Il ramone lui-même sa cheminée de Haute-Loire avec un hérisson acheté en magasin : trois semaines plus tard, l’assureur lui réclame un certificat

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Le hérisson racle encore les parois du conduit quand Gérard redescend l'échelle, les mains noires jusqu'aux poignets. Il est dix heures, un samedi d'octobre, près d'Yssingeaux. Une odeur de suie froide flotte dans le salon, et Monique a étalé de vieux draps sur le tapis. Dans le seau, une poussière grise s'accumule, et Gérard, satisfait, se dit que l'hiver peut venir.

Vingt hivers au coin du feu, sur le plateau d'Yssingeaux

Gérard a 64 ans, et il a passé sa vie à réparer des machines agricoles dans un garage de la vallée. Avec Monique, il a acheté cette maison de pierre en 2004, une ancienne ferme posée au bord d'un chemin. Le salon a gardé sa grande cheminée, que le couple a équipée d'un insert pour chauffer tout le rez-de-chaussée. Chaque hiver, les stères de chêne et de hêtre s'empilent sous l'appentis, rangés avec un soin presque maniaque.

Sur le plateau, l'hiver tombe tôt et dure longtemps, avec des matins où le thermomètre descend sous les moins dix. Le feu, chez eux, n'est pas une décoration du dimanche, c'est le cœur de la maison. Gérard l'allume dès le premier froid et ne le laisse s'éteindre qu'au printemps. Monique lit dans le fauteuil d'à côté, les petits-enfants y font sécher leurs gants après la luge, et le chat dort sur la pierre tiède.

Ce samedi d'octobre ressemble à tous les autres depuis vingt ans. Gérard grimpe sur le toit, fait descendre le hérisson dans le conduit, remonte, recommence, puis vide la suie dans le jardin. Il connaît chaque tuile, chaque prise pour poser le pied, chaque bruit de la brosse contre le boisseau. Monique, en bas, surveille les draps et râle un peu pour la forme. Pour eux, c'est un rituel d'automne, comme rentrer les géraniums ou purger les radiateurs de l'étage.

Pourquoi payer quelqu'un pour un geste qu'il sait faire

Au début, pourtant, un ramoneur passait chaque année, un artisan du bourg qui laissait un papier sur la table. Puis l'homme a pris sa retraite, et Gérard n'a pas cherché de remplaçant. Il s'est dit qu'un hérisson, une rallonge de cannes et un peu d'huile de coude feraient le même travail. Il a acheté le kit dans une grande surface de bricolage du Puy-en-Velay, pour une quarantaine d'euros, et il ne l'a jamais regretté.

Soyons honnêtes, ses raisons tenaient debout. Un ramoneur, c'était un rendez-vous à caler, une demi-journée à attendre, une facture d'environ soixante-dix euros, et parfois davantage avec le déplacement. Gérard, lui, avait l'habitude des outils et le goût des choses bien faites. Il ne voyait pas pourquoi un inconnu gratterait mieux que lui un conduit qu'il connaissait par cœur. Monique avait bien suggéré de rappeler quelqu'un, une fois, mais elle n'avait pas insisté.

Je l'ai toujours fait mieux que les autres, mon conduit, répétait Gérard aux voisins qui le voyaient perché sur le toit. Personne ne le contredisait, d'ailleurs, puisque la suie tombait en quantité et que le feu tirait bien. Les années ont passé ainsi, sans incident, sans fumée dans le salon, sans la moindre alerte. Le papier du ramoneur, rangé autrefois dans une chemise cartonnée, a cessé d'arriver, et personne dans la maison ne s'en est aperçu.

« Je l'ai toujours fait mieux que les autres, mon conduit, alors pourquoi j'aurais payé quelqu'un pour ça. »

Un goudron noir et brillant sur la porte de l'insert

C'est Monique qui l'a remarqué la première, au début du mois de décembre. Sur la vitre de l'insert, une pellicule noire revenait plus vite que d'habitude, malgré les nettoyages au papier journal. Et dans l'angle de la porte, une coulure luisante, presque collante, s'était formée comme une larme de goudron. Elle l'a montrée à Gérard un soir, en lui tendant une éponge. Il a haussé les épaules et accusé le bois de l'année, coupé un peu tard.

Il faut dire que le stock de cette saison venait d'un voisin, et qu'il avait moins séché que d'ordinaire. Gérard le savait, il l'avait senti à la main, ces bûches plus lourdes qui sifflaient en brûlant. Mais on connaît tous ça : on se dit qu'on finira le tas, qu'on fera mieux l'an prochain. Il a donc continué à charger l'insert, en fermant un peu plus l'arrivée d'air la nuit pour que le feu tienne jusqu'au matin.

Il y a eu aussi cette odeur, certains soirs, une odeur âcre qui piquait la gorge dans l'escalier. Les petits-enfants ont dit que ça sentait le pneu brûlé, et tout le monde a ri. Gérard a ouvert la fenêtre du palier et n'y a plus pensé. Ça doit être la pluie qui rabat la fumée, a-t-il dit à Monique en remontant se coucher. Personne n'a songé à regarder ce qui se passait, plus haut, dans les quatre mètres de conduit.

Un grondement dans le mur, puis les pompiers dans la cour

Le soir du 14 janvier, il faisait moins douze dehors, et l'insert ronflait depuis l'après-midi. Vers vingt et une heures, un bruit sourd est monté du mur, comme un train qui passerait derrière la cloison. Le conduit s'est mis à claquer, et une lueur orange est apparue au sommet de la cheminée, visible depuis la route. Gérard est sorti en chaussons dans la neige et a vu des étincelles s'échapper du toit en gerbes serrées.

Monique a appelé le 18 pendant que Gérard fermait l'arrivée d'air et éloignait les fauteuils du foyer. Les pompiers d'Yssingeaux sont arrivés en vingt minutes, avec leurs gyrophares qui bleuissaient la façade. Ils ont étouffé le feu dans le conduit, inspecté les combles à la caméra thermique et arrosé une poutre qui commençait à noircir. Il a fallu la nuit entière pour que la maison refroidisse, et le couple a dormi chez leur fille, à Retournac.

Le lendemain, le constat était lourd, même si personne n'était blessé. La poutre de la charpente était à remplacer, le plafond de la chambre au-dessus avait fissuré, et la fumée avait noirci les murs du salon. Gérard a appelé son assureur dès neuf heures, avec le sentiment d'avoir eu de la chance. Un expert est passé quelques jours plus tard, a pris des photos, mesuré, noté. Puis, au moment de partir, il a demandé le certificat de ramonage.

« J'ai cru que je faisais bien, et en fait je nettoyais la moitié du problème. »

Le document que personne ne lui avait demandé en vingt ans

Gérard a d'abord cru à une formalité. Il a expliqué qu'il ramonait lui-même, tous les ans, et qu'il pouvait montrer le hérisson et le ticket du magasin. L'expert l'a écouté poliment, puis lui a expliqué que ce n'était pas la même chose. Dans son contrat, comme dans beaucoup de contrats habitation, une clause prévoyait un entretien par un professionnel, attesté par un certificat. Et le règlement sanitaire départemental imposait lui aussi ce ramonage par une entreprise qualifiée.

Trois semaines plus tard, le courrier de l'assurance est arrivé. L'assureur ne refusait pas tout, mais il indiquait que le défaut d'entretien pouvait avoir contribué au sinistre, et qu'il appliquerait une réduction de l'indemnisation. L'expert avait relevé une épaisse couche de bistre dans le conduit, ce dépôt de goudron durci qui s'enflamme quand la température monte. Le hérisson de Gérard grattait la suie molle, mais laissait en place cette croûte noire, collée aux parois depuis des années.

J'ai cru que je faisais bien, et en fait je nettoyais la moitié du problème, dit Gérard en tournant le courrier entre ses mains. Monique, elle, repense à la coulure sur la vitre et à l'odeur de pneu dans l'escalier. Tout était là, dit-elle, on l'avait sous les yeux. Le bois humide, l'air fermé la nuit, et ce bistre qui s'était accumulé sans bruit, à l'abri d'une brosse qui ne pouvait rien contre lui.

Ce que l'hiver suivant a changé dans la maison de pierre

Le couple a contesté, pièces à l'appui, puis a négocié avec l'aide d'un conseiller de leur fille. Au bout de deux mois, l'assureur a maintenu une réduction, que Gérard évalue à plusieurs milliers d'euros restés à sa charge. Il ne crie pas à l'injustice, il dit seulement qu'il aurait préféré le savoir avant. La charpente a été réparée au printemps, et un fumiste a tubé le vieux conduit, ce qui représentait encore une dépense.

Désormais, une ramoneuse de Monistrol passe chaque automne, parfois deux fois quand l'insert tourne beaucoup. Elle inspecte, ramone, et laisse un certificat que Monique range aussitôt dans la chemise cartonnée, à côté du contrat d'assurance. Le bois est stocké deux ans sous l'appentis avant d'être brûlé, et Gérard a acheté un humidimètre pour vérifier chaque lot. Il ne ferme plus l'arrivée d'air la nuit pour faire durer le feu, même quand le froid mord.

Le hérisson est toujours au garage, accroché au mur, et Gérard s'en sert parfois entre deux passages pour retirer la suie légère. Mais il sait maintenant que ce geste ne remplace rien. Pour l'assureur, comme il dit, c'est le papier qui compte, pas la bonne volonté. Les voisins qui le voyaient sur le toit lui posent des questions, et il leur raconte la nuit du 14 janvier. Il commence toujours par le même conseil : sortir la chemise et chercher le dernier certificat.

« Tout était là, la coulure sur la vitre, l'odeur dans l'escalier, on l'avait sous les yeux. »

  • Faire ramoner par un professionnel qualifié, au moins une fois par an, souvent deux selon le département.
  • Exiger et conserver le certificat de ramonage avec le contrat d'assurance habitation.
  • Relire la clause d'entretien du contrat pour connaître ce que l'assureur demande précisément.
  • Brûler un bois sec, stocké au moins deux ans, et éviter de fermer l'arrivée d'air la nuit.
  • Surveiller les signes de bistre : coulures noires luisantes, vitre vite encrassée, odeur âcre.
  • En cas de feu de conduit, appeler le 18, fermer l'arrivée d'air et ne jamais jeter d'eau dans le foyer.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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