sec, avant d'en avoir besoin.
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