Il retrouve un carnet de livret ouvert à Caen en 2012 : au guichet, la conseillère lui annonce un solde à zéro euro

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Le carton sentait le grenier et la poussière tiède, posé sur la table de la cuisine un samedi vers onze heures. Thierry soulevait des factures jaunies quand un petit carnet bleu a glissé entre deux enveloppes et claqué sur le carrelage. Sur la couverture, le logo d'une agence de Caen. À l'intérieur, une dernière ligne tamponnée en 2013, et un chiffre qu'il avait complètement oublié.

Un samedi de rangement dans une maison de l'Orne

Thierry a 47 ans, il est électricien à son compte et vit depuis huit ans dans une maison en pierre près d'Argentan, dans l'Orne. Ce samedi-là, sa compagne Sandrine lui avait donné un ultimatum gentil mais ferme. Les cartons du grenier, jamais ouverts depuis le déménagement, devaient disparaître avant l'hiver. Il avait donc sorti un escabeau, une lampe frontale et un rouleau de sacs-poubelle, en se promettant de tout jeter sans réfléchir. On connaît tous ce genre de résolution, qui tient rarement plus de dix minutes.

Le troisième carton contenait sa vie d'avant, celle des années caennaises. Des fiches de paie d'une entreprise de bâtiment, un bail d'appartement rue de Vaucelles, des cartes postales de copains partis loin. Thierry triait vite, sans vraiment lire, jusqu'au moment où le carnet bleu est tombé par terre. Il l'a ramassé, l'a ouvert avec curiosité, et s'est assis lentement sur une chaise. La dernière opération datait de mars 2013, et le solde affichait un peu plus de trois mille euros.

Il a appelé Sandrine depuis la cuisine, le carnet levé comme une pièce à conviction. Elle a ri en voyant son air ébahi, puis elle a fait le calcul à voix haute. Avec les intérêts accumulés pendant plus de dix ans, il devait y avoir davantage aujourd'hui. Thierry se souvenait vaguement de ce livret, ouvert pour mettre de côté une prime de fin de chantier. Puis la vie avait suivi son cours, avec un déménagement, une nouvelle banque, un nouveau travail. Le livret, lui, était resté sagement dans son carton.

Pourquoi il avait laissé dormir cet argent à Caen

En 2012, Thierry avait trente-quatre ans et travaillait comme salarié pour une entreprise de rénovation du Calvados. Son patron lui avait versé une prime exceptionnelle après un gros chantier à Ouistreham, et sa mère lui avait conseillé de ne pas la dépenser. Il était donc passé à l'agence la plus proche de chez lui, avait ouvert un livret d'épargne en dix minutes, et déposé l'argent. Quelques virements avaient suivi pendant un an, puis plus rien. Il se disait que cette réserve l'attendait, quelque part, sans risque.

Quand il a quitté Caen pour s'installer dans l'Orne, il a ouvert un compte dans une banque en ligne, plus pratique pour son activité. Il n'a jamais clôturé l'ancien livret, par flemme autant que par prudence. Je me disais que c'était mon parachute, que le jour où j'en aurais besoin, il serait là, raconte-t-il. Son courrier avait été réexpédié pendant six mois, puis plus du tout. Il n'avait jamais pensé à donner sa nouvelle adresse à l'agence caennaise.

Soyons honnêtes, beaucoup de gens fonctionnent comme lui, avec un vieux compte qui dort dans un coin de leur mémoire. Sandrine elle-même a avoué posséder un plan d'épargne ouvert par ses grands-parents, dont elle ignore tout. Ce samedi, en tout cas, Thierry voyait surtout une bonne nouvelle tombée du ciel. Il imaginait déjà changer la vieille chaudière, ou offrir un week-end à Sandrine. Dès le lundi matin, il prendrait la route de Caen pour récupérer son argent, carnet et pièce d'identité dans la poche.

« Je me disais que c'était mon parachute, que le jour où j'en aurais besoin, il serait là. »

Une agence qui a changé de façade et de nom

Le lundi, Thierry a garé sa camionnette devant l'adresse inscrite sur le carnet, dans le centre de Caen. À la place de l'agence, il a trouvé une boutique de téléphonie aux néons blancs. Un vendeur lui a expliqué que la banque avait déménagé deux rues plus loin, après une fusion d'enseignes. Ce premier détail ne l'a pas inquiété le moins du monde. Les banques changent de logo comme on change de chemise, s'est-il dit en marchant sous une petite pluie fine.

La nouvelle agence était plus moderne, avec des bornes tactiles et un comptoir en bois clair. Une jeune conseillère a pris le carnet, l'a feuilleté avec un léger sourire, puis a tapé son nom sur son clavier. Elle a mis du temps, a froncé les sourcils, a recommencé la recherche avec sa date de naissance. Thierry patientait, le coude sur le comptoir, en pensant déjà au chiffre qu'elle allait lui annoncer. Le silence s'est prolongé un peu trop longtemps à son goût.

Finalement, la conseillère a tourné l'écran vers lui, avec une gêne visible. Le livret existait bien, rattaché à son nom, mais le solde indiquait zéro euro. Thierry a cru à une plaisanterie, puis à une panne informatique. Il a demandé si quelqu'un avait pu retirer l'argent à sa place, avec une fausse signature. La conseillère a répondu qu'elle ne voyait aucun retrait, seulement une mention technique qu'elle ne savait pas expliquer. Elle lui a proposé de revenir voir son responsable en fin de semaine.

Trois jours d'angoisse et des appels sans réponse

Sur la route du retour, Thierry n'a pas allumé la radio. Il ruminait cette ligne à zéro, et l'idée qu'on avait pu lui voler trois mille euros sans qu'il s'en rende compte. Le soir, il a raconté la scène à Sandrine, qui a immédiatement parlé d'usurpation d'identité. Ils ont passé une heure sur internet à lire des histoires de fraudes bancaires, ce qui n'a rien arrangé. Thierry a mal dormi, réveillé vers trois heures par un mélange de colère et de honte.

Le mardi, il a appelé le service client de la banque, en espérant une réponse rapide. Après vingt minutes de musique d'attente, une voix lui a conseillé d'envoyer un courrier recommandé au siège régional. Le mercredi, il a contacté un ami comptable, qui l'a orienté vers le médiateur bancaire. J'avais l'impression de parler à des murs, chacun me renvoyait vers quelqu'un d'autre, se souvient-il. Il a même envisagé de déposer plainte au commissariat de Caen, par principe.

Sandrine, plus calme, a repris le carnet et regardé la date de la dernière opération. Mars 2013, cela faisait donc plus de dix ans sans aucun mouvement sur ce livret. Elle se souvenait vaguement d'un reportage à la télévision sur des comptes oubliés et récupérés par l'État. Thierry a haussé les épaules, persuadé que l'État ne pouvait pas simplement prendre l'argent des gens. Il a tout de même accepté de poser la question au responsable d'agence, le vendredi suivant, sans y croire vraiment.

« J'avais l'impression de parler à des murs, chacun me renvoyait vers quelqu'un d'autre. »

Ce que cachait vraiment la ligne à zéro euro

Le vendredi, le responsable d'agence l'a reçu dans un petit bureau vitré, un dossier imprimé devant lui. Il lui a expliqué que personne ne lui avait volé quoi que ce soit. Le livret était resté inactif pendant dix ans, sans retrait, sans dépôt, sans contact avec la banque. Dans ce cas, la loi Eckert, en vigueur depuis 2016, oblige l'établissement à transférer les fonds à la Caisse des dépôts. L'argent avait simplement changé de coffre, et le compte avait été vidé pour cette raison.

Thierry a demandé pourquoi personne ne l'avait prévenu de ce transfert. Le responsable a montré une copie de courrier envoyé à son ancienne adresse caennaise, quelques mois avant l'échéance. La lettre n'était jamais arrivée jusqu'à lui, faute de changement d'adresse signalé. On a fait les recherches prévues, mais sans adresse à jour, on tombe dans le vide, a-t-il reconnu. Thierry a senti sa colère retomber d'un coup, remplacée par un vague sentiment de ridicule.

Le responsable lui a ensuite parlé d'un site public, Ciclade, géré par la Caisse des dépôts. On y saisit son nom, sa date de naissance et quelques informations, et la recherche est gratuite. Thierry s'est installé le soir même devant son ordinateur, Sandrine penchée sur son épaule. En quelques minutes, une ligne est apparue : un livret ouvert à Caen, transféré en 2023. Il a rempli la demande de restitution, joint une copie de sa carte d'identité et un justificatif de domicile.

Trois semaines plus tard, un virement et quelques leçons

Trois semaines plus tard, un virement de 3 400 euros est arrivé sur son compte en ligne. Thierry l'a découvert un matin, en consultant son application avant de partir sur un chantier. Il a remarqué que la somme correspondait aux intérêts accumulés jusqu'au transfert, mais pas au-delà. D'après ce qu'on m'a dit, l'argent ne rapporte plus rien une fois à la Caisse des dépôts, explique-t-il. Il n'a jamais eu à payer quoi que ce soit, ni à passer par un intermédiaire.

Il a gardé le carnet bleu, posé sur une étagère du salon comme un souvenir. Sandrine, elle, a lancé une recherche sur Ciclade pour son vieux plan d'épargne familial. Elle a trouvé une petite somme oubliée par ses grands-parents, quelques centaines d'euros, et a pleuré un peu en lisant leurs noms. Le responsable avait aussi prévenu Thierry que les sommes non réclamées finissent par revenir à l'État après plusieurs années. Mieux vaut donc ne pas attendre un autre rangement de grenier pour vérifier.

Depuis, Thierry a pris de nouvelles habitudes, qu'il raconte volontiers à ses clients autour d'un café. Il signale chaque déménagement à toutes ses banques et effectue un petit mouvement par an sur ses comptes d'épargne. Il a aussi listé dans un carnet tous ses contrats, livrets et assurances, pour que Sandrine s'y retrouve un jour. Ces quelques gestes lui prennent dix minutes par an, et lui évitent une semaine d'angoisse inutile. Il dit qu'il aurait préféré apprendre tout ça sans passer par la case zéro.

« J'ai cru qu'on m'avait volé, en fait l'argent avait juste déménagé sans moi. »

  • Après dix ans sans opération, un livret d'épargne est transféré à la Caisse des dépôts (loi Eckert).
  • La recherche et la demande de restitution sur le site Ciclade sont gratuites.
  • Préparez une pièce d'identité, un justificatif de domicile et un RIB pour la demande.
  • Signalez chaque changement d'adresse à toutes vos banques, même pour un compte peu utilisé.
  • Faites au moins un petit mouvement ou un contact par an sur vos comptes d'épargne.
  • Les sommes non réclamées finissent par revenir à l'État : ne tardez pas à vérifier.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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