Il ramone lui-même son poêle à bois depuis douze ans en Ardèche : après un départ de feu, l’assureur réclame un certificat qu’il n’a pas

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Le hérisson de ramonage était encore accroché au clou, dans l'appentis, à côté des bûches de chêne. Ce soir de janvier, vers vingt et une heures, Gérard a entendu un grondement sourd monter du conduit, comme un train lointain. Puis une odeur âcre a envahi le salon de la vieille ferme ardéchoise. Sa femme Monique a crié son prénom depuis la cuisine.

Une ferme en pierre, un poêle et douze hivers sans histoire

Gérard a soixante-sept ans et il a passé sa vie à réparer des machines agricoles dans la vallée de l'Eyrieux. Avec Monique, ancienne secrétaire de mairie, il habite une ferme en pierre au-dessus de Saint-Sauveur-de-Montagut. La maison est grande, les murs sont épais, et l'hiver, le vent descend du plateau sans prévenir. Depuis douze ans, c'est un poêle à bois en fonte qui chauffe tout le rez-de-chaussée. Gérard l'a installé lui-même, avec un tubage inox qu'il a fait passer dans l'ancien conduit de cheminée.

Le bois, il le coupe sur ses propres parcelles, du chêne et du châtaignier qu'il laisse sécher deux ans sous l'appentis. Chaque matin d'hiver, il recharge le poêle avant même de faire le café, un geste aussi naturel que d'ouvrir les volets. Monique aime la chaleur douce qui monte jusqu'à l'étage par la cage d'escalier. Les petits-enfants, quand ils viennent à Noël, s'installent par terre devant la vitre pour regarder les flammes danser lentement.

Dans le village, beaucoup de voisins vivent comme eux, avec un poêle ou un insert et une réserve de bois bien rangée. On parle des stères, du prix du fioul, de la meilleure façon de faire démarrer un feu sans papier journal. Personne ne parle vraiment des conduits. C'est un sujet qu'on range avec les choses qui marchent toutes seules, comme la fosse septique ou la toiture. Gérard, lui, avait son idée là-dessus depuis longtemps, et il en était plutôt fier.

Le ramonage, il le faisait lui-même, et plutôt bien

La première année, il avait appelé un ramoneur de Privas, un homme sympathique qui était passé un matin d'octobre. L'intervention avait duré quarante minutes et coûté soixante-dix euros. Gérard avait regardé chaque geste, posé des questions sur la brosse, les rallonges, la façon de protéger le salon. Le soir même, il avait dit à Monique qu'il pourrait très bien s'en charger. Elle avait haussé les épaules, habituée à le voir démonter tout ce qui lui tombait sous la main.

L'année suivante, il avait commandé un hérisson adapté au diamètre de son tubage, avec des cannes vissables en fibre. Chaque automne, un samedi de fin septembre, il montait sur le toit avec une corde de sécurité. Monique tenait l'échelle en bas et surveillait le seau de suie dans le salon. Il brossait le conduit de haut en bas, vidait le té de purge, aspirait le foyer. Il notait même la date dans un petit carnet à spirale rangé dans le tiroir de l'établi.

Soyons honnêtes, ses raisons étaient bonnes. Il connaissait son installation mieux que personne, il brûlait du bois sec, et il voyait de ses yeux que le conduit était propre. Il économisait aussi l'argent d'un déplacement et la difficulté de trouver un rendez-vous à l'automne, quand tous les artisans sont débordés. Pour lui, un ramonage bien fait restait un ramonage bien fait, peu importe qui tenait la brosse. Pendant onze ans, rien ne lui a donné tort, pas une fumée, pas une alerte.

« Je le faisais bien, mon ramonage, je le jure, mais sur le papier, ça ne valait rien du tout. »

Un petit bruit dans le conduit, mis sur le compte du vent

Cet hiver-là, pourtant, quelque chose avait changé, mais Gérard ne l'avait pas vraiment remarqué. Une partie du bois venait d'un lot acheté à un voisin, plus humide que le sien, parce que sa propre réserve était trop juste. Le poêle tirait un peu moins bien. Il fallait ouvrir davantage l'arrivée d'air pour lancer le feu le matin. Monique trouvait que la vitre noircissait plus vite que d'habitude, et elle passait plus souvent l'éponge trempée dans la cendre pour la nettoyer.

Début janvier, un soir de grand froid, Gérard avait entendu de petits craquements dans le tubage, comme des grains de sable qui tombent. Il avait pensé au vent, à la dilatation du métal, à rien de grave. Il avait même plaisanté en disant que la maison parlait toute seule. On connaît tous ça, ces bruits qu'on entend sans les écouter, parce qu'ils font partie du décor. Il s'était promis de jeter un œil au printemps, au moment du nettoyage habituel.

Il n'avait pas fait de ramonage intermédiaire en plein hiver, il n'en avait jamais fait. Pour lui, une fois par an suffisait largement, puisque son bois était sec. Sauf que cette année, il ne l'était pas tout à fait. La suie et le bistre, ce dépôt goudronneux qui colle aux parois quand la combustion est mauvaise, s'accumulaient en silence. Personne dans la maison ne savait encore que le conduit se garnissait, semaine après semaine, comme une gorge qu'on encrasse.

Le soir où le conduit s'est mis à gronder

Ce soir-là, Gérard avait chargé le poêle avec de grosses bûches avant de s'asseoir devant le journal télévisé. Le grondement est arrivé d'un coup, puissant, accompagné d'une chaleur anormale qui irradiait du mur. Le tuyau visible devenait rouge sombre. Il a fermé l'arrivée d'air, comme il l'avait lu quelque part, puis il a crié à Monique d'appeler les pompiers. Elle a composé le dix-huit les mains tremblantes, en se trompant une première fois de numéro.

Les pompiers sont arrivés de Saint-Sauveur en dix-huit minutes, qui ont paru une heure. Ils ont sorti le feu du foyer, surveillé le conduit, vérifié les combles à la caméra thermique. Une poutre près du passage du tubage avait commencé à noircir, et une partie du plafond de l'étage était tachée par la fumée. Le chef d'agrès a demandé, presque en passant, à quand remontait le dernier ramonage. Gérard a répondu fièrement : en septembre, je le fais moi-même chaque année.

Le pompier n'a rien dit, mais il a hoché la tête d'une façon que Gérard n'a pas aimée. Le lendemain, Monique a passé la matinée à aérer, à laver les rideaux, à compter les dégâts. Le conduit était à refaire, la poutre à traiter, le plafond à repeindre, et un artisan a estimé l'ensemble à près de neuf mille euros. Gérard a appelé son assurance habitation, persuadé que tout serait couvert. Il était assuré depuis trente ans chez le même assureur, sans un seul sinistre.

« Le tuyau devenait rouge, j'ai fermé l'air et j'ai crié à Monique d'appeler les pompiers. »

Ce que l'assureur demandait, Gérard ne l'avait jamais eu

La conseillère au téléphone a été polie et précise. Elle a enregistré la déclaration, puis elle a demandé une copie du certificat de ramonage. Gérard a répondu qu'il n'en avait pas, puisqu'il ramonait lui-même, mais qu'il pouvait fournir son carnet avec les dates. Il y a eu un silence. Elle a expliqué que le contrat exigeait un entretien conforme à la réglementation, et qu'un expert allait passer. Gérard a raccroché sans bien comprendre ce qui venait de se jouer.

C'est l'expert, trois semaines plus tard, qui lui a tout expliqué, assis à la table de la cuisine. En Ardèche comme dans la plupart des départements, le règlement sanitaire départemental impose un ramonage par un professionnel qualifié, qui remet ensuite un certificat. Pour un conduit de poêle à bois, c'est souvent deux fois par an, dont une pendant la période de chauffe. Le ramonage fait soi-même, même soigneux, n'a aucune valeur aux yeux de ce texte. Et sans certificat, l'assureur peut réduire l'indemnisation.

Gérard a protesté, il a parlé de ses douze années, de son hérisson, de sa corde de sécurité sur le toit. L'expert l'a écouté sans l'interrompre, puis il a rappelé que le contrat renvoyait aux obligations réglementaires d'entretien. Il a aussi noté le bois humide, le bistre dans les débris, l'absence de ramonage depuis quatre mois de chauffe intensive. Monique, elle, regardait le carnet à spirale posé sur la toile cirée. Elle a dit doucement qu'ils auraient dû garder le numéro du ramoneur de Privas.

Une indemnisation réduite et un ramoneur désormais deux fois l'an

Le courrier de l'assureur est arrivé début mars. Une partie des dommages était prise en charge, mais une réduction était appliquée en raison du défaut d'entretien justifié. Au final, Gérard et Monique ont dû payer de leur poche un peu plus de trois mille euros. Ce n'était pas la ruine, mais c'était l'équivalent de plusieurs années de bois, et surtout un coup porté à l'amour-propre de Gérard. Il a mis des semaines à en parler aux voisins, puis il en a parlé à tout le monde.

Depuis, le ramoneur passe deux fois par an, en septembre et en janvier, et le certificat est rangé dans une pochette avec le contrat d'assurance. Gérard n'a pas jeté son hérisson, il s'en sert encore pour un nettoyage entre deux passages, mais il sait que cela ne compte pas. Il a aussi refait sa réserve pour ne plus brûler que du bois sec. Le nouveau tubage, posé par un installateur, a coûté cher, mais Monique dort mieux les soirs de grand froid.

Au marché de Saint-Sauveur, Gérard est devenu celui qui pose la question qui dérange. Il demande aux autres s'ils ont leur certificat, et souvent la réponse est un haussement d'épaules gêné. Beaucoup ramonent eux-mêmes, ou font venir un cousin, ou ne ramonent plus du tout depuis des années. Il ne fait pas la morale, il raconte simplement le soir du grondement et la lettre de mars. Ce qu'il retient tient en peu de choses, qu'il répète volontiers à qui veut l'entendre.

« Trente ans chez le même assureur, et la première chose qu'on me demande, c'est un papier que je n'ai pas. »

  • Vérifier dans le règlement sanitaire de son département la fréquence imposée, souvent deux ramonages par an.
  • Faire appel à un ramoneur professionnel qualifié et exiger un certificat à chaque passage.
  • Conserver les certificats avec le contrat d'assurance habitation, prêts à être envoyés.
  • Relire la clause d'entretien des conduits dans son contrat d'assurance.
  • Brûler uniquement du bois sec pour limiter le bistre dans le conduit.
  • Prévoir un passage pendant la saison de chauffe, pas seulement à l'automne.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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