Il part voir sa fille dans les Vosges avec ses pneus été : au premier rond-point, deux gendarmes lui font signe de se ranger

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Le moteur tournait au ralenti dans la cour, le pare-brise encore embué par la fraîcheur du matin. Il était sept heures dix, ce samedi 4 novembre, et Gérard calait le carton de confitures entre deux sacs sur la banquette arrière. Monique lui tendait son thermos de café par la vitre. Le ciel était clair, la route serait sèche, il serait chez sa fille pour midi.

Un aller-retour de routine vers La Bresse, depuis six ans déjà

Gérard a soixante-sept ans et il a passé trente ans à réparer des machines agricoles du côté de Dijon. Depuis sa retraite, il conduit peu, surtout pour les courses et le marché du mercredi. Sa Peugeot 308 grise affiche cent quarante mille kilomètres, entretenue chaque année au même garage. Il connaît son moteur comme on connaît une vieille montre, au bruit, à la vibration. Il ne se pose jamais de question sur elle, puisqu'elle ne l'a jamais laissé sur le bord de la route.

Sa fille Claire s'est installée à La Bresse il y a six ans, avec son compagnon et leurs deux enfants. Elle travaille dans une scierie de la vallée, lui tient un magasin de location de skis. Gérard fait le trajet trois ou quatre fois par an, toujours le même itinéraire par Vesoul et Remiremont. Il part tôt, s'arrête une fois pour un café, arrive pour le déjeuner. C'est une habitude tranquille, presque un rituel qu'il aime répéter sans y penser.

Cette fois, il venait pour l'anniversaire de Léo, son petit-fils, qui fêtait ses neuf ans. Monique, sa femme, restait à Dijon à cause de son genou opéré au printemps. Il emportait donc les cadeaux, les confitures de prunes et une boîte de biscuits faits maison. Il avait vérifié la pression des pneus la veille, fait le plein à la station du supermarché. Rien, absolument rien, ne laissait penser que ce voyage serait différent des précédents.

Pourquoi changer de pneus quand la neige n'est pas annoncée

Deux semaines plus tôt, Claire lui avait pourtant parlé des pneus au téléphone, entre deux nouvelles des enfants. Elle avait dit quelque chose comme pense à ton équipement, papa, c'est la saison. Gérard avait répondu oui, bien sûr, sans vraiment écouter, l'esprit déjà sur la liste des cadeaux. Pour lui, l'équipement d'hiver, c'était pour la neige, et la neige, c'était pour janvier. Début novembre, il faisait encore treize degrés l'après-midi dans son jardin.

Il avait même fait ses calculs, comme il le fait toujours avant une dépense. Quatre pneus hiver montés, c'était au moins quatre cents euros, plus le montage et le stockage des autres. Pour quatre voyages par an, dont un seul en plein hiver, cela lui semblait disproportionné. Et puis, soyons honnêtes, il avait toujours roulé en pneus été, même à Noël, sans le moindre souci. Il suffisait de regarder la météo et de ne pas partir quand il neigeait.

La veille du départ, il avait consulté les prévisions sur la tablette de Monique. Ciel dégagé sur tout le massif, températures positives jusqu'à mille mètres, aucun épisode neigeux avant au moins une semaine. Il avait montré l'écran à sa femme avec un petit sourire satisfait. Tu vois, avait-il dit, même pas besoin d'y penser. Monique avait haussé les épaules, elle lui fait confiance pour tout ce qui touche à la voiture. Il s'était couché tôt, le réveil réglé sur six heures et demie.

« Je regardais la météo comme si c'était elle qui décidait, alors que c'était juste le calendrier. »

Un panneau blanc et bleu aperçu trop vite après Remiremont

Le trajet s'est déroulé exactement comme prévu, sur un bitume sec et sous un soleil rasant. Gérard a écouté la radio, s'est arrêté à Lure pour un café et un croissant. Après Remiremont, la route commence à monter doucement entre les sapins, et l'air se fait plus vif. Il a baissé un peu la vitre pour sentir l'odeur de résine, comme il le fait chaque fois. Il était en avance sur son horaire, de bonne humeur, en train de fredonner.

C'est à ce moment qu'il a remarqué un panneau qu'il ne se rappelait pas avoir vu les autres années. Un grand rectangle, avec un pneu dessiné et une chaîne, et une mention concernant une période de l'année. Il l'a aperçu une seconde, peut-être deux, à cinquante kilomètres à l'heure dans une courbe. Il a pensé à une signalisation pour les jours de neige, un rappel de prudence parmi d'autres. Il n'a pas ralenti, il n'a même pas cherché à relire.

Quelques kilomètres plus loin, il a croisé une camionnette de livraison dont les pneus portaient un petit dessin de montagne. Il l'a remarqué parce que le soleil faisait briller le flanc noir du caoutchouc. Il s'est dit que les gens d'ici étaient prudents, habitués aux hivers rudes de la vallée. Il a même eu une pensée amusée pour Claire et son conseil au téléphone. On connaît tous ça, ces petits détails qu'on enregistre sans les comprendre et qu'on range aussitôt.

Deux gendarmes au rond-point et un gilet jaune qui fait signe

Au premier rond-point à l'entrée de la vallée, deux voitures de gendarmerie stationnaient sur le bas-côté. Un gendarme en gilet fluorescent faisait signe aux automobilistes, un par un, de se ranger sur le parking voisin. Gérard a d'abord cru à un contrôle d'alcoolémie, un samedi matin, ce qui l'a presque fait sourire. Il n'avait bu que son café de Lure. Il s'est garé docilement, a coupé le moteur et préparé ses papiers dans la boîte à gants.

Le gendarme s'est approché, a salué poliment, puis s'est penché non pas vers la vitre mais vers la roue avant. Il a fait le tour de la voiture lentement, en regardant chaque pneu, sans un mot. Gérard est sorti, les mains dans les poches de sa parka, de plus en plus perplexe. Il a demandé s'il y avait un problème d'usure, rappelant que son garagiste les avait contrôlés en septembre. Le gendarme a secoué la tête avant de répondre calmement.

Vous avez des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, monsieur, a-t-il demandé. Gérard a ouvert le hayon pour montrer, alors qu'il savait très bien ce qu'il y avait dedans. Une valise, le sac de cadeaux, une couverture, le triangle et le gilet jaune réglementaires. Rien d'autre. Il a tenté d'expliquer qu'il faisait beau, que la route était sèche, qu'il avait vérifié la météo. Il a même sorti son téléphone pour appeler Claire, qui n'a pas décroché, occupée à préparer le gâteau.

« Trente ans de mécanique, des centaines de pneus changés, et je ne connaissais pas ce petit dessin de montagne. »

Ce n'était pas la neige, c'était la date sur le calendrier

Le gendarme a pris le temps d'expliquer, avec la patience de quelqu'un qui répète la même chose depuis le matin. Depuis le premier novembre et jusqu'au trente et un mars, a-t-il dit, l'équipement d'hiver est obligatoire ici. Il ne s'agit pas de la météo du jour, mais de la loi Montagne, appliquée dans certaines communes de trente-quatre départements. Les Vosges en font partie, et la vallée où vit Claire aussi. Le panneau aperçu après Remiremont signalait justement l'entrée dans cette zone.

Concrètement, a poursuivi le gendarme, il faut soit quatre pneus hiver, soit des chaînes ou des chaussettes dans le coffre. Même s'il fait grand soleil, même si la route est parfaitement sèche, a-t-il insisté en montrant le ciel bleu. Ce sont les préfets qui fixent la liste des communes concernées, département par département, et elle est consultable en ligne. Gérard a écouté sans répondre, en se repassant la conversation téléphonique avec sa fille. Il comprenait enfin ce qu'elle avait voulu lui dire.

Il a aussi appris ce que signifiait le petit dessin aperçu sur la camionnette. Le gendarme lui a montré le flanc d'un pneu sur une autre voiture contrôlée, avec ce symbole de montagne à trois pics et un flocon. C'est ce marquage qui compte aujourd'hui, a-t-il précisé, la simple inscription M+S ne suffit plus pour les pneus récents. Gérard s'est senti bête, puis surtout fatigué. Il a dit à voix basse : trente ans de mécanique et je ne savais pas ça.

Le détour par la zone commerciale, et ce qu'il garde désormais

Le gendarme ne l'a pas laissé poursuivre vers les hauteurs sans équipement et lui a conseillé un magasin auto en bas de la vallée. Gérard a fait demi-tour, un peu humilié, avec l'impression d'être un élève pris en faute. Au magasin, il n'était pas le seul : trois autres conducteurs attendaient au rayon des chaînes. Il a acheté une paire de chaussettes textiles adaptées à ses pneus, pour un peu moins de quatre-vingts euros. Il est arrivé chez Claire à treize heures quinze.

Claire l'attendait sur le pas de la porte, un torchon à la main, mi-inquiète, mi-amusée. Je te l'avais dit, papa, a-t-elle lâché en riant, avant de l'embrasser. Léo a voulu voir les chaussettes, qu'il trouvait drôles, et les a déroulées sur le carrelage de l'entrée. Gérard a raconté l'histoire au déjeuner, en exagérant un peu la sévérité du gendarme. Il a surtout retenu une chose : ce n'est pas le ciel qui décide, c'est la date et l'endroit.

De retour à Dijon, il a pris rendez-vous chez son garagiste pour réfléchir sérieusement aux pneus quatre saisons. Il garde désormais les chaussettes dans le coffre, rangées sous le plancher, de novembre à fin mars. Il a imprimé la liste des communes concernées et l'a glissée dans la boîte à gants. Il en parle aux voisins, aux amis du club de pétanque, à tous ceux qui partent en montagne. Monique dit qu'il est devenu un peu insistant, mais elle sourit en le disant.

« Ma fille m'avait prévenu au téléphone, mais j'avais entendu neige là où elle disait novembre. »

  • Vérifier si sa destination figure dans la liste des communes fixée par arrêté préfectoral.
  • Retenir la période : du 1er novembre au 31 mars, même par temps sec.
  • Choisir entre quatre pneus hiver ou des chaînes ou chaussettes dans le coffre.
  • Contrôler sur le flanc du pneu le symbole montagne à trois pics avec flocon.
  • Repérer les panneaux d'entrée et de sortie de zone sur l'itinéraire.
  • S'entraîner une fois à poser chaînes ou chaussettes avant le départ.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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