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Samedi, huit heures et quart, la tarière thermique toussait au fond du jardin, près des Ponts-de-Cé. Thierry, 58 ans, tenait le premier poteau bien droit pendant que Nadine versait le béton rapide dans le trou. L'air sentait la terre mouillée et le sapin traité. De l'autre côté du vieux grillage, le chien des voisins aboyait sans conviction, comme chaque matin depuis onze ans.
Onze ans derrière un grillage qui ne cachait plus rien
Thierry et Nadine ont acheté leur pavillon en 2013, dans un lotissement tranquille au sud d'Angers. Lui est technicien de maintenance dans une usine de la zone d'activités, elle travaille à la cantine de l'école primaire. La maison n'a rien d'extraordinaire, quatre pièces, un garage, une terrasse en dalles qu'ils ont posée eux-mêmes. Au fond, un jardin de six cents mètres carrés, avec un potager, deux pommiers et un cabanon. Le tout fermé par un grillage vert tendu sur des piquets, déjà fatigué quand ils sont arrivés.
Pendant des années, ce grillage a suffi à tout le monde. Les enfants passaient la tête au-dessus pour récupérer un ballon, les voisins se parlaient par-dessus les tomates. Puis les enfants ont grandi et sont partis, la maison d'à côté a été vendue deux fois. Les nouveaux occupants ont installé une piscine hors-sol et une table de jardin juste contre la limite. Rien de méchant, des gens polis, mais le dimanche midi, on mangeait pratiquement ensemble sans l'avoir décidé.
Nadine a été la première à en parler, un soir de juin, en débarrassant la table. Elle ne se plaignait pas vraiment, elle constatait. Elle aurait aimé pouvoir lire au soleil sans saluer quelqu'un toutes les dix minutes. Thierry a haussé les épaules, puis il a regardé le grillage rouillé, les piquets penchés, les trous dans la maille. Il fallait de toute façon le changer un jour. Autant faire quelque chose de propre, qui dure, et qui donne enfin un peu d'intimité au fond du jardin.
Une palissade en kit et des calculs faits au salon
Le projet a pris forme sur la table du salon, avec un mètre ruban, un cahier à spirale et le catalogue d'une grande enseigne de bricolage. Thierry a mesuré vingt-deux mètres de limite au fond, plus quelques mètres sur le côté. Il a choisi des panneaux en pin traité autoclave, lames pleines, hauteur un mètre quatre-vingts. Au-delà, se disait-il, ça commencerait à ressembler à un mur de prison. En dessous, la piscine voisine resterait visible depuis la terrasse. Le compromis lui paraissait raisonnable, presque évident.
Il a quand même pris quelques précautions, parce que c'est un homme méthodique. Il est allé voir le voisin pour le prévenir, une bière à la main, un vendredi soir. Le voisin a trouvé l'idée très bien, il comptait lui-même faire quelque chose. Thierry a vérifié les bornes du géomètre, retrouvées dans l'herbe à chaque angle. Il a décidé de poser la palissade entièrement chez lui, à quelques centimètres en retrait, pour éviter toute discussion sur la propriété du bois.
Restait la question administrative, qu'il a réglée en deux minutes. Un collègue lui avait assuré qu'une clôture de moins de deux mètres ne demandait rien du tout. Lui-même avait posé la sienne sans le moindre papier, dans une commune voisine. Thierry s'en est contenté, comme beaucoup de gens l'auraient fait. Je me suis dit que si c'était chez moi, sur mon terrain, je n'avais de comptes à rendre à personne, raconte-t-il aujourd'hui. Le total de la commande s'élevait à un peu plus de deux mille quatre cents euros.
« Je me suis dit que si c'était chez moi, je n'avais de comptes à rendre à personne. »
Un week-end de béton et un passant qui s'arrête
La pose a occupé deux week-ends complets, sous un ciel heureusement clément. Le premier samedi, Thierry a creusé les trous à la tarière louée, Nadine dosait le béton et vérifiait les aplombs au niveau à bulle. Le dimanche, ils ont démonté le vieux grillage, roulé la maille, arraché les piquets un par un. Le week-end suivant, les panneaux sont arrivés sur une palette, et la palissade a monté lame après lame. Le dimanche soir, ils ont bu un verre sur la terrasse, enfin tranquilles.
C'est pendant le second samedi qu'un détail est passé presque inaperçu. Un homme âgé, promenant son chien sur le chemin piéton qui longe le côté du terrain, s'est arrêté un moment. Il a regardé les panneaux, puis Thierry, et il a demandé d'un ton neutre si c'était déclaré. Thierry a répondu en riant que ce n'était qu'une clôture. L'homme a hoché la tête, a dit que dans le coin, la mairie était regardante, puis il est reparti sans insister.
Sur le moment, ni Thierry ni Nadine n'y ont repensé. Soyons honnêtes, on connaît tous ces voisins qui aiment donner leur avis sur les travaux des autres. Le chemin piéton est fréquenté, on y croise des joggeurs, des familles, des retraités curieux. La palissade, côté rue, se voyait forcément, haute et claire dans le paysage du lotissement. Nadine se souvient seulement d'avoir trouvé le bois très neuf à côté des haies de laurier et des grillages des maisons alentour. Puis la vie a repris son cours habituel.
Le courrier de la mairie et les coups de fil inutiles
Trois semaines plus tard, une enveloppe à en-tête de la commune attendait dans la boîte aux lettres. Nadine l'a ouverte debout dans l'entrée, encore en manteau. Le service urbanisme indiquait avoir constaté l'édification d'une clôture sur la parcelle, et demandait le dépôt d'une déclaration préalable dans un délai d'un mois. Le courrier citait l'article R421-12 du Code de l'urbanisme et une délibération du conseil municipal. Il précisait aussi qu'à défaut de régularisation, des suites pourraient être données. Nadine a posé la lettre sur la table, sans un mot.
Thierry a d'abord cru à une erreur, puis à une dénonciation du voisin. Il a appelé son collègue, qui a maintenu que chez lui, personne ne lui avait jamais rien demandé. Il a téléphoné à la mairie le lundi matin, mais la personne compétente était en congé jusqu'à la fin de semaine. Il a fouillé des forums sur internet, où chacun affirmait le contraire de son voisin. Certains parlaient de deux mètres, d'autres d'un mètre cinquante, d'autres encore juraient qu'une clôture n'était jamais concernée.
Le soir, Thierry tournait en rond dans le jardin, la main posée sur les lames comme pour vérifier qu'elles tenaient. Je ne comprenais pas ce qu'on me reprochait, je n'avais rien construit, juste fermé mon terrain, dit-il. Nadine pensait surtout à l'argent dépensé et aux deux week-ends passés à genoux dans la terre. Ils ont imaginé le pire, devoir tout démonter, payer une amende. Le voisin, interrogé avec un peu de froideur, a juré qu'il n'avait jamais contacté personne. Ils l'ont cru, sans trop savoir pourquoi.
« Le monsieur au chien m'a demandé si c'était déclaré, et moi j'ai rigolé, je pensais que c'était une blague. »
Au guichet de l'urbanisme, la réponse était dans le PLU
Le vendredi suivant, Thierry a pris une matinée pour se rendre en personne au service urbanisme. Une agente l'a reçu derrière un comptoir couvert de plans, avec beaucoup de patience. Elle a sorti le plan local d'urbanisme et une copie de la délibération municipale. La commune avait décidé, comme le Code de l'urbanisme le lui permet, de soumettre l'édification des clôtures à déclaration préalable sur son territoire. La hauteur n'entrait pas en ligne de compte pour cette obligation. Une clôture de un mètre aurait demandé exactement la même démarche.
L'agente lui a expliqué que l'article R421-12 prévoit deux grands cas où une clôture doit être déclarée. D'abord lorsque la commune ou l'intercommunalité l'a décidé par délibération, ce qui était le cas ici. Ensuite lorsque le terrain se trouve dans un secteur protégé, par exemple aux abords d'un monument historique ou dans un site classé. Ailleurs, la règle générale n'impose pas de déclaration, ce qui expliquait la situation du collègue. Les deux hommes avaient raison chacun chez soi, simplement pas dans la même commune.
Restait la question qui inquiétait le plus Thierry, celle de la hauteur et de l'aspect. L'agente lui a montré le règlement de sa zone dans le PLU, qui fixait les règles applicables aux clôtures en limite séparative. Sa palissade respectait la hauteur maximale autorisée, mais le règlement demandait aussi certaines teintes et des matériaux précis. Le bois naturel passait, à condition de le mentionner clairement dans le dossier. On m'a dit que si j'avais demandé avant, j'aurais eu la réponse en cinq minutes, résume Thierry, mi-soulagé, mi-agacé.
Un dossier rempli après coup et une leçon bien retenue
Le dossier, Thierry l'a rempli le week-end suivant, à la table du salon où tout avait commencé. Le formulaire Cerfa de déclaration préalable, un plan de situation, un plan de masse, des photos de la palissade et de son environnement. Il a passé plus de temps à chercher les bons documents qu'à les compléter. Il a déposé le tout en mairie, contre un récépioccasion de dépôt daté. Le délai d'instruction était d'un mois, pendant lequel Nadine a guetté la boîte aux lettres tous les matins.
La réponse est finalement arrivée sans mauvaise surprise, une absence d'opposition en bonne et due forme. Thierry estime s'en être bien sorti, parce que sa palissade respectait le règlement par hasard plus que par calcul. Il sait qu'avec une hauteur supérieure ou une couleur interdite, l'histoire aurait pu tourner autrement. Il aurait fallu modifier, peut-être démonter, et repayer une partie du matériel. Au total, l'affaire lui a coûté un mois d'angoisse, une matinée de congé et quelques soirées perdues sur des forums contradictoires.
Aujourd'hui, la palissade a commencé à griser au soleil, et le chien des voisins aboie toujours derrière. Nadine lit sur sa chaise longue sans saluer personne, comme elle le souhaitait. Quand un ami parle de changer sa clôture, Thierry ressort systématiquement la même histoire, avec un petit sourire. Avant de creuser le premier trou, il faut ouvrir le PLU, pas le catalogue, répète-t-il. Il garde le courrier de la mairie dans un classeur, à côté de l'acte de vente, comme une pièce importante de la maison.
« On m'a dit que si j'avais demandé avant, j'aurais eu la réponse en cinq minutes au guichet. »
- Consulter le PLU de sa commune et le règlement de sa zone avant tout achat de matériaux.
- Demander en mairie si une délibération soumet les clôtures à déclaration préalable.
- Vérifier si le terrain se situe en secteur protégé, abords de monument historique ou site classé.
- Relever hauteur maximale, matériaux et couleurs autorisés pour les clôtures en limite.
- Prévoir un mois d'instruction pour une déclaration préalable avant de commencer les travaux.
- Garder une copie du dossier déposé et de la réponse avec les papiers de la maison.
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