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Le moteur ronronnait doucement dans la montée, l'autoradio grésillait entre deux stations, et le thermos de café cognait contre la portière à chaque virage. Il était un peu plus de quinze heures, ce samedi 4 novembre, quand Didier a vu le panneau. Un cercle bleu, un pneu blanc dessiné dessus, et une inscription qu'il a lue deux fois sans vraiment la comprendre.
Chaque Toussaint, la même route vers la maison de Salers
Didier a cinquante-huit ans et il est comptable dans une entreprise de transport à Clermont-Ferrand. Depuis plus de vingt ans, il fait la même route au début du mois de novembre. Il part de chez lui après le déjeuner, traverse la plaine, puis attaque les premières côtes vers le Cantal. Au bout, il y a la maison de ses parents, près de Salers, une vieille bâtisse en pierre volcanique au toit de lauzes.
Ses parents sont morts il y a six ans, et la maison est restée dans la famille. Didier y monte avec sa sœur Martine pour fermer les volets, vidanger les tuyaux et couper l'eau avant l'hiver. C'est un rituel qu'ils tiennent sans jamais en parler vraiment. Ils allument la cheminée, mangent une truffade au village, et repartent le dimanche soir avec la voiture pleine de pommes.
Cette année, Martine devait le rejoindre le lendemain, retenue par un mariage à Aurillac. Didier roulait donc seul dans sa berline grise, un modèle diesel qu'il entretient avec soin depuis neuf ans. Il connaît chaque virage, chaque station-service, chaque endroit où la route se rétrécit. Soyons honnêtes, à force de faire le même trajet, on finit par ne plus regarder grand-chose autour de soi.
Des pneus d'été gardés pour une bonne raison, croyait-il
En octobre, son garagiste lui avait proposé de monter des pneus hiver, comme chaque automne depuis quelques années. Didier avait refusé, poliment mais fermement. Il habite en ville, il ne roule presque jamais sur la neige, et ses pneus d'été étaient encore presque neufs. Il avait fait ses calculs sur un coin de table et trouvé que la dépense ne se justifiait pas vraiment pour lui.
Son raisonnement tenait en une phrase, qu'il avait répétée à Martine au téléphone quelques jours plus tôt. Je monte en novembre, pas en janvier, il fait encore doux, et si jamais il neige, je reste un jour de plus. Martine n'avait rien répondu. Elle roule elle-même avec des pneus quatre saisons depuis qu'elle habite à Aurillac, mais elle n'avait jamais pensé à le lui conseiller.
Il faut dire que les années précédentes lui avaient donné raison. Début novembre, la route vers Salers était toujours sèche, parfois humide de brouillard le matin, jamais blanche. Les premières neiges arrivaient plus tard, vers la fin du mois, quand il était déjà rentré à Clermont depuis longtemps. Pourquoi changer une habitude qui fonctionnait parfaitement depuis vingt ans, et payer pour un problème qu'il n'avait jamais rencontré.
« Je monte en novembre, pas en janvier, il fait encore doux, et si jamais il neige, je reste un jour de plus. »
Un cercle bleu au bord de la route qu'il ne connaissait pas
Le panneau se trouvait juste après l'entrée dans le département, sur le bas-côté, à côté d'un autre panneau plus ancien. Didier l'a d'abord pris pour une signalisation de travaux, ou pour une limitation de vitesse un peu particulière. Puis il a ralenti par réflexe, parce que le dessin ne ressemblait à rien de ce qu'il voyait habituellement. Un pneu stylisé, et en dessous une mention avec des dates.
Il a cru lire quelque chose comme du premier novembre au trente et un mars. Sur le moment, il a haussé les épaules en se disant que ce devait être une recommandation, un conseil de prudence. Il a continué sa route, la radio toujours allumée, en pensant déjà au feu qu'il allait allumer en arrivant. Mais l'image du panneau lui est restée en tête pendant plusieurs kilomètres.
Plus loin, au carrefour d'un village, il a remarqué une autre voiture arrêtée sur le parking de la boulangerie. Un homme, à genoux près de sa roue avant, manipulait des chaînes neuves encore dans leur boîte. Il n'y avait pourtant pas un flocon, seulement un ciel gris et un vent froid qui faisait plier les herbes. Didier s'est dit que certains en faisaient vraiment beaucoup, et il a appuyé sur l'accélérateur.
Un coup de fil au garagiste, et une réponse qui dérange
Arrivé à la maison, Didier a ouvert les volets, puis il s'est assis dans la cuisine encore froide, son téléphone à la main. Le panneau continuait de le travailler. Il a appelé son garagiste, Patrick, qui fermait justement l'atelier pour le week-end. Il lui a décrit le dessin, les dates, l'endroit, en essayant de ne pas paraître trop inquiet. Il y a eu un silence au bout du fil.
Patrick lui a demandé quels pneus il avait sous la voiture, alors qu'il le savait parfaitement. Puis il lui a dit, sur un ton presque amusé : Didier, je te l'ai proposé trois fois, ce panneau-là, ce n'est pas un conseil, c'est une obligation. Didier a d'abord protesté, en disant qu'il ne neigeait pas et que la route était parfaitement sèche. Patrick a répété que ça ne changeait rien.
Didier a ensuite essayé de chercher sur internet, mais le réseau passait mal dans la vallée. Les pages mettaient de longues minutes à se charger, puis s'arrêtaient au milieu. Il a appelé Martine, qui n'en savait pas davantage et lui a conseillé de demander au maire. Le soir, il a fini par descendre au café du village, où il savait trouver du monde et une connexion qui fonctionne un peu mieux.
« Didier, je te l'ai proposé trois fois, ce panneau-là, ce n'est pas un conseil, c'est une obligation. »
Au comptoir du café, la loi Montagne expliquée par un voisin
Au comptoir, il y avait Gérard, un ancien chauffeur de car qui connaît toutes les routes du département. Quand Didier lui a parlé du panneau, Gérard a posé son verre et il a souri. Il lui a expliqué que depuis quelques hivers, une règle appelée loi Montagne s'appliquait dans une grande partie du Massif central. Et que cette règle ne dépendait pas du tout de la météo du jour.
Selon Gérard, du premier novembre au trente et un mars, dans les communes désignées par un arrêté du préfet, il faut rouler avec des pneus hiver ou avoir des chaînes dans le coffre. Les pneus doivent porter un marquage précis, un petit symbole de montagne à trois pics avec un flocon, qu'on appelle 3PMSF. Ce n'est ni la neige ni le froid qui déclenchent l'obligation, c'est le calendrier.
Didier est resté un long moment silencieux, son café refroidissant devant lui. Il a pensé à l'homme sur le parking de la boulangerie, qui n'en faisait pas trop, finalement. Il a pensé aussi à ses vingt années de trajet sans jamais se poser la question. Gérard a ajouté, en reprenant son verre : Les gens d'ici ont tous des chaînes, même ceux qui ne les ont jamais sorties de la boîte.
Ce qu'il a changé avant de redescendre vers Clermont
Le lendemain matin, Didier a fait le tour de sa voiture avec une lampe de poche, en cherchant le fameux symbole sur ses pneus. Il n'a trouvé que des chiffres et une marque. Martine est arrivée vers midi et lui a prêté une paire de chaînes, rangée depuis des années dans son coffre. Il a vérifié qu'elles correspondaient bien à la dimension de ses roues avant de repartir dimanche.
De retour à Clermont, il est passé voir Patrick dès le lundi. Il a choisi des pneus quatre saisons portant le marquage 3PMSF, qui lui ont coûté un peu plus de quatre cents euros posés. Il dit qu'il aurait pu garder les chaînes, moins chères, mais qu'il préférait ne plus avoir à y penser. Pour lui, c'était surtout une question de tranquillité, plus qu'un calcul.
Aujourd'hui, Didier regarde les panneaux autrement, et il a fait passer le message à ses collègues qui partent en montagne. Avant de prendre la route entre novembre et mars, il conseille de vérifier quelques points simples, rapidement, chez soi. Il le dit sans leçon, en riant un peu de lui-même : J'ai mis vingt ans à lire un panneau, il ne faut pas faire comme moi, voilà tout.
« Les gens d'ici ont tous des chaînes, même ceux qui ne les ont jamais sorties de la boîte. »
- L'obligation court du 1er novembre au 31 mars, quelle que soit la météo du jour.
- Elle concerne les communes listées par arrêté préfectoral dans les départements de montagne.
- Cherchez sur le flanc du pneu le symbole montagne à trois pics avec flocon, dit 3PMSF.
- À défaut de pneus hiver, gardez des chaînes ou chaussettes à neige adaptées dans le coffre.
- Vérifiez que les chaînes correspondent bien à la dimension inscrite sur vos pneus.
- Repérez à l'entrée des zones concernées le panneau rond bleu orné d'un pneu blanc.
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